Les universités et le XXIème siècle !

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Nul n’étant prophète en son pays, ce n’est pas la CPU qui m’a sollicité pour donner mon sentiment sur l’impact socio-économique des universités en ce début de siècle, mais la conférence des universités espagnoles. Et c’est pourquoi je profite d’un stop de deux heures dans l’aéroport de Madrid, en attente de mon vol pour Santander pour commencer l’écriture de ce billet. Santander, charmante cité balnéaire de la côte Cantabrique, mais aussi siège de deux universités dont l’Université internationale Menéndez Pelayo, où va se tenir ce séminaire, de plusieurs musés et qui accueille chaque année un festival de jazz. A la Tabacalera de Santander, entrepôts transformés en pénitencier, après avoir pris la ville en août 1937, les franquistes entassèrent 4000 républicains dans des avant de les liquider un à un et de les jeter dans des fosses communes. Celle qui fut la dernière statue équestre de Franco de toute l’Espagne fut finalement déboulonnée le 18 décembre 2008 à l’occasion du réaménagement de la place et devrait rejoindre le futur Musée de la Cantabrie.

Dans ce genre d’exercice, il vaut mieux connaître ses dossiers, et ce d’autant que les universités espagnoles sont en pleine mutation. L’Espagne est le pays européen dans lequel le nombre de publication a le plus progressé ces dernières années, il a doublé en 10 ans,

  • devant les universités françaises (+78%),
  • les universités suisses (+66%),
  • les universités italiennes (+57%) et loin devant
  • les hollandaises (+42%),
  • les allemandes (+48%) ou
  • les anglaises  (+38%).

Ce qui relativise au passage le discours ambiant sur la mauvaise qualité des universités françaises car dans la même période, le nombre de publication des soit disant « grandes écoles » n’a cru que de 40% et celles du CNRS ou de l’INSERM que de 20% environ.

Quoi qu’il en soit, cette commande survenue à la mi-juillet m’obligea à quelques devoirs de vacances durant le périple aoûtien que j’ai décrit dans ma précédente note. Je décidais donc de m’en tenir à quelques exemples pour lesquels des données fiables étaient accessibles. Comme point de comparaison, je pris Harvard qui venait de publier un petit opuscule à ce sujet, l’agglomération de Grenoble pour laquelle un rapport d’étape datant de 2005 sur des éléments concernant l’année 2003 était disponible et les données de mon université. Je complétais mes lectures estivales par deux contributions, l’une de Robin Cowan présentée à la conférence « Advancing Knowledge and the Knowledge Economy » de janvier 2005 à Washington DC et l’autre par Simon Marginson au forum de novembre 2008 à Pékin intitulée : « the knowledge economy and the potentials of the global public sphere ». Enfin je pris connaissance avec délice du rapport des technocrates de la Délégation interministérielle à l’aménagement du territoire : « L’offre d’enseignement supérieur et de recherche face aux besoins de l’économie et de l’emploi dans les territoires du Bassin parisien ».

