Autonomie des universités : J-18

Mais où sont passés les milliards pour l’Université ?

Il y a un an à peine, le Président de la république, relayé par sa sémillante ministre de l’enseignement supérieur et de la recherche, prétendait que la France, rompant avec des décennies de sous-financement de l’enseignement supérieur allait propulser dans les 100 premières universités mondiales une dizaine d’universités françaises. Toute l’année 2008 le pays a vécu au rythme des milliards liés à la privatisation d’EDF qui allaient être déversés sur 10 campus universitaires et qui ont accouché du projet de déménagement de Paris Sud sur le plateau des mille vaches et sur le fiasco d’un audit immobilier à Paris. La ministre vient de redécouvrir l’eau chaude : l’immobilier universitaire à Paris est tellement exécrable qu’il vaut mieux ne pas publier l’audit ! Mais que représentent ces cinq petits milliards probablement inclus dans le merveilleux plan de relance que la terre entière nous envie. Bref les grandes universités parisiennes attendront le prochain ministre.


La farce l’est encore plus lorsque l’on examine les propositions de financement et d’emplois faites par le ministère pour la période 2009/2011 aux meilleures universités françaises. De créations points, de suppressions massives. On rationne celles qui sont à peu près à flot pour une politique de saupoudrage en direction des copains. On se croirait revenu au temps d’Alice Saunier Seité.

Proposition de suppression d’emplois :

  • Université Pierre et Marie Curie  1ère française 42ème mondiale : 40 emplois supprimés
  • Université Paris Sud   2ème française 49ème mondiale : 29 emplois supprimés
  • Université Denis Diderot   3ème française 142ème mondiale : 26 emplois supprimés
  • Université Strasbourg 1   4ème française 147ème mondiale : 28 emplois supprimés
  • Université Grenoble 1   5ème Française 176ème mondiale : 27 emplois supprimés
  • Université R. Descartes  6ème Française 189ème mondiale : 27 emplois supprimés

Pour la même période les mesures nouvelles croîtront de 4,3% pour l’UPMC et de 1,4% pour Paris Sud.

Comme je l’indiquais dans mon blog il y a quelques jours, c’est à une véritable tromperie que s’est livré l’Etat. Sans comparer avec les grandes universités privées américaines, si l’on examine les budgets globaux des universités européennes qui voisinent avec l’UPMC au classement de Shanghai on constate que :

  • L’université de Manchester 40ème mondiale a un budget de 800 M€ (36 000 étudiants)
  • L’université de Copenhague 46ème mondiale a un budget de 810 M€ (30 000 étudiants)
  • L’université de d’Utrecht 47ème mondiale a un budget de  710 M€ (29 000 étudiants)

Les propositions financières avancées pour l’UPMC donnent des chiffres inférieurs à 450 M€ et probablement plus proches de 400 M€ pour 30 000 étudiants. Et les chiffres pour Paris Sud sont sans doute du même ordre. Dans ces conditions, il y a fort à parier que non seulement les objectifs affichés de 10 établissements dans le Top 10 ne seront pas atteints mais que les universités françaises vont encore perdre du terrain.  Le gouvernement va-t-il donner des armes  à ceux qui refusent l’aggiornamento universitaire ? Ou, plus prosaïquement, n’est ce pas le reflet que, pas plus que le gouvernement précédent, celui-ci ne souhaite investir massivement à l’université. Il est emblématique que la plus grande discrétion préside aux attributions financières aux écoles d’ingénieurs et aux classes préparatoires. Gageons qu’elles seront traitées avec plus de considération par l’Etat.

Comment dans de telles conditions penser que la France pourra prendre le tournant de l’économie de la connaissance alors que tous ses voisins, et en particulier l’Allemagne, réinvestissent massivement dans leurs universités de recherche. Il y a fort à parier que le dernier rapport de l’OCDE restera lettre morte pour ce qui nous concerne.

10 réflexions sur “ Autonomie des universités : J-18 ”

  1. Reste encore un espoir, que Sarkozy dise autrement que sa ministre.
    Ca ne serait pas la première fois, mais j’ai l’impression que mon voeux s’apparente à ceux adressés au Père Noël.

