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Jeudi 19 mars, Paris vu de Berlin.

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Jeudi 19 je ne participe pas à la journée d’action intersyndicale. Non pas que la crise économique et sociale qui secoue le pays me soit indifférente, mais par ce que je suis à Berlin, déplacement prévu de longue date. A cette occasion je rencontre mon homologue de l’université Humboldt de Berlin. Cette université créée en 1880 à l’initiative d’un linguiste réformateur libéral de l’éducation, Wilhelm von Humboldt fut l’un des phares de l’éducation supérieure allemande. Elle s’appela d’abord l’université Frédéric-Guillaume. Les noms de ses enseignants et de ses étudiants les plus connus suffiraient à retracer l’ensemble de l’histoire intellectuelle, scientifique et politique de l’Allemagne : en philosophie, Fichte, Hegel et Feuerbach, en physique, Albert Einstein et Max Planck, sans oublier Heinrich Heine, mais aussi Otto von Bismarck et Karl Marx. Vingt-neuf Prix Nobel y ont enseigné. Lors de la chute de Hitler, la partition progressive de Berlin et la prise de contrôle par le parti communiste de l’université qui s’accompagna d’une répression brutale vis-à-vis de certains étudiants et de professeurs entraîna une scission de l’université, et la fondation de l’Université libre de Berlin dans le secteur d’occupation américain à Dahlem. C’est à cette époque qu’elle prit le nom de son prestigieux créateur. La concurrence acharnée que se livrèrent l’Est et l’Ouest à Berlin se traduisit évidemment en termes de compétition entre les deux universités et les investissements y affluèrent des deux côtés.

Mais on ne donne pas impunément l’éducation à un peuple sans lui donner en même temps les marges de manœuvres de la démocratie et une économie capable de répondre aux aspirations de la jeunesse (on le voit bien en ce moment partout en Europe et singulièrement en France). La chute du mur de Berlin, prélude à la chute de ce que l’on appelait alors le socialisme réel, c’est d’abord cette rupture là qu’elle signifie. Mais les années qui ont suivi 1989 furent dures pour ces deux universités car la priorité était à la reconstruction de Berlin, pas à l’université. Un renouvellement considérable des cadres eut lieu et petit à petit elles reprirent leur place éminente dans le concert des grandes universités européennes. Depuis plus de trois ans elles sont à l’heure d’une autonomie renforcée et gèrent la totalité de leur budget (salaires compris) dans un contexte économique difficile puisque le volume de leurs crédit n’avait suivi ni la hausse du coût de la vie, ni les effets du fameux GVT¹. L’incertitude y est grande en ce moment car, du fait de la crise économique, le gouvernement n’a pas confirmé qu’il donnerait suite à la hausse de 15% des budgets qui était prévue. Continuer la lecture