J’ai donc choisi d’évaluer l’impact de l’UPMC à l’aune de l’université en tête dans tous les classements mondiaux et de celles de Grenoble, métropole française où le poids de la technocratie nucléaire est majeur (loin bien sûr derrière l’inévitable « plateau de Saclay » qui depuis trente ans fait le désespoir de tous les préfets de région par la maigreur de ses résultats au regard des crédits engloutis) et en conséquence la surveillance étroite de la part de la noblesse d’Etat. Le nombre d’étudiants est sensiblement identique à Harvard et à l’UPMC, une fois pris en compte les étudiants qui fréquentent « l’extension school » à Harvard et défalqués les étudiants fantômes, cumulatifs des classes préparatoires, à l’UPMC. Il est deux fois plus élevé au sein du PRES Grenoblois. En 2008, le budget de Harvard s’élevait à 2,6 milliards de dollar soit 1,8 milliard d’euros à comparer avec les 450 millions d’euros de l’UPMC en 2009 et même en ajoutant les 290 millions d’euros dépensés par les organismes de recherche dans les laboratoires de l’UPMC on n’arrive pas à la moitié des ressources de Harvard. La structure budgétaire des établissements d’enseignement supérieur de Grenoble est encore plus déséquilibrée, 311 millions d’euros pour les universités et 584 millions pour les organismes publics de recherche ! Harvard déclare qu’il disposait de 660 millions de dollars de budget de recherche  (464 M€) en 2008 quand l’UPMC n’a eu que 280 M€ en 2009 et encore, la moitié étant constituée par la part recherche de la masse salariale alors que dans le budget de Harvard ne figurent que les salaires des post-doctorants et autres contractuels. Et si l’on inclut les financements pour la recherche que mobilisent ses institutions partenaires, c’est un milliard de dollars supplémentaire dont bénéficie Harvard alors que, péniblement, le CNRS et l’INSERM, y compris par les contrats qu’ils gèrent, n’apportent à l’UPMC que 260 M€ supplémentaires, salaires inclus. De ce point de vue la situation de Grenoble est beaucoup plus favorable que celle de l’UPMC. Et pourtant si l’on considère le rendement en termes de publications scientifiques et de classement, l’UPMC ne s’en tire pas si mal alors que Grenoble est dans les choux :

Harvard UPMC Grenoble EHE
Direct Employment

18 750**

9 650

12 535

2008 ISI papers

14 442

5583

1 682

10y ISI papers

95 291

28 435

10 981

10y ISI citations

2 597 786

314 981

130 233

Taïwan ranking

1

50

210

Il faut noter au passage que les financements pour la recherche provenant de contrats avec les sociétés privées ne représentent que 3% à Harvard contre 8% à l’UPMC mais que 12 % du budget recherche de Harvard provient des revenus de son capital alors que l’UPMC n’en a pas et que l’Etat lui conteste la dévolution des biens quand Havard a pu investir plus de deux milliards de dollar ces 5 dernières années dans les opérations immobilières et des investissements destinées à accroître son potentiel de recherche. Venons en à l’innovation, Durant les années 2007 & 2008, 24 entreprises ayant des liens avec Harvard ont levé plus de 280 millions de dollars (200 M€) et créé 500 emplois ; les plus actives des 105 start-up crées 8 ans par l’incubateur Agoranov dont l’UPMC est le moteur principal ont levé 70 millions d’euro ces trois dernières années et créé au total 800 emplois. Ce n’est pas si mal ! et pourtant l’UPMC est toujours autant snobée par la noblesse d’Etat qui dirige les grandes entreprises et l’Etat ! Mais en tous cas, les revenus des brevets, les contrats avec l’industrie, la création de start-up par les universités ne peuvent représenter qu’une faible partie des ressources de l’université.

Quoi qu’il en soit, Havard, l’UPMC, et les universités de Grenoble, par leur activité propre et leurs étudiants, induisent mécaniquement un nombre d’emplois conséquents, 33 000 à Boston pour Harvard, 18 000 à Grenoble pour les universités de cette ville et 19000 en Ile de France pour l’UPMC. Pour autant, il ne faut pas se faire d’illusion, les choses changent vites et pour tout le monde, la formation d’une économie globale de la connaissance, depuis l’extension fulgurante de l’internet il y a moins de vingt ans, a induit une révolution fantastique que Simon Marginson compare à la révolution industrielle, voire à celle du néolithique : bien que le monde reste profondément divisé politiquement, culturellement et linguistiquement, il n’en est pas moins devenu une zone de communication unique et d’accumulation du savoir. Et bien que le développement du monde et des états eux-mêmes reste profondément inégalitaire, les découvertes scientifiques, la philosophie de la vie, et la culture elle-même sont devenus plus accessibles et pratiquement gratuites et, n’en déplaise aux intellectuels patentés et aux membres des aristocraties d’Etat, tous les copyright, toutes les lois adopi et toutes les burqa du monde n’y pourront rien changer. En d’autres termes, dès que les nouvelles connaissances se dispersent, l’effet « first move » comme disent les anglo-saxons disparaît car celles-ci sont distribuées partout, quasiment gratuitement. Les entrepreneurs, quels qu’ils soient seront condamnés à se rapprocher des véritables créateurs qui ne sont pas forcément les mandarins les plus réputés. Même dans le sacro-saint des sciences de la vie et du médicament il en sera de même, la règle du secret induit par les soi-disant droits à la propriété intellectuelle, qui confinent les recherche dans le gynécée des laboratoires va être périmée et les laboratoires d’entreprise condamnés.

