Une réforme de l’accès aux professions de santé…

credits: flickr - Funky64

…s’appuyant sur l’autonomie universitaire. (cet article est la suite d’ Un cautère sur une jambe de bois !, publié le 25 juin 2009)

Dans une véritable réforme de l’accès aux professions de santé, il conviendrait d’abord de remettre en cause, d’une part les modalités de la sélection (la technique du concours) et, d’autre part, le niveau où elle se situe. La France est l’un des rares pays en Europe, avec la communauté francophone de Belgique et le Portugal, qui organise le numerus clausus par un concours à l’issue d’une seule année d’études supérieures. Ainsi est imposée une sélection brutale qui ne repose nullement sur l’appétence à la pratique d’un métier très dur et très prenant mais sur des habitudes familiales ou le désir d’occuper une position sociale reconnue. Nul besoin d’un concours pour réaliser une telle sélection. Nos voisins Suisses ont mis en place depuis dix années un test d’aptitudes comme critère d’admission aux études médicales. Il leur a été possible d’examiner ces questions à l’aide des données empiriques en comparant les résultats obtenus aux examens propédeutiques à ceux du « test d’aptitudes pour les études de médecine » ou AMS. Dans le bulletin des médecins Suisses, K.-D. Hänsgen, B. Spicher signalent que, par rapport à d’autres critères d’admission, l’AMS reste sans concurrence, non seulement parce qu’il est économique, non-discriminatoire et impartial mais aussi parce qu’il a été prouvé qu’il sélectionne vraiment les candidats en fonction de leur aptitude à étudier la médecine (Deutsch Erschienen in Nr. 31/2002).

Nous proposons de changer radicalement le dispositif français en repoussant la sélection en fin de licence et en utilisant toute la souplesse que permet la logique licence/master/doctorat (LMD). Les universités possédant une composante de formation aux professions médicales, maïeutiques, odontologiques et pharmaceutiques se verraient autorisées à inscrire dans le premier semestre des quatre mentions de masters correspondantes, un nombre de nouveaux étudiants fixé par arrêté chaque année. Pour la mise en place de la réforme, il suffirait qu’aucun numerus clausus ne soit affecté aux universités pendant deux ans. Les universités vraiment autonomes seraient alors libres d’organiser comme elles l’entendent le mode de sélection, par décision de leur conseil d’administration, après avis des composantes chargées de l’organiser. Certaines universités pourraient choisir de créer une mention de licence de sciences de la santé et des licences professionnelles qui donneraient accès à l’ensemble des professions paramédicales et de service à la personne, qu’elles nécessitent ou non un master complémentaire.

Celles qui le désirent pourraient continuer à organiser un concours d’entrée selon la forme actuelle où toute autre forme décidée par leur conseil d’administration. Pour notre part nous proposons que cette sélection soit effectuée sur la base de l’examen du dossier universitaire antérieur de l’étudiant suivi d’un entretien de motivation. Dans ces conditions, tout repose sur la constitution d’un dispositif de pré-jurys et de jurys de sélection permettant de s’assurer qu’aucun lien ne relie un candidat à un membre du jury de sélection. Plusieurs catégories de candidats pourraient être autorisés à déposer un dossier :

  • Étudiants en fin de licence de l’université concernée.
  • Étudiants titulaires d’une licence d’une autre université.
  • Étudiants titulaires d’un diplôme d’ingénieur ou d’une Grande école.

Rien ne s’opposerait donc à ce qu’un étudiant puisse poser sa candidature simultanément dans plusieurs universités.

Dès lors, les universités pourraient mettre en place un cycle de licences pouvant comporter deux semestres terminaux à vocation professionnelle dont les mentions permettraient soit une entrée directe dans une profession, soit  une réelle orientation vers l’ensemble de leurs masters et pourraient gérer plus efficacement les flux vers la totalités de leurs disciplines. En fonction de leur offre générale de formation, elles pourraient ainsi déterminer le poids respectif des disciplines dans le processus de sélection. Elles pourraient organiser des unités d’enseignement spécifiques nécessaires pour ceux qui souhaiteraient choisir l’une des filières de santé. C’est ainsi que, les professeurs de médecine et de pharmacie seraient tenus de participer à la formation dispensée dans le cycle de licence. Les universités ayant choisi ce dispositif devront repenser leurs cursus de licences en affichant clairement les mentions à objectifs exigeants et en renforçant leurs dispositifs d’accompagnement, conseil et soutien, des étudiants au sein de ces programmes. Enfin – et là n’est pas le moindre des avantages de la réforme que nous préconisons – rien ne s’opposerait à ce que les masters de santé soient accessibles à partir de l’ensemble des licences proposées par chaque établissement. Il appartiendrait alors aux jurys de sélection, en accord avec le conseil d’administration de l’université, d’admettre des étudiants possédant une formation initiale diversifiée, ce qui mettrait enfin un terme à la sélection monolithique actuelle.

Les enseignements devront impérativement être dispensés dans des conditions dignes de ce nom, avec un nombre limité d’étudiants en fonction des possibilités d’accueil des universités. En diversifiant l’offre d’enseignement en licence, ceci devient possible. Il serait ainsi mis fin aux promotions pléthoriques de première année dépassant deux ou trois mille étudiants dans certaines universités, voire plus nombreuses encore dans le cas où réforme que viennent d’avaliser les députés se mettrait en place en 2010 dans les conditions que nous avons décrites dans l’article précédent.

