Un tour estival de France, des amis et de la famille.

credits : Phil91 - flickr

Ce dimanche du 2 d’août 2009, dixième anniversaire de la découverte macabre à Bruxelles des corps de Yaguine Koïta et Fodé Tounkara dans le train d’atterrissage d’un avion de la Sabena en provenance de Conakry, qui inspira la diatribe de Stéphane Guillon contre Eric Besson, c’est le départ. Quatre cent quarante ans après que Saint-Gaudens ait été pillée par les Huguenots du duc de Montmorency, quatre cent vingt ans après que Henri de Navarre, fraîchement converti au catholicisme, soit désigné roi de France et couronné le lendemain comme Henri le quatrième, je m’élance avec mon épouse, Françoise, dans l’arène automobile. Nous évitons soigneusement les autoroutes surchargées et les grandes villes. Après avoir parcouru la Beauce monotone, nous rattrapons le soleil à Meung-sur-Loire, où Le Poète Maudit fut engeôlé par l’évêque du coin en 1461. Nous dédaignons Tours vide de ses étudiants pour piquer droit vers Poitiers via Chasseneuil-du-Poitou de notre Raffarin national. La circulation se densifie à l’approche de Bordeaux que nous contournons par la droite pour nous engager dans le Médoc, et arrivons cahin-caha  en début de soirée à Lesparre-Médoc chez Marie-Jo Saporito. Cela fait maintenant cinq années que Michel nous a quittés dramatiquement une nuit de Pentecôte et sa présence est partout dans cette ancienne ferme qu’il avait savamment transformée en résidence cossue avec une très belle piscine. Michel fils d’un émigré italien, ouvrier de l’Assistance Publique de Paris, adhérent de la CGT, m’avait souvent accompagné dans mes aventures indochinoises. Marie-Jo infirmière à l’Assistance Publique passe sa retraite à entretenir avec soin la demeure et nous tombe dans les bras. Plongeons, pastis, souvenirs partagés, dégustation d’huîtres au marché de Montalivet envahi par les babioles internationales, batifolage avec Théo, le cadet des petits fils, espiègle à l’intelligence acérée. Je me plais à passer avec Marie-Jo le deux cent vingtième anniversaire de l’abolition des privilèges par l’Assemblée Nationale tout en sachant que la Constituante pendra Bordier, acteur du spectacle des Variétés-Amusantes au Palais-Royal, deux semaines plus tard pour avoir le 3 août 1789, à Rouen, incité le peuple à piller les demeures des riches.

credits : Rick Eh? - flickr

5 août

Trois jours après, nous prenons la route en direction de Dax à travers la forêt landaise si durement frappée par les tempêtes qui se sont succédées ces dernières années, Lacanau, Cap Ferret, Arcachon, Biscarosse, autant de coins charmants grouillants d’estivants. Dax tente de se protéger des dégâts inéluctables que ne manquera pas de provoquer la course de vachettes lors de la prochaine féria. Nous retrouvons Nadine une lointaine petite cousine qui a reconstruit sa vie après une tragédie et a bâti une charmante famille, un mari attentionné, chasseur de nuisibles (mais uniquement des insectes, pas des hommes politiques), leurs deux grandes adolescentes de filles, déjà des femmes qui, comme leur mère, savent ce qu’elles veulent, veillent attentivement – avec leur mère – sur Jean-Marc leur grand-père, patriarche débonnaire et prodigue et leur fils plus jeune qui cumule les traits d’hyperactivité des parents ! Les chats ne font pas des chiens. Délice d’un foie gras poêlé aux pommes sautées copieusement arrosé et pas d’eau n’en déplaise à Sarko. Mais déjà il nous faut poursuivre en direction du pays Cathare après un bref pèlerinage à Saint-Sever  pour constater que l’hôtel de France, où nous avions dégusté il y a trente ans un divin foie gras cuit au sein d’une farce de porc, n’est plus qu’une bâtisse à l’abandon. Le 7 au soir, alors que j’apprends qu’une équipe française a réussi à traiter le diabète chez la souris, nous atteignons Bize-Minervois, l’un des plus beaux villages de la région, où nous allons passer la nuit. On y trouve des capitelles en nombre dans les vignes et les garrigues car devant la nécessité d’épierrer les parcelles, les pâtres et vignerons les ont de tout temps utilisées pour la construction de ces abris pour se préserver du vent ou du soleil.

