On assiste à d’étranges échanges sur la toile ces jours-ci.

credits : pierre G5 - Flickr

D’abord en ce qui concerne le décret statutaire. Enfin le SNESup se réveille et concède dans une information : « Ce décret introduit une prise en compte généralement plus favorable des activités ayant précédé le recrutement » pour ajouter aussitôt : « Un collègue recruté maître de conférences en septembre 2007 qui, avant son recrutement, n’avait eu aucune activité rémunérée pendant son doctorat puis avait fait 2 ans de post-doc en septembre 2009 sera au 2e échelon sans ancienneté alors qu’un collègue qui sera recruté en septembre prochain avec les mêmes antécédents se trouvera d’emblée au 3e échelon avec 2 mois d’ancienneté » ! Mais ceci était connu dès la publication des fiches accompagnant le plan carrière l’an dernier. Qui plus est, il était prévu de vérifier la situation des maîtres de conférences recrutés précédemment, afin de s’assurer que personne ne se trouve dans une situation plus défavorable parce que recruté avant la mise en oeuvre de la mesure. Mais que diantre, pourquoi le syndicat n’a-t-il pas négocié alors, non seulement le lissage d’un tel effet, mais encore, des mesures intermédiaires pour l’ensemble des maîtres de conférences recrutés depuis 10 ans ? Il en est réduit maintenant à vérifier la bonne application du plan carrière qu’il a tant dénigré.

La deuxième information, divulguée par le blog « histoires d’universités » concerne la commission nationale de recours de la prime d’encadrement doctoral dont le fonctionnement fait l’objet de fortes critiques de la part de deux ses membres, Bernard Valentini et Olivier Adam. Le compte-rendu de la commission donne raison à ceux qui, comme moi, se sont toujours opposés à cette attribution centralisée. Leur conclusion est édifiante : « le ministère a demandé ouvertement à la commission de recours PEDR de travailler non plus que sur des critères scientifiques pour classer les dossiers des candidats, mais aussi sur le critère budgétaire ! Autrement dit, il n’est pas proposé de PEDR même à des enseignants-chercheurs affichant une activité de recherche visible et significative faute de budget. Pour conclure, vous l’aurez compris, il est temps que cette instance s’arrête car elle se traduit d’une part par un sentiment de sanction pour les collègues qui n’ont pas obtenu cette prime et d’autre part par un fort sentiment de frustration des membres de cette commission. Maintenant, les primes seront gérées par les établissements (avec entre autres, la prime de responsabilités pédagogiques et la prime d’excellence scientifique). Espérons que cela se passe mieux. De toute façon, quoiqu’on en pense, ça ne pourra pas être pire, mais sait-on jamais ? »

Certaines universités, comme l’UPMC, sont en train de mettre en place des primes de recherche et des primes d’enseignement avec toutes les garanties de collégialité dans leur attribution, ce qui nous changera aisément des procédures antérieures et surtout permettra de rétablir un juste équilibre entre les disciplines, de vérifier que les mandarins ne s’attribuent pas le travail réalisé par les maîtres de conférence dans le suivi au quotidien des thèses et de reconnaître l’activité de formation au même titre que l’activité de recherche. Car contrairement à une idée reçue, le fonctionnement des commissions centrales n’est exempt ni des reproches d’auto distribution, ni des influences des lobbies disciplinaires ou syndicaux. Cf le blog cité ci-dessus :

« Les membres élus et nommés de chacune des sections du Conseil National des Universités (CNU) peuvent être candidats à une promotion (50% des promotions sont attribuées par le CNU et 50% par les universités)… Les 3 promotions à la classe exceptionnelle des professeurs ont été attribuées à 3 membres de la section 19. “Se servir soi-même sans vergogne“. Cette habitude fâcheuse n’est pas nouvelle : dans les années 90, le blogueur, élu au CNU, a observé que 14 de ses 17 collègues professeurs membres de la section 19 ont demandé une promotion ; la plupart l’ont obtenue au cours des 4 ans du mandat. Pour l’attribution des promotions, les pratiques de copinage, de favoritisme, de clientélisme doivent évidemment exister aussi au niveau des universités. »

Avec le système mis en place à l’UPMC, il sera plus aisé à ceux qui s’estimeront lésés de demander des comptes à des instances proches d’eux. C’est d’ailleurs pourquoi sur ce problème des primes certains présidents qui s’étaient fait les chantres d’une « autonomie raisonnable » n’ont pas voulu se mouiller dans cette affaire là.

Le ministère a immédiatement repris la balle au bond et, troisième information, bravant encore une fois l’autonomie universitaire, il vient de publier sous les signatures de Patrick Hetzel et de Thierry Le Goff  un texte savoureux  (circulaire-du-18-juin-2009 ) dans lequel ils nous indiquent le montant minimal et maximal des primes et annonce la création d’une nouvelle instance nationale dont le fonctionnement grèvera évidemment l’assiette de ces primes. Heureusement, les universités passant à l’autonomie pourront s’en affranchir. Cela permettra au moins de discerner entre les vrais partisans de l’autonomie universitaire et les faux culs. On aurait préféré qu’ils mettent un peu plus de hâte à négocier l’enveloppe définitive et la masse salariale des contrats des universités passées aux compétences élargies, lesquels se font toujours attendre.

Paris le 18 juin 2009

Post-scriptum : Mes informations font état d’arrestations nombreuses d’universitaires et d’étudiants dans les universités iraniennes. Je lance un appel à l’Etat pour qu’il lève toutes les restrictions dans les demandes de visas provenant d’étudiants et d’universitaires iraniens.

5 réflexions sur “ On assiste à d’étranges échanges sur la toile ces jours-ci. ”

  1. Bonjour Gilbert,
    Peut-on en savoir un peu plus sur le système mis en place à l’UPMC pour ces primes de recherche et d’encadrement doctoral et primes d’enseignement ? Je suis typiquement dans une université « qui ne veut pas se mouiller dans cette affaire là ». Un exemple venu d’ailleurs pourrait aider à enclencher une discussion chez nous (on peut se prendre à rêver …).

  2. Bonjour Rachel
    le dispositif sera voté dans huit jours par le conseil d’administration de l’UPMC. Je suis tenu à un devoir de réserve d’ici là. J’en ferais une présentation immédiatement après. Mais pour les détail le mieux est de me contacter à l’UPMC.

  3. Je vais patienter, Gilbert. Une semaine, c’est déjà presque demain. Chez nous on prend le temps, tout est bon pour éviter de discuter de points délicats car on est assez tétanisé à l’idée de prendre notre destin en main (semble-t-il).

  4. Bonsoir Gilbert, le week-end a permis d’écrire trois chroniques sur la Prime d’excellence scientifique. A priori, je suis d’accord avec vous pour que les attributions des promotions et des primes se fassent au niveau local sous au moins une condition : que les universités aient une pleine autonomie financière, i.e. qu’elles puissent fixer le nombre de promotions en fonction de leur stratégie et de leurs ressources et non en fonction d’un nombre attibué par le ministère.

    Nouvelle chronique : « 4 présidents bloguent » (http://histoireuniversites.blog.lemonde.fr/2009/06/21/blogs-de-presidents/ ).
    L’occasion pour moi de dire tout le bien que je pense de votre blog. Cordialement. Irnerius

  5. Je ferais une note sur les primes dès que le CA de l’UPMC se sera prononcé. Mais dès à présent je veux dire qu’elle a pris en compte des marges de manoeuvre que la négociation avec l’Etat a permis de dégager.

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