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La droite jacobine à la manœuvre

N’en déplaise aux membres de la Noblesse d’Etat qui adorent mon blog, trois faits constatés la semaine passée mettent en relief le caractère schizophrène de la sarkozyste.

Le premier est résumé dans un éditorial de « Le Monde« [1]. Dédié au développement de l’industrie du solaire il constate que le gouvernement « s’apprête à publier cet été un nouveau dispositif destiné en principe à relancer la filière [du développement du solaire]… A y bien regarder tout semble fait pour compliquer, retarder et surtout encadrer…. La France va réussir cet exploit d’être l’un des rares pays à perdre des emplois dans une filière pourtant porteuse d’avenir » ! A vrai dire, ce qui se passe dans le secteur des énergies nouvelles ressemble étrangement à ce qui se passe pour l’université.

Après avoir surfé sur le désir des universitaires d’une autonomie renforcée lors de la campagne électorale de 2007, le temps des contrôles et du dirigisme est revenu. J’ai dit ce que je pensais des premiers dans de nombreux articles. Mais le projet d’arrêté qui vient d’être soumis au CNESER montre aussi que l’heure est à la démagogie pré-électorale. Au printemps 2002, Jack Lang avait cédé aux étudiants en refusant la césure entre la licence et le master et aux caciques des sciences humaines, sociales et juridiques en instaurant la sélection après la première année de master. Le couple WP vient de rééditer l’exercice en fixant des normes plancher ne reposant sur aucune étude sérieuse et en prétendant imposer aux universités les modalités pratiques de déroulement du cycle licence alors que selon la loi LRU celles-ci sont du strict ressort des établissements.

Un troisième fait montre bien que, malgré une propagande intensive, le sarkozysme ne s’est pas attaqué aux racines profondes du mal français. Cette année, avec une balance courante négative de près de 45 milliards d’euros, le déficit commercial dépassera les 70 milliards. La dette publique atteindra 85 % du produit intérieur brut. Crash tests des banques réussis ou pas, la France n’est pas à l’abri d’une récession profonde et durable. L’économiste Laurent Faibis réclame dans « Les Echos » du 13 juillet un nouveau modèle économique : Continuer la lecture

Le Chaos

L’effet papillon de Twister est à l’œuvre, partout la jeunesse fait craquer les certitudes. Partout ? Oui sauf dans la couche moyenne de certains pays développés, dont la France,  saisie par la tentation de Venise, le « soul blindness », qui refuse de voir que le monde turbule. Dans la mythologie grecque, le chaos désigne la situation primordiale d’où est surgi l’univers. Le chaos c’est également une région géologique particulièrement désordonnée dégagée par l’érosion. Et pour les mathématiciens c’est un phénomène fondamental d’instabilité dont l’évolution n’est pas prédictible déjà décrit par le grand Poincaré sous le vocable de « sensibilité aux conditions initiales ». On peut donc dire que le monde actuel est en plein chaos, chaos du climat, chaos de l’économie, chaos de la démographie, chaos de l’internet, chaos du religieux. Partout les jeunes éduqués réclament ce qu’ils estiment être leur dû et de ce fait contaminent ceux qui, dans les faubourgs surpeuplés du non droit, le sont moins. La notion de liberté du travail si chère au patronat craque de partout car c’est le droit au travail, le droit à une vie décente qui prend corps et nul ne peut dire ce qu’il adviendra si nos sociétés sont incapables d’y faire face.

Ce jour anniversaire où le 7 mars 161, l’empereur Marc Aurèle, qui fut aussi un guerrier furieux qui persécuta les chrétiens mais surpassa tous les empereurs par la pureté de ses mœurs, accédait au pouvoir ; où les marins de Kronstadt, le 7 mars 1921, se portaient aux avant-gardes de la révolution bolchevick dont on sait ce qu’elle est advenue ; on ne peut ignorer que des situations dites révolutionnaires, où le pire côtoie souvent le meilleur, se déroulent dans le monde arabe.

La valse des maroquins qui se manifeste ces derniers mois montre que le chaos est aussi à l’œuvre chez nous. De ce point de vue on est tenté de dire que la révolution sarkozienne tourne en eau de boudin. La même année où pour renflouer à minima la cagnotte de la retraite des vieux, le notaire à la triste figure qui squatte Matignon met à contribution la plèbe. Dans le même temps il exonère de 2 milliard d’euros les malheureux puissants sous les applaudissements haineux de la vieille peau, Continuer la lecture

Remaniement ou reniement ?

