Une piqure de rappel est nécessaire article publié dans Le Monde en 2013

Chacun, à droite – voire l’extrême – comme à gauche – y compris la « vraie gauche » auto-proclamée – s’accorde à reconnaître l’effet dévastateur de la désindustrialisation. Moins nombreux sont ceux qui remettent en cause les choix faits il y a trente ans par la haute administration qui, hier comme aujourd’hui, pensait que France s’accommoderait d’une économie de services au détriment du renouvellement de la fabrication de biens manufacturés, incorporant dans les meilleurs délais les innovations issues de la recherche scientifique effectuée dans les laboratoires de recherche.

Cette politique coûte maintenant très cher au pays, par exemple pour la robotique, les équipements médicaux, les biotechnologies et les énergies nouvelles. Et pourtant pendant ces trente années, la qualité de la recherche française s’est considérablement accrue. Et, même si le rythme de l’accroissement de ses publications était inférieur à celui de l’Espagne et de l’Italie, il restait au même niveau que celui de l’Allemagne et des Etats-Unis et supérieur à celui de l’Angleterre et du japon. Aujourd’hui, la France est au 6ème rang des nations mondiales pour le nombre de publications publiées ces dix dernières années.

L’une des causes de la désindustrialisation résulte du fait que, dans notre pays, les meilleures universités en recherche sont insuffisamment au contact des entreprises grandes et petites et que le concept de « parcs d’innovation » dans, où à proximité, des universités a été pour le moins négligé. L’économie de la connaissance n’est ni un slogan, ni une affaire de blogueurs. Le monde est devenu une zone unique de communication et d’accumulation du savoir. Et, bien que le développement de ce monde reste profondément inégalitaire, les découvertes scientifiques, la philosophie de la vie et la culture sont devenus plus accessibles. Dès qu’elles sont dévoilées, les connaissances nouvelles se dispersent et l’effet « first move » disparait parce qu’elles commencent à être partout disponibles pratiquement gratuitement. Les entrepreneurs, quels qu’ils soient, sont condamnés à se rapprocher des créateurs qui ne sont pas forcément les mandarins les plus influents où les beaux parleurs de salons. La règle du secret induite par les sacro-saints droits à la propriété intellectuelle est périmée et les laboratoires d’entreprise à terme condamnés.

Ce qu’il est convenu d’appeler « l’open source », qui résulte de la mise en ligne gratuite des résultats scientifiques, implique donc que l’on passe d’une organisation contractuelle à une coopération plus réelle et de tous les instants. Mais bien que les universités françaises placent le pays au troisième rang pour la formation de docteurs en sciences, ceux-ci sont encore snobés par les entreprises qui n’investissent que fort peu dans leur formation sous forme de contrats doctoraux. Les doctorants sont en conséquence peu encouragés à réfléchir au transfert de leurs innovations et beaucoup sont amenés à s’exporter.

Les universités ont subi, depuis leur recréation en 1969 une réforme tous les dix ans ! La dernière n’a pas cinq ans d’existence et l’on va rebattre les cartes au lieu de les laisser paisiblement adapter leurs organisations à ce qu’elles sont réellement ! Quel malade résisterait à un tel traitement ? Il faut croire que malgré leurs maigres ressources elles ont une bonne constitution. Malheureusement la nouvelle loi sur la recherche ne répond nullement à la nécessité de rapprochement entre les universités et les entreprises à laquelle les investissements d’avenir Sarkozystes n’avaient que très peu répondu. Ce n’est pas la centaine de pages supplémentaires, nécessairement incohérentes quand on connait la force des conservatismes de droite et de gauche, destinée à tartiner le mille feuille bureaucratique qui les étouffe, qui permettra aux universités d’atteindre l’objectif stratégique de mettre la recherche au service de l’innovation et l’innovation au service de la création de valeur ajoutée.

Contrairement à la plupart de leurs homologues des dix pays cités ci-dessus, en dépit des promesses de Sarkozy, elles ne sont même pas propriétaires de leurs biens immobiliers et dépendent totalement des investissements de l’Etat. Il est donc indispensable que la douzaine de grandes universités scientifiques soient dotées dans les meilleurs délais des surfaces et des infrastructures nécessaires pour créer en leur sein ces « parcs d’innovation »permettant l’entrée des entreprises, petites ou grandes, au cœur de la recherche et améliorant le prototypage des nouveaux produits. Cette évolution nécessite que le patronat, les hommes politiques et la haute fonction publique fassent leur aggiornamento.

Si la France n’a pas trop décroché ces dernières années elle le doit essentiellement à ses universités, à leur contractualisation avec l’Etat mise en place depuis le début des années quatre-vingt dix par Hubert Curien et à l’encouragement à l’innovation relancé par Claude Allègre. Pendant les quinze dernières années le taux d’accroissement de leurs publications a été supérieur à celui des universités britanniques, allemandes et japonaises mais aussi à celui du CNRS, du CEA, de l’INSERM et de l’INRA. Aujourd’hui les universités et leurs hôpitaux universitaires produisent les deux-tiers des publications françaises, loin devant les organismes de recherche (21 %) et encore plus devant l’ensemble des grandes écoles, des écoles d’ingénieurs et des grands établissements (8 %).

Or chacun sait dans notre pays que la très grande majorité des patrons des entreprises et des hauts fonctionnaires ne provient pas des universités scientifiques et que les laboratoires des Ecoles normales, de Polytechnique et des Mines ne sont que de maigres forêts qui cachent des buissons bien ordinaires. Les esprits chagrins de la gauche et du conservatisme réunis me diront que l’on ne peut contraindre les décideurs industriels, eux qui sont dans leur majorité issus comme les hiérarques socialistes des écoles de la République, d’investir dans les universités.

On sait bien que conformisme et innovation ne vont pas de pair bien au contraire et que toutes les universités n’en ont pas le désir. Mais ce désir certaines l’ont et l’Etat doit s’appuyer sur elles. Il y a un moyen très simple d’initier la rencontre des uns et des autres, c’est de faire dépendre le bénéfice, pour les entreprises, du crédit impôt-recherche de leur investissement, au sein de ces universités et de leurs hôpitaux universitaires, des deux tiers de son volume selon les modalités que les partenaires auront définis, sans que l’Etat s’en mêle.

  • Gilbert Béréziat (Président honoraire de l’université Pierre-et-Marie-Curie)

LERU and Central-European universities team up for better research and education policies

October 8th 2016

The research-intensive universities that are members of the League of European Research Universities (LERU) have been able to form a unique bond over the past fifteen years and have succeeded in successfully advocating the interests of research-intensive universities in Europe and beyond. They are also keenly aware that, regardless of their location and other differentiating factors, all research universities in Europe face similar challenges affecting all aspects of their intertwined activities – education, research and societal engagement. There are similar challenges for universities, not only within the Western and Southern European quadrants, where LERU universities are located, but also in Central and Eastern Europe, with challenges differing more in intensity and in degree of development, than in fundamental characteristics.

That is why a group of Central-European universities (hereafter “CE7”) and LERU are joining forces. Today a delegation of LERU universities and seven respected Central-European universities had a successful meeting in Prague. Representing LERU were the rectors of the Universities of Freiburg, Helsinki, Leuven, Utrecht and Zurich, representing Central Europe were the rectors of the Universities of Belgrade, Eötvös Loránd, Ljubljana, Prague (Charles University), Tartu, Warsaw and Zagreb. Also present was LERU’s Secretary-General, Prof. Kurt Deketelaere.

Prof. Bert van der Zwaan, Chairman ad interim of LERU and Rector Magnificus of Utrecht University, said: “We had an extremely interesting and productive meeting today, and I am very pleased that we can now announce a joint initiative to demonstrate to policy makers across Europe that there is more that unites research universities than divides them.” This sentiment was echoed by Prof. Kurt Deketelaere, who added: “Together, we will take on a number of thorny issues, reflect on them, and show policy makers that win-win solutions are possible.”

For example, universities across Europe suffer from chronic Horizon 2020 (the European Commission’s research funding programme) problems, such as ongoing excessive red tape and underfunding in much needed areas of research, and some of which are becoming critical, such as success rates for proposals getting funded in a free fall towards 10 percent and less in some H2020 programmes. In some countries in Europe, these problems are compounded by others, such as low salaries, lack of infrastructures, sub-optimal policies and lack of prioritisation. Also in the area of education, there are common EU-level challenges, for example in the area of student mobility, online learning and skills development for students.

LERU is a member of the European Research Area (ERA) Platform and the Open Science Policy (OSP) Platform; these are channels through which LERU and other research organisations interact with the Commission on the ERA and the OSP strategy. Our first objective with the “LERU-CE7” initiative is to bring common challenges, views and possible approaches as agreed by the partners to these fora – again, taking into account different degrees of intensity and state of development in different places and circumstances.

Secondly, LERU and the “CE7” want to jointly develop and broadly share knowledge on the ERA and the OSP topics, both at the national and at the EU level. We will do so, as we have in the past within LERU, by exchanging information, learning from each other what works and what doesn’t, and developing policy positions on that basis. As in the past, our aim is not to improve the success of those involved, but to improve the framework conditions for research and education across a broad front in Europe.

Thirdly, LERU and the “CE7” will discuss the so-called “widening” actions by the European Commission, specifically the twinning, teaming and the ERA chairs instruments aimed at Central Europe, which do not function optimally. We will jointly and honestly reflect on why that is so and formulate proposals for better approaches in the upcoming Framework Program 9. Other initiatives such as the fellowships to encourage potential ERC grantees will also be discussed and could be a target for common action.

Finally, as regards bilateral or multilateral collaboration between LERU members and the « CE7″, Prof. Tomas Zima, rector of Charles University Prague, states: “Analysis has shown that there is already a considerable amount of collaboration between us. This proves that universities in regions with a more and a less intensive research system successfully can undertake initiatives like joint PhDs, collaborative research projects and teams, student exchange, mobility of teachers, researchers and administrative staff, joint conferences and evaluation systems. It is our clear intention to increase these forms of collaboration in the years to come. »

Allocution de Jean Chambaz lors de la cérémonie inaugurale du campus Jussieu en présence de François Hollande

Jussieu le 29 septembre 2016

Monsieur le Président de la République
Madame et Messieurs les ministres,

Mesdames et messieurs les élus,
Mesdames et Messieurs les hautes autorités,

 Chers collègues et amis, chers étudiants,

C’est un grand honneur et une grande satisfaction de vous accueillir aujourd’hui à l’Université Pierre et Marie Curie pour célébrer la rénovation du campus Jussieu que nous avons attendue si longtemps. Il y a en effet 20 ans que le Président Chirac a engagé ce grand chantier.

Je voudrais tout d’abord remercier très chaleureusement l’ensemble de notre communauté d’avoir accepté des conditions de travail difficiles, parfois pénibles, et d’avoir pleinement assuré nos missions tout en renforçant la reconnaissance et l’attractivité de l’UPMC. Belle illustration de l’engagement et de la passion des acteurs du service public d’enseignement supérieur et de recherche dans l’exercice de leurs métiers.

Ce chantier était indispensable pour des raisons de santé publique.