Ce qu’il est convenu d’appeler l’open source implique que l’on passe d’une organisation contractuelle en une coopération plus réelle et de tous les instants. Il n’est pas sur que les grandes entreprises françaises, dirigées par des personnes imbues d’elles mêmes et sûres de leur bon droit puisqu’elles ont été triées à vingt ans, pour lesquelles la recherche ne veut pas dire grand-chose, car elles n’ont pas été formées à son contact soient en mesure de s’adapter à la nouvelle donne. D’ailleurs, la politique de Valérie Pécresse, tolérée, voire encouragées par une certaine gauche, même nouvelle, même extrême, est de ce point de vue détestable et son discours pro universitaire sonne creux puisque sa seule ambition manifestée par des actes est de diriger les plus brillants des élèves des couches moyennes vers les classes préparatoires et des « Ecoles » où, précisément, ils seront formatés par l’existant et peu enclins au rêve et à la création, deux vertus cardinales de la recherche, indispensables à l’économie de la connaissance. Et il est certain que les partisans du logiciel libre et les « biohackers » version actuelle des créateurs de la « silicon valley » ne se recruteront pas au sein de ces confréries. Dans les universités françaises, là où s’effectue l’immense majorité de la recherche créative, on ne voit arriver qu’au compte goutte les étudiants ayant de grandes potentialités. Bien sûr il a quelques exceptions, puisqu’un trader, formé en mathématiques par une petite institution de province a su damer le pion à tous les cadors de la finance, polytechniciens compris. Il est urgent en tous cas que ceux qui sont en charge de leur gouvernance montrent que l’université autonome est une institution ouverte qui libère les potentialités

De retour du pays où l’anarchisme fût roi, quelque part entre Madrid et Paris le 4 septembre

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21.09 > Mise à jour : à la demande de certains lecteurs vous trouverez ci-dessous ma présentation :

Présentation défintive à Santander-1 (clic droit, « enregistrer sous »)

20 réflexions sur “ Les universités et le XXIème siècle ! ”

  1. On espère pour nos amis espagnols que votre exposé était un peu plus rigoureux que ce texte.
    1) Comparer des taux de croissance expose au syndrome connu des « statistiques chinoises » : ce sont forcément les moins développés qui ont les taux de croissance les plus élevés… C’est une mesure du progrès relatif, mais pas de la performance. Ce sont par nature les plus performants qui ont les taux de croissance les plus faibles. On appelle ça les rendements décroissants.
    2) A propos des « soit disant » (sic) grandes écoles, d’où sont tirés les chiffres que vous citez ?
    3) Comment les emplois induits « mécaniquement » sont-ils calculés ? Les chiffres du texte n’ont rien à voir avec les chiffres du tableau…
    4) Quant au trader universitaire qui a su « damer le pion à tous les cadors de la finance, polytechniciens compris », vous voulez parlez de celui qui a trompé son institution et lui a fait perdre 5 milliards ? Magnifique performance en effet.
    Une foi de plus votre névrose obsessionnelle anti-grandes écoles vous conduit à sacrifier la rigueur du raisonnement.

  2. Bonjour Gilbert. Je suis, comme le commentateur précédent assez déçu de cette chronique. Je m’attendais au respect de votre cahier des charges pour les universités espagnoles. Quel est l’impact socio-économique des universités ? Votre chronique ne donne pas la réponse. Je me souviens avoir interviewé le recteur de l’université d’Udine, le professeur Honsell. Pourquoi une université à Udine ? Il m’avait produit un rapport d’un de ses collègues économistes qui prouvait, par une analyse minutieuse, que l’université « rapportait » plus au territoire en termes bassement économiques que ce qu’elle lui coûtait. J’y reviendrai un jour sur le blog Histoires d’universités. Pour l’instant, on peut se référer à 2 chroniques : « université et territoire » (http://histoireuniversites.blog.lemonde.fr/2009/02/16/universite-et-territoire/ ) ; « université et entreprises (http://histoireuniversites.blog.lemonde.fr/2009/03/24/recherche-entreprises/). Bien cordialement. Irnerius

