Autonomie ou loi Goulard that is the question !

cité internationale de paris credits : clic me - flickr

Dans mon livre « Quand l’université se réveille tout devient possible », j’écrivais en 2008 :

« [En 2003] les universités Dauphine, Sorbonne Nouvelle, Pierre et Marie Curie ainsi que l’Ecole Normale Supérieure créent une confédération universitaire. En 2004, l’Ecole des Hautes Etudes en Sciences Sociales demande à participer à l’aventure.[…] L’année 2006 verra l’arrivée de l’université Panthéon Assas et au début de l’année 2007 des discussions seront entamées avec d’autres établissements d’enseignement supérieur. La constitution d’un pôle d’érudition de réputation mondiale au sein de Paris Universitas comportant l’Ecole des Hautes Etudes en Sciences Sociales, l’Ecole Normale Supérieure, est effective avec la décision de l’université Paris Sorbonne de nous rejoindre mettant fin ainsi aux séparations arbitraires de l’après 68. L’objectif est maintenant clair, il s’agit de faire converger les politiques et les organisations d’établissements fort différents et de créer ainsi un mouvement de refondation solide d’une une université globale, omni-disciplinaire, qui ne soit pas dépendant des tergiversations de l’Etat et puisse perdurer par delà le renouvellement des équipes dirigeantes. »

La consultation des classements de l’ISI web of science, montrait clairement l’effet qu’aurait la création en Ile-de-France de trois universités de plein exercice en lieu et place des trois regroupements qui se sont opérés en 2005, l’Alliance Paris-Universitas, L’alliance Paris Centre Universités et l’alliance Paris Sud, la première se situerait au 12ème rang mondial et au premier rang européen pour le nombre des articles publiés, la seconde se situerait au 30ème rang mondial et au 3ème rang européen  et la dernière serait au 36ème rang mondial et au 4ème rang européen. Si l’Ecole Polytechnique de Palaiseau, fort loin dans les classements était intégrée dans l’alliance Paris Sud, celle-ci serait alors au 16ème rang mondial et au 2ème rang européen.

Fin 2005, Paris Universitas aurait pu être un PRES, mais ni le directeur de l’enseignement Supérieur d’alors, ni la noblesse d’Etat n’en voulurent : trop grand, trop prestigieux, bref trop tout. En France « Small is Beautiful ».

Qu’en est-il quatre années plus tard ? Trois membres de Paris Universitas, Paris Sorbonne, Panthéon Assas et Pierre et Marie Curie ont engagé un processus de rapprochement avec comme objectif, selon les statuts ratifiés par les trois conseils d’administration, la mise en commun des moyens économiques dans le cadre de services communs à l’ensemble de ses membres ou à certains d’entre eux (dans le domaine des ressources humaines, de la finance, du patrimoine, des systèmes d’information, de la vie étudiante, etc.), le partage des infrastructures, la conception de nouveaux moyens au service des étudiants, l’aide et l’assistance matérielle à la coopération entre partenaires dans le domaine de la pédagogie et de la recherche, la promotion des trois établissements au niveau national et international. Ils ont constitué un Board de trois personnes au sein duquel ne siège aucun représentant de l’Etat. Nul ne s’y trompe, un processus d’accrétion est bel et bien enclenché. Tous les indicateurs nationaux et internationaux placent cet ensemble qui, comme l’a proposé le conseil d’administration de Paris Sorbonne propriétaire de la marque, pourra prendre le nom de « La Sorbonne », au premier rang des universités françaises, dans le quintette majeur des universités européennes et proche du « top ten » mondial. Mais il refuse de passer sous les fourches caudines de la loi Goulard au détriment de l’autonomie retrouvée.

