Archives du mot-clé LRU

Autonomie des Universités : Illusion, mensonge politique ou rébellion des apparatchiks ?

Autonomie des universités

Deux semaines après avoir pris mes fonctions de président de l’université Pierre & Marie Curie, le 23 mars 2001, j’assistais au colloque de la conférence des présidents d’université à Lille . Celui-ci était consacré à l’autonomie des universités. A cette époque la CPU, sous la présidence de Bernard Belloc président de Toulouse III flanqué de Xavier Chapuisat président de Paris Sud et de Georges Molinié président de Paris Sorbonne, était vent debout pour l’autonomie. Parmi les invités, deux se prononcèrent fermement sur la question. Pour Françoise Thys-Clément, ancien Recteur de l’Université libre de Bruxelles (ULB), l’autonomie des Universités était indispensable pour répondre aux défis nouveaux de la mondialisation du savoir et de l’économie de la connaissance. La vision de Jack Lang, était assez large, suppression de l’autorisation préalable de délivrance des diplômes par les universités et évaluation à postériori de leur politique de formation ; développement d’une politique contractuelle dans laquelle l’établissement était le proposant, les négociations permettant de préciser dans le même document les sources de financement que l’Etat s’engageait à apporter pour quatre années à l’établissement. Mais si Jack Lang poursuivit, tout en la dénaturant[1] sous la pression des lobbies universitaires et au grand dam des présidents d’universités, la mise en place du LMD, il ne fit rien en ce qui concerne l’autonomie qu’il appelait de ses vœux. L’immobilisme dont il fit preuve pendant les deux ans qu’il passa à l’éducation nationale, mis à part la façon désastreuse avec laquelle il appliqua à l’université la loi de réduction et d’aménagement du temps de travail, ne fut pas pour rien dans le désenchantement des universitaires en avril 2002 qui boudèrent largement la candidature de Lionel Jospin à la présidentielle.

La droite revenue au pouvoir ne reprit pas à son compte l’idée de l’autonomie, il faut dire que Jean Pierre Raffarin avait été plus qu’ambigu là-dessus lors du fameux colloque de Lille où il s’était exprimé. Il avait apostrophé la direction de la CPU comme s’il doutait de sa volonté d’aboutir sur ce sujet : « Je constate que votre conception de l’autonomie est encore assez restreinte. Peut-il y avoir autonomie sans indépendance financière, au moins relative ? Pour ma part, je ne pense pas que l’on puisse être à la fois autonome et sous tutelle financière », mais il n’était pas enclin à aller dans ce sens puisque la seule chose qu’il proposa fut de mettre en place, face aux universités, « une sorte d’agence, investie d’un mandat négocié en amont entre les différents acteurs publics que sont, pour l’essentiel, l’Etat et les Régions ». Des établissements publics régionaux seraient créés dont la direction serait dans un premier temps confiée aux recteurs. Mais allons-y lentement : « il me paraît judicieux [disait-il], pour avancer dans cette direction, de procéder par expérimentation ». Cette idée sera reprise ultérieurement par François Goulard lorsqu’il créera les pôles de recherche et d’enseignement supérieur qui à ses yeux devaient prendre la tutelle des activités les plus nobles des universités : Écoles doctorales et Recherche de pointe. Bref pour la droite à cette époque l’autonomie ne se concevait que limitée.

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Les immobilistes au chevet de l’immobilier universitaire.

credits : pierre G5 - flickr

Michel Zulberty, l’inénarrable directeur de l’Etablissement public du campus Jussieu, vient de claironner l’annonce de la remise des clés de la tour administrative du campus Jussieu à l’université Pierre et Marie Curie lundi 22 juin ! La tour administrative a été totalement libérée des occupant durant ma présidence à l’été 2003. Il aura donc fallut six années pour la remettre aux normes de sécurité alors que le désamiantage lui-même a duré moins d’un an et que sa réhabilitation a pris deux années et demie. Deux à trois ans d’atermoiements imputables d’abord à lui-même et, comme je l’explique dans mon ouvrage « quand l’université se réveille tout devient possible », à la cohorte des inspecteurs, contrôleurs et autres énarques X-Mines-Ponts de tout poil, alliés en la circonstance à ceux qui voulaient abattre la plus grande université française au seul titre que « small is beautiful » et que rien de bon ne doit sortir de l’université. Continuer la lecture

Université : chronique d’une crise annoncée

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Le quinquennat de Nicolas Sarkozy avait bien commencé pour les universités. Une loi instaurant une véritable autonomie universitaire que ni le gouvernement Juppé, ni le gouvernement Jospin, ni le gouvernement Raffarin, ni le gouvernement Villepin n’avaient pu (voulu ?) faire passer était en chantier. De plus des annonces financières sans précédent, même si l’on se réfère à la période bénie d’Hubert Curien, allaient l’accompagner. Tout le monde était pour l’autonomie, mais il y a le mot et la chose. Malgré les imperfections de la loi, résultat de l’intervention intempestive des hauts fonctionnaires et de la CPU, je l’ai approuvée  à cette époque et j’ai expliqué pourquoi dans une interview à Télérama.

