L’agonie de l’automne.

credits :  Kazi_Islam_Ranak - flickr

C’est la saison où tout tombe
Aux coups redoublés des vents
Un vent qui vient de la tombe
Emporte aussi les vivants

Cette « pensée des morts » de Lamartine, si bien immortalisée par Georges Brassens, qui nous à quitté un 29 octobre il y a 28 ans, est pour moi d’une mélancolie extrême.

Mais cette année elle prend une dimension particulière. Il y a 80 ans, après une semaine de retraits massifs correspondants à des prises de bénéfices, le jeudi 24 octobre (Black Thursday), en écho sans doute aux recommandations de Charles Merrill (prédécesseur de Merrill Lynch), de ne plus s’endetter davantage mais qu’au contraire, le moment était opportun pour se libérer de ses crédits, un vent de panique bloqua tout achat d’actions et le « Dow Jones » perdit 22%. Tout s’accélère quatre jours plus tard  (Black Monday), plus de 9 millions de titres sont échangés et l’indice continua sa chute : -13 %, sans que les banques n’interviennent. Et le lendemain, (Black Tuesday), la dégringolade se poursuit, avec un nouveau recul de 12%. La descente aux enfers se poursuivit inexorablement et la crise s’installa durablement, avec son cortège de drames et de misère immortalisé dans les raisins de la colère.

Ce ne fût que trois ans plus tard, avec l’élection de Franklin D. Roosevelt, que la situation va se stabiliser grâce à une politique dirigiste et pragmatique, ce sera le « new deal ».

Du premier procès en sorcellerie à Paris le 29 octobre 1390 où Jeanne de Brigue fût jugée par le Parlement puis brûlée neuf mois plus tard, au 29 octobre 1965 où Mehdi Ben Barka, leader de l’opposition marocaine, fût enlevé devant la brasserie Lipp, sans oublier ce 29 octobre 2005 où deux adolescents qui tentaient d’échapper à la police pour une raison indéterminée se cachèrent dans un transformateur d’EDF où ils furent foudroyés, la liste est longue des infamies policières de l’automne. Le panorama politique ou religieux n’est guère plus réjouissant. En 1709, les religieuses jansénistes furent chassées de Port-Royal, c’est un 29 octobre, en 1922, que Mussolini prit le pouvoir en Italie et que onze année plus tard José Antonio Primo de Riviera fondit la phalange espagnole. Le 29 octobre 1979 Robert Boulin Ministre du travail de Valérie Giscard d’Estain meurt noyé dans 50 centimètres d’eau au sein d’un étang de la forêt de Rambouillet !

L’automne c’est souvent la saison des grands espoirs détruits. Le 24 octobre 1791 la montalbanaise Olympe de Gouges présenta à l’assemblée nationale la déclaration des droits de la femme et des citoyennes mais la Convention leur refusa les droits civiques. Certes Olympe de Gouges n’était qu’une « bâtarde » mais quelle force d’âme, contre l’esclavage, pour le droit des femmes, contre la dérive dictatoriale des montagnards et de Robespierre elle n’hésita pas à prendre la parole. Tout cela devait mal finir et  au matin du 2 novembre 1793, menée devant le tribunal révolutionnaire qui l’interrogea sommairement, privée d’avocat elle se défendit avec adresse et intelligence mais en vain. Condamnée à la peine de mort elle sera guillotinée le lendemain. Son fils, l’adjudant général Aubry de Gouges, par crainte d’être inquiété, la renia publiquement dans une « profession de foi civique ».

Un siècle et demi plus tard, le 29 octobre 1938, c’est la Pasionaria Dolores Ibárruri qui signe l’acte de décès des Brigades internationales à Barcelone. Elle s’était dressée pour défendre la république avec le célèbre « No pasarán » prononcé au balcon du ministère de l’Intérieur au moment de l’offensive franquiste contre Madrid.

« Mieux vaut mourir debout, que de vivre à genoux » déclara-t-elle, mais ce n’est visiblement pas la maxime des démocraties et elles le payeront cher. Dans l’autre camp, ce n’est pas plus brillant. Le 28 octobre 1956, Imre Nagy, revenu au pouvoir, obtint que les troupes soviétiques quittent la capitale hongroise. Cinq jours plus tôt, Enö Gerö avait donné l’ordre de tirer dans la foule, alors réunie sur la place Bem.  Mais le gouvernement de coalition voulait extraire la Hongrie du pacte de Varsovie et proclamer sa neutralité. Les troupes soviétiques réagiront en envahissant à nouveau Budapest. Imre Nagy, sera arrêté et conduit en Roumanie, avant d’être exécuté en 1958.
Et Jean Paul Sartre avait bien raison de constater un certain 29 octobre 1945 que « l’existence précède l’essence ». L’être humain existe mais ne se donne une essence que par ses actes. Il est donc responsable de ces derniers, jouit d’une grande liberté et donc aussi de celle de nuire.

Pour clore ce post un brin morose, il me reste à rappeler que le 29 octobre 1949,  il y a 60 ans, Marcel Cerdan trouvait la mort, lors d’un accident d’avion, alors qu’il rejoignait Edith Piaf  à New York Edit Piaf et Cerdan un grand amour.

La mort de Marcel Cerdan anéantira Edith Piaf, qui lui dédiera « L’Hymne à L’amour »

une de mes chansons préférées.

Paris le 29 octobre 2009

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