  2. Mais Harvard a tellement d' »endowment » qu’il peut faire le gros dos et attendre que la bourse remonte. Que j’aimerais que les salaires des universitaires français soient plafonnés au niveau de ceux d’Harvard ! Qu’elle ne recrute aucun nouveau professeur n’a rien de comparable avec la suppression de la masse salariale correspondant à 40 emplois comme le ministère envisage de le faire pour l’UPMC.
    GB

  3. Mr Béréziat, je vais me faire l’avocat du diable et vous servir la réponse qui trotte dans la tête de notre président et de son aréopage de briseurs de services publics: dans ces pays que vous citez, les étudiants paient plus que chez nous !
    En laissant les universités dans la misère et en leur donnant l’autonomie, on les pousse à demander d’elles-mêmes une augmentation des droits d’inscription, voire une liberté de les fixer !
    Vous n’êtes pas sans savoir que certaines formations, montées dans le cadre des PRES, permettent déjà ce type d’ajustement…nécessaires.

    Il ne fallait pas être grand clerc au moment de la LRU pour comprendre que cette loi avait pour objectif de plonger les universités dans la médiocrité la plus crasse afin de les pousser à en sortir par la porte de « l’ouverture sur le monde de l’entreprise », la « libération des droits d’inscription », voire une forme de privatisation. Cela s’est fait ailleurs dans le monde et en europe par les mêmes méthodes.

    En tant que personnel d’une « grande université Française », je souhaiterais que la CPU n’oublient pas qu’elle se doit de défendre ceux qui font l’université (personnels et étudiants) ainsi qu’une certaine idée de ce qu’est l’université: un lieu ou s’élaborent les connaissances de l’humanité un lieu où hommes et femmes peuvent venir étancher leur soif de comprendre et de savoir….pas un organisme de formation pour employés modèles ajustables.

    Olivier Dezellus

  4. Réponse à Olivier Delezus
    Il ne faut pas confondre les choses, les trois universités que j’ai cité (Manchester, Copenhague et Utrecht) sont trois universités publiques dotées d’une grande autonomie. La première est anglaise et a des droits d’inscriptions élevés, mais des dispositifs de prêts à taux zéro pour les étudiants et des bourses plus conséquentes que ches nous, A Copenhague les études sont gratuites et à Utrecht des droits très faibles. A l’université de Vienne passée à l’autonomie en 2002, les droits n’ont pas augmentés et sont semblables aux nôtres. Mais en France certes les droits sont faibles, mais personne ne s’occupe des conditions de vie des étudiants dont beaucoup sont obligés de travailler. Je pourrais d’ailleurs citer beaucoup d’exceptions à la soit disant gratuité des études en France à commencer par les officines de préparation du concours de médecine, aux colles des étudiants en classes préparatoires ainsi que les droits d’inscription aux concours d’entée dans les écoles sélectives:
    Bref c’est le règne de l’hypocrisie

  5. Pour comparer les budgets des universités, j’aime bien calculer la moyenne par étudiant, ce qui permet plus facilement les comparaisons entre universités de taille variable.

    Ainsi, le bduget d’une RUA (Riche Université Américaine, pas forcément privée) est d’environ 120 000 $/étudiant (parfois plus). Oxford et Cambridge sont à 60 000 $/étudiant. Avec les chiffres que vous donnez, on arrive à 20-25 000 euros par étudiant pour des universités européennes dans les 40e mondiales… et 10 000 euros/étudiant pour les plus riches universités françaises.

    Ensuite, contrairement à une idée reçue, seul 1/3 de ce budget provient des frais d’inscription, le reste étant partagé entre les revenus de la fortune et les subventions d’état. Si Harvard est obligée de réduire ses dépenses cette année, c’est entre autres parce qu’ils se sont écartés de cet équilibre : le budget est bâti à plus de 50 % sur les revenus de la fortune (considérable).

  6. Gilbert Béréziat a raion de dire que la variété la plus grand existe, et qu’il y a de grandes universités européenes avec des droits très faibles. La question des droitsd’insciption est très complexe. La facilité, d’une certaine façon, consisterait à augmenter ces droits pour avoir des ressouces, mais à mon sens, des ressources importantes ne garantissent absolument pas la qualité de l’enseignement et de la recherche. Il faut bien d’autres choses. Sc Po Paris a réussi il y a quelques années une augmentation massive de ses droits d’inscription, mais plusieurs conditions exceptionnelles étaient réunies: sélection des étudiants, qualité des filières, origine sociale très aisée de la majorité des étudiants, réinvestissement d’une partie des ressources ainsi générées dans des bourses. C’est un cas très particulier qui me permet de vous rassurer peut-être un peu: la généralisation d’une augmentation des droitsnd’inscription, en tout cas de façon massive n’est pas pour demain.
    Juste un point technique pour N.Holzschuh: dans votre calcul, je doute fort qu’il y ait les investissements, la maintenance des équipements, bâtiments et installations scientifiques compris, ni non plus le différentiel de la valeur de services, fournis quasi gratuitement en France par d’autres institutions que les universités (transports par exemple, mais aussi couvertures sociale et médicale), alors qu’ils sont payants ailleurs, et figurent donc dans les budgets de la plupart des universités étrangères.
    Bernard Belloc

  7. Ce que dit Bernard Belloc à propos des crédits d’investissement, d’infrastructure et de maintenance s’applique surtout aux universités nord-américaines. En Europe la situation est plus contrastée. Pour ce qui concerne le Housing et les transports, leur coût n’est pas pris en compte à l’université de Manchester comme dans la plupart des grandes universités européennes.

