Deux bonnes nouvelles en plein été

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Deux bonnes nouvelles en plein été : Le conseil d’administration de l’UPMC adopte une politique hardie de primes et Martin Hirsch propose des modalités réalistes pour financer les jeunes, en particulier étudiants.

Oui il y a des normaliens sympathiques et utiles. Martin Hirsch est l’un de ceux là. Au mois de janvier, dans mon blog, je saluais sa nomination comme haut commissaire à la jeunesse et il s’attaquait sans tarder à l’épineux problème de l’autonomie financière des jeunes. Dans son livre vert publié le 7 juillet, il rend compte du travail de la commission qu’il a réuni sur ce sujet.

Il propose d’expérimenter un fond en dotation de capital qui pourrait être mobilisé pour aider les jeunes dans leur recherche d’un premier emploi, pour payer des frais de scolarité, ou serait utilisé comme complément aux différentes bourses. Selon l’AEF: « pour un jeune rattaché à un foyer non imposable, la dotation serait de 1 000 euros par an, et lui rapporterait ainsi, au bout de 3 ans, 4 000 euros. Les jeunes dont le foyer se situerait dans la première tranche d’imposition bénéficieraient d’une dotation de 500 euros (soit 2 000 euros au bout de 3 ans), et de 250 euros (1 000 euros après 3 ans) si leur famille est imposée dans la seconde tranche. Les autres (8 % des 15-18 ans) ne pourraient pas bénéficier de cette dotation. Dans cette hypothèse, le coût de cette mesure s’élèverait à 1,6 milliard d’euros, et concernerait 2,9 millions de jeunes. La commission reconnaît que ces critères pourraient être affinés avec la prise en compte du lieu de résidence (zone urbaine sensible…), et du type de lycée (ZEP…). Cette dotation serait accompagnée d’un « complément universel » de 1 000 euros, versé à tous les jeunes de 18 ans. » Par ailleurs, cette commission recommande aux universités d’accroître l’emploi étudiant en leur sein comme c’est le cas dans beaucoup d’universités étrangères. J’espère que cette proposition, qui a été bien accueillie par la Confédération Etudiante, ne sera pas bloquée par ceux qui veulent tout, tout de suite, et en conséquence n’obtiennent jamais rien.

La seconde bonne nouvelle nous vient de l’université Pierre et Marie Curie. Lors de sa dernière réunion avant les congés, le conseil d’administration de l’UPMC a crée une prime de recherche, une prime d’investissement pédagogique et des primes managériales pour les enseignants chercheurs. Ces primes s’adresseront à ceux qui, quel que soit leur grade, s’investissent le mieux dans l’enseignement, la recherche ou le management de l’université. Deux niveaux de primes ont été fixés : 3 500 € et 7 000 € indépendamment du grade. Les primes de recherche seront proposées pour une durée de quatre ans par une instance locale s’appuyant sur les commissions mises en place pour les promotions locales. Après l’avis du conseil scientifique, leur attribution devra être validée par le conseil d’administration. Les primes d’investissement pédagogique seront proposées pour une durée de quatre ans par des commissions dont la composition sera différente comportant notamment les directeurs de département d’enseignement, des membres du conseil des études et des étudiants. Après l’avis du conseil des études, leur attribution devra être validée par le conseil d’administration. Les primes managériales seront de plusieurs nature : des primes de responsabilité dans les structures de recherche, des primes de responsabilité dans les structures de formation et des primes administratives au titre de la gouvernance de l’université, des unités de formation et de recherche, des écoles internes, des directions administratives et des services communs. La liste des bénéficiaires de ces primes sera arrêtée chaque année par le conseil d’administration. Les primes de recherche et d’investissement pédagogique seront assises sur les masses salariales disponibles respectives du secteur sciences pour les scientifiques et du secteur médical pour les médecins. Tout enseignant chercheur effectuant normalement son travail devrait recevoir au moins l’une de ces primes, nul ne pouvant en cumuler plus de deux.

