Archives du mot-clé quota

Ils ont la tête dure

pierre tapieL’année 2010 démarre en fanfare, le débat sur les quotas d’élèves boursiers est tout aussi nauséabond que celui sur l’identité nationale. Devant de telles inepties le silence est coupable. Je reprendrais donc le cours des mes bilans dans quelques jours.

L’association interlope qui a nom « conférence des Grande Ecoles »[1] a jeté bas le masque en refusant que l’Etat (qui finance ses membres avec nos impôts) fixe comme objectif à chaque école qu’elle parvienne à recruter 30% d’élèves boursiers. Son communiqué reprend le fallacieux prétexte que cela aboutirait à la remise en cause des concours et des sacro-saintes classes préparatoires[2]  qui selon elle sont garantes du bon niveau de leurs recrues. Son président, Pierre Tapie (encore un polytechnicien dont j’ai cherché en vain sur son CV un grand développement industriel à mettre à son actif), a repris lundi 5 janvier sur les ondes la métaphore des haies. Plutôt que d’abaisser les haies (ce que feraient des quotas) il propose d’entraîner les jeunes des quartiers difficiles à sauter plus haut par un entraînement intensif  dans les classes préparatoires (et donc de repousser les quotas en aval). En ceci il a raison, les classes préparatoires sont à la réussite des concours ce que l’entraînement intensif est au sport. Et comme en sport, on peu tricher si on a les moyens de prendre quelques drogues illicites supplémentaires (colles, cours privés, prépas sauvages, officines de prépa médecine etc.). Mais il ne va pas jusqu’à proposer de « doper » les bourses des jeunes des quartiers difficiles qu’il propose d’envoyer dans les classes préparatoires de la périphérie afin qu’il puissent sauter plus haut. Et tomber plus bas ! Car chacun sait bien ce qui est arrivé à Tom Simpson en haut du mont Ventoux, un certain 30 novembre à l’âge de 40 ans.

Le dispositif mis en place par Richard Descoings à l’Institut d’Etudes Politiques de Paris montre à l’évidence qu’il n’est nul besoin de classes préparatoires et d’un concours pour sélectionner de très bons éléments en science politique. Si l’on se rapporte aux résultats des étudiants des classes préparatoires de la région Nord que j’ai décortiqué dans mon blog du 28 septembre et si l’on se réfère aux statistiques sur l’origine sociale de chaque classe préparatoire et de chaque école normale supérieure, d’ingénieur ou de commerce, on comprend aisément pourquoi Pierre Tapie ne veut pas mettre le pied dans l’engrenage. Il y a près de 400 écoles supérieures de diverses factures, qui intègrent environ la moitié des élèves des classes préparatoires. Les autres sont refoulés soit vers les universités soit vers des officines privées. Mais, comme l’a rappelé Pierre Veltz ancien patron de l’Ecole des ponts et chaussées,  “80 % des recrutements des plus grandes écoles se font dans 20 prépas. Les entreprises n’achètent pas une formation, mais la réussite à un concours d’entrée”. Comme il y a école et école, il y a classe prépa et classe prépa. La compétition pour entrer dans ces 20 prépa est très vive et il vaut mieux avoir de bons parrains et être issu d’une bonne famille pour y arriver. L’immense majorité qui rêve de Polytechnique ou d’HEC ne verra ni les étangs de Saclay ni les castors de la Bièvre mais Pont-à-mousson.

Continuer la lecture