Dans ces conditions, les composantes de santé proprement dites devraient faire porter l’effort spécifique lié aux professions auxquelles elle préparent sur l’organisation de leur master qui, contrairement aux autres masters, serait un master de trois ou quatre années pouvant comporter une année réservée à l’obtention d’un master de recherche pour ceux qui le souhaiteraient et en auraient les capacités. Pour la formation des médecins, c’est évidemment la formation clinique intégrée aux structures hospitalières qui serait au premier plan, mais elle devrait également comporter un stage en médecine praticienne ou au sein de structures concourant à la santé publique.

Les universités pourraient également passer convention avec des universités étrangères pour organiser la mobilité internationale au cours du cycle de master.

Dans la foulée d’une telle réforme, il conviendrait également de mettre fin à l’anachronisme de l’examen classant national (ECN) de fin des études de médecine. Ici encore, nous préconisons une refonte complète du dispositif de sélection à l’entrée dans les spécialités, mais ceci est un autre chantier.

Le dispositif que nous proposons aurait d’autres effets positifs complémentaires. Il favoriserait, sans aucun doute, la réussite du plus grand nombre en licence en évitant la sélection par l’échec et ses conséquences désastreuses. Nul doute également que pour suivre un tel cursus, les étudiants retrouveraient les bancs de l’université, actuellement désertés par beaucoup de ceux qui, après l’effort fourni pour la réussite au concours, font relâche au cours des deux années suivantes. Il éviterait aussi que certains étudiants partent à l’étranger dans un des pays de la communauté européenne suivre des études de médecine, parfois même en français et moyennant finance, dans des universités peu regardantes sur la qualité des étudiants français qu’elles accueillent (voir cet exemple parmi beaucoup d’autres: « 2740 euros l’année de Médecine en Roumanie… en Français! »). Autre façon de contourner un mode de sélection anachronique puisque, diplôme en poche, ces futurs médecins pourront revenir exercer en France.

Enfin, ceux qui, comme nous, ont de fréquents contacts internationaux ne peuvent que constater la perte de terrain de la médecine française dans l’arène internationale. C’est pourquoi, cette indispensable réforme devrait être complétée par une approche plus mondialisée de l’accès des étrangers aux formations médicales françaises qui nous permettrait d’être plus ambitieux dans l’accueil d’étudiants étrangers dans le cycle de master et aux universités de mieux maîtriser le recrutements de médecins étrangers dans le cycle de spécialisation.

Gilbert Béréziat Professeur de Biochimie et de Biologie Moléculaire
Faculté de médecine de l’Université Pierre et Marie Curie (Paris)

Jean Jacques Madjar Professeur de Biologie Cellulaire
Faculté de médecine Lyon-RTH Laennec de l’Université Claude Bernard Lyon 1

—————————————–

Lire les trois volets de cette tribune :

- Une réforme de l’accès aux professions de santé… publié le 6 juillet 2009

- Un cautère sur une jambe de bois !, publié le 25 juin 2009

Triste anniversaire, publié le 15 juin 2009

2 réflexions sur “ Une réforme de l’accès aux professions de santé… ”

  1. Bonjour,
    Je suis une étudiante en médecine de lyon qui viens de réussir ce fameux concours de PCEM1…tout en contestant sa conception.
    Je viens de lire très attentivement votre 3ème article. Je trouve l’idée en soi très intersessante mais plusieurs questions me viennent à l’esprit :

    -le nombre d’étudiants tout d’abord. Il faudrait compter pour la licence tous les étudiants qui veulent se diriger en médecine, pharmacie, kiné, sage femme, dentaire…. Est-ce (financièrement?!) possible d’éviter les amphis surchargés et de faire des promotions plus petites avec des options différentes pour chacunes?

    -aussi, je ne suis pas sûre d’avoir très bien compris: les 3 ans de licence seraient un tronc commun pour les professions médicales et paramédicales, mais des différences s’instaureraient par des options qui permettraient ensuite à chaque étudiant de se présenter à la fin dans une filière spécifique (médecine ou dentaire ou…). Le problème se pose donc de savoir si une profession comme kiné où la manipulation et la pratique ont un place primordiale, peut « cohabiter » dans une licence avec des étudiants qui souhaitent faire médecine et qui apprenent en conséquence beaucoup de théorie et très peu de pratique.
    J’ai du mal à concevoir la proximité de la formation et donc la possibilité de rebasculer vers l’une ou l’autre en cas d’échec. Mais peut-être ai-je mal compris?

  2. Pour être simple, je préconise que la sélection de fasse à l’issue du cycle licence, sans concours mais sur dossier et après entretien de motiovation. Dans une université comme l’UPMC ou l’université Lyon 1, l’orientation se ferait vers trois grands blocs de professions : les métiers de la science et de l’ingénierie, les métiers du management et les métiers de la santé. Dans les trois cas, en fonction des programmes retenus l’orientation se fera vers des filières courtes et des filières longues. Donc pour ce qui concerne la médecine, l’orientation se fera vers les grandes écoles d’ingénieur, les masters recherche scientifiques (maths, physique, chimie, biologiie), la matières de sciences économique et la médecine et les disciplines annexes (pharmacie et odontologie). Les disciplines paramédicales seront en compétition avec les masters professionnels correspondants.
    Par ailleurs, on pourra recruter sur dossier dans les masters médicaux et para médicaux des étudiants venant des licences de sciences humaines et sociales ce qui est indispensable pour revifier les professions connectées avec la santé publique et la santé mentale colmme la psychiatrie.
    Mais pour celà, il faudrait que l’UNEF et l’ANEMF aient une vison un peu moins corporatiste des enjeux sociétaux

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Vous pouvez utiliser ces balises et attributs HTML : <a href="" title=""> <abbr title=""> <acronym title=""> <b> <blockquote cite=""> <cite> <code> <del datetime=""> <em> <i> <q cite=""> <strike> <strong>