Lundi 5 octobre, la « Montagne » accouche d’une souris.

valérie pécresse

L’an dernier, à la même époque, un rapport sur l’immobilier universitaire parisien patronné par l’Inspection Générale des Finances, l’Inspection Générale de l’administration de l’Education Nationale et de la Recherche et du Conseil général de l’environnement et du développement durable circulait sous le manteau. Ce rapport enfonçait des portes ouvertes par de nombreux rapports antérieurs mais avait au moins l’intérêt de lister les 120 sites universitaires de Paris intramuros sans d’ailleurs donner de pistes sérieuses pour l’évolution de la situation. Ce rapport ne sera rendu public qu’à la fin de l’année 2008 en même temps que Valérie Pécresse confiait une nouvelle mission à un ingénieur des Ponts, Bernard Larrouturou qui s’était illustré avec le succès que l’on sait dans la réforme du CNRS alors qu’il en était le Directeur Général. Remercié sans beaucoup de tact par le Gouvernement en janvier 2006, il avait tenté, sans plus de succès, un passage chez Schneider Electric, recruté en novembre 2006, il aurait été remercié, selon boursica, en février 2008 « en raison de ses maladresses, il aurait notamment voulu redimensionner la recherche en transférant certains salariés de la recherche au développement (R&D), mais aurait fait certaines annonces sans l’aval de sa hiérarchie ».

Valérie Pécresse, que la contradiction n’effraye nullement, indiquait le 6 janvier 2009 que Bernard Larrouturou devait proposer, en lien étroit avec l’ensemble des acteurs concernés – collectivités locales et établissements – un schéma directeur pour l’enseignement supérieur à Paris, appuyé sur les projets pédagogiques et scientifiques des établissements. Il devait proposer, au mois de mars 2009 pour les questions de vie étudiante et au mois de mai 2009 pour l’ensemble du dossier, un dispositif permettant de piloter, dans la durée, la mise en œuvre du schéma directeur retenu par l’Etat, en lien avec les collectivités locales, et d’accompagner et de coordonner les établissements concernés, dans le cadre et le respect de la loi sur l’autonomie des universités. Bref autonomie certes mais encadrée.

La création fut réalisée en sept jours selon les textes bibliques, mais notre sémillant X-pont, entré et sorti premier de Polytechnique, auquel “l’usine nouvelle” du 16 novembre 2006 trouvait « un physique de rugbyman et un mental de bête à concours » mettra neuf mois pour pondre un texte où la fatuité l’emporte sur le ridicule. S’érigeant en pontife de la recomposition des universités parisiennes, ne voilà-t-il pas qu’il décrète la confédération des établissements parisiens. Mais mon cher ami, une confédération existe déjà, c’est l’Alliance Paris Universitas (association régie par la loi de 1901). Je sais bien que son existence en chagrine beaucoup, mais son conseil d’administration qui s’est réuni le 30 septembre n’a pas jugé utile de se saborder bien au contraire et a même discuté de son élargissement à d’autres établissements. Elle a constaté l’accord intervenu entre les universités Panthéon-Assas, Paris-Sorbonne et Pierre et Marie Curie pour constituer un PRES sous forme associative et le partage de la marque La Sorbonne validé par leurs conseils d’administration. Elle a également constaté le souhait des Ecoles de s’impliquer dans des opérations de campus dans le nord de Paris pour les uns et sur la montagne Sainte-Geneviève pour les autres.

Monsieur Larroutourou distribue des bons points et des accessits. Encore faudrait-il qu’il soit un instituteur crédible. Les établissements de Paris Universitas n’ont pas besoin de professeur ni de mentor, les autres non plus du moins je l’espère. Dix doubles cursus exigeants de licence et quarante spécialités de master associent au moins deux établissements de Paris Universitas et près de deux cents étudiants sont dans des doubles cursus exigeants de licence associant Sciences Po et l’UPMC ou Paris Sorbonne ! Les laboratoires communs entre les établissements de Paris Universitas sont légions (une bonne cinquantaine) et d’autres associent aussi le Muséum National d’Histoire naturelle et l’Observatoire de Paris. Nous n’avons pas attendu le Messie pour les faire. Quant aux formes que prendront dans le futur les coopérations entre les membres du PRES La Sorbonne, une chose est sûre, il vaut mieux que Monsieur Larrouturou ne s’en occupe pas.

Je me garderais bien de porter un jugement sur ce qui se passe à Paris Centre mais je ne suis pas sûr que l’expulsion de Panthéon-Sorbonne au profit du binôme Paris Nord – Sorbonne nouvelle soit une bonne opération car c’est à somme nulle pour les étudiants mais certainement pas pour la cohérence géographique et thématique. Les présidences passent et leurs affinités politiques aussi. Mieux vaut un bon accord que des copinages incertains. Notons en passant que le nombre d’étudiants du PRES suggéré par Bernard Larrouturou est de 120 000 alors que dans l’Alliance Paris Centre initiale il était inférieur à 100 000. A côté de ce mastodonte, le PRES La Sorbonne ne compte guère plus de 70 000 étudiants officiels et en fait plus vraisemblablement 60 000 si l’on en déduit les cumulatifs des classes préparatoires et les inscriptions en UE isolées, près de la moitié sont en master et en doctorat et 20% d’étudiants sont étrangers. N’en déplaise aux bobos médiatiques germanopratins, là est la future université de rang mondial et pourtant l’Etat lui chipote le transfert de ses biens immobiliers.

