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Les universités et le XXIème siècle !

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Nul n’étant prophète en son pays, ce n’est pas la CPU qui m’a sollicité pour donner mon sentiment sur l’impact socio-économique des universités en ce début de siècle, mais la conférence des universités espagnoles. Et c’est pourquoi je profite d’un stop de deux heures dans l’aéroport de Madrid, en attente de mon vol pour Santander pour commencer l’écriture de ce billet. Santander, charmante cité balnéaire de la côte Cantabrique, mais aussi siège de deux universités dont l’Université internationale Menéndez Pelayo, où va se tenir ce séminaire, de plusieurs musés et qui accueille chaque année un festival de jazz. A la Tabacalera de Santander, entrepôts transformés en pénitencier, après avoir pris la ville en août 1937, les franquistes entassèrent 4000 républicains dans des avant de les liquider un à un et de les jeter dans des fosses communes. Celle qui fut la dernière statue équestre de Franco de toute l’Espagne fut finalement déboulonnée le 18 décembre 2008 à l’occasion du réaménagement de la place et devrait rejoindre le futur Musée de la Cantabrie.

Dans ce genre d’exercice, il vaut mieux connaître ses dossiers, et ce d’autant que les universités espagnoles sont en pleine mutation. L’Espagne est le pays européen dans lequel le nombre de publication a le plus progressé ces dernières années, il a doublé en 10 ans,

  • devant les universités françaises (+78%),
  • les universités suisses (+66%),
  • les universités italiennes (+57%) et loin devant
  • les hollandaises (+42%),
  • les allemandes (+48%) ou
  • les anglaises  (+38%).

Ce qui relativise au passage le discours ambiant sur la mauvaise qualité des universités françaises car dans la même période, le nombre de publication des soit disant « grandes écoles » n’a cru que de 40% et celles du CNRS ou de l’INSERM que de 20% environ.

Quoi qu’il en soit, cette commande survenue à la mi-juillet m’obligea à quelques devoirs de vacances durant le périple aoûtien que j’ai décrit dans ma précédente note. Je décidais donc de m’en tenir à quelques exemples pour lesquels des données fiables étaient accessibles. Continuer la lecture

Un tour estival de France, des amis et de la famille.

credits : Phil91 - flickr

Ce dimanche du 2 d’août 2009, dixième anniversaire de la découverte macabre à Bruxelles des corps de Yaguine Koïta et Fodé Tounkara dans le train d’atterrissage d’un avion de la Sabena en provenance de Conakry, qui inspira la diatribe de Stéphane Guillon contre Eric Besson, c’est le départ. Quatre cent quarante ans après que Saint-Gaudens ait été pillée par les Huguenots du duc de Montmorency, quatre cent vingt ans après que Henri de Navarre, fraîchement converti au catholicisme, soit désigné roi de France et couronné le lendemain comme Henri le quatrième, je m’élance avec mon épouse, Françoise, dans l’arène automobile. Nous évitons soigneusement les autoroutes surchargées et les grandes villes. Après avoir parcouru la Beauce monotone, nous rattrapons le soleil à Meung-sur-Loire, où Le Poète Maudit fut engeôlé par l’évêque du coin en 1461. Nous dédaignons Tours vide de ses étudiants pour piquer droit vers Poitiers via Chasseneuil-du-Poitou de notre Raffarin national. Continuer la lecture

Deux bonnes nouvelles en plein été

credits : MEDEF - Flickr

Deux bonnes nouvelles en plein été : Le conseil d’administration de l’UPMC adopte une politique hardie de primes et Martin Hirsch propose des modalités réalistes pour financer les jeunes, en particulier étudiants.

Oui il y a des normaliens sympathiques et utiles. Martin Hirsch est l’un de ceux là. Au mois de janvier, dans mon blog, je saluais sa nomination comme haut commissaire à la jeunesse et il s’attaquait sans tarder à l’épineux problème de l’autonomie financière des jeunes. Dans son livre vert publié le 7 juillet, il rend compte du travail de la commission qu’il a réuni sur ce sujet.

Il propose d’expérimenter un fond en dotation de capital qui pourrait être mobilisé pour aider les jeunes dans leur recherche d’un premier emploi, pour payer des frais de scolarité, ou serait utilisé comme complément aux différentes bourses. Selon l’AEF: « pour un jeune rattaché à un foyer non imposable, la dotation serait de 1 000 euros par an, et lui rapporterait ainsi, au bout de 3 ans, 4 000 euros. Les jeunes dont le foyer se situerait dans la première tranche d’imposition bénéficieraient d’une dotation de 500 euros (soit 2 000 euros au bout de 3 ans), et de 250 euros (1 000 euros après 3 ans) si leur famille est imposée dans la seconde tranche. Les autres (8 % des 15-18 ans) ne pourraient pas bénéficier de cette dotation. Dans cette hypothèse, le coût de cette mesure s’élèverait à 1,6 milliard d’euros, et concernerait 2,9 millions de jeunes. La commission reconnaît que ces critères pourraient être affinés avec la prise en compte du lieu de résidence (zone urbaine sensible…), et du type de lycée (ZEP…). Cette dotation serait accompagnée d’un « complément universel » de 1 000 euros, versé à tous les jeunes de 18 ans. » Par ailleurs, cette commission recommande aux universités d’accroître l’emploi étudiant en leur sein comme c’est le cas dans beaucoup d’universités étrangères. J’espère que cette proposition, qui a été bien accueillie par la Confédération Etudiante, ne sera pas bloquée par ceux qui veulent tout, tout de suite, et en conséquence n’obtiennent jamais rien.