  3. je vous réponds brièvement de la « Terre de feu », mon blog ne prétendait pas donner l’essentiel de mon intervention devant les recteurs espagnols. Mais montrer d’une part qu’avec un budget notoirement plus faible que celui de Havard, les performances en terme d’effet multiplicateur sur les emplois locaux les performances des universités françaises n’étaient pas si mauvaises, j’ai utilisé la même méthologie pour l’effet multiplicateur que celle décrite par Grenoble et Harvard ce qui ne veut pas dire qu’elle soit parfaite. D’autre part de monter l’evanescence des critères de transfert technologique au vu de l’évolution de l’économie de la connaissance liées à la mondialisation des systèmes d’information.

    Quant aux remarques de Kant il a raison sur un point quand on part de haut c’est difficile d’y rester (c’est d’ailleurs le problèlme de l’UPMC) mais je lui
    réplique ceci : il est sur que les soit disant grandes écoles ne produisent pas beaucoup de publications si l’on consulte ISI web of science ou Scopus. Et pourtant les grands lycées sélectionnent pour elles la crême des élèves non pas par concours mais par consultation complaisante des dossiers de tous les lycées lambda. D’ailleurs elles sont réluctantes à un indice de réussite comparant « l’output » à l’input » pour cette raison. Mais il faudra bien y venir. En d’autres termes, ce n’est pas très difficile d’enseigner des étudiants brillants même avec des professeurs médiocres.

  4. L’argument sur les classements des écoles dans le classement de Shanghai ne me semble pas pertinent, voir fallacieux. En effet la mission principale des écoles n’est pas de faire de la recherche mais de former des ingénieurs (bac +5, faut-il le rappeler ?). Dans ce contexte il n’est pas étonnant de voir ces écoles pas forcement bien classées dans un classement essentiellement basé sur des critères de recherche. Par ailleurs nombre d’enseignants dans les écoles font leur recherche dans des laboratoires de l’Université, et ne signent donc pas leurs publications avec le nom de l’école, mais celui de leur laboratoire et de leurs tutelles recherche.

  5. Les slogans du genre « les grandes écoles ont les bons élèves et les mauvais professeurs » ou « les professeurs de grandes écoles ne font pas recherche », ou « les grandes écoles coûtent trop cher pour ce qu’elles produisent » sont les poncifs des mouvements du genre « Sauvons les universités » ou « Sauvons la recherche » et de beaucoup d’universitaires qui préfèrent critiquer les autres que se considérer sans complaisance. Je trouve surprenant et un peu triste que vous épousiez ces slogans alors que vous avez pris vos distances avec ces mouvements.
    1) En tant qu’ancien professeur en universités et en grandes écoles, j’apprécie l’estime que vous portez aux professeurs de grandes écoles. Peut-être pourriez-vous imaginer que des étudiants brillants ne supporteraient pas longtemps des professeurs médiocres. Or, à la différence des universités, les professeurs des grandes écoles sont évalués par leurs élèves et leur direction et remerciés s’ils ne sont pas performants.
    2) Dire que les grandes écoles ne publient pas beaucoup est intellectuellement malhonnête si on considère les valeurs absolues. Il est normal que des écoles qui représentent 5% des étudiants et des professeurs, et n’existent que dans quelques disciplines appliquées (essentiellement sciences de l’ingénieur et sciences de gestion), publient moins en valeur absolue que les universités dont les effectifs sont infiniment supérieurs. Il faut donc appliquer ce que vous dites, un raisonnement « input/output ». Je vous propose de calculer les taux de publications, notamment internationales, par professeur, en sciences de l’ingénieurs et en management, respectivement pour les grandes écoles et les universités. Vous serez surpris du résultat.
    3) Dire que les grands lycées recrutent la crème des élèves « par consultation complaisante des dossier » montre une méconnaissance totale des mécanismes à l’oeuvre. Et êtes-vous partisan d’un concours à l’entrée des CPGE ?
    4) Je suis tout à fait d’accord pour un examen input/output comparé des filières universitaires et des filières grandes écoles. Mais savez-vous qu’il a été fait, au moins d’un point de vue économique, il y a quelques années (par l’Irédu, laboratoire de l’Université de Bourgogne, UMR CNRS, qui n’est pas suspect d’être au service des grandes écoles)? Le résultat est que le coût global du diplômé universitaire est plus élevé que celui du diplômé de grande école. Essentiellement à cause du taux d’échec à l’université.
    D’une façon générale je trouve regrettable de voir des universitaires perdre la rigueur qu’on attend d’eux dès qu’il s’agit de leur propres affaires et recourir à des slogans « clés en main » qui ne résistent pas à l’examen des faits.
    Bien cordialement

