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« Je me répète… On ne répète jamais assez pour les durs têtus »

Ce qui est une version célinienne de la pédagogie de la répétition pourrait bien s’appliquer au débat en cours sur les formations supérieures immédiatement post-baccalauréat. Trois de mes derniers articles, Errare humanum est, Je suis X-Mines mais je me suis soigné… et Paroles paroles paroles,  ont déclenché une petite flambée d’un prurit printanier d’autant plus désordonné que chacun n’y voulait voir qu’à sa porte. Je vais donc y revenir aujourd’hui.

Je voudrais d’abord dire à Rémy que je sais parfaitement ce que sont les trois écoles que Patrick Mehr, l’X-Mines qui s’est soigné, a cité et que j’ai repris dans mon article. La mission de l’ENA est peut-être de former les hauts fonctionnaires, mais elle sert surtout à les formater à la sauce de la bureaucratie française et à atténuer toute différence entre eux qui pourrait résulter de leur histoire politique antérieure[1]. Quand à l’ENS[2] ce n’est nullement un institut de recherche mais une école destinée à former les enseignants agrégés des lycées, sauf qu’ils ne veulent plus y aller et pensent avoir droit à des positions sans réelle compétition au sein de l’Etat et des universités. Il se fait certes un peu de recherche à l’ENS mais sans les universités de Paris (Paris Sorbonne, Paris Diderot, Paris Descartes et surtout Pierre et Marie Curie), elle n’existerait plus. C’est d’ailleurs ce qui rend furax l’agitée de la MSG. Quant aux polytechniciens chômeurs dont il fut, c’est quand même une rareté, au pire ils trouvent aisément une place dans les universités ou les organismes de recherche qui sont les bonnes filles de la république dont ils sont les seigneurs[3]. Mais malgré leurs différences ces trois écoles constituent de fait le mirage que l’on fait miroiter aux élèves comme l’aboutissement, le nec plus ultra  du système méritocratique à la française seule justification des classes préparatoires. En outre il est patent, comme le rappelle Professore, que « le culte des grandes écoles se combine avec la norme selon laquelle les élites sont parisiennes, la province ne comptant que des notables » et, comme je le démontrais dans mon article du 27 août 2010, une quinzaine de classes préparatoires, dont 10 à Paris où en proche banlieue chic, remplissent 53,6% des places dans les 27 premières grandes écoles. Mais dans mon article du 28 septembre 2009,  je rappelais que « si l’on considère combien d’étudiants provenant des classes préparatoires du Nord Pas-de-Calais intègrent l’une des grandes écoles nationales citées en référence, pour l’année 2008 on en trouve 17 provenant des classes préparatoires scientifiques et 2 provenant des classes préparatoires littéraires, soit moins de 1% de l’effectif total. Il y a bien tromperie sur la marchandise. Naturellement, je ne suis pas naïf et je comprends bien que certains des enfants des cadres supérieurs et de la haute bourgeoise du Nord Pas-de-Calais ont déjà quitté le cocon familial et sont au chaud dans des classes préparatoires plus huppées pour rejoindre le vivier de la noblesse d’Etat ».

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