La procédure sera lancée en septembre et l’effort supplémentaire ainsi consenti par l’UPMC sera de 1 600 000 € pour l’année en cours. Malheureusement, l’opposition systématique de certains au comité technique paritaire a retardé l’examen des propositions pour les autres personnels et l’adoption de mesures du même ordre pour eux devrait intervenir à la rentrée. Dans ces conditions, l’université pourra envisager plus sereinement les conditions dans lesquelles elle pourrait modifier sa position sur les opérations financières permettant de recruter, en partenariat avec les organismes et les fondations, des leaders scientifiques de très grande qualité pour améliorer ses capacités de recherche, de formation et de management.

Ces deux nouvelles pourraient paraître sans aucun rapport entre elles. Or il n’en est rien. La nouvelle secrétaire à l’Education de l’administration Obama, Arne Duncan vient de déclarer que, sur le long terme, : « the best way [to] bring ourselves back to economic health and really strengthen the economy is to have an educated workforce. » Et dans son rapport annuel 2008-2009, l’Association Américaine des Professeurs d’Université (www.AAUP.org) a approuvé les premières décisions du nouveau congrès et de la nouvelle administration destinées à améliorer le financement des universités et à favoriser l’accès à l’enseignement supérieur des familles modestes (stimuli fiscaux, allègements fiscaux et dépenses nouvelles de l’Etat), car ces investissements sont très importants pour obtenir une nouvelle croissance et une solution durable à la crise économique. Dans le même rapport, cette association déclare que cet effort doit aussi porter sur l’investissement dans les personnels universitaires dont le rôle est essentiel pour la formation du capital humain dont dépendra la future croissance. Mais force est de reconnaître à leurs yeux que : « the record of the last three decades shows that, when measured by the inflation-adjusted salaries paid to college faculty members or by the proportion of college courses taught by full-time tenure-line faculty, our nation is failing at this task ». Cette phrase pourrait s’appliquer sans aucun doute à la situation des enseignants chercheurs français et c’est pourquoi il faut saluer la décision du conseil d’administration de l’UPMC.

Paris le 25 juillet 2009

9 réflexions sur “ Deux bonnes nouvelles en plein été ”

  1. Au delà de la rémunération et de la mise en place d’un système de prime pour les enseignants chercheurs, le vrai problème pour eux n’est il pas aussi le peu d’initiative qui leur est laissée? Je pense qu’il y aurait un vrai travail d’assouplissement structurel un peu sur le modèle anglo-saxon à réaliser au sein des universités françaises.
    MT

  2. On ne peut pas tout généraliser, mais avec une augmentation des financemants de la recherche sur projets, à condition que l’agence nationale de la recherche et l’agence nationale d’évaluation deviennent réellement autonomes et que leurs comités d’experts ne soient pas tapirisés par des mandarins où les organismes de recherche dont le seul objectif est de sélectionner les projets pour leurs affidés, on va dans la bonne direction.
    Mais celà n’empêche pas de constater que la fonction recherche n’est pas rémunérée a

  3. suite
    à sa juste valeur en particulier dans les discplines scientifiques alors que les enseignants chercheurs qui on réellement une activité de recherche importante travaillent bien au delà des temps de services décrits dans les textes statutaires. Le différentiel avec le secteur privé est nettement en leur défaveur malgré les avantages de la fonction publique.
    Il faut donc saluer l’initiative de l’UPMC et souhaiter que d’autres universités suivent son exemple.