Paris cité universitéPar contre, le sémillant germanopratin président de l’université Paris Descartes, au lieu de consolider l’autre Alliance (1/5/7) a préféré construire une monstruosité à la française dont le périmètre va, du Havre à Menton en passant par Rennes, Bondy, Censier, l’Hôtel Dieu, Nancy, Dijon et Reims, qui sacrait jadis les rois de France mais en laissant de côté la basilique Saint Denis. Dans ces conditions sa dénomination de Paris Cité Université à quelque chose de surréaliste. Ah le beau PRES que voici ! On tremble pour la gestion d’un ensemble de plus de 120 000 étudiants et de plus de 12 000 personnels à plein temps sans compter les vacataires fort nombreux de l’IEP et de l’EHESP ! Mais heureusement, son conseil d’administration, dont le nombre pourra atteindre une quarantaine de membres, n’aura qu’à palabrer sur la coordination des démarches stratégiques des établissements membres et de leurs relations contractuelles avec l’Etat, les collectivités territoriales, les partenaires institutionnels et les organismes de recherche, la coordination des politiques de formation des établissements, la coordination des écoles doctorales la coordination de la politique de vie étudiante, la coopération en matière de suivi des étudiant et d’orientation active des lycéens. Coordonnez, coordonnez, la logique de la loi LRU fera le reste ! Mais pourquoi dans ces conditions ont-ils eu besoin d’un agent comptable désigné par l’Etat ? Pour gérer les maigres fonds des revenus de l’argent placés par Bercy ?

Le seul élément qui risque d’animer un peu les conseils d’administration de cet édifice réside dans l’élaboration d’une stratégie partagée concernant les implantations immobilières des établissements membres en Ile de France et la valorisation de leur patrimoine immobilier. Ouf, l’IEP pourra continuer sa politique d’expansion en province sans avoir à leur rendre des comptes.

Ce dernier paragraphe à lui seul explique l’arrivée de la Sorbonne Nouvelle et de l’Institut d ’Etudes Politique dans cette galère, mais quand on connaît les deux principaux compères du dispositif, on peut douter que cette opération leur soit finalement bénéfique. C’est sans doute aussi cet aspect des choses qui a poussé Paris 1 à se laisser gentiment mettre à la porte. Son président n’en a été que plus à l’aise sans doute pour négocier des surfaces de compensation en contrepartie d’une vague promesse d’intégrer un regroupement avec l’EHESS et l’EPHE. L’avenir dira si ce n’est pas une promesse de Gascon. Dans  ce marchandage qui fleure bon le carreau du temple il y a même aussi un perdreau. On se demande bien pourquoi l’université Paris Nord, a accepté le misérable strapontin qu’on lui a proposé. Il eut été plus élégant pour son président, mais sans doute plus fatiguant, de revendiquer d’être une composante à part entière du PRES Condorcet et d’y apporter ainsi une touche médicale et scientifique non négligeable, en tous les cas plus crédible que le conservatoire national des arts et métiers. Qu’adviendra t’il maintenant de l’emblématique université de Vincennes ? Sera-t-elle sacrifiée sur l’autel de la haine déclarée des Sarkozistes pour mai 68 ?

Quant à la structuration du Sud francilien on a du mal à s’y reconnaître, entre l’achat à la découpe de la seconde université française par les technocrates du commissariat à l’énergie atomique et des militaires de Polytechnique. Reste cependant pour eux à récupérer la marque ce qui est loin d’être fait compte tenu de la position internationale de l’université Paris Sud. Et que deviennent le PRES sud francilien et Paris-Tech dans tout cela ? Le premier semble à la dérive et le second va tanguer sérieusement au risque de devoir se cantonner dans le rôle, un peu ingrat par les temps qui courent mais qu’il fait si bien, de VRP de l’exception française.

En définitive, et comme je le disais l’an dernier, le caractère brouillon des opérations lancées dans le cadre du plan campus, la résurrection de la loi Goulard, la mise en œuvre imparfaite de l’autonomie des établissements initiée par la loi LRU ont sérieusement brouillé la lisibilité de la politique universitaire déployée par Valérie Pécresse. On ne peut pas conduire de front deux objectifs lorsqu’ils sont antagonistes dans l’instant, même s’ils sont partie prenante d’une stratégie globale que par ailleurs on pourrait approuver si elle était conduite à son terme. Toute l’énergie dépensée depuis deux années aurait pu être mieux utilisée. Sans compter les choix discutable sur les hommes et des femmes chargés de la promouvoir.

