Les immobilistes au chevet de l’immobilier universitaire.

credits : pierre G5 - flickr

Michel Zulberty, l’inénarrable directeur de l’Etablissement public du campus Jussieu, vient de claironner l’annonce de la remise des clés de la tour administrative du campus Jussieu à l’université Pierre et Marie Curie lundi 22 juin ! La tour administrative a été totalement libérée des occupant durant ma présidence à l’été 2003. Il aura donc fallut six années pour la remettre aux normes de sécurité alors que le désamiantage lui-même a duré moins d’un an et que sa réhabilitation a pris deux années et demie. Deux à trois ans d’atermoiements imputables d’abord à lui-même et, comme je l’explique dans mon ouvrage « quand l’université se réveille tout devient possible », à la cohorte des inspecteurs, contrôleurs et autres énarques X-Mines-Ponts de tout poil, alliés en la circonstance à ceux qui voulaient abattre la plus grande université française au seul titre que « small is beautiful » et que rien de bon ne doit sortir de l’université.

Dans un discours prononcé à l’Elysée le 15 juin devant des représentants des laboratoires internationaux de recherche Sarkozy a souligné « qu’en offrant l’autonomie aux universités qui ont voulu la prendre, le gouvernement voulait libérer les énergies », « Il fallait [a-t-il dit] donner enfin l’autonomie, pour que nos grandes universités de recherche puissent avoir la liberté de décider des meilleures stratégies scientifiques avec leurs partenaires ». Nous l’avons fait, a-t-il affirmé.

Voire !

L’autonomie universitaire a de puissants ennemis, la fièvre des « sauvons quelque chose » tout juste retombée, les hauts fonctionnaires chargés par Bercy d’entrave à l’application de la LRU se sont remis à l’œuvre.  Les gauchistes et les corporatistes de tout poil étant en congés après une année si trépidante et la ronde des obstinés s’étant consumée, les énarques ont pris le relais.

Pour cette besogne, ils ont trouvé en François Bonaccorsi, inspecteur général de l’administration de l’éducation nationale et de la recherche, conseiller pour la mise en oeuvre de la réforme des universités de la ministre de l’Enseignement supérieur et de la Recherche, un allié tout à leur dévotion. En effet, titulaire d’une licence de lettres en littérature italienne et d’une maîtrise de linguistique de la faculté de lettres Aix en Provence, François Bonaccorsi n’a pas fait de carrière universitaire. il a été successivement gestionnaire du Crous de Lyon (1982), directeur du Crous de Saint-Étienne (1988), Lille (1992) puis Paris (1996). C’est sans doute mieux que d’avoir eu la responsabilité de construire des prisons, mais ça laisse quelques doutes sur ses capacités de booster l’autonomie universitaire. D’ailleurs, la ministre vient justement de retirer aux universités la gestion des aides à la mobilité internationale sur critères sociaux pour les confier au CROUS ! La première rencontre entre l’équipe de François Bonaccorsi et celles des deux universités candidates à la dévolution des biens a été surréaliste, d’après les indiscrétions qui ont filtré, ces derniers auraient été stupéfaits par l’état d’impréparation du ministère sur ce sujet. Impréparation ou obstruction ? A vous de choisir.

Un autre élément à verser au dossier de la tiédeur de ces messieurs sur un sujet pourtant annoncé comme essentiel par le chef de l’Etat, nous est procuré par France Domaine, service de la direction générale des finances publiques rattaché directement à son directeur général, créé par un arrêté du 23 décembre 2006. Ce service, qui représente l’Etat propriétaire tant dans les relations internes à l’Etat ou externes avec les occupants du domaine de l’Etat et les candidats à l’acquisition de biens de l’Etat, a cessé depuis plusieurs mois de fournir toute information à l’université Pierre et Marie Curie sur la valeur effective des biens qu’elle occupe et devraient faire l’objet d’une dévolution dans le cadre de la loi LRU. Sur ordre de qui ?