Le lancement du chantier a marqué une étape importante dans la lutte contre le scandale de l’amiante. Je veux rappeler que l’action opiniâtre du comité amiante a été essentielle. Je salue ici la mémoire des travailleurs qui ont bâti Jussieu comme celle des collègues chercheurs, enseignants-chercheurs, techniciens, ingénieurs ou personnels administratifs morts de mort lente d’avoir inhalé ces fibres et penser avec vous à ceux qui subissent cette maladie professionnelle dans leur quotidien. Cela reste un problème majeur de santé publique et je veux redire ici la détermination de l’université à assurer le suivi post-exposition de ses agents.

Ce chantier était aussi indispensable pour construire les équipements permettant à une université de recherche de tenir son rang dans le concert mondial. Cette ambition n’était pas partagée par tout le monde dans un pays où les universités sont encore trop souvent perçues comme une charge pour la dépense publique. Fallait-il maintenir le campus à Jussieu ou bien le raser comme le proposait le député Alain Griotteray dans le Figaro en juillet 1996 ? N’y avait il pas meilleur parti pour valoriser cette emprise foncière au coeœur de Paris ou bien encore des affectataires plus nobles ? La Cour des Comptes, dans son fameux rapport, a pointé le coût des tergiversations de l’Etat qui représente plus du tiers du coût global de l’opération.

Je tiens, au nom de l’université, à souligner la détermination, la pugnacité et la force de conviction déployées par mes prédécesseurs – Jean Lemerle, Gilbert Béréziat, Jean Charles Pomerol et Maurice Renard pendant ces vingt années et à les remercier vivement.

Je remercie aussi ceux des présidents et directeurs de l’EPCJ puis de l’EPAURIF qui ont joué un rôle essentiel pour le succès de l’opération : Bernard Dizambourg, Bernard Saint-Girons, Michel Zulberty et Thierry Duclaux, ainsi que les équipes de l’Epaurif et de l’UPMC.

Installer la Faculté des Sciences à la Halle aux Vins, Marie Curie y pensait déjà dans les années vingt. Ce n’est qu’en février 1958 que la décision fut prise, non sans mal. Il faut écouter les académiciens Bernard Dujon ou Ghislain de Marsilly raconter les manifestations auxquelles ils participaient alors, tout jeunes étudiants, de la Sorbonne à la Halle aux vins, corps professoral en tête, en scandant « l’élite, pas les litres ».

Après les massives barres de Cassan, le choix de Malraux et du Doyen Zamansky s’est porté sur Edouard Albert, un architecte qui intégrait l’art contemporain dans ses réalisations audacieuses. La mort prématurée d’Albert, le départ de Malraux puis le choc pétrolier n’ont pas permis l’achèvement du projet.

Il faut saluer le travail remarquable des équipes d’architectes en charge, 50 ans plus tard, de la construction de l’Atrium, de la rénovation du secteur Ouest puis du secteur Est – les agences Périphériques, Reinchen et Robert, Archi Studio. Ils sont parvenus à mettre en valeur l’œuvre d’Albert tout en la complétant et l’adaptant aux exigences contemporaines de la science et de la société.

Quel choc pour ceux qui gardent en mémoire un campus retranché derrière ses grilles et ses douves, aux sous-sols improbables et dont la vue n’était supportable que du haut de la tour Zamansky … car on ne la voyait plus !

Le nouveau campus, aéré, lumineux, végétalisé met remarquablement en valeur l’œuvre d’Albert tout comme la collection unique d’œuvres qui constitue un véritable musée en plein air, complétée enfin par le Calder que nous venons d’installer après cinquante années d’itinérance. Le campus s’ouvre aujourd’hui à la ville vers la place Jussieu et la rue des Fossés Saint-Bernard qui offre un large accès piétonnier à la Seine.

Abritant les infrastructures lourdes indispensables pour soutenir la compétition internationale en recherche, il représente de facto l’un des sites industriels majeurs de Paris.

Le campus fait une large part à la réussite des étudiants avec un bâtiment, l’Atrium, dédié à la licence, des bibliothèques aux standards internationaux, des amphithéâtres et salles rénovés, des espaces de vie étudiante sans oublier les installations sportives et culturelles.

Il abrite enfin un centre de conférences international autour de l’Auditorium dans lequel nous sommes rassemblés aujourd’hui.

Nous disposons ainsi d’un outil formidable au service de notre mission. Au cœur de la capitale, c’est un des lieux emblématiques de la science française.

Il participe d’un effort plus global effectué par l’Etat, la Ville et la Région pour rattraper le retard pris dans l’entretien du patrimoine immobilier des universités parisiennes.

Il reste encore beaucoup à faire et l’effort doit être soutenu dans la durée.

Pour l’UPMC, c’est la rénovation indispensable des bâtiments de la faculté de médecine datant des années 60 et qui n’ont pas résisté au temps.

A Jussieu, c’est la construction de Paris Parc, un lieu de 15 000 m2 dédié aux échanges entre Sorbonne Universités et les entreprises, grâce à l’engagement de la Ville de Paris et aussi de l’Etat et de la Région. Paris Parc sera un catalyseur d’échanges, de créativité d’innovation, de formation à l’entrepreunariat.

Ce projet aura attendu près de dix ans pour se concrétiser, après bien des vicissitudes qui illustrent le rapport difficile des services de l’Etat avec l’immobilier universitaire.

Dans le même temps, dans le cadre de sa mission actuelle sur le campus, l’Epaurif parachèvera les réseaux techniques, construira le restaurant du personnel, celui des étudiants pour le compte du CROUS, réinstallera la halte garderie et aménagera un jardin de 2 hectares.

Ces opérations permettront la destruction de la barre Cassan le long de la rue Cuvier où nous construirons une résidence étudiante, une résidence pour chercheurs internationaux et un gymnase permettant d’accueillir des compétitions sportives. Restera la rénovation indispensable de l’autre barre Cassan le long du quai Saint-Bernard qui héberge notre institut de biologie Paris Seine.

D’aucuns continuent de s’interroger : n’est ce pas du gaspillage des deniers publics si précieux car plus rares… et pour une seule université, fût-elle la première dans tous les classements ?

Cet effort était et reste nécessaire.

Appréhender les transformations de la société et du monde et accompagner le changement de civilisation dans lequel nous sommes engagés nécessite des cadres et des leaders non pas formatés sur des modèles datés mais formés à l’esprit critique, à la créativité, armés d’une conscience citoyenne des enjeux de développement durable de la planète. C’est la mission des universités.

Les universités jouent aussi un rôle clé dans le développement économique, social et culturel, comme le démontre l’étude sur l’impact économique des universités de recherche en Europe récemment publiée par la Ligue Européenne des Universités de Recherche dont nous sommes membres avec Strasbourg, Paris Sud, Cambridge, Oxford et une quinzaine d’autres. Les performances des universités de recherche françaises sont du même ordre que celles de leurs illustres partenaires avec plus de 4 euros de retour sur l’économie pour un euro investi et plus de 4 emplois générés pour un emploi créé à l’université.

Et cette démonstration de l’effet levier des universités ne prend pas en compte leur rôle intégrateur, un rôle essentiel renforçant la cohésion sociale et contribuant aux choix citoyens par la diffusion du savoir.

Le caractère global et complexe des enjeux auxquels le monde est confronté impose d’apporter du sens par la combinaison des savoirs et des approches. Il nous faut dépasser la fragmentation issue il y a 45 ans de la création des universités parisiennes sur des bases disciplinaires.

C’est pourquoi nous nous sommes rapprochés il y a dix ans des universités Paris Sorbonne et Panthéon Assas puis avons créé Sorbonne Universités avec le Muséum National d’Histoire Naturelle, l’université technologique de Compiègne, l’INSEAD, le pôle supérieur Paris Boulogne Billancourt et bien sûr nos partenaires CNRS, INSERM, IRD et INRIA qui sont indissociables d’une université de recherche comme l’UPMC.

L’initiative d’excellence de Sorbonne Universités – que porte avec dynamisme le Président Tuot et son équipe que le remercie – a permis à nos communautés de se 6 rencontrer et d’élaborer ensemble des projets ambitieux en recherche, en formation dès la licence, et en vie de campus.

La dynamique ainsi engagée nous amène à constituer une nouvelle université avec Paris Sorbonne – dont je salue le Président Jobert et l’ensemble des collègues présents. Nos deux conseils d’administration nouvellement élus en ont adopté les modalités de préparation au printemps pour une création au 1er janvier 2018.

Combinant les humanités, la médecine, les sciences et l’ingénierie, la nouvelle université renforcera sa visibilité et son attractivité. Elle sera ainsi mieux en mesure de se faire entendre pour assurer à ses communautés le temps long et la liberté indispensables à la fécondité de la recherche comme de la formation. Creuset de l’interdisciplinarité, elle promouvra l’excellence au cœur des disciplines qui en est la condition première. Sa mise en place s’accompagnera d’un renforcement des coopérations avec nos partenaires au sein de Sorbonne Universités.

La nouvelle université contribuera au rayonnement de la recherche et des formations universitaires à Paris avec les autres universités, les autres regroupements parisiens ou franciliens. Notre arène est mondiale. Nous portons en commun la responsabilité de développer les coopérations fructueuses existant depuis des décennies entre nos communautés. Comme toutes les grandes capitales, Paris peut, doit porter plusieurs universités de recherche de premier plan.

Nous ambitionnons tout à la fois de contribuer à la recherche au niveau mondial et d’assurer la réussite de nos étudiants. Cette réussite est exigeante, elle s’appuie sur l’acquisition préalable des connaissances requises et le choix de son orientation en fonction de ses capacités. Rien n’est pire pour les jeunes que la sélection par l’échec, à quelque moment de leur vie qu’elle s’opère, qui porte atteinte à l’estime de soi et obère la perspective d’un projet de vie dans lequel engager son énergie. Préparer les jeunes à jouer demain un rôle moteur dans les transformations de l’économie, du monde et de la société appelle un discours lucide, honnête et exigeant, leur permettant de maîtriser leur destin.

Presque 20 ans après Bologne qui a renouvelé le cadre Européen des formations avec l’avantage très actuel de définir 3 niveaux de connaissances et compétences et les césures nécessaires entre ces niveaux, certains continuent à regarder vers le modèle anglo-saxon, en invoquant je ne sais quel « bachelor » pour lequel il serait légitime de sélectionner en laissant la licence universitaire absorber à moindre qualité la massification ou encore à proposer un modèle 4+1 ou bien un bloc masterdoctorat. Les universités ont une autre ambition pour les jeunes et l’avenir de l’Europe.

L’université est une entreprise de longue haleine. Les fruits en sont récoltés après les mandats des responsables, mais nous avons la responsabilité d’assurer la confiance, la liberté et un cadre stable nécessaires à sa mise en œuvre ; conditions qui appellent à aller plus loin dans l’autonomie, notamment pédagogique où la France reste dans la queue du peloton Européen ; cela va de pair avec un contrôle ex-post rigoureux des engagements pris.

L’université demande tout à la fois une diversification des ressources et un fort soutien de l’Etat à sa mission de service public, que ce soit par les crédits budgétaires ou les crédits extra-budgétaires, dont le saupoudrage, s’il marquait le PIA3, en ruinerait l’ambition. Monsieur le Président, Je suis convaincu que notre communauté, forte de ce beau campus inauguré aujourd’hui, saura relever ces défis pour servir la connaissance, la jeunesse et les ambitions de notre pays.

