De retour du Liban

De retours des frimas Nord Américains me voici au Liban. La mer méditerranée est d’un vert bleu luisant au soleil de la côte libanaise, dans cet après midi de fin novembre, on se croirait au début de l’été. Parfois une zone plus sombre nous signale des ruines colossales reposant à quelques mètres en dessous. Je suis en compagnie de mon ami Ibrahim Kobeisi, l’ancien président de l’université libanaise, nous avons présidé nos universités respectives à peu près à la même époque de 2001 à 2006. Si la charge était écrasante à l’UPMC, que dire de ses responsabilités alors, lorsqu’il a dû présider à la réunification de l’unique université publique au Liban par delà les multiples communautés qui constituent la réalité de ce pays.

Nous sommes à proximité de Tyr, où nous déjeunons de poissons frits, au bord de la mer chez « Captain Bob », tout en sirotant un verre d’Arak en compagnie d’amis informaticiens libanais et toulousains et débattons de l’avenir du pays et de la coopération franco-libanaise. Nous venons de quitter le séminaire sur la coopération franco-libanaise avec un peu de blues, certes les officiels français ont annoncé que malgré les coupes budgétaires engendrées par la crise financière la coopération universitaire serait préservée, mais rien n’est sûr.

La guerre de 2006 entre Israël et le Hezbollah libanais a laissé des traces. Un officiel libanais s’est risqué à un humour grinçant en indiquant qu’au Liban il y a un ministère permanent du développement et de la reconstruction ! Et c’est vrai que toutes les infrastructures vers le sud ont été reconstruites. Mais de nouveau cette guerre a renforcé les clans et les universitaires attendent avec inquiétude les prochaines élections. Elle a aussi laissé des traces, l’université libanaise peine à construire des laboratoires de recherche, elle subit une concurrence sévère de la part des universités privées et en particulier de l’université américaine, l’une des plus anciennes du pays. Et même si des coopérations entre l’université libanaise et les universités privées chrétiennes les plus importantes commencent à se construire, les différences de statut sont délétères. Le secrétaire général du CNRS libanais n’a pas mâché ses mots, le recrutement massif d’enseignants par l’université libanaise (plus de 700 d’un coup) semble, à ses yeux moins positif qu’il y parait. En effet faute de textes précis sur les obligations de services des enseignants, cette mesure a créé un appel d’air et, du fait de leurs traitements insuffisants, nombre d’entre eux préfèrent compléter leurs salaires dans les établissements privés sans grand contrôle plutôt que de s’investir dans la recherche. Comment faire décoller des laboratoires dans ces conditions ?

Mais soudain je réfléchis, le problème qui se pose au Liban n’est-il pas un peu celui de la France ? Les annonces de notre ministre sur les dispositifs destinés à attirer les meilleurs pointures dans nos laboratoires ne sont-ils pas a un leurre ? L’arbre cache-t-il la forêt ? Que peut faire un bon chef d’équipe s’il ne dispose pas de la force de recherche représentée par les jeunes mais alors pourquoi rien n’est prévu dans les mesures annoncées pour les jeunes maîtres de conférences et les jeunes professeurs qui ont porté à bout de bras la réforme LMD ces dernières années ? Pourquoi ne prévoit-on pas que l’activité de recherche soit reconnue et payée comme telle ? Pourquoi ne revalorise-t-on pas fortement la prime de recherche en la modulant en fonction des résultats ? Pourquoi ne reconnaît-on pas ceux qui s’engagent plus et avec brio dans les activités de formation au sein de leur établissement alors que l’on tolère qu’ils « cachetonnent » à l’extérieur ? Sommes nous en route vers le sous développement dans les sciences ?

La veille j’avais déjeuné avec le recteur de l’université libanaise. J’ai essayé de le convaincre de consolider nos têtes de pont en biologie et en chimie. Mais la tentation au saupoudrage est si forte quand on a si peu ! Le même jour j’avais passé une bonne heure avec le recteur de l’université Saint-Joseph pour constater notre proximité, non pas institutionnelle (ils sont confessionnels et privés, nous sommes laïcs et publics) mais stratégique, j’ai jeté un coup d’œil en allant au rectorat sur le bâtiment dédié à l’incubateur et la pépinière d’entreprise. Ils construisent un centre de recherche à coté de ce bâtiment pour y regrouper leurs laboratoires. Je pense à Paris Parc et aux centres de recherches de l’UPMC. Bref nous décidons de renforcer notre coopération bilatérale. Notre stratégie est la même en direction du Moyen-Orient et du Sud. Nous parlons de la Syrie, du Kurdistan, de l’Iran, de l’Afrique et du Maghreb. Mais je vois que les esprits chagrins vont encore me taxer de Sarkozisme.

Cette fois-ci je n’aurais pas le temps de flâner dans Beyrouth ou d’aller festoyer dans la Bekka pour y déguster ses excellents vins, il me faut rentrer à Paris ,l’avion est plein. Beyrouth Roissy quatre heures, Roissy Palaiseau deux heures par le RER B qui avance avec un train de sénateur. Christian Blanc aura beau faire, là est le défaut majeur du plateau de Saclay !

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