Archives pour la catégorie Carnets de voyage

A l’Est, douloureusement du nouveau, en France la morosité.

credits : Reza Vaziri - flickr

De retour à Téhéran, la veille de mon départ pour Bakou, j’assiste chez des amis, en sirotant un Bloody Mary du feu d’Allah, au débat historique Ahmadinejad/Moussavi. J’ai la traduction en direct, c’est vraiment chaud. Je les quitte avant la fin, personne dans les rues, toute la ville est devant la télévision. Le lendemain, dans la voiture du ministère de l’enseignement supérieur, en route vers l’aéroport, nous franchissons au ralenti l’immense cohorte qui se dirige vers le gigantesque mausolée de Kohmeini où l’actuel guide suprême va déclarer son soutien à Ahmadinejad. Mon accompagnateur me raconte qu’une grande partie des iraniens présents sont là contre salaire. Ici aussi, on achète les voix. L’aéroport est désert, après avoir passé assez facilement la sécurité et la douane, négocié un surcroît impressionnant de bagages, l’ATR 72 d’Azerbaïjan airlines m’emporte vers Bakou. Quel contraste à l’arrivée, on est vraiment en Europe n’en déplaise à Nicolas Sarkozy. J’y avais fait une courte visite en 1983 mais je ne reconnais rien excepté la mer, les complexes chimiques datant de l’époque soviétique et les grandes avenues. Mon hôtel est dans la vieille ville sur la colline dont la restauration se fait à un rythme accéléré mais sans grand souci d’authenticité. Continuer la lecture

Vers les marches de l’Orient.

credits: mohammadali - flickr

Vendredi 27 mai, en partance pour Téhéran, je me prépare à l’abstinence en sirotant quelques whiskys dans le salon de l’aéroport d’Orly. Je tombe par hasard sur le « Canard Enchaîné » daté du 27 mai. Je n’en crois pas mes yeux, notre VRP suprême, en visite dans les Emirats arabes unis, était accompagné d’une délégation nombreuse : Claude Guéant, naturellement, peu de ministres (4, pour que le précédent n’ait pas trop de personnes à surveiller), et de nombreuses vedettes du CAC 40 dont Serge Dassault. Mais je n’ai pas trouvé la moindre trace de Georges Molinié ou de Christine Albanel ! Pourtant, au jour où nous sommes, les seules exportations réelles dans les Emirats ce sont la Sorbonne et le Louvre à Abou Dhabi ! Il va falloir qu’il s’y fasse, notre Président. Dans le monde, les universités et la culture représentent bien plus l’esprit français que l’armement ¹ et l’industrie. Je rêve du jour où, en homme pragmatique qu’il est, il voyagera aussi avec le président de l’UPMC.

Mais qu’ai-je à faire au pays des Perses, dont le nom est connu depuis l’empire Achéménide, soit près de 45 siècles ! Je pourrais dire que le cylindre de Cyrus (qui y régna plus de 5 siècles avant notre ère) contient la première déclaration des droits de l’homme ; je pourrais dire encore que des traces de vin datant de plus de 70 siècles y furent retrouvées ; où encore que le premier centre hospitalier universitaire du monde y a vu le jour à Jundi-Shapur, au 3e siècle ; ou enfin, que le mot ?r?n shahr signifie « royaume ou terres des Aryens ». C’est, plus simplement, qu’après le Liban, la Syrie, l’Israël-Palestine, l’Egypte, le Kurdistan Irakien, notre université se devait de visiter les universités de ce pays. Six universités à Téhéran et à Chiraz et le ministère de l’Enseignement supérieur, tel est mon programme. Le tout en cinq jours. Continuer la lecture

11 septembre 1973, Michelle Bachelet et l’université

credits :  Policy Network - flickr

Le 11 septembre 1973, refusant d’être capturé, Salvador Allende, président démocratiquement élu du Chili, se donnait la mort dans le palais présidentiel de la Moneda assiégé et bombardé depuis le matin par une junte militaire conduite par le général Pinochet. Six mois auparavant, l’Unité Populaire qui soutenait Allende avait gagné les élections, frôlant la majorité absolue. L’armée chilienne n’avait pas de tradition « golpiste », plusieurs généraux, restés fidèles à cette conception loyaliste, le payèrent de leur vie. Le Général Carlos Prats Gonzales vice-président d’Allende poussé à la démission par les radicaux de l’armée quelques semaines avant le coup d’état fut assassiné en exil, avec son épouse, le 24 septembre 1974. Ce fut également le cas du général de l’armée de l’air Alberto Bachelet, petit-fils d’un œnologue bourguignon Louis-Joseph Bachelet Lapierre et d’une anthropologue Angela Jeria Gomez. Arrêté et longuement torturé, le général Bachelet décèdera en 1974 en captivité.

