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Le mirage des concours

credit flickr - rbglasson

Michel Guillon me reproche de solliciter « en quelque sorte, la séparation des ordres, en l’habillant d’un discours convenu sur la mixité sociale et l’intégration ». Je crois qu’il a mal interprété mon propos. Mon problème majeur n’est ni la mixité sociale ni l’intégration. Certes je ne suis contre ni l’une ni l’autre, mais je considère que la mixité sociale est beaucoup plus difficile à réaliser, voire impossible, dans une société en régression où chacun s’efforce d’abord de protéger son pré carré et sa progéniture.

Ma préoccupation est toute autre, le système éducatif français qui consiste à séparer le bon grain de l’ivraie résulte d’une lecture imparfaite de l’évangile selon Mathieu . Le Christ nous invite à favoriser la croissance de la bonne graine, certes, mais encore faut il d’abord que le Père se soit « fendu » de la bonne semence ! Qui peut dire à l’adolescence que la semence sera la bonne ? Il se trouve que la semaine dernière j’ai, pour la troisième année consécutive, corrigé 140 copies de l’épreuve dite « de culture générale » du concours d’entrée en deuxième année de médecine. Au moins dans cet exercice, il n’est pas besoin de s’interroger sur le fait de savoir si « la suppression des concours, [est] la meilleure protection contre le recrutement au faciès ». Nous savons en effet que la filière médicale est redevenue la plus ségrégative.

Deux questions avec réponse sur une demi-page au maximum pour chacune étaient proposées aux impétrants. Le correcteur, disposait de la liste des 13 mots clés pour chaque question et d’une feuille où il devait comptabiliser la présence des mots clés. Toute pondération pour le style, l’orthographe, la compréhension du sujet était interdite. Aucun contre sens ne pouvait être utilisé pour invalider le décompte d’un mot Moins de 20% des copies avaient plus de 50% de bonnes réponses. Pas plus de 10% des copies faisaient apparaître une maitrise du sujet. Impossible de détecter à travers cet exercice une quelconque motivation pour l’exercice du métier de médecin. Par contre une certitude, celles que les quatre cinquièmes des candidats n’avaient pas assez d’envie d’être médecin pour connaître l’état de la médecine dans l’empire Romain et aucun pour savoir que l’utilisation des antibiotiques avait éradiqué les maladies cardiaques induites par le streptocoque hémolytique. Et voilà comment sont sélectionnés nos futurs médecins avec comme seule justification théorique « la meilleure protection contre le recrutement au faciès ».

En réalité je prône la création, au sein des universités, de collèges « undergraduate » permettant certes la mixité sociale, mais aussi celle de l’intelligence. Continuer la lecture

A Mon cher ami Jean François Mela

JF MELA

Mon ami Jean François Mela vient de publier sur son blog un point de vue décapant sur les réorganisations universitaires en cours : La course à l’excellence dans le ghetto français. Cet article vaut d’être lu et commenté.

Il fait, en contrepoint à ce qui se passe en France, une audacieuse comparaison avec la politique des Etats Unis d’Obama et la situation des universités scandinaves. En ce qui concerne Obama, il n’a pas tord de constater que celui-ci a lancé dès son élection « un plan ambitieux de 12 milliards de dollars sur 10 ans, en faveur des community colleges et que ces établissements rassemblent, de façon non sélective, 6 millions d’étudiants (soit le tiers des étudiants américains) ». Mais de là à dire que ces collèges soient comparables aux IUT et aux BTS qui en comptent environ 300 000 il y a de la marge, c’est en effet plutôt aux licences universitaires qu’il faudrait les comparer et dire que de ce point de vue le plan licence est une douce rigolade.

Mais Obama n’a pas eu à s’occuper de la cinquantaine de grandes universités intensives en recherche, publiques ou privées, dont la mise à la diète, bien que sévère, par la crise ne diminuera ni leur place dans le concert mondial, ni leur créativité, ni même leur possibilité à rebondir compte tenu de leur avance en matière de financement et d’autonomie. Sans doute les universitaires y laisseront quelques dollars en chemin, mais je ne suis même pas certain que cela ralentira le « brain drain ». Il est de fait que la manière dont l’administration Obama a géré la crise a entraîné quelques bouleversements dans les choix des familles qui ont plus qu’avant pris garde au rapport qualité prix dans l’offre de formation universitaire. Et d’ailleurs Jean François Mela sait bien que les Etats-Unis se sont doté depuis longtemps d’indicateurs internes de performance qui montrent assez clairement que les établissements les plus performants dans le domaine de la formation ne sont pas les universités majeures au classement de Shanghaï. Il ne faut certes pas être sorti de polytechnique ou des écoles normales supérieures pour comprendre que ce qui explique la performance des classes préparatoires de la Montagne Sainte Geneviève, de Neuilly, de Versailles, du lycée du Parc etc. c’est la qualité des étudiants et pas celle des enseignants.

Par contre, je ne peux pas laisser Jean François Mela reprendre à son compte sans réagir l’affirmation de Jamil Samli selon laquelle les économies scandinaves marcheraient très bien alors que ces pays n’ont aucune université « de rang mondial ». L’édition 2009 du classement de Shanghaï montre que : Continuer la lecture

Le concours commun aux formations de santé, une mauvaise décision pour tenter régler un problème bien réel.

L’Assemblée nationale a adopté la création d’une année commune de sélection aux professions de santé. La députée Jacqueline Fraysse, soutenue par le professeur Debré et d’autres médecins UMP de l’hémicycle, avait proposé un amendement repoussant la réforme à 2010-2011. Cet amendement a finalement été rejeté. A cette occasion Valérie Pécresse, la ministre de l’Enseignement supérieur et de la recherche a déclaré : « Il y a en face de moi un certain nombre de personnes qui considèrent que lutter contre l’échec en première année de médecine peut attendre. Je leur réponds : non, c’est une urgence. Et le rôle du service public de l’enseignement supérieur est de répondre aux besoins et aux urgences des étudiants ».

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