Tour Zamansly 19ème étage le 1er décembre 2009

6 réflexions sur “ Autonomie ou loi Goulard that is the question ! ”

  1. Il est vrai que l’importance donnée aux formes juridiques des alliances par rapport à la qualité stratégiques des projets est inquiétante. C’est particulièrement vrai dans le Rapport Larrutourou.
    1) Je suis d’accord avec vous sur le fait que l’alliance Paris 2/4/6 est le projet le plus clair sur le plan stratégique et le plus prometteur. Peut-être lui manque-t-il une ou plusieurs écoles (ingénieurs, gestion) pour améliorer sa force de frappe professionnelle, mais le projet est magnifique. Le Rapport Larrouturou le maltraite parce qu’il n’emprunte pas la voie juridique du « Pres ». C’est ridicule. Le meilleur exemple d’une fusion réussie d’universités et d’écoles est la création de l’Université de Strasbourg, qui n’a pas utilisé la voie juridique du Pres.
    2) L’alliance Paris 3/5/7/LanguesO/ScPo/INPG/ENSP
    est donné en exemple par Larrouturou, alors qu’elle est en contradiction avec ses propres critères : pas plus de 60000 à 80000 étudiants et cohérence géographique. ScPo est aujourd’hui plus provincial que parisien et l’ENSP est à 95% à Rennes. Mais Bernard Larrouturrou trouve que le critère d’identité territoriale est satisfait… Comprenne qui pourra. Sans parler de Paris Nord dont le statut de membre associé n’a aucun sens.
    3) Quant à Paris Sud, il est clair que le périmètre est trop large pour en faire une future université : 22 établissements appartenant à plus de dix ministères, dont plusieurs établissements appartenant à ParisTech. Il est douteux que ceux-ci choisissent de s’inscrire dans un pôle Paris Sud plutôt que dans Paristech. Là je sais être en désaccord avec vous. Ce groupement n’est peut-être pas conforme au modèle classique des grandes universités pluridisciplinaires, mais le MIT non plus (cinq écoles de sciences, d’ingénieurs et de management). Le jour où ParisTech atteindra le même degré d’intégration que celui dont vous rêvez pour Paris 2/4/6, il fera, lui aussi, bonne figure dans les classements internationaux. L’intérêt collectif n’est pas forcément dans l’uniformité.

  2. Je n’ai pas de problème particulier avec Paris Tech, mais je doute fort que l’Ecole Polytechique, Les Mines, les Ponts où HEC si cette école rentre à Paris Tech abandonnent leur marque propre et leur autonomie. Par ailleurs, le poids en matière de recherche de Paris Tech est bien loin de celui du MIT !

    Mais la concurrence ne me fait pas peur. Encore faut il que l’Etat observe une stricte neutralité si concurrence il y a!

  3. Monsieur Bereziat,
    Bonsoir! Tout d’abord je vous félicite: votre blog a de grandes qualités. J’ai appris beaucoup de choses, y compris les expressions françaises que je ne connaissait pas avant. Je suis étudiant de Paris IV et l’ai choisi pour la réputation de la Sorbonne. Dans mon esprit, la Sorbonne est synonyme de la lumière. Mais je suis déçu: les professeurs de grand renom en séminaire de Master, se creusent la tête pour expliquer une question qui aurait été posée par un lycéen.Des étudiants préparent les examens à la dernière minute. La tricherie devient banale.Grâce à la grève, tous les étudiants ont eu leurs diplômes… Depuis longtemps, je ne voulais vraiment pas admettre cette vérité. Mais c’est la réalité incontournable. Je ne crois non plus que cela ne touche que Paris IV-Sorbonne en France. Au moment du regroupement des universités françaises, il faut prendre conscience de la visibilité internationale dépendant aussi de la qualité des enseignements et des élèves. Le future des écoles égale à celui du pays… En lisant, veuillez croire que je suis tout sincère.

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