Nous ne nous attarderons pas au pays des « bons chrétiens » car nous avons prévu de retrouver les « parfaits » lors d’une autre aventure et, snobant Narbonne, nous plongeons le lendemain vers le sud en direction de la Catalogne pour rejoindre Banyuls patrie du sculpteur Aristide Maillol et de l’écrivain Jean de la Hire. Ah Banyuls ! de toutes les stations marines de l’université, celle-ci, qui fut fondée en 1882 par Henri Lacaze-Duthiers, est ma préférée. Car, tout comme la royauté française du bas moyen âge qui possédait fort peu de choses en propre, c’est à Banyuls que l’UPMC possède l’essentiel de son patrimoine ce qui, vous en conviendrez, est fort navrant pour la première université française mais donne tout son prix à mes yeux à la station. Nous devons ces biens à deux professeurs de l’université, Dimitri Bogoraze et Paul Wintrebert. Ce dernier a légué à l’université une magnifique villa entourée d’un jardin botanique où, le mois dernier, un pacte partenarial a été signé entre Georges Frèche, Pierre Fabre et l’actuel président de l’université pour la construction d’un nouveau bâtiment de recherche. C’est là que je vais résider quelques jours, là où le Professeur Suisse Walter Gehring, pionnier de la biologie du développement, aimait résider lorsqu’il travaillait à la station. Le legs de Dimitri Bogaraze, connu pour ses recherches sur le système nerveux bulbo-spino-caudal du têtard d’Alytes obstetricanse Laurenti, a quant à lui une histoire particulière. Ce russe immigré à Paris avait deux maladies mortelles au début de la dernière guerre mondiale : il était communiste et d’ascendance juive. Engagé dans la résistance – il figure sur la liste des membres du réseau Gallia - il fut lui aussi repéré. Lorsque le filet se resserre, il est exfiltré vers la zone sud et s’implante à la station de Banyuls alors embryonnaire. Là il fait la connaissance d’une jeune femme, dernière descendante d’une famille d’origine portugaise qui possédait quelques biens. La fureur nazie ayant emporté toute la famille Bogoraze et le couple n’ayant pas de descendant, il fit un legs à l’université Pierre et Marie Curie (une villa, quelques logements de rapport et une exploitation viticole de Banyuls) à la condition expresse que les biens ne soient pas vendus et que l’exploitation préservée reste propriété de l’UPMC. Dans la négative, ou si l’université refusait le legs, il serait dévolu à la municipalité de Gentilly, fief communiste, où il avait résidé. Le conseil d’administration de l’université accepta ces conditions et par un décret daté du 4 avril 1996, l’Etat l’autorisa.

credits : E|...| - flickr

11 août

Puis, après la halte catalane, nous filons vers l’Est non sans être passés par la station conchylicole de Port Leucate pour y déguster quelques huîtres de la méditerranée aussi bonnes, ma foi, que celles de la baie d’Arcachon. En fin d’après midi, le 11 août, nous arrivons chez nos amis collorguois Claude et Simone Mazauric. Claude est un vieux complice du temps du SNESup flamboyant, militant communiste de toujours et d’encore, marxiste convaincu et historien de la révolution française, c’est à ses côtés que je me suis initié au début des années soixante-dix au syndicalisme enseignant et c’est son exemple qui m’avait conduit à l’époque au Parti. Naturellement, nos parcours ont largement divergé. Lui a digéré l’effondrement du socialisme réel et professe maintenant un profond scepticisme quant aux perspectives de transformation sociale. Pour lui Sarkozy et Royale c’est deux faces d’une même politique, moi je crois au contraire que l’on peut faire bouger les lignes de l’intérieur. Nous échangeons nos livres¹  puis nous dégustons une magnifique épaule d’agneau qu’il nous a préparé. Sous les yeux gourmands de leur chien. Il fait beau et chaud, je m’endors après avoir lu l’introduction du livre sur l’histoire des sciences que Simone termine d’écrire à l’intention de ses étudiants.

