L’automne c’est aussi l’espoir

Mon dernier post (L’agonie de l’automne.) ayant inquiété certains, je m’empresse de reconnaître que cette année l’automne est aussi porteur d’avenir. Le vingtième anniversaire de la chute du mur de Berlin qui est aussi celui de la chute de mes illusions, coïncide avec la capitulation de l’hyper-nationaliste tchèque. Certes la bureaucratie bruxelloise est un peu lourde, mais de là à la comparer à la bureaucratie soviétique ! Cependant Vaclav Klaus concède, dans le journal tchèque Lidove Noviny, qu’il ne peut pas bloquer le traité de Lisbonne car, déclare-t-il, « le train va désormais si vite et si loin que je devine qu’il ne sera pas possible de l’arrêter ». Il a fallut la crise et son cortège de craintes et de malheurs pour que les Irlandais considèrent que, tous comptes faits, l’Europe dont ils avaient tant profité, pouvait aussi être en quelque sorte protectrice et reviennent massivement sur leur refus antérieur. Ainsi l’aventure européenne va se poursuivre et il appartiendra à la jeunesse, celle du programme Eramus, de la rendre irréversible.

L’autre bonne nouvelle c’est aussi la délibération du conseil d’administration de Panthéon Assas approuvant le PRES La Sorbonne sous une forme associative. Il faut bien voir ce que ce vote signifie : la constatation par les plus sceptiques des universitaires que l’immobilisme n’est plus de mise quand on tient à demeurer au premier rang du peloton de tête. Les esprits chagrins tentent de minimiser l’évènement et la noblesse d’Etat renâcle devant ces trois communautés universitaires qui pensent qu’il ne peut y avoir de mariage durable sans fiançailles substantielles. Car il en est de La Sorbonne comme de l’Europe, nous n’en sommes qu’au début d’un processus long et compliqué. Trois universités qui ont décidé de parler d’une seule voix, qui réaffirment leur volonté que leur PRES prenne en charge, en lieu et place de l’Etat, les éléments de la vie universitaire : Médecine préventive des étudiants, sport universitaire, logement pour étudiants et chercheurs étrangers, création d’un « learning center » s’appuyant sur leurs services de documentations et leurs bibliothèques et demandent que le financement des projets qu’ils ont proposés soit pris en compte dans le cadre de l’opération Campus, c’est du jamais vu à Paris. C’est aussi l’acte de décès de l’ancien mode interuniversitaire déresponsabilisant que d’autres prônent encore. Car dans ce pays, les conservateurs ne sont pas ceux que l’ont croit.

Pour autant tout n’est pas réglé ! Pourquoi ? On n’efface pas du jour au lendemain deux siècles de séparation et trente années de divergence institutionnelle. S’y ajoute l’Ego de trois communautés qui savent bien qu’elles constituent les meilleures institutions françaises dans leurs disciplines phares. L’édition 2009 du classement de Shanghaï vient rappeler que l’université Pierre et Marie Curie n’a pas besoin d’acheter de prix Nobels ou de médailles Fields pour entrer dans le Top 40 mondial et dans le Top 5 européen ! Le magazine « Times Higher Education » propulse l’université Paris Sorbonne à la 21ème place mondiale en humanités et à la 3ème place européenne derrière Oxford et Cambridge. La quasi-totalité des publications spécialisées confirment que Panthéon-Assas est la première université française pour ce qui est du droit. L’UPMC qui a conquis son autonomie bien avant que la Loi l’y autorise réclame son dû, la dévolution des biens. Panthéon-Assas gérera sa masse salariale à partir du premier janvier prochain et réclame aussi cette dévolution. Paris Sorbonne compte bien que son association avec les deux précédentes lui permette de devenir pleinement autonome en janvier 2011. Mais tous refusent de passer sous les fourches caudines d’une application restrictive de la loi Goulard et ne souhaitent pas sacrifier une autonomie fraichement acquise sur l’autel de conseils d’administration dans lesquels la « noblesse d’Etat » se taillerait la part du lion. S’il est hautement probable que le PRES ait besoin d’une fondation pour gérer la capitalisation, il n’est pas question qu’elle puisse s’ingérer dans les décisions de politique universitaire.

Que sera le futur ? Probablement ce que la nouvelle génération d’universitaires, qui n’a connu ni les anciennes facultés, ni l’effervescence du printemps des cerises, voudra bien en faire. Mais pour préparer ce futur il faut que les trois communautés apprennent à se connaître et à travailler ensemble. C’est déjà le cas au sein des doubles cursus exigeants créés au sein de Paris Universitas entre les littéraires et les scientifiques, c’est moins évident entre les juristes et les scientifiques. Lors des mouvements du premier trimestre, les littéraires et les juristes ont appris, dans un front du refus, à voir leurs différences sous l’œil attentif des scientifiques et des médecins. Tout aurait pu se briser à ce moment là tant le choc des cultures fut brutal. Or il n’en à rien été.