Car s’il y a un sujet qui fâche, c’est bien celui de l’immobilier. Bernard Larrouturou propose de créer un établissement public d’aménagement universitaire de la région Ile de France, reprenant par là une proposition du directeur de l’Etablissement Public du Campus Jussieu, un autre Pont mais pas X, qui s’est illustré dans les retards cumulés de la rénovation du campus Jussieu entraînant ainsi des surcoûts « abracadabrantesques ». Cette proposition est évidemment inacceptable. D’ailleurs Valérie Pécresse ne l’a pas reprise telle quelle dans son interview au « Monde » le même jour. Elle préfère manier la carotte et le bâton : « je suis prête à déléguer aux PRES la compétence de réaliser les travaux s’ils se constituent en établissement publics. Dans le cas contraire, l’Etat prendra ses responsabilités. D’ici à la fin de l’année nous créerons à titre transitoire, un établissement public d’aménagement, pour accompagner les universités afin de remettre en état ce qui doit l’être ». Merci Madame la ministre mais du SCAP, du SCARIF à l’EPCJ, l’UPMC on a déjà donné.

Dans vos annonces Valérie Pécresse il y a le dit et le non dit. Mais il y a aussi une question de méthode et de calendrier. Certes 120 sites universitaires parisiens c’est beaucoup. Vous voulez les réduire à 40. Que ferez vous des 80 autres ? Nous souhaitons que les universités soient traitées autrement. Deux universités de Paris Universitas ayant déposé le projet de PRES La Sorbonne ont demandé la dévolution des biens avant toute négociation sur les restructurations. Quand on considère le patrimoine des grandes universités étrangères de taille et de réputation comparable on ne peut que constater que cette demande n’est pas excessive. Elles sont toutes deux en mesure de l’assumer. Elles sont même en mesure d’apporter leur concours à la troisième pour ce faire. La seule chose qu’elles ne veulent pas c’est l’usine à gaz créée par la loi Goulard pour la gouvernance des PRES. Plus généralement, on assiste en ce moment à une remise sur le devant de la scène de cette loi. Hors celle-ci est orthogonale à la loi LRU, car elle crée un couche technocratique supplémentaire, elle multiplie les centres de pouvoir dans lequel les universités sont minoritaires et surtout elle réalise le saupoudrage des financements de la recherche alors qu’il eut fallu au contraire les concentrer au sein des universités. Par ailleurs ceci est cohérent avec la proposition de votre directeur de cabinet de remettre en cause l’attribution des « overhead » des contrats de recherche de l’Agence Nationale de la Recherche aux établissements hébergeurs pour la transférer aux laboratoires.

Tout cela est plus que suspect à nos yeux, après la non négociation des budgets d’autonomie, la réaffirmation de la prééminence du système SYMPA aux lieux et place des négociations quadriennales et la sous-évaluation de la masse salariale pour les universités intensives en recherche. Comment vous croire lorsque vous affirmez : « que votre objectif est de faire de Paris une des plus belles métropoles universitaires du monde ». Vous seriez beaucoup plus crédible si vos services s’appliquaient d’abord à ce que l’autonomie des trois membres fondateurs du PRES La Sorbonne soit entière (dévolution des biens compris), bien financée et que l’Etat discute avec la gouvernance qu’ils se seront dotés avec l’approbation de leurs conseils d’administration respectifs. Et qu’enfin la capitalisation des universités se fasse en leur sein et pas à Bercy.

Palaiseau le 6 octobre 22 heures.

8 réflexions sur “ Lundi 5 octobre, la « Montagne » accouche d’une souris. ”

  1. Cher Gilbert Béréziat, vous êtres fidèles à vos convictions fondées sur une fort longue expérience des universités. Fort beau démontage du rapport sur la restructuration des universités de Paris. Vous résistez avec raison à ce qui arrive d’en haut ! Bien. Réalisation de l’autonomie d’abord (dont la compétence sur l’immobilier transféré) et ensuite on discute avec la ministre. D’accord ! Mais, je ne vois pas l’horizon à 3 ans : les 3 universités fusionnent-elles ou non dans ce délai ? Cordialement. irnerius

