Mélinée Manouchian

manouchian

Le mois dernier je célébrais dans mon blog  le cinquantième anniversaire de la mort de Gérard Philippe, anniversaire passé quasiment sous silence par la presse révisionniste. Comment célébrer la mémoire d’un jeune résistant idole de la jeunesse d’alors, compagnon de route du parti communiste décédé avant d’avoir eu la tentation de renier son passé ! C’est insupportable pour la « bobolâtrie » de gauche et gauchiste et encore plus pour la droite amnésique.

Aujourd’hui cela fera 20 ans que disparaissait Mélinée Manouchian épouse de Missak Manouchian. Manouchian, arménien qui, selon les nazis, ne fut qu’un chef de bande responsable de 56 attentats, 150 morts, 600 blessés, également poète, journaliste et militant communiste arrêté le 16 novembre 1943 à Évry Petit-Bourg et exécuté l’année suivante. Il était responsable de la MOI-FTP pour la région parisienne. L’affiche rouge de Louis Aragon créée en 1953 et qui fut immortalisée par Léo Ferré puisait sa source dans la dernière lettre de Missak à Mélinée .

Cette lettre fut précisément lue en public par Gérard Philippe en 1953 : lire la lettre

Pendant la guerre froide, le Parti communiste français fût accusé d’avoir lâché Manouchian, mais s’il est de fait que la décision qu’il prit, alors que l’étau se resserrait sur les résistants parisiens de poursuivre les activités militaires de la MOI-FTP à Paris peut être discutée, et elle l’a été, il ne fut en rien responsable. En réalité certains historiens prétendaient que le PCF, soucieux de redorer son blason cocardier, aurait sacrifié délibérément les combattants de la MOI aux noms trop juifs et à l’accent si peu national dans un but de « tricolorisation » du Parti. En 1983, Adam Rayski, qui au sein du parti fut responsable de la MOI et de la section juive, indiqua clairement que Manouchian était persuadé qu’il s’agissait de Joseph Davidovitch, commissaire politique des FTP-MOI depuis juin 1943. Voici ce qu’il déclara à l’époque : « En octobre [1943], Davidovitch disparaît. Par une fuite de la préfecture, nous avons appris qu’un résistant dont le signalement correspondait à celui de Davidovitch avait craqué, était passé aux aveux. Il sillonnait Paris en voiture avec les policiers français pour piéger les camarades sur leurs lieux de rendez-vous. A la suite d’une évasion simulée, il devait infiltrer la MOI et remonter jusqu’à la direction clandestine du Parti. Après les coups de filet de mars 1943 – 140 camarades arrêtés –, la police s’était déjà bien infiltrée. En janvier 1944, ce sont deux adjoints de Duclos qui tombent. Davidovitch a contribué à mieux cerner l’organigramme clandestin. Sa trahison ne fait plus aucun doute ». Il fut par la suite exécuté par la résistance.

Voici ce que disait en 2007 Serge Venturini, professeur à l’université Paris Diderot : « Je suis passé hier au 11, rue de Plaisance, son dernier domicile connu, tout près d’ici, entre la rue Didot et la rue Losserand. Son itinéraire a été celui d’un errant entre le génocideur turc et le bourreau nazi, d’un orphelin déchiré certes, mais sans cesse entreprenant, intrépide et déterminé, et ceci dès l’enfance, en raison du génocide arménien perpétré par le gouvernement des Jeunes-Turcs en 1915. Si son dernier regard s’est tourné vers l’Arménie car il était Arménien, il mourut pour son pays d’accueil, en vrai patriote. « Bonheur à ceux qui vont nous survivre, a-t-il écrit, et goûter la douceur de la Liberté et de la Paix de demain. »    Même si « la mort n’éblouit pas les yeux des partisans »,  je le vois, je l’entends crier, ce 21 février à midi, au Mont Valérien, à l’ultime instant de quitter ce monde, avec ses camarades : « Vive la France ! » La France était selon Missak la « Terre de la Révolution et de la Liberté. »

Deux livres sont à lire absolument sur ce couple, le premier paru en 1977 est de Mélinée Manouchian elle même sur leur vie commune , le second, paru en novembre dernier est l’œuvre de Didier Daeninck  : Missak. Il retrace l’enquête que consacra le Parti Communiste Français pour élucider les circonstances ayant conduit à l’arrestation puis à l’exécution du groupe de la MOI en 1944. En septembre est également sorti sur les écrans le film « L’Armée du Crime ». Le réalisateur Robert Guédiguian et l’acteur principal Simon Abkarian présentent leur film L’armée du crime…

Et le sacrifice de Manoukian inspira un magnifique poème à Paul Eluard :

Si j’ai le droit de dire,
en français aujourd’hui,
Ma peine et mon espoir,
ma colère et ma joie
Si rien ne s’est voilé,
définitivement,
De notre rêve immense
et de notre sagesse

C’est que ces étrangers,
comme on les nomme encore,
Croyaient à la justice,
ici-bas, et concrète,
Ils avaient dans leur sang
le sang de leurs semblables
ces étrangers savaient
quelle était leur patrie

Aujourd’hui, le mur de la honte est tombé, l’Arménie et la Turquie sont candidats à l’entrée dans l’union européenne,  20% des étudiants de nos universités sont des étrangers, plus d’un million et demi de jeunes européens ont suivi les programmes Erasmus. De nombreux étudiants extra européens suivent les programmes Erasmus Mundus.

Mais aujourd’hui, de nouveau, on traque « l’Etranger » en situation irrégulière. La délivrance des visas pour les étudiants est devenue un casse tête pour les universités. Monsieur Besson s’il vous reste un peu d’humanité, au moment de fêter la Noël, vous qui êtes né en terre étrangère, veuillez démissionner.

Palaiseau le 6 décembre 2009

Une réflexion sur “ Mélinée Manouchian ”

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Vous pouvez utiliser ces balises et attributs HTML : <a href="" title=""> <abbr title=""> <acronym title=""> <b> <blockquote cite=""> <cite> <code> <del datetime=""> <em> <i> <q cite=""> <strike> <strong>