credits : Cmicblog - flickr

12 août

Le 12 août j’arrive pour déjeuner chez mon frère cadet Gérard à La Tuilière, près de Gordes, dans le pays des bégudes ² quarante degrés à l’ombre mais, ici au moins, les tomates ont du goût ! Le lendemain je me précipite dans la piscine puis j’avale une bonne partie du livre qui m’a accompagné depuis 10 jours, « Rome et Jérusalem, le choc de deux civilisations » du très Oxfordien Martin Goodman édité chez Privat. C’est un excellent complément aux œuvres de Renan pour comprendre  l’origine de notre civilisation et le contexte de l’émergence de l’antisémitisme. Le jour suivant, nous nous rendons à La Grande Bastide, située aux Iscles du Temple à Cavaillon. Cette ferme provençale a été fondée par le grand père Giniès dont l’un des cousins de ma mère, Ulysse Bourne, avait marié la fille Madeleine. J’y ai fait les vendanges il y a plus d’un demi-siècle. Maintenant les pommiers et les poiriers ont remplacé les vignes. Le fils, Véran, est là et la petite fille, Christelle, a repris l’exploitation avec la même ambition expansionniste et milite comme son père pour la cause paysanne. Quatre générations accrochées à leur terre (mais il y a aussi maintenant d’énormes frigorifiques et des gîtes modernes dans la propriété) dont les collatéraux on largement essaimés en France et viennent me rappeler qu’une large majorité des Français a une ascendance paysanne somme toute assez récente. Le lendemain nous irons à Monferrier  près de Montpellier voir une autre branche de la famille et cela finira à La Grande Motte pour déguster des moules chez Tétel. La Grande Motte où s’entassent des dizaines de milliers de vacanciers Français moyens avides de mer et de soleil, alors qu’à l’autre bout du monde, leurs frères et leurs sœurs tentent d’échapper aux éléments déchaînés. Ainsi va la vie sur notre planète encore bleue.

reiss clothilde

15 août

Le week-end du 15 août, la presse qui n’a que le quarantième anniversaire du festival de Woodstock a se mettre sous la dent se penche sur la saga de Clotilde Reiss. La plupart des journaux s’apitoient  sur le sort de la jeune lectrice à l’université de Téhéran qui s’est fait intercepter le 1er juillet à l’aéroport de Téhéran. Tout est fait par les médias pour la présenter en victime, niaise et amoureuse de l’Iran, du méchant Ahmadinejad. La ficelle est un peu grosse et dans Libération François-Xavier Ajavon constatera que « depuis le début de ce psychodrame le «cas» Reiss est sur le point de faire sombrer la France dans une insupportable phase de religiosité païenne, nous renvoyant aux pires heures du pays, occupé par le culte de la femme otage [] en plein cœur d’un été en panne de vrai feuilleton médiatique». Le syndrome Ingrid Bétancourt est à nouveau en action. Selon son père, ingénieur au CEA, son amour pour l’Iran avait commencé quand, toute gosse, elle écoutait sa nourrice persane. Cette dernière lui parlait sa langue, elle lui racontait la culture de son pays. « Sa motivation, c’est l’art, c’est la culture, c’est la connaissance de l’Iran », expliquait il dans ses interviews, répétant sans trêve : « Bien sûr, elle est innocente, elle n’a rien à se reprocher et on ne peut rien lui reprocher. Clotilde n’est pas politique… Elle n’a pas d’engagement dans cette région, elle ne peut pas être considérée comme militante. » Le Figaro joue sa petite musique sur ce sujet : « quand d’autres débattent de l’élection présidentielle, elle préfère parler culture et civilisation. «La politique, ça n’a jamais été sa tasse de thé», confie son amie. C’est donc par coïncidence qu’elle se retrouve aux premières loges des manifestations ».