Quatre articles avaient permis de remporter mon adhésion : Continuer la lecture

Pauvre système universitaire français ?

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Jusqu’où le président de la République va-t-il se chiraquiser ?

Sous les coups conjugués de la noblesse d’état qui refuse d’appliquer la loi LRU (les budgets globaux des 18 universités dont la ministre dit qu’elles sont passées aux compétences élargies n’ont toujours pas été actés dans les contrats prévus par la loi), des tenant de l’archaïsme corporatiste (SNESup, Syndicat Autonome et officines associées) et des champions de la médiocratie universitaire qui se sont illustrés hier chez Nicolas Demorant (l’Egérie des « sauvons quelque chose » et le président de la « conférence des petites et moyennes universités »), la loi d’août 2008 est systématiquement vidée de son sens. Continuer la lecture

Nous voulons l’autonomie, rien que l’autonomie toute l’autonomie.

crédits : fabbriciuse - flickr

La communauté universitaire se réveille au retour des congés de printemps avec la gueule de bois. Mais après ces quatre mois peut-on encore parler de communauté universitaire quand on considère l’étalage des revendications contradictoires qui s’est manifesté depuis l’annonce de la réforme du statut de 1984 et de la formation des maîtres ? J’ai la pénible impression d’un mauvais remake du mouvement des jeunes chercheurs déclenché en 2004 par l’amputation des crédits de la Recherche et du mouvement contre le Contrat Première Embauche de 2006. Aujourd’hui, comme en 2004 et 2006, on a assisté à une récupération par un marais autoproclamé (sauvons la Recherche en 2004, la coordination lycéenne-étudiante en 2006, sauvons l’université aujourd’hui), dans les trois cas les étudiants ont été manipulés pour des intérêts qui n’étaient pas les leurs (thésards en 2004, étudiants de licence en 2006 et étudiants des secteurs littéraires et des sciences humaines aujourd’hui) et dans les trois cas les syndicats ont été à la remorque du mouvement et dans l’incapacité de négocier une sortie de crise bénéficiant à l’ensemble des acteurs de l’université, étudiants compris. Pire ils n’ont abouti qu’à des reculs qui à la longue seront utilisés à leur désavantage.

En revenant, sur ce mouvement, dans un huit pages spécial, le journal « le Monde » montre bien toutes les contradictions qui agitent ce milieu. Dans sa contribution, Marcel Gauchet fait une analyse lucide de la situation duale de l’enseignement supérieur français : l’université pour la masse et les classes préparatoires puis les « Ecoles » pour la sélection des élites. Mais, comme tous les intellectuels marqués par la ligue communiste révolutionnaire, il ne pousse pas au bout la logique de ses constatations et se contente d’une vision pessimiste de l’avenir sans remettre véritablement en cause la méritocratie à la française : « si un tel changement [l’autonomie universitaire] est difficile chez nous, ce n’est pas seulement en raison du conservatisme français. C’est aussi et surtout que notre système n’est pas si mauvais et que tout le monde le sait peu ou prou. A côté de ses défauts manifestes il possède aussi des vertus cachées ». Et il résume ainsi l’hypocrisie de la gauche molle face à la remise en cause des mécanismes de ségrégation intellectuelle et sociale même si elle se réclame de « la vraie gauche » pour ne pas dire de « l’ultra gauche ».

Cependant on n’y trouve aucune analyse pour expliquer pourquoi la quasi-totalité des secteurs des sciences économiques, des sciences et de la médecine est restée en dehors du coup, si ce n’est pour défiler en signe d’une solidarité de moins en moins affirmée au fil du mouvement. Continuer la lecture

Colère !

crédit : Djuliet sur Flickr

Je rentre à peine de Chine, la lecture des médias du mercredi me consterne. Dans « Le Monde » sur internet qui constate que la mobilisation ne faiblit pas, on peut comprendre entre les lignes qu’il s’agit maintenant de happening dans lequel se retrouvent des instits de maternelle, des professeurs du second degré, des étudiants et des enseignants chercheurs très majoritairement sinon exclusivement des facultés des lettres ou de psychologie. EducPros.fr a même déniché une mère d’étudiant qui se déclare solidaire parce que la LRU c’est « la privatisation des universités » et c’est d’ailleurs pour cela qu’elle n’y a pas mis ses enfants, l’un est dans une école d’ingénieur, laquelle on ne le saura pas, l’autre dans une école de commerce (sans doute privée) ! Continuer la lecture

C’est bien d’écrire l’histoire, attention qu’elle ne soit pas sélective.

