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Pas de réformette isolée de l’enseignement primaire svp

« Notre système éducatif est un de ceux en Europe dans lequel l’origine sociale pèse le plus sur les résultats scolaires » Fabienne Bruguère et Camille Peugny[1].

Nul ne peut aujourd’hui l’ignorer, notre enseignement primaire n’est plus adéquat et le collège unique n’est pas une réussite. L’investissement n’est massif sur les lycées, qu’en raison du fait que les classes préparatoires sont scandaleusement sur-dotées.

Depuis que le parti socialiste et l’UMP se sont remis en campagne, il ne fait pas de doute que l’éducation sera au cœur de la prochaine présidentielle. L’UMP qui, ne l’oublions pas, est à la barre depuis dix années va s’efforcer de maintenir l’essentiel du système ségrégationniste en place en proposant des aménagements homéopathiques du primaire public tout en y poursuivant l’expansion du secteur privé et en refusant de rendre obligatoire les classes maternelles dès l’âge de deux ans. Le parti socialiste a quant à lui annoncé des réformes profondes mais sans faire de propositions concrètes pour lutter contre le processus de ségrégation sociale et culturelle à l’œuvre dès le collège, puis au lycée et à l’entrée des études supérieures. La gauche de la gauche, sur ce sujet, n’a en réalité aucune proposition vraiment révolutionnaire.

Des voix s’élèvent ici ou là ces derniers temps pour remettre en question le système de notation en vigueur dans la plupart des écoles primaires (certaines s’en sont affranchies). Mais bien rares sont ceux qui remettent en question la maladie française de considérer la docimologie comme le nec plus ultra de l’évaluation des progrès scolaires et universitaires. Rien ne changera pourtant vraiment dans l’enseignement primaire et secondaire tant que la Nation refusera de questionner le mode de constitution de ce que la vulgate appelle ses élites. En effet, dès lors que le recrutement des cadres moyens et supérieurs du public comme du privé restera conditionné par des systèmes étroitement corporatistes, on aura le triste privilège Continuer la lecture

Retraites, chômage et égalité des chances !

Retraites, chômage et égalité des chances !

S’insurgeant, sur le blog gaulliste libre, contre mes déclarations sur le chat du journal « Le Monde », un certain Laurent Pinsolle 34 ans de formation commerciale et, dit-il, passionné par la politique et l’économie depuis une vingtaine d’années m’accuse de défendre le modèle Etatsunien. Accusation relayée par Marianne 2. Le fait de constater qu’actuellement, c’est la nation qui s’endette pour payer les études des riches… Que l’on n’est absolument pas dans le système américain, pour une raison très simple, c’est que le système universitaire américain est une organisation en pyramide avec une base très large, community colleges de deux ans et colleges de quatre ans. Qu’en France c’est à partir de l’enseignement secondaire que se fait la sélection vers les formations les plus longues (je devrais dire la ségrégation) et qu’elle est réalisée avant le baccalauréat n’est pas franchement un scoop. Donc je persiste à dire que quelles que soient les tares du système américain, il est moins inégalitaire que le nôtre.

Le débat sur l’organisation scolaire s’est focalisé sur l’égalité des chances. Un chantre des classes préparatoires, lui-même enseignant en prépa au lycée Saint-Louis à Paris tente également dans un blog de défendre l’indéfendable. Il réfute, contre les faits, que les financements des classes prépa soient excessifs par rapport à leur rendement en terme de succès. Il oublie deux choses ; d’une part que la sélection en amont effectuée par les proviseurs des lycées possédant des classes préparatoires dès le mois de janvier rabat vers celles-ci la majorité des meilleurs élèves des sections S ; d’autre part que la myriade des écoles, qui pour la plupart n’ont de grand que le nom dont elles s’affublent, permet d’offrir une porte de sortie masquant ainsi les échecs : « on croit entrer à Polytechnique, on se retrouve à Pont-à-Mousson » ; enfin que le retour à l’université pour un « taupin » n’est pas considéré comme un échec par les statistiques ministérielles alors que c’en est bel et bien un. Dans ce blog il affirme : « les classes préparatoires, par leur fort contenu pluridisciplinaire, contribuent aujourd’hui de plus en plus à combler les lacunes culturelles et linguistiques que les différentes réformes du secondaire ont contribué à produire. Alors, faut-il faire disparaître ce qui contribue, pour une minorité certes, à remédier à une crise ou s’en inspirer pour la majorité ? ». Une à deux heures de français ou de philosophie par semaine dans les classes prépa scientifiques, c’est cela le fort contenu pluridisciplinaire ? Il prévient que si un éventuel rapprochement des classes préparatoires et des universités avait lieu comme certains le souhaitent : « il faudrait veiller à ce qu’il ne s’apparente pas à une simple annexion, voire pis, à une dilution des « prépas » dans les universités ». Et sans état d’âme prétend que « c‘est bien le modèle des « prépas » qui pourrait sauver aujourd’hui le premier cycle universitaire et non l’inverse ».

Mais François Dubet nous ramène à la réalité, Continuer la lecture

Dur dur chez nos Frères d’Amérique.

crisis

Dans beaucoup d’institutions des Etats Unis, la date limite pour que les étudiants ayant demandé une inscription pour la prochaine année universitaire confirment leur choix était le premier mai. Ils devaient le faire en envoyant des arrhes à, théoriquement, une seule institution pour réserver leur place. Cette année, de nombreux « colleges » ont indiqué une forte augmentation du nombre des élèves qui ont reporté ce choix à la dernière minute,  le versement des arrhes se poursuivant la première semaine de mai. Certains établissements ont en outre repoussé la date fatidique pour tenir compte de cette situation.

Cette année, plus encore que les autres années, une trentaine d’institutions prestigieuses ont proposé des aides généreuses pour pénétrer encore plus les couches moyennes et c’est ainsi que Harvard et Yale, par exemple ont constaté des rendements identiques à l’an dernier. Mais il s’agit d’un monde clos, bien que plus large que celui des grandes écoles françaises. Continuer la lecture