L’année du Tigre commence sous de mauvais Auspices

Année du tigre

En  Haïti, le 12 janvier, un séisme de force 7, à 25 km de Port aux Princes,  suivi huit jours après par une réplique de force 6,1, vient nous rappeler que le tiers monde est la première cible des catastrophes naturelles. Même si là où elles frappent il n’y a plus ni riche ni pauvre et souvent plus d’Etat, ce sont les plus pauvres qui en payent le prix le plus fort. Haïti, premier état noir indépendant du monde à l’Epoque moderne naît sous les décombre de la première débâcle du « petit caporal », et fût aussi la première victime de l’impérialisme mondial qui ne supporta pas cette effronterie la faisant payer fort cher, aidée en cela par la petite bourgeoisie béké. Toute à son habitude du « small is beautiful », on assiste à cette occasion à une manifestation parfaitement intolérable de la mesquinerie française, qui trouve intempestif le déploiement américain : 15 000 hommes, 20 navires, 167 millions de dollars d’aide en regard duquel les 500 sauveteurs français, les 2 bateaux spécialisés et les 6 avions et d’hélicoptères pesaient peu. Il est évident qu’à côté de la chirurgie de guerre de certaines équipes françaises, étalée de façon parfaitement obscène par la télévision, le « Comfort », qui dispose de 1.000 lits, de six salles d’opération et d’équipements dernier cri, peut répondre à une grande variété de situations, de la blessure légère aux opérations chirurgicales complexes et traiter 400 patients par jours montre avec éclat la différence qu’il y a entre la puissante Amérique et le petit poucet.

Un an après son arrivée à la présidence, Obama, doit se battre sur tous les fronts. Naturellement pour sortir des guêpiers d’Irak et d’Afghanistan avec un minimum de dommages collatéraux c’est une tout autre affaire que de voler au secours de la population Haïtienne. Lorsqu’il faut s’en prendre aux compagnies d’assurances qui contrôlent la protection médicale outre atlantique et aux organismes bancaires qui sont tous prêts à renouer avec la folie, les résistances sont fortes. Devant l’action d’Obama certains médias français parlent de populisme ! Bien sûr, quant il s’agit de vitupérer les salaires indécents tout le monde est d’accord, Sarkozy compris, mais quand il s’agit de passer à l’acte c’est moins évident comme la démontré l’affaire Proglio. Faux culs que ceux qui laissent croire que l’on s’en prend impunément aux profits juteux des compagnies d’assurances et à la ploutocratie bancaire. Les mêmes se régalent de la réaction brutale de l’extrême droite américaine qui appelle ouvertement au meurtre du président et des difficultés d’Obama à faire passer sa réforme de l’assurance maladie avec l’espoir secret de nombreux commentateurs et hommes politiques de droite et d’extrême gauche que l’expérience en cours à Washington soit un fiasco.
Mais il y a aussi des anniversaires importants en ce début d’année. Django Reinhard est né le 23 janvier 1910 dans une roulotte à Liberchies, Pont-à-Celles en Belgique, c’était un des Roms gadjkéné issus du fond de l’Europe. Il passa sa jeunesse à voyager en France, en Italie ou en Algérie pour fuir les aléas de la Première Guerre mondiale avant que sa famille ne se fixe à Paris, d’abord sur les « Fortifs » de la Porte de Choisy, puis à la Porte d’Italie. Il mènera la vie des gens du voyage mais restera en France pendant l’occupation et à la Libération, il retrouve Stéphane Grappelli qui était passé à Londres avec lequel il improvise sur une Marseillaise qui restera célèbre. Il est certain que cette version tout comme celle de Serge Gainsbourg auraient, si elles étaient interprétées sur les terrains de football, plus de gueule que celle de la garde républicaine. Gainsbourg et Reinhard, deux fils d’immigrés qui ont choisi la France comme patrie tandis que notre Besson national tente d’expulser des Kurdes qui fuient les modernes pogromes. Combien de Django rejette-t-on ainsi hors de nos frontières ?