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Excellent rappel sur le blog de Sylvestre Huet des politiques d’enseignement supérieur et de recherche qui se sont succédées entre 1981 et 2005 avec trois omissions cependant.

Certes les seules périodes où le financement de la recherche connut une progression significative furent celles de Chevènement et de  Curien mais c’est ce dernier qui sût, dans des conditions difficiles, obtenir des arbitrages en faveur de la recherche universitaire et initia vraiment le lancement de la démarche contractuelle qui aboutit à l’émergence de véritables politiques de recherche dans les grandes universités. Inversement, les époques où la recherche fut entre les mains des « libéraux » Fillon, d’Aubert, Goulard ont été particulièrement néfastes. Continuer la lecture

Pour l’autonomie : la lutte continue, il y va de l’avenir des universités

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J’ai été interrogé Vendredi par un journaliste à propos de Valérie Pécresse. Il cherchait à comprendre quelles erreurs elle aurait pu faire pour passer du petit nuage où elle était en septembre à la situation actuelle. S’il était venu pour m’extirper des arguments contre elle, il a dû être déçu. Les médias sont réducteurs et, poussés par leurs schémas simplificateurs se refusent, non pas à voir l’évidence, ils la voient, mais à la diffuser. Que lui ai-je dit en effet. Que cette ministre avait de la classe mais quelle avait une équation particulièrement difficile à résoudre et des ennemis puissants et multiformes.

Dans un monde particulièrement machiste (cherchez les professeurs de classe exceptionnels et les secrétaires généraux des syndicats du supérieur de sexe féminin) elle détonne forcément. Mais ce qu’elle a déjà réussi pour l’enseignement supérieur, combien l’avait fait avant. Les chercheurs ne lui pardonnent pas d’être d’abord le ministre des universités, mais Goulard n’a-t-il pas d’abord été celui des chercheurs. Et pour quel résultat ? Continuer la lecture

Ne pas sacrifier une fois de plus les disciplines scientifiques sur l’autel de la « normalité ».

crédits: pierre G5 sur Flickr

Qu’y a-t-il de commun entre les présidents réunis à la Sorbonne qui appellent : « à retirer tous les projets de réforme controversés, condition nécessaire à l’ouverture de véritables négociations et à la relance du nécessaire processus de réforme auquel doit être associé l’ensemble de la communauté universitaire » et la dernière déclaration de la Coordination nationale autoproclamée des universités qui exige pêle-mêle : le retrait du projet de décret sur les statuts des enseignants-chercheurs, la restauration des cadres nationaux des diplômes et des statuts, le retrait de la « réforme » de la formation et du recrutement des enseignants des premier et second degrés, l’arrêt du démantèlement des organismes de recherche et de la fonction publique en général, le retrait du contrat doctoral, la restitution des postes supprimés, la résorption de la précarité chez les enseignants, les chercheurs, les BIATOSS et ITA par un plan pluriannuel de création de postes, la titularisation des personnels contractuels… Et la mise au rancart de la loi LRU !

Mais rien sur les salaires, et les réductions de durée d’échelon alors que des propositions ont été faites par la ministre dans le plan carrière au point que j’ai entendu des post-doctorants lors de mon dernier séjour aux Etat-Unis dire que la carrière proposée était plus attractive que celle des chercheurs ! Est-ce à dire que ce n’est pas leur préoccupation principale. Continuer la lecture

De retour de Marrakech

Crédits kali.ma  sur Flickr

De retour de Marrakech où j’étais invité, au titre de l’UPMC, par des universitaires marocains qui célébraient les progrès dans la solution d’un contentieux vieux de 18 ans, à savoir la reconnaissance par le gouvernement marocain du nouveau doctorat français pour leur carrière, au même titre que le PhD anglo-saxon. Rencontre fraternelle et stimulante. J’étais le seul invité français à avoir fait le déplacement pour remercier simplement nos collègues de la défense du doctorat français. Preuve s’il en était de la frilosité de nos universités et de leurs syndicats dans la défense de leurs diplômes.

Dans l’avion du retour, je prends connaissance des déclarations de Nicolas Sarkozy, à l’occasion du lancement de la réflexion pour une stratégie nationale de recherche et d’innovation, devant un parterre de Présidents d’universités, de directeurs d’écoles et d’organismes et de chefs d’entreprises, jeudi dernier. Se référant à la publication annuelle des indicateurs de l’OCDE en janvier, il fit le constat que la France prenait du retard en matière de recherche et d’innovation et que la part du financement privé, déjà une des plus faibles par rapport aux pays comparables, était encore en recul. Continuer la lecture