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Hystérie et Hypocrisie !

En ce mois où l’on célèbre le 100ème anniversaire de la première de Pétrouchka d’Igor Stravinsky au Palais Garnier, la semaine qui vient de s’écouler était la fête des jeunes.

« J’ai déjà mon bac je vous rends service donc soyez content » c’est ainsi que l’internaute Chaldeen accompagnait l’énoncé du problème de statistique qu’il avait obtenu d’un hold up dans une imprimerie de la république proclamée inviolable par l’ineffable Daniel Bancel. C’est ainsi qu’une fuite a été découverte concernant une question de l’épreuve de mathématiques (une question portant sur les statistiques et qui s’est révélée être la plus facile de l’épreuve et représentant 20% de la note totale). Sont concernés les 165 000 candidats de la série S du baccalauréat général.

D’après le journal « le Monde », une circulaire rédigée par le cabinet de Luc Châtel mercredi dernier fait une série de recommandations aux jurys. Intitulée « Mesures prises suite aux soupçons de fuite », elle propose de transformer les quatre points de l’exercice « neutralisé » en « bonus ». « Pour chacun de ces exercices [2, 3 et 4], il est demandé de répartir les points redistribués sur les réponses les mieux réussies par les candidats ». Il en profite pour améliorer le rendement de l’épreuve. « Une attention particulière sera portée, lors des délibérations, à ceux dont la moyenne générale est à un point d’un des seuils décisifs tels que : admission à l’oral (entre 7 et 8 ) ; obtention au premier tour (entre 9 et 10) ; mentions (respectivement entre 11 et 12, entre 13 et 14, entre 15 et 16). » Année pré-électorale oblige, il s’agit d’augmenter les notes mais, prudence, après avoir jeté un œil au livret scolaire. Il y est précisé que « devra être particulièrement considéré l’écart produit par une note de mathématiques manifestement éloignée du niveau des candidats tel qu’attesté par leur livret scolaire. » Comme j’aurais aimé être au jury du bac cette année !

Les professeurs de mathématiques des lycées ont réclamé l’annulation de l’épreuve. Des parents d’élèves ont saisi la justice. Si l’épreuve de mathématiques était annulée par un tribunal administratif, le coût additionnel pour la correction des 165 000 nouvelles copies de mathématiques serait de 825 000 euros sans compter les dispositifs annexes pour la tenue de l’épreuve. Continuer la lecture

Paroles, paroles, paroles …

Les chiffres sont cruels, le score moyen en mathématiques des élèves français chute de 14 points entre 2003 et 2009 (enquête PISA 2009), ils obtiennent un score en sciences qui stagne et se révèle tout aussi moyen. Pourtant, 50 % des lycéens de la voie générale s’orientent en première S qui devrait être la filière scientifique par excellence. Comment dans ces conditions redonner aux élèves le goût pour les carrières scientifiques et relever leur niveau pour rendre la France plus compétitive dans la recherche et l’innovation ?

Face à cette situation le ministre Luc Châtel propose une énième réforme du lycée qui vient de recevoir une volée de bois vert de l’association des professeurs de mathématiques de l’enseignement public : « Ce plan sciences est un écran de fumée qui masque la diminution des heures de sciences pour la série S et la disparition des mathématiques dès la seconde pour la série des « littéraires » les professeurs des sciences de la vie et de la terre ne sont d’ailleurs pas en reste, ils estiment que leurs disciplines « perdent une demi-heure en seconde et une heure en première par semaine. » Alors que leur enseignement était expérimental, les cours en groupes restreints sont diminués. Eric Barbazo, président de l’association des professeurs de mathématique de conclure : « Ce n’est pas comme cela que l’on va concurrencer les élèves indiens et chinois ».