Il y a 27 ans naissaient les Petits Cochons de St-Antoine. Récit d’une aventure !

Souvenirs souvenirs….

En 1988, j’avais été abordé par Roland Dreyfus, étudiant de troisième année de médecine. Il me raconta que son père, psychiatre à l’hôpital de Montreuil, et professeur associé à la faculté de médecine lui avait dit que j’étais le seul à pouvoir l’aider à monter un club de rugby. Me voilà embringué dans une nouvelle aventure. Le club fut effectivement créé l’année suivante et prit immédiatement le nom de « Petits Cochons de Saint-Antoine » en l’honneur du fameux anachorète. L’ordre de Saint-Antoine fut en effet fondé au XIe siècle pour soigner les malades atteints du mal des Ardents ou feu de Saint-Antoine, maladie résultant d’une intoxication, transmise par l’absorption d’ergot de seigle. Cette maladie se manifestait par des troubles nerveux, psychiques et vasculaires et on lui attribuait un caractère surnaturel. Le diable, symbolisé par son cochon, essayant d’attiser par le feu les passions mauvaises et lubriques de notre moine, voilà qui convenait parfaitement aux joyeux lurons qui s’étaient lancés dans l’aventure avec Roland. J’offris mon aide à la bande de copains que Roland avait réussi à fédérer et je les réunis dans la bibliothèque du laboratoire au 5e étage de la rue Chaligny où ils y prirent leurs habitudes.

Dans la recherche de sponsoring leur inventivité fut sans limite et, à ma connaissance, ils n’eurent pas vraiment de problèmes financiers. Comme je ne pouvais pas transformer la bibliothèque du service en taverne permanente, ils trouvèrent rapidement d’autres lieux de troisième mi-temps. Leur repère préféré au début c’était le Baron Rouge près du square Trousseau. celui qui dura le plus longtemps fut le bistro dénommé Rugby situé en face de l’entrée de l’hôpital Armand Trousseau mais il fallut l’abandonner lorsque les ardoises s’accumulèrent dépassant les possibilités de bienfaisance du mastroquet. Nous fîmes également quelques virées  dans la guinguette de l’île marnaise du martin pêcheur propriété de l’association sportive de l’UPMC que j’avais visitée en mai 68.

La première escapade internationale de ceux que l’on eut vite fait de baptiser les « Petits Cochons » se déroula en Pologne juste après la chute du mur de Berlin. Mais c’est avec les Irlandais que commença la grande aventure. Roland les adorait. Lors d’une de ses virées à Dublin, il avait fait connaissance avec des étudiants en médecine irlandais et rencontré Alan Johnson professeur de biochimie médicale du Royal College of Surgeons in Ireland qui connaissait mon nom. Le Royal College, l’un des cinq collèges de l’Université Nationale d’Irlande, devait son statut un peu particulier aux circonstances de sa création. Comme beaucoup de pays européens, le Royaume Uni et l’Irlande n’ont disposé que tardivement de formations chirurgicales de type universitaire. Sylvester O’Halloran, chirurgien à Limerick, avait proposé au milieu du XVIIIe siècle la création à Dublin d’une confrérie semblable à celle de Saint Côme et Saint Damien fondée à Paris par Saint Louis en 1255 pour former les chirurgiens. La société des chirurgiens irlandais fut créée en 1780 et le Royal College reçut sa charte fondatrice en 1784. Les premiers cours furent donnés au sein de l’hôpital Rotunda de Dublin. Par la suite, une salle désaffectée proche de l’hôpital Mercer fut acquise puis le Royal College se déplaça à son emplacement actuel au coin de la rue York, face à l’église Saint-Etienne, l’entrée solennelle donnant sur Saint Stephen Green.

Bien que cette institution accueillît dès l’origine des professeurs de confession catholique, elle n’échappa pas aux luttes pour l’indépendance. L’un de ses premiers élèves, William Lawless, qui accéda aux fonctions de professeur d’anatomie et de physiologie en 1794, fut de la conspiration fomentée en 1798 par Jean Sheares. Le chirurgien-général Stewart l’ayant alerté de sa probable arrestation, il s’enfuit en France où il s’engagea dans les armées de Napoléon alors en guerre contre l’Angleterre. Amputé d’une jambe après la bataille de Lowenberg en Silésie et devenu général, il décéda à Paris à Noël 1824 et fut enterré au Père Lachaise qui doit son nom au confesseur de Louis XIV. En 1998, à l’occasion du match France Irlande et de l’année de la France en Irlande, sa tombe, restaurée par les soins de « l’Ireland Fund of France », fut inaugurée en grande pompe par Avril Doyle ministre d’État de la République irlandaise, située pas loin de la stèle où reposeraient les restes d’Héloïse et d’Abélard. Alan Johnson, alors doyen du Royal College, y participa et Roland et moi y fûmes cordialement invités ainsi qu’au lunch qui suivit. Ce fut bien la seule cérémonie militaire, puisque les honneurs avaient été rendus au Père Lachaise par un détachement de l’armée française, à laquelle j’aie jamais assisté.

Le Royal College avait une intense activité internationale. Il accueillait quatre mille étudiants dont les quatre cinquièmes étaient des étrangers qui payaient plein pot leurs études tandis que les nationaux bénéficiaient d’un tarif préférentiel. En outre il avait créé des annexes en Malaisie à Penang et dans le golfe persique à Dubaï et Bahreïn. Alan Johnson qui supervisait l’équipe de rugby n’était encore que responsable du laboratoire de biochimie et il recherchait un stage à Paris pour l’une de ses élèves. Je pris donc contact avec lui et nous décidâmes d’organiser un match entre nos institutions dès l’année suivante à l’occasion du déplacement de l’équipe de France à Dublin. C’est ainsi que le vendredi 1er février 1991 j’y accompagnai les « petits cochons ». Ils avaient trouvé une auberge de jeunesse plutôt rustique, située au voisinage d’une église désaffectée, mais nous n’y avons fait qu’une brève apparition car les agapes qui suivirent la réception par la faculté de médecine ne se terminèrent que fort tard dans la nuit. Le lendemain matin eut lieu le premier match entre les « Petits Cochons » et les « Royal Surgeons ». Malgré les frasques de la veille nos gars firent bonne figure mais s’inclinèrent. L’après-midi, l’équipe de France enregistrait sa troisième victoire consécutive en terre irlandaise et la soirée qui s’ensuivit fut tout aussi rude que la précédente. Ce fut le début d’une relation amicale car non seulement Alan et moi partagions la même discipline universitaire mais son épouse Anne, professeur de Français, l’accompagnait lors de ses déplacements à Paris. C’est ainsi que nos épouses sympathisèrent et que l’une de mes nièces put faire un séjour en Irlande au sein de leur famille.

Le 19 mars 2000, nous avons fêté à Paris le dixième anniversaire de ces rencontres. Alexandre Feldman, un solide colosse avait pris le relais de Roland. À cette occasion, un match de gala eut lieu entre les vétérans des deux clubs. Ce match symbolique réunissait deux équipes qui n’avaient plus joué ensemble depuis cinq ou six ans. Match enthousiaste où se sont retrouvés les anciens sous les couleurs de leurs clubs universitaires respectifs, rappel de ce qui avait été peut-être parmi les plus belles années de rugby de leur vie. L’équipe de Saint-Antoine emmenée par Sébastien Bruel montra que ces quelques années rugbystiques supplémentaires, car pour la plupart ils n’avaient pas décroché, leur avaient donné plus d’expérience et de technicité. Ce fut une belle leçon pour la nouvelle génération des « Petits Cochons » et aussi une belle leçon pour les Irlandais davantage marqués par le temps. Ils ne purent venir à bout de la vivacité de l’équipe mythique de Saint-Antoine, score final de quatre essais contre deux en faveur de nos vétérans. L’université offrit au 24e étage de la tour Zamansky un lunch exceptionnel et les Irlandais ébahis scrutèrent la capitale juchés sur la plateforme, censée recevoir des hélicoptères, qui trônait alors en son sommet. Lors du dîner qui suivit, dans les salons Vianey près de la gare de Lyon, nous eûmes droit à un laïus des « Petits Cochons » que n’auraient pas renié les vieux routards des salles de gardes :

« Suite au succès non démenti du rugby dans notre belle France, et a fortiori au sein de cette population de dégénérés qu’est celle des étudiants en médecine, laissons fleurir au son des succès de notre bon XV de France les roses de demain que sont toutes les équipes qui concourent tous les dimanches à maintenir beau l’autel de l’Ovalie. Agée de douze ans, l’équipe des Petits Cochons de Saint-Antoine, qui réunit les étudiants de la deuxième année jusqu’aux plus expérimentés des briscards de salle de garde, se veut le flambeau toujours vif du rugby médical, avec ses valeurs chimériques entre l’asepsie d’un bloc opératoire et la douce odeur lourde de la boue sur un maillot de pilier en sueur :
Plaquage, tampon, cachou, raffut, châtiment, fourchette, caramel, retour à l’envoyeur…
Pneumothorax, syphilis, hémoptysie, apoplexie, thrombose, pemphigus…
Mêlée, touche, pénalité, en-avant, passage à vide, renvoi aux vingt-deux, ascenseur…
Pseudarthrose, synovite, infarctus, péricardite, vascularite, anthrax, pasteurellose…
Les lexiques infinis et richissimes si opposés en théorie du monde de l’Ovalie et de celui des fils d’Hippocrate est ici réuni dans la célébration d’un même art du verbe et de l’action, je veux parler de l’Association des Petits Cochons de Saint-Antoine, rares survivants de cette lointaine ère où les Surgeons se reposaient de leur appendicectomies et autres cholécystectomies en allant prendre un bain de boue à XV pour le plus grand plaisir de leurs articulations ankylosées, avant de se finir la dégénérescence corticale à grands renforts de Guinness du pays des anges de l’Ovalie !»

