Archives du mot-clé Fillon

Remaniement ou reniement ?

Il y a cinquante ans, le 4 novembre, le général De Gaulle annonçait la tenue du référendum d’autodétermination sur l’Algérie qu’il avait envisagé dans sa célèbre allocution du 16 septembre de l’année précédente. Il eut lieu le 1er juillet 1962, son résultat fut sans appel, c’était la fin de l’Algérie Française. Ce fut également la fin du ministère Debré, sortie honorable pour un défenseur de l’Algérie française qui refusait de se renier.

Le 8 novembre suivant, les américains élisaient par 49,7% des voix contre 49,5% John Fitzgerald Kennedy, le plus jeune président qu’ils aient jamais eu. Deux jours plus tard, se réunissait une conférence au sommet à Moscou des dirigeants communistes de 81 partis dans le monde pour approuver les thèses de Nikita Khrouchtchev sur la coexistence pacifique. Dans les deux cas une politique nouvelle se dessine.

Quel contraste saisissant aujourd’hui. Fillon ou Borloo,  Guéant ou Hortefeux, quelles alternatives enthousiasmantes pour l’hyperprésident ! Chaussettes balladuriennes[1] ou breuvage canari[2], contrôle des médias ou chasse aux Roms.  Mais tous les quatre sont en accord pour justifier une politique en accordéon. Crise oblige. Peu importe finalement puisque nous vivons à l’heure des hauts fonctionnaires dont l’obéissance au chef de l’Etat est toute relative. Il n’y a guère que sous Pétain que l’on a connu un tel pouvoir de la noblesse d’Etat[3]. En ce sens, la création de l’Ecole Nationale d’Administration et la nationalisation de l’Ecole des Sciences Politiques à la libération, en contradiction avec ce que réclamait Marc Bloch, ne furent que les prémices des désordres actuels.

On fêtera le 24 novembre prochain, la création de l’Ouvroir de littérature potentielle (Oulipo), groupe international de poètes et de mathématiciens se définissant comme des « rats qui construisent eux-mêmes le labyrinthe dont ils se proposent de sortir ». Il fut fondé par Raymond Queneau et le mathématicien François Le Lionnais, pères fondateurs des présents Oulipotes. Georges Perec, que j’ai croisé au CHU St Antoine de l’université Pierre et Marie Curie dans les années soixante dix alors qu’il œuvrait au sein du laboratoire de neurophysiologie, en a été un membre illustre qui a donné son nom à une rue du 20ème arrondissement, un timbre poste et un astéroïde. Georges Perec, qui n’a pu malgré de nombreuses analyses faire son deuil ni de son père mort pour la France en 1939 ni de sa mère morte à Auschwitz quatre ans plus tard, était tout de dérision et pas seulement sur la vie universitaire. Il réussit même à faire publier un article mémorable sur l’organisation tomatotopique de la cantatrice soprano dans Journal of International Medicine au cours des années quatre-vingt.

Ah ces années soixante, qui furent celles de mes études supérieures, comme elles ont été folles. Continuer la lecture