Il ne fait aucun doute, comme l’a mis en évidence une commission sénatoriale à Washington que le coup d’état fut accueilli favorablement à Washington. Continuer la lecture

Dur dur chez nos Frères d’Amérique.

crisis

Dans beaucoup d’institutions des Etats Unis, la date limite pour que les étudiants ayant demandé une inscription pour la prochaine année universitaire confirment leur choix était le premier mai. Ils devaient le faire en envoyant des arrhes à, théoriquement, une seule institution pour réserver leur place. Cette année, de nombreux « colleges » ont indiqué une forte augmentation du nombre des élèves qui ont reporté ce choix à la dernière minute,  le versement des arrhes se poursuivant la première semaine de mai. Certains établissements ont en outre repoussé la date fatidique pour tenir compte de cette situation.

Cette année, plus encore que les autres années, une trentaine d’institutions prestigieuses ont proposé des aides généreuses pour pénétrer encore plus les couches moyennes et c’est ainsi que Harvard et Yale, par exemple ont constaté des rendements identiques à l’an dernier. Mais il s’agit d’un monde clos, bien que plus large que celui des grandes écoles françaises. Continuer la lecture

L’University European Center est né !

crédits Mulling it Over sur Flickr

Arrivée à Pékin sur Air China, lundi 30 mars avec une heure de retard due aux engorgements de Roissy. Passage ultra-rapide à la police et, signe des temps, vous êtes invité en appuyant sur l’une des quatre touches d’un compteur, à donner votre avis sur l’accueil du policier. Je veux bien croire que ceci ait accéléré les cadences. On imagine sans peine la réaction des syndicats des policiers et des CRS s’il en était de même à Roissy, ou l’émoi de nos chers syndicats de l’UPMC si l’on installait un tel dispositif à la scolarité où à l’accueil des étudiants étranger ! L’impression immédiate que me fait ce terminal c’est la Gare du Nord à l’heure d’affluence. Mais très vite l’impression s’estompe car ici, en dehors de la foule et du fait qu’elle ressemble bigrement à la nôtre, tout marche. Le VAL automatique arrive régulièrement et j’ai pu constater au retour que lorsqu’il y a encombrement, un bataillon de bétaillères routières supplétives vient se porter en renfort ce qui évite bien des énervements. Le passage de la douane est tout aussi fluide et l’inspection des bagages à main beaucoup plus efficace qu’à Roissy (il est vrai qu’en Chine le niveau des salaires pour cette catégorie de personnels ne pèse pas trop sur les coûts). Au total, avec le transfert de terminal, pas plus d’une demi-heure s’est écoulée depuis que j’ai quitté l’avion. Continuer la lecture

Jeudi 19 mars, Paris vu de Berlin.

Crédits 96dpi sur flickr

Jeudi 19 je ne participe pas à la journée d’action intersyndicale. Non pas que la crise économique et sociale qui secoue le pays me soit indifférente, mais par ce que je suis à Berlin, déplacement prévu de longue date. A cette occasion je rencontre mon homologue de l’université Humboldt de Berlin. Cette université créée en 1880 à l’initiative d’un linguiste réformateur libéral de l’éducation, Wilhelm von Humboldt fut l’un des phares de l’éducation supérieure allemande. Elle s’appela d’abord l’université Frédéric-Guillaume. Les noms de ses enseignants et de ses étudiants les plus connus suffiraient à retracer l’ensemble de l’histoire intellectuelle, scientifique et politique de l’Allemagne : en philosophie, Fichte, Hegel et Feuerbach, en physique, Albert Einstein et Max Planck, sans oublier Heinrich Heine, mais aussi Otto von Bismarck et Karl Marx. Vingt-neuf Prix Nobel y ont enseigné. Lors de la chute de Hitler, la partition progressive de Berlin et la prise de contrôle par le parti communiste de l’université qui s’accompagna d’une répression brutale vis-à-vis de certains étudiants et de professeurs entraîna une scission de l’université, et la fondation de l’Université libre de Berlin dans le secteur d’occupation américain à Dahlem. C’est à cette époque qu’elle prit le nom de son prestigieux créateur. La concurrence acharnée que se livrèrent l’Est et l’Ouest à Berlin se traduisit évidemment en termes de compétition entre les deux universités et les investissements y affluèrent des deux côtés.