Coïncidence allons donc ! Comment une fraîche diplômée de l’institut d’Etudes Politique, dont le mémoire portait sur le système éducatif iranien et les manuels scolaires depuis la Révolution islamique ; enregistrée comme chercheuse à l’IFRI dont le thème affiché était la sociologie politique en Iran peut elle être taxée d’apolitique. Elle qui avait séjournée plusieurs fois en Iran, comment pouvait elle penser que l’emploi de son père dans le domaine du nucléaire au CEA était ignoré des services spécialisés iraniens. Comment pouvait-elle faire fi de la surveillance dont sont entourés tous les coopérants étrangers en Iran ! Apolitique non, naïve peut être, irresponsable sûrement. Comment n’a-t-elle pas pensé qu’en communiquant sur la situation par téléphone cellulaire et par mail elle se mettait en danger et, plus grave, mettait aussi en danger ses amis et ses connaissances en Iran. Et que dire de la carence des services de l’ambassade qui auraient dû lui donner des conseils de prudence. Etant en mission en Iran une semaine avant les élections j’ai pu me rendre compte que le scénario qui s’est déroulé était dans l’esprit de la plupart des intellectuels iraniens même s’ils voulaient croire à l’impossible. Mais il y a fort à parier que peu de conseillers universitaires et culturels de l’ambassade de France étaient à leur postes à cette époque, vacances et couardise obligent. C’est pourquoi les déclarations Kouchnériennes sonnent particulièrement faux.

Mais grâce à Allah …, aux Syriens et surtout à l’esprit retors des Perses, une solution a été trouvée. Pour l’instant elle coûte 213 000 euros à la France, rançon, caution, avance sur recettes… je vous laisse juges. Ce n’est pas grand-chose, seulement une bonne quinzaine de positions post-doctorales ou de bourses de thèse qui auraient permis d’accueillir des étudiants ou des thésards iraniens. Et la France est muselée car les gesticulations d’un Kouchner n’émeuvent plus personne. Vraiment il eut mieux valu que Clotilde Reiss ait eu une solide formation politique plutôt que le formatage de l’IEP de Lille et le dilettantisme de l’INALCO.

credits : Thibault Dangréaux - flickr

17 août

Le lundi 17 août nous poursuivons notre périple en direction du pays de ma mère, la Drôme. Nous y retrouvons ma sœur et son mari à Chatuzange-le-Goubet, modeste localité sise dans les alentours de Romans, qui a connu récemment son heure de gloire en accueillant Nicolas Sarkozy venu y présider une réunion des adhérents locaux de l’UMP (auxquels se sont mêlés quelques invités curieux dont l’une de mes belle-sœurs). A cette occasion 1 600 gendarmes et policiers avaient été mobilisés. Adhérents convaincus de la CFDT et du PS, ma sœur et son mari n’en décolèrent pas. J’espère que l’UMP aura la décence de rembourser l’Etat en lui reversant 1 600 semaines de salaire chargé. Nous effectuons une brève  visite au hameau de Léoncel, séparé de Vassieux en Vercors, la martyre, par le col de la Bataille (qui doit son nom à des querelles de moines), pour chercher du bleu de Sassenages. A défaut d’en trouver, nous visitons l’église de l’abbaye cistercienne, magnifiquement rénovée et peuplée de tableaux aux cachets modernes et très beaux. Tout le site a été restauré grâce à l’action refondatrice de sœur  Marie-Françoise Giraud décédée l’an dernier. Le soir j’abandonne les Romains et les Juifs à leur triste sort et je me lance dans la lecture de mon deuxième pavé de l’été « l’Europe et l’Islam  quinze siècles d’histoire » aux éditions Odile Jacob. C’est un Opuscule en trois parties : Sarrazins et Ifranj écrite par John Tolan, L’Europe et le Grand Turc écrite par Gilles Veinstein et Impérialisme européens et transformations du monde musulman écrite par Henry Laurens. Je liquiderais en une semaine ou plutôt en huit soirées cet ouvrage indispensable pour dépasser les visions sommaires des adversaires de l’intégration de la Turquie en Europe, je dirais même fort utile pour les militants d’une entité euro méditerranéenne.