Le lendemain pour le match officiel ce fut une toute autre affaire, l’équipe du nouveau millénaire était pourtant au grand complet :

Première ligne : Tchac, Antony et Alexandre
Deuxième ligne : Karim et Raphael
Troisième ligne : Clément, Olivier et Charles (capitaine) Charnière : Steph et Simon
Au centre : Romain et Fredo
Aux ailes : Eric et Benoit
Arrière : Thibault

Remplaçants : devant Charles et Fabien, derrière Benjamin

Fabien Wallach fit une description équilibrée de la déculottée du dixième anniversaire : « Nous savions dès la veille que le match serait l’un des plus rudes que nous aurions à disputer. Lors de la réception du vendredi, les joueurs irlandais ne quittaient pas leur verre de jus d’orange et ils partirent se coucher très tôt… Mauvais présage. Dès le coup d’envoi, les Surgeons mirent une forte pression sur nos vaillants joueurs, réussissant trois pénalités dans les dix premières minutes du match. Ils exploitèrent les brèches là où elles se trouvaient. Notre ligne arrière en fit les frais, peu expérimentée et affaiblie par la sortie prématurée sur blessure de Fredo, notre pièce maîtresse. La rapidité du jeu qu’ils imposaient asphyxiait les avants, incapables de venir au soutien des arrières, transpercés dans des quatre contre un d’école. Il y eut quatre essais irlandais en première mi-temps, toujours en bout de ligne, toujours à grande vitesse. On doit pourtant saluer le courage et la pugnacité de nos joueurs qui prirent des bouchons et n’hésitèrent pas à mettre la tête pour plaquer ces locomotives irlandaises, fortes dans tous les compartiments du jeu. À noter, la tentative de percée de Stéphane notre demi de mêlée, à un mètre de la ligne d’en-but qui se solda par un énorme bouchon. Manque de chance, Steph ne sut pas lâcher la balle et cette quatrième faute au sol l’envoya dix minutes derrière les poteaux réfléchir à une autre tactique. On se souviendra aussi de Charles, notre capitaine, passé du poste de flanker à celui d’arrière avec une aisance déconcertante, qui rattrapa un Irlandais à cinq mètres de la ligne, après une course de quarante mètres. On en voulait ! La deuxième mi-temps fut plus équilibrée et nous avons finalement réussi à planter un essai après plusieurs petits tas, en force, par Tchak, notre pilier vedette. Les affreux Irlandais réussirent à en mettre trois autres. Parce que c’est moi qui écris l’article, je note aussi que je suis rentré sur le pitch en tant que talonneur à une vingtaine de minutes de la fin et je m’y suis bien amusé. Se souviendra-t-on de mon coup de pied de dégagement trouvant une touche de cinquante mètres ? Ce fut un match éprouvant pour tout le monde, notamment les jeunes pour qui cette rencontre avec les Irlandais était la première. Gageons qu’ils auront soif de revanche l’année prochaine. Gagner à Dublin, est l’un des rêves les plus fous des rugbymen de Saint-Antoine ». Score final quarante-quatre à sept ! Il est vrai que nos « Petits Cochons » se sont alors rattrapés le soir : « Nous à Saint-Antoine, on est les rois, on est les rois de la troisième mi-temps. On ne sait pas tout faire, on ne fait pas tout bien, tout ce qu’on sait c’est faire les cons. »

Les vingt-huit années qui viennent de s’écouler ont vu défiler plus d’une centaine d’étudiants chez les Petits Cochons. Les habitudes ont certes changé, l’ensemble s’est sans doute assagi car le principe de précaution prévaut maintenant, là comme ailleurs, dans la société française. La professionnalisation du rugby s’est accompagnée d’effets collatéraux détestables. Il devient de plus en plus difficile de se procurer à un coût raisonnable les billets d’entrée pour les matches France Irlande et le prix des hôtels et des voyages en avion soumis à l’irrésistible loi du marché sont prohibitifs. Bref, ce qui était une fête amicale est devenu un business. Comment ne pas regretter les bastons de Great Georges street et les nuits passées dans les tavernes à s’égosiller de chants irlandais – n’est ce pas Fabrice qui une année refusa tout simplement de rentrer à Paris ? – La déambulation de pub en pub dans Lower Mount street pour rejoindre Lansdowne road puis franchir le passage à niveau de la ligne du chemin de fer local qui amenait les supporters tout en rythmant les entrées dans l’enceinte rugbystique était une procession rituelle. Et les réceptions, à la présidence du Royal College où je fis entendre à nos amis Irlandais, médusés, Song for Ireland !

« Dreaming in the night,
I saw a land where no-man had to fight,
And waking in your dawn,
I saw you crying in the morning light,
When lying where the falcons fly,
They twist and turn all in your air-blue sky,
When living on your western shore,
Saw the summer sunset, I asked no more,
I stood by your Atlantic Sea,
And sang a song for Ireland ».

Pour faire bonne figure nos petits cochons reprenaient en écho « Molly Malone » lors des banquets à Paris pour lesquels nous réquisitionnions « La biche au bois » près du CHU Saint-Antoine pour les troisièmes mi-temps des matches retours.

« In Dublin’s fair city, where the girls are so pretty,
I first set my eyes on sweet Molly Malone,
As she wheeled her wheel-barrow,
Through streets broad and narrow,
Crying, « Cockles and mussels, alive alive oh ! »
« Alive-a-live-oh, Alive-a-live-oh »,
Crying « Cockles and mussels, alive alive oh ».

C’est cette aventure qui me fit prendre conscience de la pauvreté française en matière de sport universitaire. L’UPMC n’était pas la plus mal dotée des universités parisiennes puisqu’elle disposait d’un centre sportif installé sous les barres de Cassan, le long du quai Saint-Bernard. Elle le devait à la ténacité d’un professeur de métallurgie, Jean Talbot. Il avait été à l’origine d’un programme pour les étudiants sportifs de haut niveau et d’une convention avec l’INSEP[2] qui nous valut plusieurs médailles d’or aux Jeux Olympiques et aux Championnats du monde. Mais nos footballeurs et nos rugbymans n’avaient pas de lieu fixe où s’entraîner alors que le Royal College, pour trois fois moins d’étudiants que nos facultés de médecine, pouvait disposer de solides installations au sein de son parc sportif de Dardistown sur la route de Swords. Un car nous y amenait et après les matchs les étudiants disposaient du clubhouse pour se doucher et recevoir leur première ration de stout. En réplique, à Paris ce fut chaque fois la galère pour trouver un lieu digne de les recevoir. L’accès aux terrains de la cité internationale universitaire, pourtant propriété indivise des universités parisiennes, était quasiment impossible, nous ne pûmes jamais jouer au stade charléty, stade du PUC[3]. Seuls les contacts personnels avec telle ou telle municipalité de proximité nous permirent d’éviter la honte de nous retrouver au polygone de Vincennes.

Roland a maintenant planté sa tente médicale en Seine-Saint-Denis mais sans quitter son havre de Vincennes, Alexandre exerce la médecine près de Nantes après avoir été tenté par l’Argentine, Bertand Degos prit leur suite puis après lui Sylvain Garnier. Je me suis effacé après mon élection à la présidence de l’université en 2001, tout en leur pérennisant une subvention substantielle. Devenu président d’honneur, je leur délivrai un dernier message : « Dans cette période de grande transformation du Rugby, il importe que l’arbre du professionnalisme ne cache pas la forêt de la nécessaire poursuite d’une activité rugbystique amateur. Le club de rugby de Saint-Antoine est né de la volonté de quelques étudiants en médecine de développer une activité sportive qui s’inscrive dans la durée et qui développe au sein de la faculté une ambiance de fraternité n’excluant pas la rigueur dans la pratique et les entraînements. Plusieurs promotions d’étudiants s’y sont succédées depuis sa création créant ainsi un continuum temporel entre celles-ci. À une époque où tout va très vite, et où les raisons d’isolement et de repli sur soi sont légions, une telle activité est essentielle et doit être poursuivie. C’est en tous cas le vœu le plus cher du Président qui souhaite qu’aujourd’hui comme hier, les nouveaux étudiants viennent nombreux rejoindre nos rangs. NON NON NON NON Saint-Antoine n’est pas mort ! » J’ai alors transmis la responsabilité de superviseur du club à Alain Sautet l’orthopédiste qui, par précaution m’accompagnait dans tous nos déplacements depuis qu’il avait pris le relais de Christophe Penna lorsqu’il était parti à Ambroise Paré.

Depuis la fusion des facultés de médecine c’est désormais Roger Lacave, ancien rugbyman et professeur d’histologie qui supervise et entraîne le club qui regroupe tous les rugbymans étudiants en médecine de l’université. Les plus anciens sont maintenant dispersés. Dans la région parisienne certains sont restés dans le giron de la faculté : à Saint-Antoine Nicolas, le gastroentérologue et Bertrand, le neurologue ; à la Pitié-Salpétrière Christophe décortique les carotides, Alain pose des plâtres et Benjamin chasse les infections ; à Tenon Thibault fait face aux urgences. Benoit répare les « gueules cassées » à l’HEGP, et les frères Plotkine s’entêtent dans la chirurgie à Paris, Eric dans le dur et Olivier dans le mou. Antoine est devenu un gastroentérologue réputé à l’Institut Montsouris, Frédéric infectiologue à l’hôpital de la Papauté et Pierre ophtalmo chez les rupins. Sébastien éradique les prostates des vallées de l’Yvette, de Chevreuse et de la Bièvre réunies. Arnaud est généraliste non loin de Fontainebleau. Stéphane fait face avec courage aux injustices de la vie dans la chaleur lilloise. Le grand François a retrouvé son Bordelais natal, Emmanuel après avoir usé toutes les ficelles du remplacement à Paris l’y a rejoint ainsi que Sylvain et Mathieu. Fabrice réanime les Toulousains tandis que Laurent les opère à Purpan et que Fred sonde les méandres des cerveaux de la Haute-Garonne. Guillaume est orthopédiste à Edouard Herriot et Fabien tente de réparer les hanches bretonnes à Saint-Grégoire. Un Raphaël est urgentiste à Nantes et l’autre ORL à Saint-Nazaire. À Rouen, Romain est urologue et Christian orthopédiste tandis qu’Aurélien l’est à Grenoble. Et où sont tous les autres que ma mémoire a effacés ? Sans oublier les travailleurs immigrés, Alain Tchacounté « le Président » sans doute retourné dans son Afrique paternelle et Julien Dourgnon qui fit par la suite tourner en bourrique les mercantiles indélicats mais finit par se faire virer de l’entreprise qu’il avait pourtant fortement contribué à populariser. Avant de quitter la présidence de l’université j’eus la joie d’assister à la création de l’équipe féminine sous l’impulsion de Zoé Coppéré. Elles n’avaient pas froid aux yeux les Petites Cochonnes et se réunissaient dans un bar de la Bastoche où en plus du rugby et de leurs études elles gagnaient leur vie !

Maintenant les petits cochons ont phagocyté leurs collègues de la Pitié-Salpêtrière dans le cadre de la faculté de médecine réunifiée et c’est à eux que je dédie cette narration.

Gilbert Béréziat le 5 septembre 2016

L’UPMC, tête de gondole des universités françaises au classement des universités mondiales pour leur activité de recherche.

De l’os d’Ishango (20 000 ans avant notre ère) aux sumériens le développement des mathématiques accompagne les découvertes. C’est Aristote qui crée la démarche scientifique. Mais ce n’est qu’au 13ème siècle que l’aristotélisme, propagé par les arabes, fut adopté par la scolastique et commença à infuser l’université naissante. Cependant, jusqu’à la Renaissance, la recherche scientifique est essentiellement l’œuvre de brillantes individualités qui payèrent souvent de leur liberté voire de leur vie la remise en question des dogmes religieux.

Les choses commencèrent réellement à changer au 16ème siècle avec la révolution baconienne, reprenant à son compte les utopies de Thomas More. Bacon imagine en particulier une « Maison de Salomon », précurseur de nos modernes institutions de recherche où sont rassemblés tous les moyens d’une  exploration scientifique du monde

Les grandes guerres des 19ème & 20ème siècles vont stimuler fortement la recherche et créer les conditions de la suprématie anglo-saxonne. Vannevar Bush coinventeur en 1927 d’un ordinateur résolvant des équations différentielles simples crée,  en 1950, la NFS, il sera son premier directeur. La Grande Bretagne crée très tôt des organismes de financement publics Indépendants de l’Etat : Recherche médicale 1913 ; Natural environment 1965 ; Biotechnologies 1994 ; Humanités, 1998 ; Ingénierie et physique 2002 ; Economie et sciences sociales 2003 ; En 2002 ils sont intégrés au sein du Reseach Council of United Kingdom

Pour combler son retard, la France crée les organismes de recherche entre les deux guerres. Elle les multiplie après la seconde guerre mondiale. Mais la parcellisation qui en résulte devient un handicap et accroît la césure avec l’enseignement supérieur. L’ANR est créée en 2007 mais reste concurrencées par les organismes et étroitement surveillée par l’Etat. Son éthique reste à établir.

