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Le naïf du plateau des mille vaches

On a connu Pierre Veltz[1] plus inspiré. Il se lamente dans une interview à l’AEF[2] sur le fait que le monde universitaire français ait perdu le côté festif, associatif, créatif, mais aussi intellectuel et culturel qui ne serait résiduel « que dans les  grandes écoles qui vivent en petits mondes fermés ». Avec un romantisme à vous couper le souffle, il décrit ce qu’à ses yeux devrait être le campus de Saclay : « un campus qui ressemble à un campus. C’est-à-dire qui permette une vie de campus. Nous allons réhabiliter la marche à pieds à Saclay ! Sur le plan spatial, il faut donc regrouper les acteurs, combattre la dispersion et l’étalement ».

Réhabiliter la marche à pieds à Saclay ? Pourquoi pas, mais il faudrait savoir de quoi on parle exactement et qui est concerné. Si on jette un coup d’œil sur le projet de cluster scientifique et technologique pour le plateau de Saclay tel qu’il est présenté par le secrétariat d’état chargé de la région capitale on ne peut qu’être consterné :

Alors que tous les indicateurs internationaux reposant sur les activités de recherche désignent l’université Paris Sud comme la seconde université française après l’UPMC, celle-ci n’apparait pas comme étant au cœur du dispositif mais au contraire comme un élément marginal. On voit bien que sur ce cluster existent deux zones distinctes sur un espace qui excède 10 000 hectares. Et si l’on considère le fameux triangle sud auquel Pierre Veltz se réfère, dont le sommet est au nord à Jouy-en-Josas et la base constituée par une ligne allant de Gif-sur-Yvette à la gare TGV de Massy-Palaiseau en passant par la faculté des sciences d’Orsay, soit près de  4 000 hectares, il vaudrait mieux compter sur un robuste système de transport propre au campus que sur la marche à pieds où sur le réseau de bus en site propre prévu qui évite d’ailleurs soigneusement le site principal de l’université pour ne considérer que les éléments nobles que sont l’école polytechnique, le CEA et HEC et quelques laboratoires sélectionnés de l’université. Ce simple rappel des faits montre qui commande en l’occurrence, et la présidence de l’université Paris-sud, totalement discréditée chez les collègues universitaires, Continuer la lecture

On ne peut attendre deux ans !

Valérie Pécresse et Nicolas Sarkozy

Une défaite électorale, ou une victoire, selon le côté où l’on se situe, c’est comme un bon cocktail, il convient d’attendre que le shaker ait fait son œuvre pour les déguster. Une semaine après le mini-tsunami des régionales on peut maintenant s’y coller. A droite on réclame la pause et le retour aux bonnes vieilles habitudes chiraquiennes « wait and see ». A gauche c’est encore plus compliqué car on se demande bien comment pourra naître une politique industrielle et économique crédible avec l’attelage vert/rose sous la surveillance tatillonne du roc immuable du front de gauche (encore que pour le parti communiste on ne puisse plus parler de naufrage mais d’apoptose[1] masquée il est vrai par l’élection de Dominique Bucchini à la présidence de l’assemblée régionale de Corse). Deux ans d’attente pour savoir à quelle sauce le pays sera gouverné alors que la tempête gronde ?

Les universités françaises, elles, ne peuvent pas attendre deux années pour plonger dans l’inconnu. La présence de l’égérie de Sauvons la recherche sur la liste de Jean-Paul Huchon en Ile-de-France et la présence de l’ancien président de Sauvons la recherche dans le staff de Martine Aubry ne présagent rien de bon en l’absence de toute proposition des Verts pour assurer que l’indispensable autonomie des universités restera au cœur du débat. Dans ces conditions, pourquoi Valérie Pécresse a-t-elle échoué à déloger Jean-Paul Huchon dont le moins que l’on puisse dire est que les universités ne constituent pas sa tasse de thé ? Continuer la lecture

Les universités et le XXIème siècle !

stat

Nul n’étant prophète en son pays, ce n’est pas la CPU qui m’a sollicité pour donner mon sentiment sur l’impact socio-économique des universités en ce début de siècle, mais la conférence des universités espagnoles. Et c’est pourquoi je profite d’un stop de deux heures dans l’aéroport de Madrid, en attente de mon vol pour Santander pour commencer l’écriture de ce billet. Santander, charmante cité balnéaire de la côte Cantabrique, mais aussi siège de deux universités dont l’Université internationale Menéndez Pelayo, où va se tenir ce séminaire, de plusieurs musés et qui accueille chaque année un festival de jazz. A la Tabacalera de Santander, entrepôts transformés en pénitencier, après avoir pris la ville en août 1937, les franquistes entassèrent 4000 républicains dans des avant de les liquider un à un et de les jeter dans des fosses communes. Celle qui fut la dernière statue équestre de Franco de toute l’Espagne fut finalement déboulonnée le 18 décembre 2008 à l’occasion du réaménagement de la place et devrait rejoindre le futur Musée de la Cantabrie.

Dans ce genre d’exercice, il vaut mieux connaître ses dossiers, et ce d’autant que les universités espagnoles sont en pleine mutation. L’Espagne est le pays européen dans lequel le nombre de publication a le plus progressé ces dernières années, il a doublé en 10 ans,

  • devant les universités françaises (+78%),
  • les universités suisses (+66%),
  • les universités italiennes (+57%) et loin devant
  • les hollandaises (+42%),
  • les allemandes (+48%) ou
  • les anglaises  (+38%).

Ce qui relativise au passage le discours ambiant sur la mauvaise qualité des universités françaises car dans la même période, le nombre de publication des soit disant « grandes écoles » n’a cru que de 40% et celles du CNRS ou de l’INSERM que de 20% environ.

Quoi qu’il en soit, cette commande survenue à la mi-juillet m’obligea à quelques devoirs de vacances durant le périple aoûtien que j’ai décrit dans ma précédente note. Je décidais donc de m’en tenir à quelques exemples pour lesquels des données fiables étaient accessibles. Continuer la lecture