Cette année, on célèbrera également le deux centième anniversaire de la naissance de Chopin, Polonais de père français, mort à Paris presque cent ans avant Django. Ce romantique emblématique, l’un des fondateurs de la technique pianistique moderne au côté du gitan qui dû suppléer à un accident qui l’amputa de plusieurs doigts de la main droite par une technicité hors pair qui en fit le père du Jazz manouche. Tous deux profondément attachés à la liberté se trouvant à Paris à cent années d’écart l’un par ce que la France de ce temps était accueillante pour les apatrides et l’autre par ce qu’il refusait d’être le pianiste officiel du Tsar.  Que peut on rêver de plus que d’être mis en terre au son de la valse de l’Adieu, opus 61 après que le cortège funèbre vous ait accompagné au son des « yeux noirs » de Django ?

Lundi 25 janvier, je m’envole vers Riyad, pour faire la promotion de La Sorbonne lors du premier salon international sur l’éducation supérieure organisé par l’Arabie Saoudite. L’avion est complet, pour la plupart ce sont des anglais ou des américains, le repas est garanti sans porc, heureusement ni sans whisky ni sans vins français, excellente entrée : crevettes et terrine de poissons arrosées d’un petit blanc de bourgogne, blanc de poulet façon Moyen-orient ensuite avec un bon verre de Médoc, je fais le plein pour pallier aux trois jours d’abstinence qui m’attendent.

Saoudite évoque Mohammed ben Saoud, qui fonda en 1744 le premier État saoudien en s’alliant à un chef tribal local, le cheikh Mohamed ibn Abd al-Wahhab et que ses descendants, les Al Saoud, tenteront de maintenir en dépit de l’impérialisme Ottoman. Le royaume finira par disparaître en 1818. Un Second État saoudien, sera fondé six années plus tard mais disparaîtra lui aussi en 1891. Abd el-Aziz ben Abd ar-Rahman Al Saoud dit Ibn Saoud qui a repris le pouvoir en 1904 est le créateur du royaume arabe saoudien moderne en 1932. Dès l’origine, les dogmes revendiqués plus tard par le salafisme, constitueront la base de la société. Une jeune femme, affublée d’un voile intégral, nous sert d’interprète, mais peu en fait car tous ceux qui s’arrêtent au stand parlent anglais et j’y rencontre même un mathématicien formé à Jussieu, ils sont partout ! J’accepte de rencontrer le président de son université pour lancer une piste de coopération. A défaut de traduction nous aurons l’histoire de l’ordinaire d’une jeune étudiante saoudienne de la classe moyenne, quatre heures quotidiennes dans les transports en commun réservés aux femmes, une visite à Paris encadrée par son père (sans l’intégral !) et le futur mariage avec un homme qu’elle a vu une fois. Et encore, chance extrême, la connexion s’est elle effectuée par l’amie dont il est le frère. Le même jour, dans « Arab News » un encarté sous la rubrique « status of women in Saudi Arabia » sous la signature de Railf Wegener s’y trouve un texte envoyé par e-mail qui renvoie les femmes saoudiennes à leur propre responsabilité.  « As long as women accept their oppression in many areas as God-given although Islam does not prescribe an inferior position for women, no progress will be made in terms of creating a more balanced relationship of men and women ».  Voici un texte for opportun  pour la France en ce moment. Mais encore faudrait-il rappeler qu’il y a Islam et Islam et que le radicalisme religieux n’est pas l’apanage de l’Islam. Ou plutôt que ce qui n’est pas supportable dans l’Islam d’aujourd’hui, c’est son refus de la laïcité et de l’égalité des genres. Mais est-ce tellement différent dans la religion catholique qui refuse d’ordonner des femmes ? Car comme le disait un penseur catholique célèbre : « Dieu n’est que Dieu, non de Dieu ! ou bien comme le chantaient si bien Deneuve et Gainsbourg, Dieu n’est il qu’un fumeur de havane.