En 2008, Simon Marginson professeur au Centre for the Study of Higher Education de l’université de Melbourne fit une analyse pertinente de la  jonction-recherche innovation :  » L’irruption de l’économie de la connaissance depuis le déploiement d’internet Il y a 20 ans constitue un tournant dans l’histoire humaine comparable aux révolutions Industrielle et néolithique. Le monde devient une zone unique de communication et de savoir tout en restant  divers du point de vue politique, linguistique et culturel. Tandis que la politique économique est déterminée par des intérêts personnels et nationaux et le développement mondial très inégalitaire, les découvertes scientifiques, les cultures et les conceptions de la vie deviennent universelles. L’analyse néo-libérale sous-estime le dynamisme de la révolution induite par l’internet et ne veut pas voir que la plus grande partie de l’information et de la connaissance n’est pas monnayable mais constitue des biens librement transférables. Lorsque la connaissance est disponible en libre accès, le « first mover advantage » disparaît  car les nouveautés sont reproductibles pour des coûts infimes. C’est pourquoi, la connaissance en libre accès progresse beaucoup plus rapidement que celle qui emprunte les mécanismes du marché.  Le copyright ne remplacera donc plus l’évanescent « first mover advantage ». Le copyright n’est plus seulement difficile à réglementer, il est violé tout le temps ! « 

Dans les années 1970, le modèle d’intégration des jeunes entreprise innovantes en biotechnologies et en informatique apparait aux Etats Unis, au cœur de clusters universitaires. Là où s’étalaient des vergers, c’est le concept de « Silicon Valley ». Ce concept influera grandement sur la première révolution culturelle de la recherche française impulsée par jean Pierre Chevènement. L’idée qui faisait florès il n’y a pas si longtemps que des régimes stricts de propriété intellectuelle pour les universités renforceraient la commercialisation des résultats de la recherche est maintenant remise en question. En effet, la commercialisation nécessite le secret pour que les firmes s’approprient les bénéfices des résultats de la recherche alors que les universités pourraient jouer un rôle plus bénéfique pour l’économie en les divulguant et en les diffusant. La protection de la propriété intellectuelle augmente le coût de la connaissance pour les utilisateurs, alors qu’un objectif politique important est de le réduire pour l’industrie. De plus la commercialisation des résultats n’est adéquate que pour un petit nombre de secteurs tels que le biomédical et l’électronique. Et si la création de résultats protégés reste tout de même un objectif secondaire d’une université et que ceux-ci ne sont pas placés en libre accès, cela retarde l’utilisation des découverte et donc est un facteur négatif pour le pays qui a financé la recherche de cette université. 

C’est pourquoi l’OCDE a changé ses priorités passant de la défense de la propriété intellectuelle vers l’accès libre des connaissances et des résultats de la recherche. Dans sa livraison de 2008 : « Tertiary Education for the Knowledge Society », l’OCDE indiquait que les formations supérieures et la diffusion de la connaissance sont fondamentales pour le développement des capacités de recherche et de développement. L’ouverture des laboratoires en développant les collaborations, les contacts informels entre les universitaires et les industriels, la participation aux séminaires et aux congrès, l’utilisation de la littérature scientifique peuvent tout autant être utilisés pour transférer les connaissances du secteur public vers le secteur privé. Il est devenu très clair que des contacts accrus et directs sont nécessaires entre les universités et les entreprises. 

La recherche reste encore d’abord l’affaire de chaque chercheur : savoir poser une hypothèse, rechercher la stratégie et les moyens qui permettent de l’infirmer où de la dépasser. Ceci est vrai aussi bien pour les expériences de pensée des philosophes où des mathématiciens que pour les molécularistes, les physiciens voire les bio-hackers. Cependant, l’énorme masse de documents en circulation ou déposés au sein des bibliothèques, la nécessité d’avoir accès aux grands instruments rend nécessaire une  organisation plus complexe. La nécessité de renforcer les liens entre les formations supérieures et la recherche dans tous les domaines, le poids croissant des doctorats partout dans le monde remet les universités au centre du dispositif. 

C’est en tous cas en ce sens que j’ai réorganisé l’organisation de la recherche à l’UPMC l’année 2004 : responsabilisation des chercheurs quels que soient leurs statuts, rôle central d’équipes de recherche auto-constituées, évaluées et labellisées, réduction au minimum de la bureaucratie de gestion. La détermination collective des objectifs tous les quatre ans par la préparation du contrat quadriennal, étape où toutes cartes peuvent être rebattues, en fut un moment fort.

 Depuis cette date, les équipes de recherche ont la maîtrise de leurs moyens.  les financements contractuel (P4, ANR, Europe, Industrie),  y compris des financements de moyens humains, sont sécurisés. Une délégation de signature est donnée aux directeurs de laboratoires et aux responsables d’équipe, une délégation du pouvoir adjudicateurs de marchés est donnée au directeur de laboratoire avec mise à disposition de cartes bancaires Eurocard Mastercard. Une procédure budgétaire globale annuelle est organisée, les laboratoires font une demande financière et d’ouverture d’emploi pour la recherche et pour les emplois d’appui. Le budget ouvert le 1er Janvier puis un contrôle des dépenses en continu est réalisé. Il est clos le 31 décembre et toutes les sommes non dépensées, à l’exclusion des contrats externes, sont versées à un fond de roulement pour la recherche.

Organigramme de la recherche  l’UPMC :

Un vice président recherche et innovation siège au comité exécutif
Propose les arbitrages au comité exécutif, pilote une direction dédiée.
Une direction dédiée à la recherche, aux relations industrielles & aux contrats
Gère le budget, suit les indicateurs recherche et les dossiers
Gère les appels à propositions et fournit un appui aux laboratoires
Gère les surfaces recherche et le fond de réserve d’investissement
Gère le service des activités industrielles et commerciales
Gère le service dédié aux contrats européens
Suit l’élaboration du contrat recherche
Coordonne les actions avec les partenaires (O d R, Universités, Autres)
Une instance d’élaboration des décisions : le Directoire de la recherche
Répartition des crédits récurrents tous les quatre ans
Propose des appels d’offres pour l’utilisation du préciput et des positions doctorales et post-doctorales
Prépare les propositions au Conseil Scientifique
Prépare sous la responsabilité le volet recherche du plan

C’est ce dispositif qui a permis de maintenir l’UPMC comme première université française de recherche. Malheureusement, c’est loin d’être le cas des autres universités françaises comme le montre le classement ARWU 2016.

Rang Français Rang Mondial Universités ou  Grandes Ecoles total Alumni Awards HiCi N&S PUB PCP
1er 39e UPMC 34,518 33,60 27,40 20,55 29,70 61,90 25,30
2e 46e Paris-Sud 32,496 30,30 54,30 10,30 17,60 47,90 27,70
3e 88e ENS – Paris 26,174 48,90 28,00 0,00 18,30 26,20 62,40
4e 104e Paris Diderot 24,847 11,50 9,40 17,80 31,70 46,30 21,40
5e 112e Aix Marseille 24,009 13,60 0,00 20,50 24,00 51,20 30,10
6e 115e Strasbourg 23,601 25,10 28,80 10,30 17,60 35,20 22,20
7e 165e Paris Descartes 19,056 11,50 9,40 14,50 14,10 41,00 17,10
8e 192e Grenoble 17,759 0,00 14,90 20,50 19,50 23,70 16,70
9e 193e Bordeaux 17,616 0,00 0,00 20,50 17,90 39,20 17,30
10e 257e Lorraine 15,390 11,50 16,30 0,00 10,50 33,10 19,40
11e 258e Paul Sabatier Toulouse 15,370 0,00 0,00 10,30 20,80 36,80 14,70
12e 274e Lyon 14,890 10,30 0,00 0,00 19,40 40,50 15,70
13e 302e Polytechnique 14,083 21,80 0,00 10,30 10,10 25,80 23,70
14e 305e ENS – Lyon 14,042 0,00 20,00 0,00 11,90 21,60 30,50
15e 320ème ESPCI Paris 13,654 7,30 18,80 0,00 12,70 15,50 32,40
16e 322e Montpellier 13,593 10,30 0,00 0,00 16,40 37,60 14,80
17e 346e Dauphine 12,898 20,50 26,00 0,00 0,00 14,10 25,60
18e 377e Toulouse SE 12,143 0,00 29,80 10,30 0,00 10,10 18,50
19e 430ème Versailles StQ 11,193 0,00 0,00 17,80 8,00 21,10 15,80
20ème 469e Paris Sorbonne 10,427 0,00 0,00 0,00 3,70 37,10 20,50
21er 480ème MINES Pari 10,284 13,60 24,90 0,00 3,70 8,00 13,90
22e 484e Nice SA 10,243 0,00 0,00 0,00 17,90 25,60 13,30

Total : score combiné
Alumni : reconnaissance des anciens étudiants
Awards : prix Nobel ou médaille field
HiCi : nombre d’articles les plus cités comme première institution
N&S : articles dans les revues Nature et Sciences
PUB : nombre de publications dans des revues internationales
PCP : pondération relative à la taille introduite à la demande des grandes écoles

Gilbert Béréziat le 30 août 2016

 

Quand je suis devenu Mécréant et adepte de l’égalité hommes-femmes.

J’avais reçu  une éducation catholique standard. Mais, après mai 68, la mort de mon père, j’ai pris du recul avec l’Église. Je suis devenu alors sceptique puis franchement agnostique en même temps que ma culture scientifique progressait. Peu me chaud maintenant la question controversée de savoir ce que sera l’état de mon âme après la mort, question qui avait conduit Servet au bûcher[1]. J’étais imprégné des propos d’Alain, de son refus de l’obscurantisme : « Tant que l’on n’a pas bien compris la liaison de toutes choses et l’enchaînement des causes et des effets, on est accablé par l’avenir, un rêve ou la parole d’un sorcier tuent nos espérances». Les prêtres n’étaient ni plus ni moins que des sorciers, Nipsiis mire libido foeda revixix[2].