Mais on ne donne pas impunément l’éducation à un peuple sans lui donner en même temps les marges de manœuvres de la démocratie et une économie capable de répondre aux aspirations de la jeunesse (on le voit bien en ce moment partout en Europe et singulièrement en France). La chute du mur de Berlin, prélude à la chute de ce que l’on appelait alors le socialisme réel, c’est d’abord cette rupture là qu’elle signifie. Mais les années qui ont suivi 1989 furent dures pour ces deux universités car la priorité était à la reconstruction de Berlin, pas à l’université. Un renouvellement considérable des cadres eut lieu et petit à petit elles reprirent leur place éminente dans le concert des grandes universités européennes. Depuis plus de trois ans elles sont à l’heure d’une autonomie renforcée et gèrent la totalité de leur budget (salaires compris) dans un contexte économique difficile puisque le volume de leurs crédit n’avait suivi ni la hausse du coût de la vie, ni les effets du fameux GVT¹. L’incertitude y est grande en ce moment car, du fait de la crise économique, le gouvernement n’a pas confirmé qu’il donnerait suite à la hausse de 15% des budgets qui était prévue. Continuer la lecture

De retour du pays du cèdre

credit photo Sorgul©® (Away..) I'm going to Kurdistan sur Flickr

Pour la deuxième fois cette année je suis à Beyrouth. Pour un évènement important, la remise des premières habilitations à diriger les recherche à dix enseignants de l’Université Libanaise. C’est l’aboutissement d’une aventure humaine née de la rencontre, au début de mon mandat de président de l’UPMC, avec le recteur de cette université, Ibrahim Kobeisi, professeur de droit. Nous avions dans un premier temps créé, avec quelques universités françaises partenaires, un collège doctoral franco-libanais, puis mis en place un programme européen pour diffuser au Liban les bonnes pratiques en ce qui concerne l’encadrement des thèses (identification de leaders, identification des laboratoires libanais partenaires en coopération avec le CNRS libanais). Vingt enseignants libanais sont entrés dans ce programme financé depuis trois ans par l’Europe. Un décret d’Etat libanais est venu officialiser ce nouveau grade confortant ainsi au Liban le lien indispensable entre enseignement supérieur et recherche.

Le lendemain, je passe la journée avec deux universitaires libanais, l’un exerce à Toulouse où il dirige une UFR, l’autre enseigne à l’université libanaise. Nous partageons les mêmes vues sur l’indispensable autonomie universitaire vis-à-vis de l’Etat. Vu de Beyrouth, nos petites querelles franco-françaises paraissent bien dérisoires, quand on considère la chape de plomb que fait peser, sur l’université libanaise, la bureaucratie de l’Etat, héritage de la France, et les marges de manœuvres que pourraient créer en France une véritable autonomie. Il serait temps maintenant de siffler la mi-temps chez nous et de réfléchir un peu à la cohérence de l’action gouvernementale en matière d’enseignement supérieur. Continuer la lecture

De retour du Liban

De retours des frimas Nord Américains me voici au Liban. La mer méditerranée est d’un vert bleu luisant au soleil de la côte libanaise, dans cet après midi de fin novembre, on se croirait au début de l’été. Parfois une zone plus sombre nous signale des ruines colossales reposant à quelques mètres en dessous. Je suis en compagnie de mon ami Ibrahim Kobeisi, l’ancien président de l’université libanaise, nous avons présidé nos universités respectives à peu près à la même époque de 2001 à 2006. Si la charge était écrasante à l’UPMC, que dire de ses responsabilités alors, lorsqu’il a dû présider à la réunification de l’unique université publique au Liban par delà les multiples communautés qui constituent la réalité de ce pays.

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En voyage aux USA

La semaine suivant l’élection présidentielle aux Etat-Unis j’ai participé à une visite de la direction de l’université Pierre et Marie Curie sur la côte Est des Etats-Unis. Visite éclair mais très instructive. Ce voyage m’a conduit de Boston à Atlanta en passant par New York et Washington. Beau temps sec et frais à Boston, le train rapide qui m’emmène à New Haven pour visiter la faculté de droit de Yale chemine à la vitesse d’un train express régional français, dans l’automne finissant du Massachusetts et du Connecticut qui me rappelle les ocres et les carmins des paysages de la Normandie mancelle. Arrivée en plein centre de New York dans les senteurs de hamburger et l’agitation d’une fin d’après midi. Queues interminables à JFK airport pour le saut de puce vers Washington, vestiges du traumatisme d’un certain 11 septembre. Mais on peut quand même monter dans l’avion avec le talon du billet du voisin… Atlanta ville sans âme qui a voté Palin !

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