La seconde bonne nouvelle nous vient de l’université Pierre et Marie Curie. Continuer la lecture

Trip en Asie du Sud Est

credit : rpeschetz - flickr

Il est près de 6 heures lorsque je frappe au numéro 1 de la rue Ba Huyên Thanh Quan à Hôchiminh-Ville. Quelques aboiements et je tombe dans les bras de mon ami Nghi. Il n’a pas changé, seulement vieilli, la voie est faible, nasale et moins assurée qu’avant. La vieille dame qui servait du temps de Duong Quinh Hoa a pris sa retraite, sa nièce la remplace. Elle nous a mijoté un excellent dîner vietnamien, d’ailleurs la cuisine du Vietnam ne se goûte vraiment qu’en famille. Je retrouve la maison comme elle était six années auparavant et il veille jalousement sur tous les trésors de l’art et de la culture vietnamienne que Hoa et lui y ont accumulé au fil des ans. Je lis sur son visage la tristesse infinie de l’absence. Il me fait visiter l’autel de Celle qui l’a quitté il y a trois ans. Avant de passer à table, je lui donne des nouvelles de la bande de copains qui a accompagné l’aventure du centre de nutrition de Duong Quinh Hoa et je lui remets mon bouquin sur le Cambodge. Puis comme nous le faisions jadis, nous parlons politique. Obama, Sarkozy, Ahmadinejad, Kim Jong Il ! Tout y passe, y compris la position de son pays sur les évènements du monde. Sa critique est toujours aussi acerbe sur ses anciens camarades de combat. La nouvelle règle de conduite des communistes vietnamiens c’est enrichissez vous ! Je me risque à lui dire qu’il me semble qu’en la matière ils suivent la voie chinoise. Bah me dit il, il y a un grand débat entre les intellectuels chinois et vietnamiens. Nous pensons être les premiers habitants de la chine, avant les Hans ! bien sûr ils ne le reconnaîtront jamais. Comme toujours avec Nghi, l’excessif masque la vision réaliste des progrès de la société mais lui, en philosophe pessimiste, pense que l’égoïsme et l’irresponsabilité vont tuer l’humanité. La révolution ne sert à rien conclu t’il. Je regagne l’hôtel le cœur plein de nostalgie en repensant à la vie de ce couple fusionnel qui a tant œuvré pour la justice et les enfants. Je veux mettre tout en ordre ici avant de rejoindre Hoa m’a dit Nghi en me quittant. Décidément il faut que j’écrive aussi sur cette partie de ma vie.

Le Vietnam, je l’ai découvert il y a presque trente années, dans les conditions que j’ai indiqué ailleurs . Hôchiminh-Ville, la Saïgon des français et des américains a évidemment beaucoup changé. Continuer la lecture

La noblesse d’Etat au secours des gauchistes

crédits : claytron sur flickr

L’état n’a pas accompagné la massification de l’enseignement supérieur par une politique immobilière conséquente envers les universités, réservant son soutien principal aux filières sélectives. La mise en action en 1992 du plan université 2000 à travers les contrats de plan Etat/Régions (1989-1993, 1994-1999 puis 2000-2006) s’est faite sans que les présidents des universités concernées aient pu y avoir une influence importante puisqu’ils n’en étaient pas signataires. Le plan université 2000 qui était destiné d’abord à palier le déficit en locaux  s’est traduit par un maillage relevant d’abord d’une accumulation de décisions successives sans coordination entre elles et a finalement renforcé l’émiettement des implantations. Le plan universités du 3ème millénaire qui lui a succédé n’a pas non plus été harmonisé avec le schéma d’implantation des services collectifs, bien qu’il ait dégagé des axes prioritaires portant essentiellement sur les restructurations et les réhabilitations. Il a été décliné en plusieurs opérations : Continuer la lecture

Ne pas baisser la garde dans l’application des réformes.

crédits: kathryn_rotondo sur flickr

Il est maintenant évident que le mouvement multiforme qui se développe depuis plusieurs semaines rassemble des intérêts contradictoires. Les rénovateurs de 68, ceux qui ont créé Vincennes et Villetaneuse, ceux qui ont impétueusement chamboulé l’organisation universitaire à Nanterre, doivent se retourner dans leurs tombes en lisant les propos conformistes et conservateurs de la coordination universitaire. De critique du système existant point, de la remise en cause de la sélection précoce à l’école point, de la contestation de la prévalence des soit disant Grandes Ecoles, point. Une affirmation, contredite par toutes les analyses récentes, que notre recherche et notre enseignement supérieur restent les meilleurs du monde. Et la conjonction dans la défense de nos « pauvres avantages acquis » avec la droite universitaire. Signe le plus patent de l’affaissement généralisé de l’institution. Continuer la lecture

Non Madame la Ministre, le compte n’y est pas.