Il n’a pas fallu plus de cinq ans au sein de l’UPMC pour que les scientifiques et les médecins apprennent à vivre ensemble et à transformer une association de raison en entreprise gagnante. Cependant, quatre mandats de présidents ont été nécessaires à la communauté universitaire de l’UPMC pour constater qu’une administration forte entre les mains de ses mandants n’était pas une entrave aux libertés académiques, mais qu’au contraire, elle leur avait procuré des marges de manœuvres supplémentaires sans qu’ils prennent des risques judiciaires dont on voit bien aujourd’hui qu’ils peuvent mener le plus haut responsable de l’Etat devant les tribunaux. Sans doute ont-ils été eux même surpris en 2003 d’apprendre qu’ils étaient bien la première institution universitaire française, ce qui est constaté par tous et pas seulement par les chinois !

Il est donc nécessaire d’être patient dès lors que le chemin est tracé. Patient ne veut pas dire inactif. Oui il y aura de nouveau à Paris une université globale et reconnue comme telle, non pas par l’Etat, mais par la communauté universitaire internationale. Peut être deux, peut être trois ! Et à ceux qui pensent de refaire à Paris un sosie de l’université de Londres, je répondrais que cette dernière ne figure dans aucun classement. Il nous faut inventer autre chose. Or, on voit bien à l’expérience strasbourgeoise, que les conseils d’administration tels qu’ils sont été arbitrés dans la loi d’août 2007 ne sont pas plus pertinents que les anciens conseils d’administration de la loi Savary. Une nouvelle réforme sera nécessaire. Ma position est définitive à ce sujet. S’il est loyal avec les déclarations politiques du gouvernement élu, l’Etat devra autoriser les universités en cours d’accrétion, à se doter des statuts qu’elles jugeront les plus pertinents pour elles. Quitte à elles à en payer le prix si elles se fourvoient car la liberté à un prix.

La première tâche qui incombe à La Sorbonne c’est donc de mettre en œuvre de manière résolue les décisions que viennent d’annoncer les trois membres de son conseil d’administration. Et pour ceux qui s’inquiètent de l’avenir de Paris Universitas dans ce panorama, qu’ils se rassurent. Paris Universitas n’a jamais été autre chose qu’un lieu de dialogue et de proposition. Les écoles et les grands établissements de Paris Universitas n’ont pas souhaité être partie prenante dans le PRES, une université n’a pas voulu en être non plus. Leurs raisons sont respectables, caractère plus national ou au contraire plus spécialisé de leurs responsabilités, sentiment d’être mieux considéré dans un autre périmètre. Mais pour l’heure Paris Universitas demeure comme incubateur d’idées.

6 réflexions sur “ L’automne c’est aussi l’espoir ”

  1. Monsieur,

    Je m’étonne de voir le nom Sorbonne (et a fortiori LA Sorbonne) utilisé par un ensemble qui ne comprend qu’une seule des quatre Universités pouvant prétendre aujourd’hui avoir un rapport avec la Sorbonne et excluant Paris 1 (Panthéon SORBONNE), Paris 3 (SORBONNE Nouvelle) et Paris 5 (René Descartes, installé pour partie en Sorbonne). Paris 2 (Panthéon-Assas) est, comme son nom l’indique, installée pour partie au centre Panthéon (qui n’est pas la Sorbonne) et pour partie rue d’Assas. Le procédé est pour le moins cavalier et la démarche globalement surréaliste – c’est un peu comme si Ringo Starr s’avisait de refonder demain les Beatles sans y intégrer Paul McCartney. Bien cordialement

  2. Mon cher ami, je vous laisse la responsabilité de la comparaison entre la Saga des universités parisiennes et celle de Ringo Star et des Beatles. On a les références culturelles que l’on peut. Mais un petit exercice de vulgarisation universitaire vous aidera, je l’espère à comprendre.

    L’université de Paris était à l’origine propriétaire de plusieurs sites. La loi d’orientation de l’enseignement supérieur du 12 novembre 1968 a eu pour effet de faire disparaître l’université de Paris et de créer treize nouvelles universités parisiennes auxquelles ont été transférés ses droits et obligations, ainsi que les biens lui appartenant en propre. Un décret du 30 novembre 1971 a précisé par la suite que les chancelleries des universités étaient chargées d’administrer les biens indivis entre plusieurs universités. Cette mission a été confirmée, mais à titre seulement transitoire, par un décret du 10 octobre 1972. Un décret du 27 février 1976 a enfin défini les modalités selon lesquelles les biens indivis devaient être transférés aux nouvelles universités parisiennes. Certains bien le furent d’autres non. C’est en particulier le cas de la Villa Finaly de Florence, du château de Ferrière et du domaine de Richelieu qui demeurent gérés par le Rectorat de Paris. La cité internationale universitaire reste un cas à part, la procédure prévue par le décret de 1976 n’ayant jamais été mise en œuvre, une fondation reconnue d’utilité publique créée par un décret du 6 juin 1925 en reste le gestionnaire.