credits : CDPA - flickr

18 août

Le mercredi 18 août, je déjeune chez mon frère aîné, le Sarkoziste de la famille, les échanges sont limités mais la piscine est bienveillante dans la fournaise de Saint-Paul-lès-Romans. En fin d’après midi nous rendons visite aux Bourne d’en haut, l’autre branche de la famille de ma mère qui vit à Saint Bonnet de Valclérieux. La terre y est plus rude qu’à Cavaillon et si nous rencontrons bien Lucien Bourne et Paulette son épouse et croisons Marie Noëlle sa belle fille nous ne pourrons pas rencontrer Dominique leur fils parti avec ses voisins couper les maïs qui n’en peuvent plus du manque d’eau pour les transformer en fourrage pour le troupeau cet hiver. Là aussi un seul des enfants reste au pays et les autres se sont dispersés aux quatre vents. C’est avec beaucoup de nostalgie que je contemple ce paysage où j’ai passé plusieurs mois à la fin de la dernière guerre lorsque mon père décida de nous éloigner, mon frère et moi, des restrictions lyonnaises, des bombardements et des menaces que faisait peser sur nous son activité de résistance. Le soir je reçois un courriel de Fabienne l’ex femme d’un neveu de Françoise, exilée volontaire à Tarapoto au Pérou où elle aide des addicts de toute nature à combattre leurs mauvaises habitudes avec l’aide de méthodes et de plantes que notre esprit cartésien et les corporations médicale et judiciaire réprouveraient en France. Elle me suggère la lecture de deux articles : « trouver la bonne ivresse » entretien avec Pierre-Yves Albrecht et « pourquoi se drogue-t-on » de Yvan Amar. C’est promis je les lirais lors de mon prochain voyage.

credits : doevos - flickr

20 août

Le jeudi 20 août nous songeons déjà au départ mais nous avons découvert qu’un membre de la famille de Françoise s’est installé dans le coin. Il s’agit de Jean Heinisch, petit fils de son frère décédé il y a une dizaine d’années. Il s’est inséré dans l’association Court Circuit qui vent directement du producteur au consommateur, des produits garantis sans engrais prohibés. Nous allons le rencontrer au lieu dit le Petit Lierne à Chateaudouble où il fait pousser légumes et herbes médicinales sur un terrain qui lui a été prêté par un paysan du réseau. Il est jeune, grand et beau, il nous raconte tranquillement que c’est au cours de ses études à l’université de Clermont Ferrand où il apprenait la géographie qu’il a fait connaissance avec la nouvelle génération d’agriculture. Pour l’instant cela lui va bien et dans quelques mois il aura un âne, en cours d’éducation sur le Vercors, pour l’aider à labourer. Bah me dis-je, les Bourne quittent la terre et les Heinisch, citadins, y reviennent ainsi va le monde. Qui a tort, qui a raison ? Tout est question d’opportunité et les circonstances de la vie actuelle obligent les jeunes à une vision plus mobile des choses. Nous finissons le séjour drômois par un dîner au restaurant « L’oiseau sur sa branche » à Saou. Et en effet, le patron est un drôle d’oiseau, un anar mélomane qui refuse les clients une fois son quota atteint et organise chaque vendredi de pleine lune un concert de Jazz ou de musique classique.  Crème brûlée au Picodon comme mise en bouche, Vérine de Foie Gras et tête de veau à la sauce aux écrevisses suivis de quelques fromages du coin, le picodon, le bleu de Sassenage et la tome de Saint Marcellin coulante à souhait, que désirer de plus en cette chaude nuit d’août. On en oublierait presque qu’il y a 68 ans 4232 juifs furent raflés à Paris et internés à Drancy, qu’il y a 54 ans l’insurrection dans le Constantinois fit 12 000 victimes et que le 20 août 1968 deux cent mille soldats soviétiques rappelaient aux tchèques et aux slovaques ce que l’internationalisme prolétarien signifiait.