Même si quatre jours c’est insuffisant pour se faire une idée complète, les rencontres avec des thésards inscrits à l’UPMC ou des postulants à des masters et à des thèses, l’affluence brouillonne au salon, le fait que la police religieuse n’ait point été autoriser à y entrer, d’autres indices encore montrent que le pays s’ouvre. Certes l’affluence est d’abord vers les stands anglo-saxons, certes on exécute encore ici comme en Chine, comme aux Etats-Unis et pas de la meilleure façon, si tenté qu’il y en ait une ! Mais l’éducation supérieure y est en marche, y compris chez les filles et, ici comme ailleurs, c’est irréversible.

Riyad le 28 janvier 2010

5 réflexions sur “ L’année du Tigre commence sous de mauvais Auspices ”

  1. Toujours par monts et par vaux ! Et l’optimisme qui vous gagne quand on est accueilli dans un pays étranger quel qu’il soit ! Gilbert, vous êtes plus dur et plus assassin quand vous êtes à Paris !

    Je reviens sur une de vos chroniques précédentes. Fermer les CPGE ? Oui, mais en les intégrant dans la voie longue des Instituts d’enseignement supérieur.

    Efficacité limitée et efficience moyenne des CPGE : http://histoireuniversites.blog.lemonde.fr/2010/01/27/cpge-efficience-moyenne/

    Cordialement

  2. Lire les réponses de M. Béréziat sur le site du journal Le Monde, où le vice-président s’en prend au politiquement correct et aux idées reçues :

    « Le système universitaire américain est moins inégalitaire que le nôtre »

    http://www.lemonde.fr/societe/article/2010/02/03/le-systeme-universitaire-americain-est-moins-inegalitaire-que-le-notre_1300739_3224.html

    http://www.lemonde.fr/societe/reactions/2010/02/03/le-systeme-universitaire-americain-est-moins-inegalitaire-que-le-notre_1300739_3224.html

    Quelques extraits :

    • « …on est plutôt dans une monarchie que dans un système républicain … quelles que soient les tares du système américain, il est moins inégalitaire que le nôtre. »

    • « Le système français est incroyable, puisque les élèves les plus doués pour les sciences sont orientés vers des filières de management, de business, etc., et que les filières scientifiques, conduisant à la recherche, manquent de candidats. »

    • « Il nous faut … recréer un réseau d’anciens de l’université, qui n’existe pas en France. Et d’une certaine manière, cela nous ramène à la question de départ : l’université étant gratuite, le sentiment d’appartenance à cette université est faible. »

    • « …sous couvert d’égalitarisme, en réalité, l’Etat subventionne les études de tout le monde mais, comme nous savons très bien que les couches les moins favorisées accèdent le plus difficilement à l’enseignement supérieur et acquittent l’impôt sous forme de taxe (TVA), puisqu’en France l’impôt direct ne représente pas les revenus principaux de l’Etat, sans trop de risque de se tromper, on peut dire qu’en France les moins favorisés financent les études des plus favorisés. »

  3. Mais Pierre je vous l’accorde Dieu est Dieu mais il n’est que Dieu comme Allah n’est qu’Allah et Yavhé n’est qu’yavhé. Mais lequel est le bon ?

  4. A Inérius intégrer, intégrer comme si les CPGE étaient peuplées de travailleurs immigrés! Elles ne sont ni à intéger ni ne servent à çà. Il faut tout simplement fermer ces outils de formatage intellectuel.
    Mais dans un premier temps, interdisons la publicité mensongère qui en font le fleuron de la formation à la française alors qu’elles en sont la forme la plus hypocrite et, je vous l’accorde la moins efficiente.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Vous pouvez utiliser ces balises et attributs HTML : <a href="" title=""> <abbr title=""> <acronym title=""> <b> <blockquote cite=""> <cite> <code> <del datetime=""> <em> <i> <q cite=""> <strike> <strong>