« Je pense qu’il y a une focalisation excessive sur la question des emplois, mais en regardant les dotations des années précédentes, les universités se rendront compte de l’augmentation sans précédent de leurs moyens », estime Valérie Pécresse, ministre de l’Enseignement supérieur et de la recherche, à l’occasion d’une conférence de presse sur la répartition des moyens et des emplois des universités, lundi 15 décembre 2008 rapporte l’AEF du 16 décembre. Non Madame le ministre, le compte n’y est pas. Votre argument concernant l’université Pierre et Marie Curie, première université de l’Alliance Paris Universitas à avoir demandé pour elle-même l’application de la loi LRU est inexact, voire spécieux. Vous affirmez : « Quant à la contribution qui est demandée à certaines universités, elle reste modérée : Paris-VI a -14 emplois, soit 0,3% de ses emplois… alors que ses effectifs étudiants ont diminué de 1% de 2005 à 2008 » ce qui est contestable. Comment croire vos affirmations comme quoi « Il faut en finir avec le pseudo-égalitarisme » lorsque vous ajoutez « on ne peut pas traiter toutes les universités de la même manière selon notamment que leurs effectifs baissent ou augmentent ». Mais le pseudo-égalitarisme c’est précisément la politique de redéploiement.

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8 au 13 décembre, une folle semaine.

Lundi : le comité exécutif de l’UPMC se réunit aux aurores. Il dresse un bilan morose des propositions du ministère.  Des demandes d’explication et des protestations lui sont adressées, on va se tenir en contact toute la semaine.

Mardi 9 décembre : grande déclaration de Nicolas Sarkozy aux premières assises européennes de l’innovation où, après avoir dressé un portrait dithyrambique  de l’ancien ministre de Jospin, Claude Allègre, il réaffirme sans ambage : « Nous avons lancé en dix-huit mois des chantiers colossaux… Cinq milliards d’euros pour créer dix grands campus universitaires de rang mondial. Mais ce qui est extraordinaire c’est que l’on a réussi sans drame à faire accepter l’idée que tout ne se valait pas, qu’on pouvait choisir d’abord les meilleurs et que les autres devaient continuer à travailler. Quinze autres milliards d’euros en 5 ans seront investis dans l’ensemble de nos universités, enfin devenues autonomes ». Mais en réalité, depuis la veille on connait les chiffres, les six plus grandes universités française sont priées de rendre de 8 à 14 emplois l’an prochain et soumises à la diète budgétaire. Alors qui dit la vérité ? Qui croire avec ce gouvernement ? Dans le même temps les moyens sont maintenus voire renforcés dans les principales écoles d’ingénieurs.

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« Un président d’université doit être paranoïaque »

La lettre de l’étudiant datée du 8 décembre me consacre une interview et à l’amabilité d’annoncer le lancement de ce blog. Bienvenue donc aux lecteurs qui auront découvert son existence via la Lettre. L’interview revient sur mes années de président à l’UPMC, les réformes menées pendant ce mandat. Extrait :

Que changeriez-vous à la loi LRU ?

Il faut la simplifier radicalement. La loi LRU ne devrait pas définir aussi précisément comment les universités doivent s’organiser. Cette question concerne directement les statuts de chaque établissement, en fonction de ses objectifs de recherche et de formation qui ne sont pas les mêmes pour tous. La loi Pécresse ne laisse aucune place à la diversité. Et la loi Goulard est encore pire. les PRES sont été corsetés par l’Etat.

Quelles sont les qualités indispensables d’un président d’université ?

Il doit avant tout être paranoïaque. Il faut qu’il soit en permanence sur la défensive pour détecter ses alliés et ses ennemis, parmi les grandes écoles ou au gouvernement. Mais il ne doit pas être un paranoïaque solitaire, il doit savoir s’entourer. Il faut aussi qu’il ait de l’ambition, à la fois pour lui et son établissement. Et mieux vaut aussi qu’il soit persévérant et n’ait pas besoin de beaucoup de sommeil !

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En voyage aux USA

La semaine suivant l’élection présidentielle aux Etat-Unis j’ai participé à une visite de la direction de l’université Pierre et Marie Curie sur la côte Est des Etats-Unis. Visite éclair mais très instructive. Ce voyage m’a conduit de Boston à Atlanta en passant par New York et Washington. Beau temps sec et frais à Boston, le train rapide qui m’emmène à New Haven pour visiter la faculté de droit de Yale chemine à la vitesse d’un train express régional français, dans l’automne finissant du Massachusetts et du Connecticut qui me rappelle les ocres et les carmins des paysages de la Normandie mancelle. Arrivée en plein centre de New York dans les senteurs de hamburger et l’agitation d’une fin d’après midi. Queues interminables à JFK airport pour le saut de puce vers Washington, vestiges du traumatisme d’un certain 11 septembre. Mais on peut quand même monter dans l’avion avec le talon du billet du voisin… Atlanta ville sans âme qui a voté Palin !

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