Notre cher Monsieur Zulberty, lève le voile sur les intentions de France Domaine. Il déclare en effet à l’AEF (Dépêche n°115968) qu’il existe « plusieurs points encore flous dans la perspective de la dévolution. D’abord, l’UPMC « n’est pas encore structurée pour y faire face » [on pourrait en rire venant de quelqu’un dont la hâte à rénover Jussieu est telle que l’on s’achemine vers un retard cumulé de près d’une dizaine d’années et surtout si ce retard ne s’accompagnait pas d’un immense gaspillage d’argent public]. Ensuite poursuit-il, « il y a un problème d’articulation entre le rôle de France Domaine, censé gérer tout le patrimoine immobilier de l’État et le mettre à disposition des opérateurs par le biais de conventions, et la possibilité affichée par la loi LRU de donner le patrimoine aux universités ». Il ajoute qu’en cas de dévolution du campus, « le contour de ce qui serait transféré n’est pas clair. En effet, un document émanant de Matignon  prévoit aujourd’hui l’installation sur le campus de Paris-III et de l’École Nationale Supérieure de Chimie de Paris (ENSCP) » reprenant ainsi à son compte des arbitrages auxquels l’UPMC n’a pas participé et par ailleurs refusés par l’ENSCP.

Pour terminer cette brève, Patrick Hetzel impose le transfert de l’Institut français d’urbanisme, composante de Paris-VIII Vincennes Saint-Denis à l’université de Paris-Est Marne-la-Vallée à compter de la rentrée universitaire prochaine. Qu’elle leçon pour ceux qui se reposaient sur la sollicitude bienveillante de l’Etat pour sauvegarder l’intégrité des universités ! D’autres s’agitent de nouveau contre l’UPMC, c’est ainsi que Philippe Gillet, directeur du cabinet de Valérie Pécresse, ancien d’Ulm et ancien directeur de l’ENS de Lyon, reprend à son compte l’idée d’Allègre de détacher de l’UPMC ses stations marines pour les rattacher aux universités de proximité. Mais sans doute rencontrera-t-il plus de résistance de ce côté-là !

Téhéran suite. (lire ma note du 16 juin) Malgré les mises en demeure du « Guide suprême » les iraniens continuent à protester contre le coup d’Etat électoral. Pour tous ceux qui s’interrogent sur l’avenir de ce mouvement je conseille la lecture de l’excellent livre de Marie Ladier-Fouladi : « Iran, un monde de paradoxes » qui vient de paraître aux éditions l’Atalante.

Paris le 22 juin 2009

4 réflexions sur “ Les immobilistes au chevet de l’immobilier universitaire. ”

  1. Paris 4 annonce en grande pompe sur son site la création du PRES La Sorbonne et pas un mot sur le blog ?? La mort annoncée de Paris Universitas méritait pourtant un petit billet non ? Avec l’exclusion lamentable de Paris Dauphine sous prétexte que la Porte Dauphine est à 5 stations du quartier latin, on s’achemine tout droit vers la Sorbonne du XIXe siècle : rue des écoles + rue saint Jacques

    Décidément… c’est peut être ça l’explication du retard universitaire français en fait…

  2. Eh oui, Gilbert, je comprends donc progressivement, à vous lire, votre fureur légitime. Que de freins à l’autonomie, que de batons dans les roues ! J’ose dire aussi que je me « bidonne » à vous lire, me disant : « mais c’est encore pire que je le croyais ! ». Vous n’hésitez pas à nommer les personnes (conseillers, IGEANR, Enarques) et à dénoncer leurs incompétences ou leur volonté de bloquer pour bloquer. J’adore ce culot !

    J’essaie de mon côté de faire partir Daniel Vitry en retraite, parce qu’il a laissé faire le démantèlement de la DEPP et plus gravement de toute la statistique publique de l’éducation. Professeur des universités, combien d’années a-t-il enseigné en université ? Vous me donnez un coup de main pour qu’il ait la dignité de démissionner ?

    Je vais bientôt faire une chronique sur Paris VI ; j’ai en effet pris de très belles photos du campus de Jussieu en janvier dernier, sous un très beau soleil d’hiver. Cordialement. Irnerius

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