Je pense que mon épouse est restée croyante. Mais l’attitude de l’Église lors du coup d’État au Chili a changé bien des choses pour nous. Le 11 septembre 1973, en effet, refusant d’être capturé, Salvador Allende, président élu du Chili, s’était donné la mort dans son palais présidentiel de la Moneda, assiégé et bombardé depuis le matin par l’armée putschiste conduite par le général Pinochet. Six mois auparavant, l’unité populaire qui soutenait Allende avait gagné les élections, frôlant la majorité absolue. L’armée chilienne n’avait pas de tradition golpiste, plusieurs généraux, restés fidèles à cette conception loyaliste, le payèrent de leur vie. Le général Carlos Prats Gonzales, vice-président d’Allende, poussé à la démission par les radicaux de l’armée quelques semaines avant le coup d’État, fut assassiné en exil avec son épouse le 24 septembre 1974. Ce fut également le cas du général de l’armée de l’air Alberto Bachelet, petit-fils d’un œnologue bourguignon LouisJoseph Bachelet Lapierre et d’une anthropologue Angela Jeria Gomez. Arrêté et longuement torturé, il décédera la même année en captivité. Une commission sénatoriale des États-Unis démontra aposteriori que le coup d’État avait été accueilli favorablement à Washington. Il est établi que les services secrets des États-Unis y jouèrent un rôle important.

La participation de la CIA[3] au putsch de 1973 au Chili n’avait rien d’une première. En Grèce, elle avait contribué au coup d’État de la junte en 1967. Comme plus tard pour l’Afghanistan les État-Unis reçurent en boomerang, l’assassinat de l’ancien ministre chilien des affaires étrangères, Orlando Letelier, et de sa collaboratrice américaine, Ronni Moffitt, à Washington en 1976. Cet assassinat avait été organisé par le chef de la police secrète chilienne le général Contreras. L’ancien ministre communiste de l’économie, José Cademartori, fidèle de Salvador Allende, déclara en 2003 à ce sujet : «[le coup d’État] était prévisible. Ce qui l’était encore plus, c’était que les secteurs privilégiés allaient agir. La question était dès lors : comment isoler ceux qui seraient prêts à recourir à la force. Je pense qu’il nous a manqué du temps, peut être deux ans, pour gagner à nous des secteurs significatifs de l’armée. Nous savions qu’il y aurait des tentatives. Et nous étions prêts à affronter un coup d’état partiel, nous appuyant sur les masses. Des plans existaient. Mais, le 11 septembre, nous avons vite compris que le putsch était de caractère «institutionnel», c’est-à-dire qu’il était appuyé par l’ensemble des forcesarmées. Le coup était très bien préparé. Allende a donc refusé d’appeler à un soulèvement populaire. Cela aurait été un massacre. Il le dit très clairement dans son dernier discours.[4]»

C’en était trop pour nous lorsque l’on apprit la monstruosité que fut, non pas comme il a été parfois dit, la célébration d’un Te Deum par monseigneur Silva Henriquez archevêque de Santiago en l’honneur de la junte militaire, mais sa participation à une prière pour la paix en présence de dignitaires de la junte, ce qui s’apparentait fort à une bénédiction du régime, nous cessâmes de nous reconnaître dans l’Église catholique. Nonobstant du besoin que l’on a ou non de postuler l’existence de Dieu pour son équilibre psychologique, le christianisme décliné par l’Église catholique et certaines Églises protestantes une fois que les lectures d’Erasme et de Rabelais m’eurent affranchi des aimables fables de la génèse biblique, m’a toujours paru supérieur aux autres croyances en ce sens qu’il acceptait des évolutions doctrinales et rituelles avec l’évolution de la société. L’Islam et le Judaïsme me semblaient vraiment trop rétrogrades et hypocrites !

Je ne pouvais plus avaler depuis longtemps le dogme de « l’immaculée conception ». Contrairement aux croyances populaires, le 15 août n’a rien à voir avec la conceptrice de Jésus de Nazareth. Dans la vision étriquée des chrétiens du moyen âge, la mère de Jésus ne pouvait être que vierge lors de sa conception. Ce sont les évangiles qui expliquent comment : l’ange Gabriel annonça à une jeune vierge juive dans qu’elles conditions elle allait accueillir un Tanguy. La question de foi repose donc sur la possibilité qu’un « Intelligent Design » ait pu provoquer la fécondation d’un ovule marial (il n’y a guère que quelques attardés du bas middle ouest qui croient encore à cette histoire de côte d’Adam). Mais malheureusement, pour les intégristes chrétiens de toute obédience, nous savons aujourd’hui que c’est l’ovule qui choisit son spermatozoïde et pas l’inverse. Sans compter qu’il est quasiment acquis que ce pieux sanctuaire, ce vase d’élection, ait probablement par la suite accueilli d’autres semences. La virginité perpétuelle de Marie qu’affirment les Eglises catholique et orthodoxe est donc un leurre. A moins que cette virginité ne soit qu’un concept ésotérique de plus. La fête de l’Assomption est probablement née à Jérusalem au 4ème siècle lors de la consécration d’une église dédiée à Marie située entre Nazareth et Bethléem, ou à Gethsémani deux siècles plus tard. La fête fut étendue à tout l’Empire romain par l’empereur Maurice sous le nom de « Dormition de la Vierge Marie ». Grégoire de Tours est le premier à en parler en France, à la fin du VIe  siècle. A partir de cette date, l’Eglise fera de Marie un produit d’appel. Elle sera instituée fête nationale par Louis XIII jusqu’à la Révolution française. Le 19 février 1806, Napoléon en fera la Saint Napoléon en l’honneur de sa naissance un 15 août à Ajaccio. Elle redeviendra la fête de l’Assomption et deux ans plus tard. C’est la République restaurée qui en fera un jour férié. Ca ne coûtait pas grand-chose puisqu’à la mi-août, « les noisettes ont le ventre roux »  et que « la vierge du mois d’août, arrange tout ou défait tout ».

S’il fallait relier le 15 août à une manifestation de la place éminente des femmes dans la société, il serait plus opportun de se rappeler que trente années environ avant la naissance de celui qui deviendra le Christ, un 15 août, Cléopâtre mettait fin à la dynastie ptolémaïque et à sa vie à 39 ans. Elle le fit pour échapper à l’avide Octave, le futur Auguste et premier empereur romain, fils adoptif de son ancien amour, le dictateur Jules César , quelques jours après qu’Antoine, son compagnon d’infortune eut été battu à plate couture à la bataille d’Actium. Il faudra attendre la fin du 19ème siècle pour que les suffragettes américaines obtiennent le droit de vote pour les femmes. Le premier état au monde à le leur accorder fut le Wyoming, état du Far West, en 1869, Il faudra toutefois attendre le 28 août 1920 pour que la Constitution américaine soit modifiée et autorise le vote des femmes de manière définitive sur tout le territoire. Les suffragettes anglaises, sous la houlette d’Emmeline Pankhurst , l’obtiennent en 1928.

La France toujours à la pointe du progrès ne suivit qu’après la deuxième guerre mondiale. D’ailleurs l’abbé Sieyès en 1789, classait les femmes, comme les enfants, dans la catégorie des citoyens passifs et le code Napoléon n’accordait aucun droit juridique aux femmes mariées. Après trois millénaires d’une civilisation brillante, l’Egypte va connaître six siècles d’occupations diverses puis l’arabisation forcée, le joug Ottoman, enfin le protectorat britannique en 1914 dont elle ne se libérera qu’en 1922. Même dans les pays les plus avancés, la situation de la femme est loin d’être arrivée à un point d’équilibre avec celle des hommes. Dans les pays de traditions catholique et orthodoxe, le culte marial n’y est sans doute pas étranger. Mais les autres religions monothéistes, à l’exception peut être de quelques succursales protestantes ne sont guère plus tendres avec les femmes, et de ce point de vue l’islam et le judaïsme n’ont pas grand-chose à envier à religion catholique.

Ce n’est qu’une quinzaine d’années plus tard que je repris contact avec la réflexion sur le religieux à la lecture de « l’Histoire des origines du christianisme » d’Ernest Renan que je lus en totalité lors de mon second séjour en amérique latine au début des années quatre-vingt-dix. Cette lecture en appela d’autres, en particulier celle de « l’histoire du peuple d’Israël » puis, plus récemment celle des récits chrétiens des premiers temps, qu’ils soient gnostiques, inter-testamentaires ou apocryphes sans pour autant modifier mon attitude face à l’impossibilité de résoudre l’énigme du vivant confronté à l’inéluctabilité de l’Eschaton lorsque la nébuleuse Andromède aura percuté la Voie lactée et que l’astre dont il tire son énergie aura disparu

[1] – Michel Servet, médecin aragonais découvreur de la circulation pulmonaire, partisan de la Réforme fut supplicié le 26 octobre 1553 sur ordre de calvin.

[2] – Le célibat des prêtres les perdaient de désir.

[3] – Central intelligence agency.

[4] – Benito Perez. au cœur du premier putsch néolibéral. Le courrier, 10 septembre 2003.

LA VOLONTÉ DE PUISSANCE NUMÉRIQUE DE LA CHINE par Christian SAUTTER et Catherine CADOU

Dans le brouillard épais qui a couvert la Manche à la suite du Brexit, nous n’avons pas vu passer un supertanker chinois qui aurait dû attirer l’attention des Européens trop attentifs à contempler leur nombril londonien.
Quelle information stratégique avons-nous ratée ? La Chine vient de dépasser les Etats-Unis en nombre de supercalculateurs installés (I New York Times 210616). Sur les 500 plus gros ordinateurs du monde, la Chine en possède 167 et les USA 166.
Et la bécane la plus rapide est chinoise : Sunway TaihuLight System, au Centre National des Super Ordinateurs, implanté à Wuxi. Située dans le delta du Yang-Tse, Wuxi fut le siège d’une des premières dynasties (au XIe siècle avant JC) et prospère aujourd’hui comme cité high tech, avec une forte industrie de panneaux solaires et ce centre désormais fameux de recherche fondamentale.
A quoi servent ces machines qui font des milliers de milliards d’opérations par seconde ? Essentiellement à mettre au point de nouvelles armes et de nouveaux soins. Rappelons que le général de Gaulle avait décrété le Plan Calcul pour que le perfectionnement de la bombe nucléaire française ne soit pas dépendant des super-ordinateurs américains. Par ailleurs, toutes les recherches sur le génome requièrent une puissance considérable.

Le message chinois est donc tout à fait clair. L’Empire du Milieu a l’ambition publique de se porter à la frontière technologique et de rivaliser dans ces activités de pointe, militaires et civiles, avec les pays les plus avancés, Etats-Unis et Europe.
C’est une preuve de plus que l’État chinois poursuit, depuis 1979, une stratégie industrielle obstinée et couronnée de succès. Il est impossible de ne pas rappeler à des amis lassés combien cette volonté de rattrapage ressemble à la démarche japonaise entamée à l’époque Meiji, en 1868, faite de fierté nationale et de ténacité acharnée, dont le slogan était « Une nation riche, une armée forte ». L’ « impératif industriel », sur lequel Stoléru et Ésambert écrivaient des livres toniques il y a trente ans, est une madeleine gaulliste en France et un impératif catégorique en Chine.

Pékin est-il satisfait de cette médaille d’or, acquise de haute lutte ? Apparemment pas. Il y a un ver dans le fruit ! Les composants de ces merveilles sont à 91% américains et fournis par Intel. Qu’à cela ne tienne : le gouvernement vient de mettre 150 Mds$ pour combler le retard sur les microprocesseurs. Retenez bien cette somme (de l’ordre de 130 Mds€) : au casino technologique, on ne joue pas avec des clopinettes.