  2. Cher Gilbert.
    Je lis en général votre blog avec intérêt, mais la virulence avec laquelle vous attaquez ad hominem B. Larrouturou (certes pas un ange … ) montre qu’il appuie peut-être là où cela fait mal. Autant je suis persuadé que l’alliance Paris Universitas a beaucoup de sens dans une perspective future – et que sa création a eu quelque chose de visionnaire -, autant votre billet frise la mauvaise foi en ce qui concerne ce qu’un non initié pourrait prendre pour son bilan actuel. Car certes, l’UPMC a un certain nombre d’UMRs avec des acteurs de P. Universitas, mais combien avec l’ENS ou Paris Diderot qui font partie de projets concurrents ? Certes les double parcours sont une réalisation concrète très intéressante, mais à ma connaissance ceux à l’UPMC qui marchent le mieux sont ceux avec SciencesPo qui n’est pas non plus dans P.U. … dans ce que vous mentionnez, il n’apparait pas clairement ce qui n’aurait pas pu voir le jour sans P. Universitas. Les universités ont toujours fait, et font encore, des accords de circonstance avec tel ou tel établissement, et c’est très bien ainsi ! J’ose espérer que Paris Sorbonne a pour autre ambition que de récupérer sous sa bannière (sous ses arches ?) ces structures qui pourraient très bien exister sans elle. A quand la synchronisation des calendriers des établissements, et l’harmonisation des systèmes informatiques et règles de compensation aux examens, pour donner la réelle possibilité à un étudiant « lambda » (j’allais dire dans un « simple parcours non exigeant » …) de piocher quelques UEs dans un établissement autre que le sien ?
    Cordialement
    Laurent

  3. Je vais tâcher de répondre aux deux.
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    D’abord à Laurent Daudet. La lecture du rapport Larrouturou est encore plus confondante que ce qu’il en a paru dans la Presse, je vous conseille donc de le lire avec attention pour bien voir tout ce que ce texte contient comme provocations et inexactitudes vis à vis des établissements de Paris Universitas mais aussi de la Ville de Paris puisqu’il dispose à sa guise d’immeubles qui lui appartiennent. Mais si on regarde qui l’a mis en forme (une ancienne secrétaire générale de paris 5, passée à la chancellerie) on comprend mieux pourquoi il est tout miel pour le PRES Paris Centre et insidieux pour le PRES La Sorbonne. La liste serait longue des signes objectifs montrant que l’esprit de la loi LRU est bafoué à chaque page ou presque. Mais je laisse aux établissements le soin d’y répondre s’ils le jugent nécessaire. Ca me rappelle le rapport Hespel sur Jussieu et je parie qu’il finira lui aussi dans un tiroir.
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    La batterie de rankings internationaux publiés depuis plusieurs années rend justice aux établissements du PRES La Sorbonne.
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    Pour les doubles cursus, les masters cohabilités et les laboratoires en co-tutelle, c’est une bataille de tous les instants pour faire qu’ils ne se produisent qu’entre établissements qui se choisissent librement et pas par des mariages arrangés.
    Paris Universitas a toujours prôné la liberté académique de ses membres, c’est en quelque sorte un think thank et un outil de benchmarking pour eux. Tout le monde n’a pas accès à la télévision à la demande !
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    Quant à l’avenir du PRES La Sorbonne, mon cher Irnérius, c’est son affaire, où plutôt l’affaire de ses fondateurs. Il suffit de considérer plutôt d’où l’on vient depuis la décision historique, fin 2006, des juristes de se rapporcher des sciences et des humanités et celle de Paris Sorbonne en avril 2008 de renverser la logique ségrégatoire qui avait mis en 1970 les humanités dans un splendide isolement.
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    Mais chaque chose en son temps. Les décisions des trois CA en juillet (Paris Sorbonne), en septembre (UPMC) et en octobre (Panthéon Assas), délibérants chacun positivement sur les mêmes textes, ouvrent une ère nouvelle, car elle signifie aussi, qu’en dépit des différences thématiques et corporatives, des préférences politiques et idéologiques, des méfiances réciproques ces établissements ont décidé d’explorer ensemble le futur. C’est à eux et à eux seuls, comme le leur concède la loi LRU qu’il appartient de bâtir ce que demain sera. Elle n’ont ni besoin de Bernard Larrouturou ni du Recteur de Paris pour le faire. Mais d’ores et déjà, si elles mettent rapidement en pratique les décisions inscrites dans les textes qu’elles ont adoptés, en particulier l’utilisation commune de la marque, La Sorbonne pourrait rapidement flirter avec le top 10 mondial.

    Mais c’est sans doute cette perspective qui en indispose certains.

    Gilbert Béréziat

  4. Merci, Gilbert Béréziat, de votre réponse claire, argumentée et plutôt convaincante. Il vous reste à préciser : Paris Universitas en restera-t-il au statut de PRES ou ira-t-il plus loin ? Vers une fusion comme à Strasbourg ou non ? D’accord avec vous pour dire que ce sont d’abord les universités membres et passées aux compétences élargies qui doivent prendre la décision (mais il reste qu’il faudra quand même un jour un décret !). Mais éclairez-nous : quelles sont les intentions de chacune des 3 universités ?

  5. C’est en effet un problème réel et qu’il convient de traiter avec doigté. Je vous répondrais plus précisément la semaine prochaine à l’occasion de la célébration des 900 ans de formation supérieure sur le site Jussieu, de l’Abbaye Saint-Victor à l’UPMC. Ce que je peux vous dire simplement aujourd’hui, c’est que notre tâche la plus urgente c’est d’empêcher l’X-Pont qui se prend pour Guillaume de Champeaux d’empêcher de nuire.

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