    Pour ce qui est de la Sorbonne, la situation est encore plus compliquée puisque c’est une propriété de la ville de Paris et que contrairement aux sites des Cordeliers qui fut affectée à l’université Paris 6 et de l’ancienne faculté de médecine de Paris qui fut affectée à l’université Paris 5, la Sorbonne est aujourd’hui partagée entre trois occupants principaux : les universités Paris 1 (environ 14 200 m²), Paris 4 (12 500 m²) qui gère aussi la bibliothèque interuniversitaire de la Sorbonne (13 300 m²), le rectorat de Paris (10 000 m²) et quatre occupants mineurs : Paris 3 (2 900 m²), l’EPHE (1 000 m²), l’École des chartes (1 100 m²) et Paris 5 (200 m²). A ces surfaces s’ajoutent celles du « palais académique », incluant le grand amphithéâtre et des locaux de prestige qui accueillent plusieurs centaines de manifestations par an et en particulier la remise des docteurs honoris causa aux universités parisiennes qui le souhaitent.

    Par contre en ce qui concerne l’utilisation de la marque Sorbonne, les universités héritières de l’université de Paris peuvent s’en prévaloir, puisque la juridiction administrative a débouté l’université Paris 1 qui avait attaqué la marque Sorbonne-Assas déposée par Paris 2. Enfin, seules la ville de Paris et l’université Paris 4 ont déposé la marque « la Sorbonne » mais on imagine mal la Ville revendiquer une activité universitaire dans le contexte français (il n’y a pas d’universités privées en dehors de quelques universités catholiques). Par contre dans la sphère internationale, l’opération La Sorbonne à Abbou Dhabi conduite par Paris 4 a bloqué une initiative de Paris 1 visant à réaliser une opération identique dans un autre Emirat. La décision du conseil d’administration de Paris 4 de partager la marque « La Sorbonne » avec les universités Paris 2 et Paris 6 était nécessaire et suffisante pour que le PRES 2/4/6 puisse se dénommer La Sorbonne sans grands risques juridiques.

    J’ajoute que si l’on se réfère au « Times Higher Education Magazine », seule l’université Paris 4 et l’université Paris 6, dans leurs disciplines majeures y figurent dans un rang honorable (le premier en France), quant à comparer Paris 2 à Ringo Star je crois que vous poussez un peu loin le bouchon.

  3. Bonjour M. Béréziat, merci encore pour cet article mais, pardonnez-moi, quelques fois vos réponses sont un peu… brouillonnes.

    Pour ce qui est de la question de pierre-yves, je trouve un peu gratuite votre réflexion sur les références culturelles. Il faut savoir déceler les notes d’humour même dans les critiques.

    Je suis très heureux de la création de La Sorbonne et d’autant plus heureux de constater que vous y voyer le début d’une longue histoire alors que certains pensaient que ce ne serait qu’une opération de récupération de « marque » pour faire illusion dans les classements. Merci d’esquisser une vision pour cette future grande université. J’espère seulement que les choses ne vont pas tarder car nous avons déjà beaucoup de retard.

    Mais je trouve la remarque de Pierre-Yves intéressante. En fait, elle soulève le fait que les universités parisiennes en sont aujourd’hui réduites à s’approprier le nom de la Sorbonne pour briller à l’international. Un aveu de faiblesse en quelque sorte. Pauvre Sorbonne, au passé largement mystifié qui se retrouve réduite en 2009 au rôle de bouée de sauvetage pour universités en mal de reconnaissance. Chacun a sa propre définition de la Sorbonne et personne ne peut vraiment dire qui est plus légitime qu’un autre. Comme je vous l’ai dit, je suis heureux de la création de ce PRES, mais il faut aussi avoir l’honnêteté d’admettre que tout cela n’a pas grand chose à voir avec La Sorbonne.

  4. Puique l’on en est à l’humour, je préfère retourner à la Sorbonne (malgré l’Etat dans lequel l’a laissé la république) que de revenir au VIème siècle et retourner étudier dans la cité parmi les chanoines de Notre-Dame de Paris !

    Mais je vous accorde que la route est encore longue pour que trois pôles universitaires véritables émergent à Paris. Et il faudra beaucoup de courage et d’abnégations pour ses promoteurs afin qu’émerge au nord de la Capitale une Université moderne et de plein exercice pourtant bien nécessaire.

  5. Bonjour,

    Selon vous, Paris 4 est propriétaire de la « marque » Sorbonne car elle a effectué un dépôt à l’INPI. Je me permets de revenir sur ce procédé fallacieux consistant à déposer un nom que l’on sait être partagé.
    Même procédé utilisé d’ailleurs par le nouveau PRES qui, sous un prétexte de projet scientifique, vient d’effectuer un vol pur et simple.
    Je me demande comment les universités de ce PRES réagirait à la création d’un PRES Assas-Curie (après tout, il suffit d’aller déposer l nom)…
    Si on se fonde sur la pure légitimité à porter le nom Sorbonne, je crois que le droit en revient à l’EPHE, seule héritière de la fac de théologie d’origine.

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