Il y a cinquante ans, le 4 novembre, le général De Gaulle annonçait la tenue du référendum d’autodétermination sur l’Algérie qu’il avait envisagé dans sa célèbre allocution du 16 septembre de l’année précédente. Il eut lieu le 1er juillet 1962, son résultat fut sans appel, c’était la fin de l’Algérie Française. Ce fut également la fin du ministère Debré, sortie honorable pour un défenseur de l’Algérie française qui refusait de se renier.

Le 8 novembre suivant, les américains élisaient par 49,7% des voix contre 49,5% John Fitzgerald Kennedy, le plus jeune président qu’ils aient jamais eu. Deux jours plus tard, se réunissait une conférence au sommet à Moscou des dirigeants communistes de 81 partis dans le monde pour approuver les thèses de Nikita Khrouchtchev sur la coexistence pacifique. Dans les deux cas une politique nouvelle se dessine.

Quel contraste saisissant aujourd’hui. Fillon ou Borloo,  Guéant ou Hortefeux, quelles alternatives enthousiasmantes pour l’hyperprésident ! Chaussettes balladuriennes[1] ou breuvage canari[2], contrôle des médias ou chasse aux Roms.  Mais tous les quatre sont en accord pour justifier une politique en accordéon. Crise oblige. Peu importe finalement puisque nous vivons à l’heure des hauts fonctionnaires dont l’obéissance au chef de l’Etat est toute relative. Il n’y a guère que sous Pétain que l’on a connu un tel pouvoir de la noblesse d’Etat[3]. En ce sens, la création de l’Ecole Nationale d’Administration et la nationalisation de l’Ecole des Sciences Politiques à la libération, en contradiction avec ce que réclamait Marc Bloch, ne furent que les prémices des désordres actuels.

On fêtera le 24 novembre prochain, la création de l’Ouvroir de littérature potentielle (Oulipo), groupe international de poètes et de mathématiciens se définissant comme des « rats qui construisent eux-mêmes le labyrinthe dont ils se proposent de sortir ». Il fut fondé par Raymond Queneau et le mathématicien François Le Lionnais, pères fondateurs des présents Oulipotes. Georges Perec, que j’ai croisé au CHU St Antoine de l’université Pierre et Marie Curie dans les années soixante dix alors qu’il œuvrait au sein du laboratoire de neurophysiologie, en a été un membre illustre qui a donné son nom à une rue du 20ème arrondissement, un timbre poste et un astéroïde. Georges Perec, qui n’a pu malgré de nombreuses analyses faire son deuil ni de son père mort pour la France en 1939 ni de sa mère morte à Auschwitz quatre ans plus tard, était tout de dérision et pas seulement sur la vie universitaire. Il réussit même à faire publier un article mémorable sur l’organisation tomatotopique de la cantatrice soprano dans Journal of International Medicine au cours des années quatre-vingt.

Ah ces années soixante, qui furent celles de mes études supérieures, comme elles ont été folles. Continuer la lecture

Pour une nouvelle politique éducative !

credits : dmonniaux - flickr

Il n’y a pas de ralliements assumés et de ralliements honteux. La démarche du Ministre de l’Immigration, de l’Intégration, de l’Identité nationale et du Développement solidaire est-elle plus méprisable que celle d’un ancien Président d’université reconverti en Directeur-adjoint de cabinet de Valérie Pécresse  (voir dépêche AEF) ? Non, à la voiture de fonction près. C’est en réalité la même démarche, ni plus, ni moins.

La semaine dernière deux livres ont paru qui, malgré les apparences, reflètent bien le problème de la Gauche aujourd’hui. Le premier est signé d’une géographe, Sylvie Brunel, et le second d’Eric Maurin, Directeur de recherche à l’EHESS. La première nous explique que, lors de son mariage en 1983, son mari a refusé de prononcer le fameux triptyque républicain en s’exclamant : « Secours, assistance, oui. Fidélité, non ». Si l’on en croit son livre, celui qui est maintenant son ex-mari a fait la démonstration que, dans son esprit, la fidélité ne désignait pas uniquement la fidélité sentimentale. Le second nous explique que, ce qui caractérise la société française aujourd’hui, c’est plus la peur du déclassement que le déclassement lui-même. « Le déclassement [dit-il] est une réalité qui touche la société à la marge. Alors que nous traversons une des pires récessions de notre histoire, le nombre de salariés ayant perdu un emploi stable dans les 12 derniers mois est, par exemple, de l’ordre de 300 000 personnes. Sur un plan personnel et familial, ces licenciements représentent un drame, mais ils ne concernent cependant qu’une toute petite fraction de la société, à peine 1 % de la population active totale. L’immense majorité des Français reste en fait à l’abri de la déchéance sociale ». Ce n’est sûrement pas avec des arguments de ce genre que la Gauche crédibilisera sa démarche pour une alternance véritable. Continuer la lecture