Les Etats-Unis regardent-ils cette performance chinoise d’un œil bonhomme ? Oui et non. Le secteur privé n’en a cure (sauf Intel qui voit sa position dominante menacée) car il n’a que le big data à la bouche. Entre Apple, Google, Facebook et Amazon, c’est à qui possèdera la plus grosse mémoire. Partout, ils installent des « usines » gigantesques, qui stockent et exploitent des Himalaya de données sur vous et moi. Le but n’est pas de faire des calculs super rapides mais de trouver instantanément dans ces gigantesques meules de foin, les aiguilles qui piqueront votre curiosité de consommateurs et vous proposeront des publicités ou des offres d’achats correspondant à votre profil le plus intime. Une grosse mémoire et un petit intellect suffisent pour vendre du rêve.

Le gouvernement américain est davantage vigilant, car il ne peut ignorer la dimension militaire du projet chinois. Dans la course numérique aux armements, il ne veut pas être dépassé. C’est pourquoi le président Obama a signé en juillet 2015, la National Strategic Computing Initiative (Décision, qui ne demande pas l’approbation du Congrès, pour lancer une nouvelle stratégie nationale sur les ordinateurs). L’objectif est d’atteindre la taille « exa » au cours de la prochaine décennie. Taille « exa », qu’est cela ? L’exaflop est la capacité de faire un quintillion d’opérations par seconde. Le quintillion vient après le million, le billion (que nous appelons milliard), le trillion et le quadrillion. Vous suivez ? Un exaflop, c’est un million de milliards de calculs par seconde. Ouf !

Et l’Europe dans ce choc de géants ? Elle n’est pas en si mauvaise posture ; sur les 500 ordinateurs les plus puissants, elle en possède 105, ce qui n’est pas ridicule comparé aux 167 chinois et aux 166 américains. Nous sommes (encore) dans la cour des grands ! Le Japon ne boxe pas dans la même catégorie que l’Europe, avec ses 29 systèmes (mais il doit se comparer avantageusement aux pays européens pris isolément).

De cette saga digitale, trois leçons peuvent être tirées. La première est que la Chine change vite, sans que nous ne nous en rendions vraiment compte. Adieu, les textiles et les chaussures bas de gamme made in China. C’est maintenant au Bangladesh que les usines s’effondrent sur des femmes surexploitées. Bientôt, les IPhones, fabriqués sur la côte avec des logiciels de la Silicon Valley et des composants japonais ou coréens, seront concurrencés par de nouveaux produits incorporant une plus forte valeur ajoutée chinoise. Il est surprenant que la Chine n’exporte pas massivement des automobiles, comme le Japon des années 1970 et 1980, mais le marché intérieur – le plus important du monde – semble pour l’instant suffire au bonheur des industriels locaux (qui commencent discrètement à faire sentir aux étrangers qu’on pourra bientôt se passer d’eux).
Le secteur des biens d’équipement, ce que l’on fait de mieux dans l’industrie, (n’est-ce pas, chers amis allemands ?), n’est pas ignoré par les stratèges de Pékin. Au point que ces grands joueurs de go sont en train de placer une pièce décisive dans le territoire de l’adversaire. Le géant chinois de l’électroménager Midea met un gros paquet d’argent pour prendre le contrôle de Kuka, un des fleurons de la machine-outil allemande (Les Échos 270616). La Chancelière allemande a toussé, sans s’opposer à ce rachat. Les autres industriels allemands ont trouvé trop salée la note d’un rachat. Et tout le monde a fait semblant d’être rassuré par la promesse que le siège social et plusieurs sites de production resteraient en Allemagne jusqu’en 2023.
Quand on se réfère aux royaumes chinois d’avant Jésus-Christ, 2023 c’est demain pour un Chinois bercé par la longue durée. La myopie des capitalistes, même allemands, face à la montée de la marée chinoise, est attristante.

Deuxième leçon : la Chine est un défi économique, et nous ne pourrons être à la hauteur que si les Européens sont unis et proactifs, afin d’éviter d’être broyés entre les mâchoires américaine et chinoise. Ce n’est pas vraiment un problème néocolonial de domination et de dépendance. C’est tout simplement l’avenir de la jeunesse européenne qui est en cause. Les plus brillants seront-ils aspirés par les côtes orientales et occidentales de l’océan Pacifique, ou trouveront-ils leur bonheur entre Baltique et Méditerranée ?
Dans le débat sur la Brexit, on a appris après ce Waterloo européen, que les chercheurs britanniques, parmi les meilleurs au monde, dépendaient de façon vitale des 4 milliards d’euros que l’Union Européenne versait aux labos de Cambridge ou d’Oxford, remportant de nombreux appels à projets. Comparez ces 4 milliards d’euros aux 130 que la Chine va consacrer au seul secteur des composants électroniques ! Il est urgentissime que l’Union Européenne investisse massivement dans la Recherche et le Développement en siphonnant l’argent d’une Politique agricole commune que les paysans sont les premiers à critiquer et en empruntant massivement l’épargne européenne, qui déborde, pour la miser dans la recherche fondamentale et l’enseignement supérieur. J’ai appelé ce programme autrefois : « Super Esprit », en mémoire d’une initiative française des années 1980.

Troisième leçon : l’Afrique est urgente. Les autorités chinoises se baladent partout avec un carnet de chèques dodu, pour construire les infrastructures de transport qui manquent cruellement au développement économique de ce continent doté de tant d’atouts et qui sera à terme le plus peuplé de la Terre. Les routes sont construites par des entreprises chinoises, avec de la main-d’œuvre chinoise, et payées par des fournitures à long terme d’énergie et de matières premières, selon les termes d’accords obscurs passés avec des souverains corruptibles. Le développement de l’Afrique, francophone et anglophone, est une urgence vitale pour les pays qui la composent, et pour nous qui ne pourrons contenir les flots de réfugiés sur la rive sud de la Méditerranée.

Laissons Boris Johnson à ses bouffonneries et lançons Super Esprit, Super Erasme et Super Lomé !

Place aux mécréants…

A cette période où l’on croise de plus en plus de femmes voilées et de barbus qui nous rappellent les prophètes des temps bibliques, à une époque où l’intégrisme catholique renaît de ses cendres, où la multiplication des sectes catholiques et évangélistes et le créationnisme font flores. Il est bon que les mécréants s’affichent comme tels.

Lorsque j’eu vent de la monstruosité que fut, non pas comme il a été parfois dit, la célébration d’un Te Deum par monseigneur Silva Henriquez archevêque de Santiago en l’honneur de la junte militaire, mais sa participation à une prière pour la paix en présence de dignitaires de la junte, ce qui s’apparentait fort à une bénédiction du régime, elle cessa de se reconnaître dans l’Église catholique. Nonobstant du besoin que l’on a ou non de postuler l’existence de Dieu pour son équilibre psychologique, le christianisme décliné par l’Église catholique et certaines Églises protestantes une fois que les lectures d’Erasme et de Rabelais m’eurent affranchi des aimables fables de la génèse biblique, m’a toujours paru supérieur aux autres croyances en ce sens qu’il acceptait des évolutions doctrinales et rituelles avec l’évolution de la société. L’Islam et le Judaïsme me semblaient vraiment trop rétrogrades et hypocrites !

Je ne pouvais plus avaler depuis longtemps le dogme de « l’immaculée conception ». Contrairement aux croyances populaires, le 15 août n’a rien à voir avec la conceptrice de Jésus de Nazareth. Dans la vision étriquée des chrétiens du moyen âge, la mère de Jésus ne pouvait être que vierge lors de sa conception. Ce sont les évangiles qui expliquent comment : l’ange Gabriel annonça à une jeune vierge juive dans qu’elles conditions elle allait accueillir un Tanguy. La question de foi repose donc sur la possibilité qu’un « Intelligent Design » ait pu provoquer la fécondation d’un ovule marial (il n’y a guère que quelques attardés du bas middle ouest qui croient encore à cette histoire de côte d’Adam). Mais malheureusement, pour les intégristes chrétiens de toute obédience, nous savons aujourd’hui que c’est l’ovule qui choisit son spermatozoïde et pas l’inverse. Sans compter qu’il est quasiment acquis que ce pieux sanctuaire, ce vase d’élection, ait probablement par la suite accueilli d’autres semences. La virginité perpétuelle de Marie qu’affirment les Eglises catholique et orthodoxe est donc un leurre. A moins que cette virginité ne soit qu’un concept ésotérique de plus. La fête de l’Assomption est probablement née à Jérusalem au 4ème siècle lors de la consécration d’une église dédiée à Marie située entre Nazareth et Bethléem, ou à Gethsémani deux siècles plus tard. La fête fut étendue à tout l’Empire romain par l’empereur Maurice sous le nom de « Dormition de la Vierge Marie ». Grégoire de Tours est le premier à en parler en France, à la fin du VIe  siècle. A partir de cette date, l’Eglise fera de Marie un produit d’appel. Elle sera instituée fête nationale par Louis XIII jusqu’à la Révolution française. Le 19 février 1806, Napoléon en fera la Saint Napoléon en l’honneur de sa naissance un 15 août à Ajaccio. Elle redeviendra la fête de l’Assomption et deux ans plus tard. C’est la République restaurée qui en fera un jour férié. Ca ne coûtait pas grand-chose puisqu’à la mi-août, « les noisettes ont le ventre roux »  et que « la vierge du mois d’août, arrange tout ou défait tout ». S’il fallait relier le 15 août à une manifestation de la place éminente des femmes dans la société, il serait plus opportun de se rappeler que trente années environ avant la naissance de celui qui deviendra le Christ, un 15 août, Cléopâtre mettait fin à la dynastie ptolémaïque et à sa vie à 39 ans. Elle le fit pour échapper à l’avide Octave, le futur Auguste et premier empereur romain, fils adoptif de son ancien amour, le dictateur Jules César , quelques jours après qu’Antoine, son compagnon d’infortune eut été battu à plate couture à la bataille d’Actium. Il faudra attendre la fin du 19ème siècle pour que les suffragettes américaines obtiennent le droit de vote pour les femmes. Le premier état au monde à le leur accorder fut le Wyoming, état du Far West, en 1869, Il faudra toutefois attendre le 28 août 1920 pour que la Constitution américaine soit modifiée et autorise le vote des femmes de manière définitive sur tout le territoire. Les suffragettes anglaises, sous la houlette d’Emmeline Pankhurst , l’obtiennent en 1928. La France toujours à la pointe du progrès ne suivit qu’après la deuxième guerre mondiale. D’ailleurs l’abbé Sieyès en 1789, classait les femmes, comme les enfants, dans la catégorie des citoyens passifs et le code Napoléon n’accordait aucun droit juridique aux femmes mariées. Après trois millénaires d’une civilisation brillante, l’Egypte va connaître six siècles d’occupations diverses puis l’arabisation forcée, le joug Ottoman, enfin le protectorat britannique en 1914 dont elle ne se libérera qu’en 1922. Même dans les pays les plus avancés, la situation de la femme est loin d’être arrivée à un point d’équilibre avec celle des hommes. Dans les pays de traditions catholique et orthodoxe, le culte marial n’y est sans doute pas étranger. Mais les autres religions monothéistes, à l’exception peut être de quelques succursales protestantes ne sont guères plus tendres avec les femmes, et de ce point de vue l’islam et le judaïsme n’ont pas grand-chose à envier à religion catholique.

