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Pas de réformette isolée de l’enseignement primaire svp

« Notre système éducatif est un de ceux en Europe dans lequel l’origine sociale pèse le plus sur les résultats scolaires » Fabienne Bruguère et Camille Peugny[1].

Nul ne peut aujourd’hui l’ignorer, notre enseignement primaire n’est plus adéquat et le collège unique n’est pas une réussite. L’investissement n’est massif sur les lycées, qu’en raison du fait que les classes préparatoires sont scandaleusement sur-dotées.

Depuis que le parti socialiste et l’UMP se sont remis en campagne, il ne fait pas de doute que l’éducation sera au cœur de la prochaine présidentielle. L’UMP qui, ne l’oublions pas, est à la barre depuis dix années va s’efforcer de maintenir l’essentiel du système ségrégationniste en place en proposant des aménagements homéopathiques du primaire public tout en y poursuivant l’expansion du secteur privé et en refusant de rendre obligatoire les classes maternelles dès l’âge de deux ans. Le parti socialiste a quant à lui annoncé des réformes profondes mais sans faire de propositions concrètes pour lutter contre le processus de ségrégation sociale et culturelle à l’œuvre dès le collège, puis au lycée et à l’entrée des études supérieures. La gauche de la gauche, sur ce sujet, n’a en réalité aucune proposition vraiment révolutionnaire.

Des voix s’élèvent ici ou là ces derniers temps pour remettre en question le système de notation en vigueur dans la plupart des écoles primaires (certaines s’en sont affranchies). Mais bien rares sont ceux qui remettent en question la maladie française de considérer la docimologie comme le nec plus ultra de l’évaluation des progrès scolaires et universitaires. Rien ne changera pourtant vraiment dans l’enseignement primaire et secondaire tant que la Nation refusera de questionner le mode de constitution de ce que la vulgate appelle ses élites. En effet, dès lors que le recrutement des cadres moyens et supérieurs du public comme du privé restera conditionné par des systèmes étroitement corporatistes, on aura le triste privilège Continuer la lecture

Le déni d’échec.

credit : 1suisse sur Flickr

Le déni de grossesse se définit comme le fait, pour une femme enceinte, de ne pas avoir conscience de l’être . C’est bien de cette pathologie dont est atteinte la société française en ce qui concerne son système éducatif. Un rapport de la Cour des Comptes qui tentait naïvement de présenter quelques symptômes du mal a été immédiatement relativisé par Luc Châtel ministre de l’éducation nationale . Et en dehors d’un Slam des banlieues on ne peut qu’être frappé par le silence abyssal de la communauté éducative.  De fait on sait que, depuis 1995 tous les indicateurs stagnent voire même régressent.

Les comparaisons internationales effectuées par l’OCDE font apparaître une efficacité moyenne de l’enseignement scolaire français. Qu’il s’agisse de la compréhension de l’écrit, des mathématiques ou des sciences, la France se situait en 2006 juste au-dessous de la moyenne de l’OCDE. Ainsi, sur les 30 pays figurant sur le tableau ci après, la France figure au 17ème rang pour la compréhension de l’écrit et les mathématiques et au 19ème rang pour les sciences. Il est certain que les prochaines études montreront que la situation en 2010 s’est encore détériorée. Continuer la lecture

La réforme du lycée est elle nécessaire ?

credits: Alizée VAUQUELIN - flickrNul ne le conteste, mais force est de reconnaître que le projet actuel n’est nullement à la hauteur des enjeux.

De quoi s’agit-il en effet ? Officiellement, de lutter contre deux tendances délétères observées depuis quinze ans : la désaffection des étudiants pour les sciences et le naufrage de la filière littéraire. En 2005, dans son avis n° 239 le Sénat rappelait les objectifs stratégiques du pays en matière d’éducation : 100 % des jeunes sortant de formation avec un diplôme ou une qualification reconnue, 80 % d’une classe d’âge au niveau du baccalauréat et 50 % d’une classe d’âge diplômée de l’enseignement supérieur. Cinq années plus tard non seulement ces objectifs ne sont pas atteints, mais le nombre de jeunes parvenant à un niveau d’études équivalent au baccalauréat reconnu par un diplôme stagne, malgré la montée en puissance du baccalauréat professionnel. En outre, on est loin de l’objectif affiché à Bologne que la moitié d’une génération obtienne un diplôme de licence.

Dans ces conditions, une réforme largement cosmétique, même si elle peut avoir quelque utilité immédiate, ne modifiera en rien la triste évolution en cours, à savoir la perte de culture et de confiance dans les sciences des jeunes générations.

On ne peut donc que regretter que la seule critique qui s’élève soit celle d’une vision corporatiste étroite alors que précisément le seul crédit que l’on peut faire au texte c’est de retarder l’heure des choix définitifs et de tenter la relance d’une filière littéraire moribonde. Continuer la lecture