    En ce qui concerne les investissements, si l’on prend l’université de Manchester par exemple, son budget global est de près de 800 M€, mais en 2009 elle va en coutre disposer en capital d’un crédit d’investissement de 500 M€ et disposera en plus d’ici 2015 de 310 M€ d’investissements supplémentaires. En outre, l’université de Manchester a 35 000 étudiants dont 40% en sciences humaines et sociales (14 000), 25% en médecine (8 800) mais seulement 31% en sciences (10 400) or le coût des études en SHS est bien inférieur au coût des études SHS. A titre de comparaison, l’université Pierre et Marie Curie a 20 000 étudiants en sciences et 10 000 étudiants en faculté de médecine.

    Je rappelle, que l’on ne connait pas encore le budget global de l’UPMC, mais mes calculs le situe à 400 M€ (il convient de rajouter en plus environ 200 M€ qui sont gérés par les organismes de recherche). L’Etat refuse encore à ce jour de transférer les biens immobiliers et refuse de remettre à l’université la maitrise d’ouvrage de la rénovation de son campus principal et, bien sûr, la gestion du capital nécessaire pour cette rénovation.

    La France fait donc beaucoup moins bien pour la première université française que la Grande Bretagne pour la 5ème université britannique.

  8. @Bernard Belloc: c’est un sujet complexe, et je ne voudrais pas déclencher une discussion « parasite » sur le blog de notre hôte… (il va falloir que je crée le mien, tiens).

    Je me contenterai de dire qu’à mon humble avis, le différentiel de services entre la France et les États-Unis ne peut pas expliquer, à lui seul, une différence supérieure à un ordre de grandeur. Si l’on observe les différences entre une RUA et une université française, celle qui saute le plus aux yeux est le nombre de postes auxiliaires (genre ITA). Ainsi, le MIT emploie 11 000 postes permanents, dont 1000 « faculty » (professors et ass.-professors) (et, pour être complets, 1000 « lecturers et instructors »). Soit un rapport de 9 pour 1: 9 administratifs, techniciens et ingénieurs pour un professeur. Cornell emploie 7540 « non-academic staff » pour 1637 « faculty », soit un rapport de 4,6 ITA pour un. Columbia, c’est 4,2 pour 1, etc.

    À ma connaissance, les universités et instituts français les mieux dotés arrivent péniblement à la parité (1 ITA pour 1 professeur ou chercheur). Et les récents discours de notre ministre parlaient de la supression de postes d’ITA pour financer des postes de professeur, ce qui ne va pas arranger les choses.

  9. Vous avez parfaitement raison, la situation française est le résultat de l’histoire, la recréation progressive des facultés sous Napoléon 1er s’est faite dans un contexte de jacobinisme très fort, ce n’était que des services opérationnels de l’Etat pilotés par le rectorat.
    S’il en étaitde l’autonomie universitaire comme de la décentralisation : le transfert des moyens ne suivant pas le transfert des responsabilités, les universités se paupériseront encore plus. A la diffrence des régions, les universités n’ont pas le droit de créer de taxes pour palier aux manques de l’Etat! C’est pourquoi la question du volume du budget global initial transférré est si importante.
    Deux exemples pour illustrer. L’Etat transferre la gestion totale des personnels (paye comprise) mais n’a pas transférré les moyens de gestion de l’Etat afférents (emplois). Le passage à l’autonomie des universités italiennes s’est fait selon le même shéma qu’en France puisque les personnels sont restés employés de l’Etat. L’année ou Berlusconi est arrivé au pouvoir, il a, pour faire taire le mécontentement, accordé des augmentations de salaire sans augmentation des moyens financiers dédiés aux universités. D’où crise. C’est pourquoi les universités françaises doivent, dans leur contrats avec l’Etat faire stipuler que toute décision de l’Etat dans ce domaine doit être accompagnée d’un ajustement de la masse salariale.

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