Iran, remaniement…retour sur la semaine

credits : Yiping Lim - Flickr

La semaine qui vient de s’écouler a été riche d’enseignements. Comme l’ont constaté plusieurs commentateurs dans le monde, l’intervention des étudiants et des universitaires n’est pas nouvelle dans l’histoire politique récente de l’Iran, mais cette fois-ci, ils n’étaient plus seuls. Une grande partie de la société avait décidé de sortir de sa schizophrénie. Et c’est pourquoi la mainmise sur les locaux de l’université de Téhéran fut rapide, brutale, meurtrière et que, symboliquement, c’est là que le guide suprême tenta de siffler la fin de la partie. Il est donc important d’avoir non une pensée pour nos collègues universitaires iraniens et leurs étudiants à l’encontre desquels la chape de plomb d’un fascisme islamique s’est déchaînée, mais de faire preuve à leur égard de solidarité active. J’en avais rencontré quelques uns une semaine avant les élections et même si nous parlions à demi-mot il était évident pour eux que cette élection constituait une étape cruciale. Bien sûr, beaucoup pressentaient ce qui allait se passer, mais ils avaient l’espoir et la détermination rivée au cœur. Quoi qu’il en soit nous devons maintenant à tout prix les aider, éviter les imprécations et les discours moralisateurs qui ne servent à rien. Non seulement il convient de ne pas perdre les contacts avec les universités iraniennes mais au contraire les renforcer, ouvrir grands les bras à ceux qui vont venir chez nous, enseignants et étudiants.

C’est pourquoi je lance ici un appel aux ministres concernés (Valérie Pécresse, Roseline Bachelot, Bernard Kouchner, Eric Besson, Brice Hortefeux) pour que cessent les tracasseries dans l’attribution des visas et la France soit bienveillante à l’égard de ceux qui frapperont à sa porte. Il faut en finir avec l’espionnite ciblée alors que l’on accueille à bras ouverts tous les chinois du monde !

Le deuxième temps fort de la semaine fut l’annonce du remaniement ministériel. Je ne m’étendrais pas sur la signification du jeu de chaises musicales auquel notre président s’est livré entre la Justice, l’Intérieur et les Affaires sociales. Mais constatons quand même une bonne nouvelle, le maintien de Valérie Pécresse, de loin le meilleur ministre de l’enseignement supérieur et de la recherche que nous avons eu depuis des décennies, et la non arrivée dans le jeu de Claude Allègre auquel d’aucuns pourtant s’étaient résignés. Ce constat n’enlève rien aux critiques que j’ai formulé récemment sur la façon dont l’autonomie se met en place et sur les contradictions de la politique universitaire de Nicolas Sarkozy (défense des universités d’un côté et renforcement du système anachronique des classes préparatoires de l’autre). La seconde bonne nouvelle, si j’ose dire, fût l’annonce du départ de Xavier Darcos du ministère de Education Nationale. Elle s’accompagna de la reconnaissance, en quelque sorte, du fait que c’est pour de mesquines questions de suppression budgétaire que l’annonce hâtive de la réforme dans l’accès aux carrières d’enseignants des lycées et collèges fût lancée comme une torpille l’hiver dernier par l’artificier Darcos dans le jardin de Pécresse. Il y avait donc quelques raisons à la mobilisation des facultés des lettres et sciences humaines, les plus touchées par celle-ci. D’ailleurs je vous invite à ce sujet à lire le pedigree de l’artiste sur wikipédia.

Cette semaine également a été rendu public l’arbitrage entre députés et sénateurs sur le projet de loi hôpital patients santé et territoires si chère à Roseline Bachelot. Bien que le texte final tienne compte des compromis passés avec les lobbys médicaux hospitaliers, Cette loi ne résoudra rien et, faute d’avoir eu le courage de remembrer l’ensemble du dispositif hospitalier en différenciant les tâches des uns et des autres, il y a fort à parier qu’elle va exacerber les contradictions entre les établissements privés et les établissements publics au détriment de la qualité des soins. Par ailleurs, dans les CHU, elle vise clairement à affaiblir la liaison entre les facultés de médecine et les universités au moment où tout indique qu’il faudrait au contraire renforcer ce lien. La réaffirmation de l’examen national classant comme outils de sélection entre les spécialités et la médecine générale et, concomitamment, la réformette instaurant une première année de licence en santé (confère la série d’articles sur le sujet), ne résoudront nullement le lancinant problème de la maîtrise de la démographie médicale. Dans le même ordre d’idées l’explication, donnée par Roseline Bachelot, du pourquoi le choix de la reconnaissance au grade de licence du diplôme d’état infirmier de préférence à la délivrance d’un diplôme de licence a fait l’objet d’un consensus est savoureuse. Cela permettra dit elle de conserver le diplôme d’État comme diplôme d’exercice et de respecter tous les prés carrés que nous avons à gérer dans cette affaire avant d’aller vers une universitarisation plus intégrée. Quelle belle perspective. Transfert des charges à l’université, mais maintien des mauvaises habitudes ! A quand des IUT de santé ?

