Grande Pompe ou pompe funèbre pour l’université Paris Sud ?

credits : liviu_popovici - flickr

En présence de Valérie Pécresse, dans les salons du ministère de l’enseignement supérieur, l’école Polytechnique et l’université Paris-Sud ont signé mardi 19 mai 2009 un accord de double diplôme. Campagne électorale régionale oblige, la ministre a souhaité saluer le franchissement de cette « ultime frontière » qui « s’inscrit pleinement dans l’action engagée par le gouvernement pour rapprocher universités et grandes écoles ». Selon Sylvie Lecherbonnier d’Educpros : « les meilleurs étudiants de licence de l’université Paris Sud seront encouragés à passer le concours de l’Ecole Polytechnique dédié aux diplômés universitaires ».

Pour mettre toutes les chances de leur côté, ces étudiants  suivraient des modules de formation complémentaire. « Nous nous appuierons sur nos magistères qui accueillent déjà nos meilleurs éléments à partir de la troisième année de licence », explique le président de l’université. Une fois à Polytechnique, les étudiants suivront les trois années du cursus puis ils reviendront à l’université pour une dernière année de master afin de recevoir les deux diplômes. Bref il leur faudra au moins sept ans pour obtenir le grade de master ! Quel magnifique progrès pour l’« élite » de la Nation. Je fais humblement remarquer qu’en 2005, en tant que président de l’UPMC, j’ai créé le double cursus exigeant de licence sciences et sciences sociales (S3) avec Sciences Po. Les étudiants devaient obtenir la licence en trois années dont une passée dans une université étrangère (ils étaient une trentaine la première année et maintenant ils sont soixante). A la fin des trois années, certains d’entre eux terminent leurs études à Sciences Po tout en préparant un master à l’UPMC, les autres restant moitié à l’UPMC, moitié à Sciences Po.

Bref, l’université Paris Sud va fournir ses meilleurs étudiants à l’Ecole Polytechnique. Il ne reste plus au président Couarrazé qu’à demander à passer sous la tutelle de « Mam ». Irène et Frédéric Joliot-Curie doivent se retourner dans leur tombe, eux qui furent en quelque sorte les fondateurs de la science à Orsay en accueillant une annexe de la faculté des sciences de Paris au sein du laboratoire de physique des hautes énergies qu’ils avaient créé sur le  domaine de Launay saisi par l’Etat à un propriétaire impliqué dans la collaboration avec l’occupant nazi. Il est vrai que Frédéric Joliot-Curie, premier haut-commissaire du CEA, membre du parti communiste français, fut révoqué le 28 Avril 1950 de ses fonctions par le deuxième gouvernement Bidault (MRP) dont Jules Moch était vice président (SFIO).

Mais rassurez vous, il en sera des étudiants d’Orsay comme de tous élèves les lycées des quartiers difficiles de nos banlieues, seule une pincée d’entre eux (une vingtaine à terme) sera admise dans l’antichambre de la Noblesse d’Etat et il lui restera encore à fréquenter les Mines, les Ponts voire les deux puis à faire l’ENA pour être admis au sein du CAC 40 et des cabinets ministériels. Pour les autres, ils pourront toujours se réfugier chez les seconds couteaux de Paris-Tech. L’UPMC a évidemment des diplômes communs avec l’Ecole Polytechnique, en particulier la fameuse spécialité finances du master de mathématiques qui se déroule au sein de l’UPMC. Mais très sourcilleuse de son autonomie, jamais elle n’a demandé au ministre de les porter sur les fonds baptismaux. Le problème posé aux universités aujourd’hui n’est pas de fournir aux Grandes Ecoles les meilleurs étudiants, elles n’ont pas besoin des universités pour cela puisqu’elles bénéficient d’un appui inconditionnel des professeurs des lycées et des recteurs. C’est au contraire d’attirer les meilleurs élèves des lycées vers leurs laboratoires avant qu’ils aient été  formatés dans les classes préparatoires ;.

C’est avec une profonde tristesse, ayant une fille et un fils docteurs de l’université Paris Sud, que je constate l’abaissement politique, intellectuel et moral d’une université qui en est réduite à donner le change en servant de piétaille aux écoles d’ingénieurs plutôt que de revendiquer pour la future grande université qui doit, si l’on en croit les déclaration de notre ministre, s’installer sur le plateau de Saclay le nom d’université Irène et Pierre Joliot Curie.

Palaiseau le 22 mai 2009

4 réflexions sur “ Grande Pompe ou pompe funèbre pour l’université Paris Sud ? ”

  1. Bonjour Gilbert. Je partage totalement votre point de vue après avoir lu votre chronique qui a, de plus, le mérite de la profondeur historique.

    Je suis scandalisé parce qu’un président d’université s’implique de fait dans la campagne politique de la Ministre ; pour se faire « mousser » ?

    Scandalisé également parce que ce président consacre du temps à conclure un accord qui ne concernera qu’une poignée d’étudiants brillants. Ces étudiants ont déjà tous les atouts pour réussir, pour obtenir de « bons emplois » et on leur donne des atouts supplémentaires.

    Les inégalités sociales entre étudiants des classes supérieures et étudiants des classes populaires vont ainsi s’accroître. C’est révoltant. Cordialement. Irnerius

    Sur le blog « histoires d’universités », la chronique annoncée : « Blogs d’universitaires » http://histoireuniversites.blog.lemonde.fr/2009/05/23/blogs-duniversitaires/

  2. Ah, le petit béré qui nous sort son petit couplet de pourfendeur des Grandes Ecoles et de chantre de l’égalitarisme. Et qui retrouve ses accents de syndicaliste à l’ancienne. On croît rêver ou on se gausse, c’est selon ! Ou bien les deux. Il est vrai que l’âge venant, il arrive que l’on retombe en enfance.

  3. Mais mon cher oméga, prenez la peine de tout lire
    Je ne suis pas un chantre de l’égalitarisme, mais je suis pour une concurrence qui ne soit pas faussée. Par ailleurs, je considère que les gens intelligents ont besoin de moins de coaching que les autres mais que l’on doit être plus exigeant à leur égard, ce qui est loin d’être le cas aujourd’hui. Enfin je préfère retomber en enfance que de me flétrir comme un vieil arbre sec ! Vous avez dit grandes écoles ? Par quoi sont elles grandes ? Par l’origine sociale de 90% de leurs élèves ?

  4. L’utilisation de cet accord par la ministre pour faire campagne est regrettable mais anecdotique.
    Le fond de l’accord est positif et je ne vois pas pourquoi cet accord serait mauvais alors que l’accord UMPC-ScPo serait bon. Il portait aussi sur des effectifs minimes et l’X vaut bien ScPo, non ?
    Quant à l’option finance du master de mathématiques, n’est-ce pas le programme qui a fourni aux banques des champions de la modélisations mathématiques ne connaissant rien à l’économie réelle et qui ont joyeusement conduit au désastre que nous connaissons aujourd’hui ?

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