Autonomie des universités : J-25

La partie de bonneteau engagée par l’administration avec les vingt universités désignées pour passer à la gestion du budget global en Janvier se poursuit. Malgré les engagements du ministre sur le maintien des emplois dans les grandes universités de recherche, malgré la loi LRU votée qui implique la négociation d’un contrat d’établissement, les hommes de Bercy sont à l’œuvre, appuyés en sous-main par le syndicat des P.M.U.¹ . La tactique est simple, imposer aux grandes universités une masse salariale plancher minimale et renvoyer les marges de manœuvre nécessaires à une négociation contractuelle qui surviendra plus tard.

La manœuvre est un peu grosse, les naïfs ou les complices signeront leur engagement dans l’autonomie en avalisant la masse salariale plancher. Ils seront alors entièrement au bon vouloir des ministères qui, ayant permis à leur ministre des déclarations de victoire, pourront arguer des difficultés financières, de la nécessité de redéploiement et de soi-disant sur-dotations pour mettre ces universités au régime. Il y a donc bien un comportement schizophrène de l’état, aux politiques la carotte des effets d’annonce, à la haute administration la trique.

Pour arriver à leurs fins, l’administration de la ministre utilise de nombreuses ficelles. En refusant par exemple d’inclure le financement des emplois non utilisés ou utilisés autrement (chaires d’excellence, heures complémentaires, emplois gagés pour les professeurs invités), au moment où la ministre déclame sur la mobilité internationale. En sous calculant les moyens nouveaux nécessaires pour gérer au mieux les emplois déconcentrés, en refusant un calcul réaliste du G.V.T.² (au moment où la ministre pointe la nécessité de rééquilibrer le rapport Maîtres de Conférences/Professeurs et le niveau des emplois d’appui à la fonction de recherche et à l’administration des universités autonomes). En refusant d’y inclure ou en sous-évaluant les dépenses sociales en faveur des personnels, y compris celles qui couvrent des risques rares et en refusant de prendre en compte le coût de la formation des personnels pour les aligner sur ceux des autres établissements fortement engagés dans la recherche développement. En sous évaluant la couverture nécessaire du risque chômage pour les personnels contractuels. Et en refusant de prendre les congés payés des agents de l’Etat du à ces agents au 31 décembre 2008 (bravo pour la fibre sociale de la ministre).

J’estime le manque à gagner pour l’université Pierre et Marie Curie à vingt millions d’euros en année pleine. Où sont les entreprises sensées investir dans l’université ? On peut sans grand risque assurer qu’aucune ne voudra prendre le relais de l’état. Pour générer cette somme l’UPMC devrait avoir un endowment placé à hauteur de 400 millions d’euros. Mécènes à vos portefeuilles !

Comment dans ces conditions porter une vingtaine d’universités au meilleur niveau international. On comprend mieux pourquoi notre hyper-président a décidé de changer le thermomètre de Shanghaï par un outil euro régional, plus malléable. Je ne suis pas sûr que les grandes universités anglaises, belges, néerlandaises, scandinaves et allemandes lui en laissent le loisir, d’autant qu’en Janvier il ne sera plus à la manœuvre. Rien ne serait pire pour l’université française et sa recherche que le discrédit qui résulterait d’une autonomie concédée au rabais. Mais, me direz vous ce n’est pas grave, on continuera à faire croître nos élites dans les salons dorés des grandes écoles de la République et nous retournerons à la médiocrité antérieure.

En conclusion de mon livre « Quand l’université se réveille tout de vient possible » j’indiquais : « C’est donc un grand défi que devra relever l’université Pierre et Marie Curie en se plaçant au premier rang des établissements qui prendront leur destin en main l’an prochain. Il faut l’affronter avec courage, détermination et savoir naviguer par gros temps ». Le gros temps est venu.

¹ Petites et moyennes universités
² Glissement vieillesse technicité.

2 réflexions sur “ Autonomie des universités : J-25 ”

  1. Je dois avouer que je ne comprends strictement RIEN au vocabulaire « budgétaire » employé par Mr. Béréziat dans ce post – ainsi que par de nombreux chercheurs concernés (catastrophés) par les réformes et modifications de budgets en cours. Je précise que je suis post-doc en sciences… L’analyse des effets d’annonce, des budgets promis, des augmentations qui n’en sont pas etc. me semble essentielle pour évaluer l’action de gouvernement – mais je me demande qui, à part les directeurs de labo et autres personnes versées dans le « management », arrive à s’y retrouver! Il y a un effort éducatif à faire – les « chercheurs de la base » veulent comprendre!

  2. C’est bien la preuve que la formation universitaire des chercheurs des disciplines scientifiques est à revoir et qu’au lieu de leur faire des « têtes bien pleines », les universités devraient leur prodiguer une formation initiale plus large incluant des sciences sociales et humaines.

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