Qu’en est-il réellement ? Les jeunes français sont-ils devenus des crétins en moins d’une décennie ? Et des incultes puisque les tests PISA montrent aussi un recul dans la compréhension de l’écrit. Continuer la lecture

L’alternative

L'alternative

En rebond sur mon dernier article, Irnérius me taquine sur mon manque de propositions et pointe le risque, avec les doubles cursus que j’ai créés à l’UPMC en 2005 en partenariat avec l’Institut d’études politiques d’abord puis de Paris Sorbonne ensuite, d’avoir ainsi mis en place des licences fréquentées par les seuls étudiants issus des classes favorisées. Ce n’était pas le but de ces programmes qui visaient à restaurer un minimum de mixité intellectuelle chez les primo-entrants et de représenter une alternative aux classes préparatoires. Cinq années plus tard, malgré une concurrence accrue, on peut constater l’effet positif de ce dispositif :

Mention au baccalauréat

Revenons maintenant sur le panorama éducatif français. Nous savons que l’intégration de la dernière grande vague d’immigration constituée pour l’essentiel des anciens colonisés attirés en France dans les années soixante pour les besoins du développement industriel ne s’est pas effectuée, contrairement à ce qui s’était passé pour les vagues antérieures de polonais, d’italiens, d’espagnols et de portugais. Mais ce qu’Arlette Chabot appelle hypocritement l’échec de 30 ans de politique de la ville est en réalité l’échec d’une politique d’intégration Continuer la lecture

La réforme du lycée est elle nécessaire ?

credits: Alizée VAUQUELIN - flickrNul ne le conteste, mais force est de reconnaître que le projet actuel n’est nullement à la hauteur des enjeux.

De quoi s’agit-il en effet ? Officiellement, de lutter contre deux tendances délétères observées depuis quinze ans : la désaffection des étudiants pour les sciences et le naufrage de la filière littéraire. En 2005, dans son avis n° 239 le Sénat rappelait les objectifs stratégiques du pays en matière d’éducation : 100 % des jeunes sortant de formation avec un diplôme ou une qualification reconnue, 80 % d’une classe d’âge au niveau du baccalauréat et 50 % d’une classe d’âge diplômée de l’enseignement supérieur. Cinq années plus tard non seulement ces objectifs ne sont pas atteints, mais le nombre de jeunes parvenant à un niveau d’études équivalent au baccalauréat reconnu par un diplôme stagne, malgré la montée en puissance du baccalauréat professionnel. En outre, on est loin de l’objectif affiché à Bologne que la moitié d’une génération obtienne un diplôme de licence.

Dans ces conditions, une réforme largement cosmétique, même si elle peut avoir quelque utilité immédiate, ne modifiera en rien la triste évolution en cours, à savoir la perte de culture et de confiance dans les sciences des jeunes générations.

On ne peut donc que regretter que la seule critique qui s’élève soit celle d’une vision corporatiste étroite alors que précisément le seul crédit que l’on peut faire au texte c’est de retarder l’heure des choix définitifs et de tenter la relance d’une filière littéraire moribonde. Continuer la lecture

Cher Richard Descoings, ne pas se contenter d’un replâtrage de façade.

montaigne | crédits Djof - Flickr

Le Professeur Léna, après tant d’autres, vient une nouvelle fois, dans une interview au supplément Education Demain du journal « Le Monde », de tirer la sonnette d’alarme du désamour pour les sciences des jeunes générations et de s’étonner que seuls 7% des anciens étudiants de l’Ecole Polytechnique se tournent vers la recherche. Richard Descoings estime quant à lui que priorité doit être donné au maniement de la langue française. Anne Astier, docteur 1994 de l’UPMC, actuellement en poste en Grande-Bretagne, remarque sur le blog www.sciencesetmedecine.fr que l’érosion de la barrière linguistique, si paralysante pour les chercheurs français sur la scène mondiale, ne peut commencer que par la réforme structurelle de l’enseignement des langues en France.  Nous sommes nombreux à réclamer une réforme de l’enseignement secondaire pour une meilleure orientation des élèves vers l’enseignement supérieur et la recherche. Encore faudrait-il s’entendre sur les termes.

Les premières orientations qui se dégagent de la mission de Richard Descoings sont encourageants lorsqu’elles laissent penser que l’organisation pyramidale qui place le baccalauréat S au firmament des bacs pourrait s’écrouler et que les cours les plus difficiles devraient être donnés lorsque les enfants sont les plus réceptifs. Mais encore ne faudrait il pas  que l’arbre du baccalauréat S cache la forêt de l’utilisation des sciences à tous les niveaux à des fins sélectives. Continuer la lecture