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A Mon cher ami Jean François Mela

JF MELA

Mon ami Jean François Mela vient de publier sur son blog un point de vue décapant sur les réorganisations universitaires en cours : La course à l’excellence dans le ghetto français. Cet article vaut d’être lu et commenté.

Il fait, en contrepoint à ce qui se passe en France, une audacieuse comparaison avec la politique des Etats Unis d’Obama et la situation des universités scandinaves. En ce qui concerne Obama, il n’a pas tord de constater que celui-ci a lancé dès son élection « un plan ambitieux de 12 milliards de dollars sur 10 ans, en faveur des community colleges et que ces établissements rassemblent, de façon non sélective, 6 millions d’étudiants (soit le tiers des étudiants américains) ». Mais de là à dire que ces collèges soient comparables aux IUT et aux BTS qui en comptent environ 300 000 il y a de la marge, c’est en effet plutôt aux licences universitaires qu’il faudrait les comparer et dire que de ce point de vue le plan licence est une douce rigolade.

Mais Obama n’a pas eu à s’occuper de la cinquantaine de grandes universités intensives en recherche, publiques ou privées, dont la mise à la diète, bien que sévère, par la crise ne diminuera ni leur place dans le concert mondial, ni leur créativité, ni même leur possibilité à rebondir compte tenu de leur avance en matière de financement et d’autonomie. Sans doute les universitaires y laisseront quelques dollars en chemin, mais je ne suis même pas certain que cela ralentira le « brain drain ». Il est de fait que la manière dont l’administration Obama a géré la crise a entraîné quelques bouleversements dans les choix des familles qui ont plus qu’avant pris garde au rapport qualité prix dans l’offre de formation universitaire. Et d’ailleurs Jean François Mela sait bien que les Etats-Unis se sont doté depuis longtemps d’indicateurs internes de performance qui montrent assez clairement que les établissements les plus performants dans le domaine de la formation ne sont pas les universités majeures au classement de Shanghaï. Il ne faut certes pas être sorti de polytechnique ou des écoles normales supérieures pour comprendre que ce qui explique la performance des classes préparatoires de la Montagne Sainte Geneviève, de Neuilly, de Versailles, du lycée du Parc etc. c’est la qualité des étudiants et pas celle des enseignants.

Par contre, je ne peux pas laisser Jean François Mela reprendre à son compte sans réagir l’affirmation de Jamil Samli selon laquelle les économies scandinaves marcheraient très bien alors que ces pays n’ont aucune université « de rang mondial ». L’édition 2009 du classement de Shanghaï montre que : Continuer la lecture

Ne pas sacrifier une fois de plus les disciplines scientifiques sur l’autel de la « normalité ».

crédits: pierre G5 sur Flickr

Qu’y a-t-il de commun entre les présidents réunis à la Sorbonne qui appellent : « à retirer tous les projets de réforme controversés, condition nécessaire à l’ouverture de véritables négociations et à la relance du nécessaire processus de réforme auquel doit être associé l’ensemble de la communauté universitaire » et la dernière déclaration de la Coordination nationale autoproclamée des universités qui exige pêle-mêle : le retrait du projet de décret sur les statuts des enseignants-chercheurs, la restauration des cadres nationaux des diplômes et des statuts, le retrait de la « réforme » de la formation et du recrutement des enseignants des premier et second degrés, l’arrêt du démantèlement des organismes de recherche et de la fonction publique en général, le retrait du contrat doctoral, la restitution des postes supprimés, la résorption de la précarité chez les enseignants, les chercheurs, les BIATOSS et ITA par un plan pluriannuel de création de postes, la titularisation des personnels contractuels… Et la mise au rancart de la loi LRU !

Mais rien sur les salaires, et les réductions de durée d’échelon alors que des propositions ont été faites par la ministre dans le plan carrière au point que j’ai entendu des post-doctorants lors de mon dernier séjour aux Etat-Unis dire que la carrière proposée était plus attractive que celle des chercheurs ! Est-ce à dire que ce n’est pas leur préoccupation principale. Continuer la lecture

Replacer l’agitation universitaire dans son contexte.

crédits: Ptit@l sur Flickr

J’ai pris quelques jours pour analyser le foisonnement sur le blog. Qui ai-je trouvé ? Confusion, confusion, confusion. La crise économique mondiale et les incertitudes qu’elle induit dans la plupart des couches sociales est source d’anxiété et une politique de relance par l’investissement alors que le salaire médian est de 1 500 euros net ne peut certes apaiser la grogne des enseignants-chercheurs. Mais l’addition de tous les mécontentements ne fait jamais une bonne politique et dans ces conditions, la cacophonie des défilés universitaires risque fort de les transformer en défilés de dupes. Continuer la lecture

« Un président d’université doit être paranoïaque »

La lettre de l’étudiant datée du 8 décembre me consacre une interview et à l’amabilité d’annoncer le lancement de ce blog. Bienvenue donc aux lecteurs qui auront découvert son existence via la Lettre. L’interview revient sur mes années de président à l’UPMC, les réformes menées pendant ce mandat. Extrait :

Que changeriez-vous à la loi LRU ?

Il faut la simplifier radicalement. La loi LRU ne devrait pas définir aussi précisément comment les universités doivent s’organiser. Cette question concerne directement les statuts de chaque établissement, en fonction de ses objectifs de recherche et de formation qui ne sont pas les mêmes pour tous. La loi Pécresse ne laisse aucune place à la diversité. Et la loi Goulard est encore pire. les PRES sont été corsetés par l’Etat.

Quelles sont les qualités indispensables d’un président d’université ?

Il doit avant tout être paranoïaque. Il faut qu’il soit en permanence sur la défensive pour détecter ses alliés et ses ennemis, parmi les grandes écoles ou au gouvernement. Mais il ne doit pas être un paranoïaque solitaire, il doit savoir s’entourer. Il faut aussi qu’il ait de l’ambition, à la fois pour lui et son établissement. Et mieux vaut aussi qu’il soit persévérant et n’ait pas besoin de beaucoup de sommeil !

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