Palaiseau le 4 juillet 2016

LE RELÂCHEMENT DU NŒUD SOCIAL lettre de Christian SAUTTER et Catherine CADOU à leurs amis

De l’ouest, ne vient pas que la pluie. Il nous arrive aussi de bien étranges nouvelles. C’est la saison des assemblées générales des grandes sociétés et le New York Times se régale de publier des informations toutes fraiches sur les rémunérations extravagantes des chefs d’entreprises américaines (300516). Commençons par une grosse larme de crocodile (de Floride) : les revenus des PDG ont baissé de 15% l’an dernier. Pour les dirigeants des 200 sociétés les plus importantes (dépassant 1 milliard de dollars de chiffre d’affaires), la chute a été de 22,6 millions de dollars de revenu moyen en 2014 à 19,3 M$ en 2015. Ce ne sont que des dollars, moins forts que notre cher euro, mais notre cossu Carlos Ghosn, avec ses 15 M€ de gains venant de Renault et Nissan, serait dans la voiture balai de ce peloton doré. On est toujours le gagne-petit de quelqu’un !

 L’essentiel de l’article du quotidien américain n’est pas dans ces chiffres pharamineux mais abstraits. Le journaliste apporte quatre informations passionnantes. La première est que l’évolution de la rémunération ne récompense pas toujours une hausse du cours de Bourse. M. Daumann a gagné 54 M$ en 2015, en hausse de 22%, alors que la valeur boursière de sa société, Viacom, a chuté de 43%. Deuxième info : les gains sont fixés par des groupes de « potes » (chummy board members) plutôt que selon des critères objectifs. Troisième info : la rémunération des PDG est 523 fois plus élevée que celle du salarié moyen. Même si les chiffres sont approximatifs, l’évolution est indubitable : 30 fois en 1978 ; 59 fois en 1989 : 383 fois en 2000.

Dernière information : il y a encore mieux ou pire, selon vos goûts. Les PDG d’entreprises sont loin d’être les champions à ces Jeux Olympiques de la cupidité. Ce sont les gestionnaires de fonds spéculatifs (hedge funds) qui sont sur la marche la plus haute : les cinq acteurs les plus doués de la spéculation internationale ont chacun touché plus d’un milliard de dollars. Les 25 meilleurs ont à eux tous accumulé une pelote de 13 Mds $ en 2015, soit dix fois plus en moyenne que les PDG d’entreprises « réelles » cités antérieurement. Et si ces Fonds gagnent autant, c’est parce que les épargnants et autres fonds de pension en attendent des rendements mirifiques pour leur pécule personnel. L’esprit de lucre descend bas.

Qu’en conclut l’article ? Nous sommes devant « l’orchestration d’un transfert de richesse à grande échelle vers quelques centaines d’individus, pour la plupart des hommes, et pour la plupart des blancs ».

 Ces chiffres jettent une lumière crue sur les débats politiques qui s’avivent aux Etats-Unis dans la perspective des élections présidentielles de novembre. La classe moyenne, dont le revenu stagne depuis des années alors que les coûts de l’éducation et de la santé augmentent, exprime une révolte silencieuse en écartant les candidats classiques de l’establishment et en se portant soit vers le populiste Trump (qui n’est pas lui-même un modèle de rémunération sobre !), soit, fréquemment, vers le socialiste Sanders. Le combat final entre Hillary Clinton, à tort ou à raison jugée proche de Wall Street, et Donald Trump qui se place en candidat des « petits blancs », est incertain. Il est d’autant plus douteux, qu’il se fera à coups de centaines de millions de dollars (pour l’achat de pubs à la télé), sans aucun plafond depuis que la Cour Suprême a décidé qu’un plafond sur les dépenses des candidats violerait la liberté des personnes (morales) !

Morale, tel est le mot-clé, haut placé dans « Le contrat social » de Jean-Jacques Rousseau, que j’ai acheté récemment dans une brocante normande. Ce texte publié en 1762 a un peu vieilli sauf sur l’essentiel : la vie en société est fondée non sur le droit du plus fort (ou du plus riche) mais sur un contrat moral. « Trouver une forme d’association, qui défende et protège de toute la force commune la personne et les biens de chaque associé, et par laquelle chacun s’unissant à tous n’obéisse pourtant qu’à lui-même et reste aussi libre qu’auparavant ».

Une des conditions est « beaucoup d’égalité dans les rangs et les fortunes ». « Peu ou point de luxe, car il corrompt à la fois le riche et le pauvre, l’un par la possession, l’autre par  la convoitise ; il vend la patrie à la mollesse, à la vanité ; il ôte à l’État tous ses citoyens pour les asservir les uns aux autres, et tous à l’opinion. » C’est plutôt bien écrit et d’une forte actualité américaine, et même européenne, comme en témoigne la récente élection autrichienne d’un candidat républicain n’appartenant pas aux partis traditionnels et battant d’extrême justesse un populiste xénophobe.

 Que nous dirait le « promeneur solitaire » de la France actuelle ? « Quand le nœud social commence à se relâcher, et l’État à s’affaiblir, quand les intérêts particuliers commencent à se faire sentir et les petites sociétés à influer sur la grande, l’intérêt commun s’altère et trouve des opposants. »

Ce que le philosophe appelle le « gouvernement », qui regrouperait aujourd’hui le pouvoir exécutif exercé par un Président touche-à-tout, un Premier ministre fonceur et des ministres dispersés, n’a pas la tâche facile : « Les peuples ainsi que les hommes ne sont dociles que dans leur jeunesse, ils deviennent incorrigibles en vieillissant ; quand une fois les coutumes sont établies et les préjugés enracinés, c’est une entreprise dangereuse et vaine de vouloir les réformer ».

Et pourtant, dit-il, la réforme est nécessaire ! « C’est précisément parce que la force des choses tend toujours à détruire l’égalité que la force de la législation doit toujours tendre à la maintenir ».

 Si la « loi El Khomri » est si vivement contestée, c’est pour partie parce qu’elle dérange des habitudes ou menace les avantages acquis de corporations de salariés du transport routier ou ferroviaire, ou du secteur pétrolier. C’est surtout parce qu’elle est perçue comme ne tendant pas à lutter « contre la force des choses », contre le déséquilibre croissant du partage du revenu, de la richesse et du pouvoir entre une classe moyenne méprisée au pouvoir d’achat stagnant et à l’emploi fragilisé, et une élite parisienne qui vit dans un autre monde, global, numérique, opulent, et qui considère qu’elle fera le bonheur des Français malgré eux.

Espérons, comme Jean Auroux et d’autres bons connaisseurs du monde syndical y appellent, qu’un compromis sera trouvé au Parlement, qui garderait les éléments positifs pour l’égalité (par exemple le Compte Personnel d’Activité qui accorde des droits sociaux aux travailleurs devenus nomades de gré ou de force) et raboterait les exigences d’un Patronat, dont la mollesse à investir et à créer des emplois ne permet guère de donner des leçons de morale.

 Nous ne laisserons pas la conclusion au philosophe genevois, mais à une jeune femme extraordinaire. Que nous dit Rousseau ? Que les États, comme les hommes, sont mortels : « Quel État peut durer toujours ? », quand les cités grecques et la République romaine se sont effondrées. La France en a fait l’expérience en 1940. Et aussi : « Un peuple est toujours le maître de changer ses lois, même les meilleures ; car s’il lui plaît de se faire mal à lui-même, qui est-ce qui a droit de l’en empêcher ? » Le peuple allemand a voté pour Hitler et le peuple français a soutenu Pétain. 

 Mais le pire, incarné par Marine Le Pen, n’est pas sûr. La preuve, nous l’avons eue hier soir en assistant à la projection en avant-première du film « Divines » qui a obtenu la Caméra d’or du premier long métrage au récent Festival de Cannes. La réalisatrice, Houda Benyamina, est une femme jeune, née et grandie en banlieue, frêle d’apparence mais d’une énergie indomptable. Elle a embarqué dans une aventure de cinq ans (150 heures de rushes, 50 semaines de montage !), sa sœur qui joue le rôle principal, une équipe merveilleuse et un producteur téméraire.

Drôle et tragique comme est la vie loin des quartiers feutrés, le film se passe en-dessous du boulevard périphérique dans un bidonville de Roms et au-delà, dans le triangle constitué du centre commercial, du théâtre et de la mosquée, où prospère le trafic de drogue. L’héroïne, « décrocheuse » du lycée parce que  trop ambitieuse pour devenir hôtesse d’accueil, vit dangereusement, avec sa copine corpulente et attendrissante. Le film est indescriptible de finesse, de violence, d’humanité mais porte une morale claire : les jeunes des banlieues sont bourrés de talents et peuvent s’en sortir par leurs propres forces. La petite sœur, Oulaya Amamra, déjà actrice surdouée, va rentrer en septembre au Conservatoire !

 Aidons les jeunes femmes des « quartiers sensibles », qu’elles portent le voile ou pas, à réussir leurs projets. L’espoir est dans ces citoyennes !

Excellente déclaration de la ligue européenne des universités de recherche

On 28 May 2016, the International Association for Scientific, Technical and Medical Publishers (STM) issued a response to the EU Competitiveness Council’s Conclusions on Open Science. Although welcoming the move to Open Science, STM noted its concern at a number of Conclusions which the Council has reached.
LERU’s Secretary-General, Prof Kurt Deketelaere, has already characterised, in a first reaction, the STM response as “2,5 pages of nonsense” and so they are. What the STM statement seems to object to is any change which impacts on the current role of traditional publishers. It makes unwarranted assumptions that the immediate move to 100% Open Access by 2020 must follow the Gold route and says that this is unsustainable financially. The Council Conclusions, however, do not pre-suppose that Gold is the sole route (orange is not the only fruit). However, LERU would point out that the Gold route would be more sustainable if all publishers offset the cost of Article Processing Charges (APCs) against subscription costs, thus saving money for universities. Some publishers do this, but not all do.
In terms of Green Open Access, the STM statement complains that short embargo periods are unsustainable and will wreck the current pattern of scientific publishing. This despite the fact that research funders such as RCUK (Research Councils UK) ideally stipulate an embargo period of 6 months for STEM subjects if there needs to be an embargo at all. The Council Conclusions, therefore, acknowledge what many in the community are already saying.
The STM Statement also accuses the Council of pre-empting the forthcoming Commission proposals on Text and Data Mining (TDM), and characterises the current arrangements on TDM as ‘an existing, well-functioning market for commercial TDM’, underlining the publishers’ commitment to use licences to manage the introduction of TDM services. But not all academics want to use third party TDM services and, in the era of Open Science, it is unacceptable that researchers cannot have the freedom to do this work themselves without the recourse to signing separate licences with each publisher. As LERU has long said, “The right to read is the right to mine” (cf. Murray-Rust, 2012).
In conclusion, a recent Report on Open Science says: “It may even be fair to say that we are facing the biggest challenge for RTDI [Research, Technology Development and Innovation] policy makers since the advent of the modern organization of science.” As such, we must all examine old positions on the dissemination of research outputs and have the courage to rise to the challenge which Open Science brings. The STM statement shows that traditional publishers still have a mountain to climb

Président honoraire de l'université Pierre et Marie Curie