Enfin, last but not least, la nouvelle hargne mise dans la défense du modèle français des grandes et des petites écoles par Pierre Tapie ne saurait cacher le fait qu’il n’est pas le modèle mondial sauf dans le business dont on ne peut pas dire au vu de la crise en cours qu’il ait été très performant. De plus il y a toujours une grande opacité dans le problème de la recherche qui serait effectuée dans ces écoles. Ce n’est par ce que des laboratoires sont présents dans certaines écoles d’ingénieurs que pour autant les étudiants de ces écoles y sont formés à et par la recherche. En outre les écoles s’approprient indûment des doctorants présents dans ces laboratoires alors qu’ils sont en fait inscrits dans des universités. A l’avenir, les universités devront être plus vigilantes sur ces questions. Ne pas confondre écoles et écoles. Les écoles d’ingénieurs intégrées dans les universités sont d’abord des composantes internes et avec l’autonomie universitaire, elles devront développer auprès de leurs étudiants le sentiment d’appartenance à l’université et non pas à je ne sais quel réseau de lobbying.

Devant faire une mission en Asie du Sud Est (Ho Chi Minh Ville, Hanoï, Singapour) j’ai choisi de tester le nouveau mastodonte des airs, l’Airbus 380. Retard de neuf heures au départ de Roissy, problème hydraulique entraînant un double check in suivi de difficultés de fermeture de la soute à bagages. Ceci vient me rappeler que la meilleure des technologies a des failles, que le risque zéro n’existe pas et que la sécurité n’a pas de prix mais un coût qui se traduit aussi par quelques inconvénients. Ceci dit l’Airbus A 380 est une belle réussite, meilleur confort, réduction du bruit, diminution de la consommation de kérosène. J’espère qu’Air France pourra bientôt offrir ce service sur ses longs courriers.

Dans l’avion pour le Vietnam le 29 juillet 2009

3 réflexions sur “ Iran, remaniement…retour sur la semaine ”

  1. Tu veux dire le 29 juin…Bon séjour et au plaisir de se revoir bientôt peut être.

    Tu sais qui il faut voir comme stomato à la pitié salpétrière pour une urgence ?
    Une collègue y est allée lundi, vraie nullité ! Anesthésie pour dévitaliser un nerf ; puis arrêt juste à tps, car inutile…Renvoi en ville avec infection visible sur radio…Matinée perdue et souffrance maintenue. a+

  2. Cher Monsieur Béréziat,
    autant vous êtes d’une franchise raffraichissante quand il s’agit de nommer des gens, autant vous êtes parfois obscur quand il s’agit de nommer des écoles…

    De quelles écoles voulez-vous parler ? De l’X, et ses nombreuses publications dans des labos communs avec Paris XI ? de l’ENS, et ses labos communs avec Paris 6 ? D’autres écoles ?

    Ce qui me choque le plus, personnellement, ce n’est pas que les GE forment (ou ne forment pas) 1/4 des docteurs en France. Ce serait plutôt qu’elles sont loin de représenter 1/4 des publications internationales venant de France. Vous trouverez peut-être intéressant ce post :
    http://n.holzschuch.free.fr/dotclear/index.php?2009/06/05/171-les-universites-francaises-qui-publient

    (qui ne fait que rappeler des faits connus de tous, et publiés, par exemple en 2007 :
    http://archives.lesechos.fr/archives/2007/lesechos.fr/03/13/300153987.htm )

  3. votre « hargne » contre le communiqué de Pierre Tapie est bien partial.
    sous-entendre que les mésaventures récentes de l’ultralibéralisme financier sont nées dans les grandes écoles est un bien grand honneur que vous leur faites. les traders de la city comme ceux de wall street sont formés à l’université, et même notre jérome kerviel national est diplômé d’un bonne vieille fac française !
    quant à l’opacité de la recherche dans les grandes écoles, exprimez-vous plus clairement si vous avez des révélations à faire !
    dommage qu’un grand universitaire comme vous, issu d’une des meilleures universités françaises, tombe dans ce travers si facile d’opposer une fois de plus sous de fallacieux arguments le système universitaire et le système des grandes écoles.
    les grandes écoles sont une spécificité française ? la belle affaire ! comme les Master 2 Recherche, comme les Licences Pro, comme la multiplicité des universités dans les grandes villes, comme la présence ubuesque d’universités en zones semi-rurales, comme la laïcité républicaine, comme les sage-femmes, comme la CMU, comme le tour de france et comme les taxis râleurs !
    bien à vous.

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