  6. Réponse à Rachel.

    Il faut d’abord s’entrendre sur ce que l’on appelle les « Grandes Ecoles ». Il y a en France une dizaine de Grandes écoles publiques et une poignée de grandes écoles de commerce privées. Leur fonction n’est pas de former des ingénieurs mais les managers de l’Etat et des grandes entreprises publiques, para publiques ou privées. Elles ne forment donc ni chercheurs ni ingénieurs, d’ailleurs c’est tellement vrai que la majorité des écoles qui forment les ingénieurs sont au sein des universités et, malgré cela le déficit en ingénieurs du pays ne cesse de croître.

    Enfin, il n’y a très peu d’enseignants des grandes écoles dans les laboratoires situés dans les universités. Par contre, les laboratoires qui sont dans les grandes écoles ne pourraient « tourner  » sans l’appui de personnels académiques (enseignants et chercheurs) d’université partenaires. Dans la logique du budget global les écoles devraient reverser à ces universités la partie du salaire chargé correspondant au temps qu’ils y consacrent. En réalité, par le biais des co-tutelles de laboratoires il n’en est rien et c’est encore une façon d’enrichir les établissements les plus aisés.

    Mais le problème le plus grave n’est pas là, en dirigeant les plus agiles intellectuellement des élèves des lycées vers les filières sélectives qui, dans leur immense majorité (à l’exception des Ecoles Normales Supérieures) ne sont pas destinées à former par et à la recherche, c’est la capacité d’innovation de la France que l’on affaibli. C’est pourquoi je réclame la fin de ce système dual et, comme première mesure la mise en concurrence réelle des deux systèmes en autorisant les universités à choisir leurs étudiants (comme c’est déjà le cas à Dauphine) et en supprimant les classes préparatoitres, entreprises de formatage de la jeunesse.

    Gilbert Béréziat de Buenos Aires

  7. Gilbert, vous avez tout à fait raison de me corriger. J’ai amalgamé un peu vite « écoles » et « grandes écoles » et j’ai oublié que ces grandes écoles formaient nos hauts fonctionnaires d’état. Néanmoins ça n’enlève pas le fait que la mission première de toutes ces institutions n’est pas la recherche, ainsi la production de publications références dans le Web of Science ou Scopus n’est certainement pas la grande priorité, contrairement aux universités dont c’est une des missions majeures. Pour le reste je suis d’accord avec vous sur le système dual et le détournement de la recherche des meilleurs éléments. A mon avis les solutions que vous proposez sont très radicales et en conséquence elles seront difficilement applicables (donc irréalistes ?). Il faudrait vaincre des lobbies qui me paraissent assez puissants car c’est un peu vite oublier que nos décideurs politiques ou hauts fonctionnaires sont très majoritairement passés dans le moule prépas/grandes écoles. Enfin je doute que les universités soient actuellement dans une dynamique positive et novatrice, avec une incapacité manifeste de se remettre en cause ou d’envisager des réformes ambitieuses, comme nous l’a montré le récent mouvement de contestation. Peut-être qu’on hésitera dorénavant à leur confier les meilleurs éléments …

  8. @Kent : je pense qu’il faut savoir rendre à César ce qui est à César. Aucune grande école, aucune université en France ne publie autant que l’UPMC. Quelle que soit la métrique choisie (en valeur absolue, par étudiant, par professeur). C’est pour ça qu’une comparaison entre l’UPMC et n’importe quelle autre entité sera biaisée : l’autre entité fera forcément moins bien.

