1998-2009 : Douze années de réformes à l’université

12 années de réformes universitaires

Initiées en 1998 par le rapport Attali trois réformes majeures sont en cours et restent pour la plupart des universités largement inabouties : formations, organisation de la recherche et autonomie des universités. Le mois qui suit la St Sylvestre étant propice aux analyses réfléchies avant que le tourbillon ne nous emporte de nouveau, dans une série de trois articles, je vais faire le bilan contrasté des différents dossiers.

Première partie, le processus de Bologne :

Le processus de Bologne a eu 10 ans l’an dernier, anniversaire passé pratiquement inaperçu. Lors de la conférence de Bologne en 1999, 29 pays européens décidaient de mettre en place un système de formation supérieure aisément compréhensible et comparable pour faciliter la reconnaissance internationale des diplômes. Ils décident de les organiser en trois cycles avec des sorties qualifiantes vers le marché du travail à l’issue de chacun. L’accès au troisième niveau, le doctorat étant conditionné par la validation du second, le master. Ils proposent la mise en place d’un système d’accumulation de crédits transférables entre établissements pour favoriser la mobilité des étudiants dans les deux premiers cycles, puis ultérieurement encouragent l’organisation de doctorats en cotutelle. En réalité, le mouvement fût lancé par Claude Allègre, une année plus tôt, à la Sorbonne lors d’une rencontre entre les ministres de l’enseignement supérieur d’Italie, du Royaume-Uni et d’Allemagne, à l’occasion du 800ème anniversaire de l’université de Paris. Mais beaucoup de pays s’accrochaient à la persistance d’un cycle initial de 4 années et la Grande Bretagne ne souhaitait pas s’inscrire dans un dispositif qui remettait en question sa prééminence et ses relations privilégiées avec les Etats-Unis.

Lors de la première rencontre des présidents des universités européennes, à Salamanque en mars 2001, ceux-ci approuvent le processus de Bologne, puis à la rencontre de Prague en mai, 32 ministres de l’enseignement supérieur de pays européens adoptent un communiqué commun en vue d’établir au plus tard en 2010 un espace commun de l’enseignement supérieur et de la recherche. En septembre 2003, à Berlin, les mêmes décident d’étendre le dispositif au doctorat. Enfin en avril 2009, à Louvain-la-Neuve, un plan d’action pour 2020 est élaboré. Tous les pays du continent européen sont concernés, y compris la Turquie, la Russie, l’Ukraine, la Géorgie, l’Azerbaïdjan et l’Arménie à l’exception de la Biélorussie, de Monaco, de Saint Marin, et du Kosovo.

Comme toutes les réformes de ce type, il dépend des états et les institutions qu’elles prennent une tournure progressiste ou conservatrice La réforme telle que nous l’avons imaginée à l’UPMC réside en peu de mots : absence de sélection intra-cycle, orientation sélective y compris en dehors de l’établissement à l’issue de chaque cycle, articulation absolue du cycle master sur les équipes de recherche. Simplification du nombre de diplômes en les recentrant sur les disciplines de base et limitation drastique du nombre de spécialités en master. C’est ainsi que nous avons ouvert deux fois moins de spécialités qu’il y avait de DEA et de DESS [1].

Le corollaire de cette réforme fut la constitution d’équipes pédagogiques au sein de départements de formation créés pour chacune des mentions de master et de licence, dotés de conseils élus. Les départements de formation devinrent les partenaires nécessaires des grands laboratoires au sein des UFR. Leurs directeurs reçurent délégation de gestion de leurs crédits et de leurs ressources humaines au même titre que les laboratoires. La réforme fût mise en œuvre totalement en septembre 2004. Toutes les écoles doctorales furent intégrées au sein d’un institut de formation doctorale ayant rang d’UFR.

Cinq années après la mise en place de la réforme on peut en mesurer l’effet par l’examen des flux d’étudiants. En 2001, dans les sciences de bases : physique, chimie et mathématiques les effectifs ne cessaient de décroître depuis 1995. On notait également une érosion du nombre de thèses soutenues qui était descendu en dessous de 600.