credits: Lautergold - flickr

21 août

Le lendemain nous quittons la maison parentale entièrement rénovée avec bonheur par ma sœur et son mari sans avoir dégusté cette année les ravioles du Royan, on ne peut pas toujours tout avoir. Nous reprenons le chemin du retour qui va nous conduire d’abord dans l’Ain. Je connais très peu ce département et pourtant c’est de là que sont issus tous les Béréziat de France, au début du vingtième siècle, plus de neuf Béréziat sur dix y naissaient et au début du vingt-et-unième c’est encore le cas d’un sur deux. En outre l’Ain est à mes yeux  l’un des hauts lieux de la Résistance. C’est vers l’Ain que mon père, alors contremaître aux usines Patay de Lyon, expédiait dans le cadre de son activité au sein des MUR , les jeunes ouvriers qui voulaient échapper au STO . Cette activité lui valu d’ailleurs quelques ennuis à la Libération car il refusa de témoigner contre l’un des dirigeants de l’usine – qui ne pouvait pas ignorer son activité de résistant – et en faveur d’une personne qui venait de l’assassiner pour une sombre affaire de coucherie. C’est d’ailleurs ce qui provoqua l’émigration de la famille de Lyon vers Troyes. A Boyeux Saint Jérôme, chez le frère de Françoise,  nous dégustons de magnifiques quenelles puis nous visitons la cuivrerie de Cerdon en cours de transformation en musée industriel ainsi que l’abbaye d’Ambronay en cours de restauration. Enfin, le dimanche 22 août, via le petit bourg de Béreyziat les reliefs du Morvan, nous filons vers Paris. Il nous restera alors une petite semaine pour savourer les délices intellectuels des différentes écoles d’été du PS, des Verts des Mélanchonistes, du NPA et du PCF, et nous réacclimater au rythme trépidant de la Sarkozie.

Et puisqu’il faut conclure lorsque je mets un terme à cet article, je me remémore que le 30 août 1870, la défaite de l’armée française, commandée par Mac-Mahon, à la bataille de Beaumont préludait à la catastrophe de Sedan et à la perte de l’Alsace Lorraine et que le 30 août 1981, l’assassinat du président iranien Mohammad Ali Rajai et son premier ministre Mohammad Djavad Bahonar donnait le coup d’envoi à la concentration des pouvoirs entre les mains des religieux extrémistes et à l’élimination des Moudjahidin du peuple et des militants du parti communiste.

Palaiseau le 30 août 2009

¹ CAMBODGE 1945-2005 : SOIXANTE ANNÉES D’HYPOCRISIE DES GRANDS – Gilbert Béréziat

L’histoire De La Révolution Française Et La Pensée Marxiste - Claude Mazauric

² La bégude, en langue d’oc c’était un abreuvoir pour le bétail, les chevaux. Ultérieurement, ce fut l’endroit où l’on boit, généralement avant un gros effort, une côte à gravir par exemple. Les Bégudes du Vaucluse, des Alpes maritimes ou de la Drôme servirent d’arrêt aux diligences, c’était des  buvettes, des auberges ou simplement des relais où les voyageurs se restauraient pendant le changement d’attelage. La Bégude-de-Mazenc est une ancienne plate-forme des Templiers, qui fut ruinée en 1320.

Une réflexion sur “ Un tour estival de France, des amis et de la famille. ”

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