    Je pense aussi qu’il faut savoir distinguer les universités qui ont fait de la recherche une priorité (Paris 6, Paris 11, Lyon, Grenoble, Bordeaux, Strasbourg…) et qui ont effectivement un output important de l’ensemble des universités.

    Je pense encore que votre métrique « publis par professeur » est biaisée : en dessous d’un certain nombre de publications (mettons, 1000 par an) l’école n’est pas visible à l’international. Le tout est moins grand que la somme de ses parties. Quand une école comme Centrale Paris publie 216 papiers par an (selon ISI), je suis désolé, elle n’existe pas à l’international.

    Au fait, si vous voulez les publis par professeur : Centrale Paris, 216 publis en 2008 pour 224 enseignants (0,96). UPMC, 4650 publis en 2008 pour 3250 enseignants et chercheurs (1,43) (Données ISI). Centrale Paris est dans le « top 10″ des grandes écoles françaises.

    Pour finir sur une donnée factuelle : les 5 meilleures grandes écoles françaises en nombre de publications par an ont des laboratoires de recherche commun avec les universités voisines, et coopèrent vraiment avec elles (ENS, X, ENSL, INPG, ESPCI).

  9. Cher N. Holzchuch ,

    Je crois que vous mélangez plusieurs sujets, en déviant par rapport à la question débattue.
    1) Personne, en tout cas pas moi, ne conteste que l’UMPC est l’université française la plus productrice en publications scientifiques (en valeur absolue). Mais la discussion ne protait pas sur L’UMPC mais sur l’activité de recherche des grandes écoles en général par rapport à celles des universités en général.
    2) Je ne vois pas ce qui vous permet d’affirmer que toute autre entité que l’UMPC fera forcément moins bien en valeur relative, par étudiant (ça n’a guère d’intérêt), ou par professeur. Une telle affirmation demanderait un traitement de données important que ni vous ni moi n’avons fait.
    3) Votre « démonstration » sur Centrale vs/UMPC n’est guère convaincante. Je crois même qu’elle apporte de l’eau à mon moulin. Je pourrais discuter les chiffres (par ex. Centrale affiche 161 chercheurs et enseignants-chercheurs, pas 224) mais, même en les acceptant, votre comparaison conforte ma position. Si l’UMPC est l’étalon de la production de recherche, comme vous le proclamez, le fait qu’une école d’ingénieurs ait une efficience en termes de publications égale aux 2/3 de ce n°1 est tout à fait honorable et est probablement supérieur à la majorité des universités françaises. En tout cas cela ne permet certainement pas d’affirmer que les professeurs de grandes écoles ne publient pas.
    4) Dire que le taux de publis par professeur est biaisé, car en dessous de XXX publis par an l’école est invisible à l’international c’est confondre deux problèmes bien distincts : l’efficience des professeurs en matière de recherche et la taille de l’institution Nous parlions du premier et Gilbert Bérézia réclamait un raisonnement input/output pour comparer écoles et universités. D’ou le ratio publis par prof. Si, par ailleurs, vous voulez dire que les grandes écoles sont trop petites en moyenne, j’en suis d’accord, mais c’est une autre question.

    Mais je propose de laisser là ce débat. Je crois que le sentiment anti grandes écoles de l’auteur de ce blog est tel qu’il supporte assez mal les tentatives de rappel à la réalité.