  4. Oui, sans doute s’agit-il de bonnes nouvelles.
    Pour ce qui est des propositions Hirsch, le principe d’une dotation est intéressant, mais compte tenu des enjeux, il convient d’être certain que les bonnes incitations seront mises en place. Le risque est toujours grand, avec ce type de propositions animées des meilleures intentions, de donner sans rien exiger, et donc in fine de rater l’objectif. Oui à une mise à l’étrier des jeunes, notamment les plus modestes socialement, pour qu’ils puissent bien se former et acquérir ainsi les compétences nécessaires pour occuper de bons emplois et participer au développement du pays, mais non à des aides qui n’exigeraient rien en retour de leur part. Des droits, oui, mais assortis d’obligations fortes.
    Pour ce qui est des primes, d’autres universités ont adopté la même démarche que Pierre et Marie Curie. Elles font toutes partie de la première vague des universités autonomes. Elles ont notamment compris que la gestion de la masse salariale que permet leur autonomie, leur donne le choix entre des recrutements, pas toujours justifiés ni par les besoins de l’enseignement ni par ceux de la recherche, quoiqu’en disent certains syndicats, et une politique d’incitations qui encourage les collègues qui s’engagent le plus, et le mieux, tant dans l’enseignement que dans la recherche. Bref de la qualité, et non pas seulement de la quantité.
    Je ne suis cependant pas d’accord avec le commentaire précédent, qui pèche, me semble-t-il, sur deux plans. D’abord, il n’y pas que la recherche en sciences exactes et expérimentales qui est chronophage et dévoreuse d’énergie. C’est naturellement la même chose dans les secteurs arts, humanités, sciences humaines et sciences sociales. Je ne suis pas d’accord non plus avec la dissymétrie qui transparait du commentaire entre enseignement et recherche : il faut récompenser les meilleurs chercheurs et les meilleurs enseignants. Si la même personne est à la fois bon chercheur et bon enseignant, tant mieux, mais en tout état de cause il lui faudra sans doute, au moins temporairement, arbitrer entre les deux activités. Et nous avons besoin, dans les universités, de bons chercheurs comme de bons enseignants.
    Je me plais à rappeler ce que me disait un jour mon ami Andreu Mas Collel, maintenant à la tête de l’ERC : « il faut recruter sur les qualités de chercheur et promouvoir sur les qualités d’enseignant ». Je pense que nous devrions méditer cette phrase.
    Bernard Belloc

  5. Tout à fait d’accord avec le corps du message et les commentaires précédents visant à ‘excellentiser’ la fonction d’EC, mais je suis encore un peu pessimiste pour le court terme…

    Il semble que parfois/souvent dans les UFR, le système des primes à distribuer tient compte des primes déjà existantes… Par exemple un EC ayant déjà la PEDR ne sera pas pris en compte pour une prime ‘d’enseignement’ pour permettre à d’autres collègues de recevoir leur part du gateau…

    Avec bien sûr tous les sous-entendus que cela implique de la fonction ‘ à 2 vitesses’ des EC…

    Saupoudrez, saupoudrez, il en restera toujours quelque chose… :)

  6. Pas mal ce repérage immédiat des citations d’une chronique du blog par d’autres blogs (voir le dernier commentaire) ; à vrai dire, je ne sais pas faire !

    Je suis assez d’accord avec l’orientation de votre chronique, Gilbert, pour ce qui concerne les primes : c’est en soi une bonne nouvelle ! 3 types de primes, reflétant la diversité des activités et des responsabilités ; montant non négligeable (deux primes peuvent être cumulées) ; primes attribuées indépendamment du grade ; attribution pour 4 ans. Le coût est élevé : 1,6 million d’euros. L’UPMC peut sans doute se le permettre.

    Cette politique de primes fait bon usage de l’autonomie et renforce l’attractivité de l’UMPC. Evidemment des universités vont s’en trouver affaiblies. Normal.

    Question. La décision de Paris 6 précède le décret sur la prime d’excellence scientifique et l’arrêté sur le référentiel national. Comment l’université se situera-t-elle par rapport à ces deux textes nationaux ? Va-t-elle rajouter une couche de primes ? Pas simple !

    Chronique du blog « histoires d’universités » sur la question « Enseignants aux forfaits » : http://histoireuniversites.blog.lemonde.fr/2009/09/02/enseignants-des-forfaits/

    Bien cordialement. Pierre Dubois

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