L’hémorragie fut non seulement stoppée, mais les sciences connurent un regain de vocations, pour des disciplines clés des études scientifiques, on est revenu au niveau de 1995.

Total L3 M D

Dès 2004 pour certaines elles accroissent toutes le nombre de leurs étudiants l’augmentation est patente en 2009, chimie, + 13 %, physique + 25,3 %, mathématiques + 23%, informatique + 10%. Seules les sciences pour l’ingénieur stagnent mais le nombre d’étudiants à l’école polytechnique de L’UPMC augmente de 50 %.

Graphique des formations

Après avoir initialement été allégée de près de 350 étudiants transférés dans la nouvelle discipline alliant sciences de la terre, environnement, écologie et biodiversité, la biologie a retrouvée une progression soutenue de 6% et s’est qualitativement renforcée. Enfin l’un des objectifs de fond de l’université, à savoir l’encouragement de la mobilité étudiante est en plein essor avec un doublement de la mobilité sortante qui atteint maintenant le même niveau que la mobilité entrante. Dans le même temps, le nombre d’étudiants dans les doubles cursus exigeants de licence a triplé en trois ans et le nombre de thèses soutenues est repassé au dessus de 700 l’an dernier. Enfin, le nombre d’étudiants étrangers arrivant hors programmes d’échanges a atteint son apogée en 2007 et on assiste depuis cinq ans à une diversification de leur origine : un rééquilibrage en faveur de l’Europe, de l’Asie, du Moyen Orient et de l’Amérique latine aux dépends des anciennes colonies françaises.

Cette réforme s’est faite sans loi et malgré les reculs successifs du ministère face aux lobbies des Ecoles d’ingénieurs et de commerce, aux exigences des responsables d’IUT et de BTS, à la frilosité des juristes et des médecins. Elle a démontré que les universités françaises sont parfaitement à mêmes de conduire des réformes essentielles comme l’a constaté un premier rapport de l’inspection générale effectué en 2005. Dans ce processus, elles se différencient entre elles et peuvent de ce point de vue aussi être jugées sur leurs performances en matière de formation pourvu que l’agence d’évaluation veuille bien s’en donner la peine et que le ministère en charge de l’enseignement supérieur accepte de la laisser faire. C’est d’ailleurs ce qui s’est passé en Ile de France qui n’a malheureusement pas été à la hauteur de ce que faisait la province ce qui a amené la cours des comptes à écrire dans son rapport fin 2006 : « La seule université qui soit parvenue à maîtriser son passage au LMD pour aboutir à une offre plus lisible et sensiblement plus resserrée est Paris 6, dont le CNé remarque qu’elle se caractérise par un gouvernement central fort capable de mener à bien des projets de réforme ambitieux » (mais là encore, le ministère n’en a tenu aucun compte dans l’attribution des moyens).

Sur le plan européen, après les pays scandinaves, la France est donnée en exemple et sert de modèle à beaucoup de pays de l’Est européen. L’Allemagne a démarré plus tard mais avance maintenant à grands pas. L’Espagne qui avait fait du yoyo tend à se remettre en mouvement, la Grande Bretagne elle-même s’interroge et au sein même de la puissante Amérique la mastérisation est en route. Sans doute ce système mérite t’il des adaptations en fonction des disciplines, en particulier pour la médecine et le droit, mais celles-ci viendront d’abord des initiatives des universités.

[1] Pour ceux qui ne sont pas des habitués des anciens cursus, nous avons fusionné le DEUG et la licence dans le premier cycle, l’année de maîtrise est devenue le premier niveau du master et le Diplôme d’études approfondies (DEA) ou le diplôme d’études supérieures spécialisées (DESSS) sont remplacés par le master

3 réflexions sur “ 1998-2009 : Douze années de réformes à l’université ”

  1. Les chiffres dont je fais état dans mon dernier blog sont des chiffres officiels, ils sont extraits des données transférées chaque année à la mi-janvier au ministère en charge de l’enseignement supérieur et donc tout à fait vérifiables auprès de la vice-présidence formation de l’UPMC.
    GB

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