  10. Cher Kent,
    quelques données factuelles pour alimenter la réflexion.
    1) sur le nombre d’enseignants à Centrale, je me suis basé sur la communication de Centrale :
    http://www.ecp.fr/fr/A_ecp/A1_aujourdhui/A1d_chiffres_cles.htm

    2) sur la production scientifique, vous parlez d’un « traitement des données que ni vous ni moi n’avons fait ». Vous avez partiellement raison : je n’ai pas entièrement terminé le travail d’analyse. Vous trouverez néanmoins quelques données factuelles ici :
    http://n.holzschuch.free.fr/dotclear/index.php?2009/06/05/171-les-universites-francaises-qui-publient
    (et je vous invite, éventuellement, à commenter sur place ce travail d’analyse). Pour résumer de façon objective : on compte 5 grandes écoles qui font un véritable travail de recherche (ENS, X, ENSL, INPG, ESPCI). Dans tous les cas, ce travail se fait dans des laboratoires communs avec des universités.
    Les grandes écoles qui fonctionnnent de façon plus fermée (Centrale, les Mines, Télécom…) sont en dessous de 220 publis par an. Les chiffres sur le nombre d’enseignants et de chercheurs sont parfois difficiles à trouver, mais en général au dessus de 200. Beaucoup d’écoles ne publient rien ou presque rien.

    On compte une vingtaine d’Universités qui font de la recherche de façon sérieuse. Les chiffres de productivité dépendent beaucoup de ce qu’on choisit de considérer. Suivant que je considère l’Université de Grenoble (2800 chercheurs et EC pour 1926 publis, 0,68 publis par personne par an) ou l’Université Joseph Fourier – Grenoble 1 (1400 enseignants-chercheurs pour 1770 publis, 1,26 publis par personne par an), je n’obtiens pas la même impression.

  11. Bonjour Gilbert. Universités du XXIème siècle. J’ai le plaisir de vous informer que je me suis porté candidat à l’UPMC, en tant personnalité extérieure du CA. C’est la première fois, à ma connaissance, qu’une université fasse un appel à candidatures pour cette « fonction ». Il faut féliciter cette initiative. Je me suis engagé à être présent à chaque séance du CA. Le problème des membres extérieurs du CA est en priorité celui de leur absentéisme.
    http://histoireuniversites.blog.lemonde.fr/2009/08/31/ca-membres-exterieurs/
    Cordialement. Irnerius

  12. A Nicolas Holzschuch,
    Sans reprendre le débat, un exemple montrant à quel point il faut vérifier les sources avant de lancer des « conclusions ».
    En allant sur le site de Centrale que vous citez ci-dessus, j’ai découvert que le chiffre de 224 « enseignants » que vous avez utilisé comme dénominateur incluait les professeurs d’éducation physique et les très nombreux professeurs de langues à temps partiel employés par Centrale.
    En allant un peu plus bas sur la même page on trouve les chiffres-clés de la recherche : 209 publications de rang A et 117 chercheurs et enseignants-chercheurs. Ca nous fait un taux un peu supérieur à l’UMPC… Qu’il faudrait lui aussi vérifier.

  13. Un minimum d’honnêteté serait nécessaire Monsieur Kent,

    si l’on retire des effectifs les enseignants qui ne font pas de recherche et que l’on ne retien et que ceux qui sont impliqués dans la rechereche encore faudrait il le faire partout. Y compris pourl ‘UPMC et je connais certains collègues y compris formés dans les « grandes écoles » qui ne font plus de recherche et qui ne publient plus à l’UPMC. Par ailleurs avez vous vérifié que les chiffres donnés sur le site centrale sont fiables et sincères ? Il vaut mieux pour celà aller sur les moteurs de recherche internationaux et se référer aux chiffres ministeriels pour les emplois

  14. Cher Monsieur Bereziat,
    L’accusation de malhonnêteté est infondée et inacceptable.
    Je m’efforce au contraire de convaincre notre ami Holzschuch qu’avant d’avancer des affirmations catégoriques, il faut un peu vérifier les chiffres.
    A vous j’ajoute qu’il faut lire attentivement avant de porter une accusation de malhonnêteté.
    Je n’ai jamais dis qu’il fallait défalquer du numérateurs les enseignants-chercheurs qui ne font pas de recherche, ce qui serait idiot. J’ai dit qu’il ne fallait compter que les chercheurs et enseignants-chercheurs. Or à Centrale, comme dans beaucoup d’écoles il y a à coté de ce premier groupe un ensemble de personnes qui contribuent à l’encadrement, mais qui n’ont aucune vocation à faire de la recherche et ne font pas partie des personnels de type universitaires (Centrale est un « grand établissement » où exercent des EC universitaires) . Dans certaines universités américaines on appelle ce groupe « adjunct faculty ». Et ceux-ci ne sont pas pris en compte dans les classements internationaux.
    Quant aux chiffres donné par le site de Centrale, je n’en ait parlé que parce que Nicolas Holzschuch me les a donnés en référence et mais sans aller jusqu’en bas de la page.
    Je préfère, moi, supposer que votre commentaire est irréfléchi et commander par la passion que de vous traiter de personne malhonnête.
    Je vous serais très reconnaissant de reconnaître ici qu’en l’occurence il n’y a rien dans ce que j’ai écrit qui puisse justifier une accusation de malhonnêteté.

  15. C’est donc de façon réfléchie que vous me faites dire le contraire de ce que j’ai écrit ? Et vous parlez de malhonnêteté ?
    Vous préférez cette honte, assez discrète il est vrai, d’injurier votre interlocuteur, au courage de rendre compte des propos inexacts que vous tenez.
    La fausseté de vos propos était donc délibérée. Bien. Excusez-moi d’avoir pris ce blog pour un lieu de débat académique et vous pour un collègue respectant l’éthique universitaire.
    Je n’avais pas compris que ce blog est le lieu d’expression de vos préjugés qui sont, par nature, non discutables.
    Je suis désolé d’avoir perturbé vos loisirs de retraite.

  16. Je me glisse entre ces messages qui me rendent vraiment triste. Ils me démontrent la difficulté de l’administration de la preuve par la référence à des données statistiques. Celle-ci sont pourtant totalement indispensables. Il nous faut donc unir nos efforts pour qu’on ait une statistique publique, exhaustive, indépendante, actualisée régulièrement et qui établit de nouvelles données. Le pays n’en prend pas le chemin. Bien au contraire, la statistique non validée devient une clé de la communication politique. Et les universités participent de cette dérive. Plusieurs fois, j’ai établi des différences entre le nombre d’étudiants affiché par les universités et le nombre d’inscrits publiés par la DEPP. Je vous en prie donc : cessons une polémique dévastatrice ! Nous avons en commun de vouloir exprimer et défendre nos idées ; osons dire quelquefois que nous émettons des idées par hypothèse et que nous n’avons pas (encore) les moyens de confirmer ou d’infirmer cette hypothèse.

    Autre chose qui n’a pas directement à voir, sauf qu’elle est également dans le domaine de la communication et de ses possibles dérives. L’UMPC fait appel à candidatures pour les personnalités extérieures de son CA. Super ! J’ai candidaté et demandé un accusé de réception de cette candidature. Pas de réponse ! c’était il y a quatre jours.

  17. Vous avez raison, en particulier sur ces problèmes statistiques. C’est pourquoi personnellement, je ne réfère pour l’instant qu’aux choses objectives qui peuvent être vérifiées telles que la liste des publications consultables sur les moteurs de recherche.

    En ce qui concerne le nombre d’étudiants, vous avez sans doute raison, mais il faut réfléchir pourquoi on en est arrivé là. D’une part les budgets des universitées sont pour l’essentiel connues et consultables et d’autre par les dotations des Ecoles petites et grandes écoles et des grand établissements ne le sont pas. D’autre part, le système de financement mis en place depuis plusieurs décennies des universités que le ministère a aggravé cette année en contradiction avec la loi LRU est fondé sur le nombre d’étudiants inscrits qu’ils soient présents où non, ce qui incite à une politique de chiffre.

    En ce qui concerne la lutte contre le système discriminatif des prépa et des écoles, je vous renvoie à mon prochain article. Mais tant que ce pays fera tout pour cautionner la politique d’évitement de l’université pour les élèves les plus agiles intellectuellement et les plus favorisés socialement, il ne pourra pas y avoir de répit dans le combat pour obtenir que les universités française soient réellement maîtresses de leurs destin et retrouvent la place qui doit être la leur dans le système éducatif de la nation.

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