Dur dur chez nos Frères d’Amérique.

crisis

Dans beaucoup d’institutions des Etats Unis, la date limite pour que les étudiants ayant demandé une inscription pour la prochaine année universitaire confirment leur choix était le premier mai. Ils devaient le faire en envoyant des arrhes à, théoriquement, une seule institution pour réserver leur place. Cette année, de nombreux « colleges » ont indiqué une forte augmentation du nombre des élèves qui ont reporté ce choix à la dernière minute,  le versement des arrhes se poursuivant la première semaine de mai. Certains établissements ont en outre repoussé la date fatidique pour tenir compte de cette situation.

Cette année, plus encore que les autres années, une trentaine d’institutions prestigieuses ont proposé des aides généreuses pour pénétrer encore plus les couches moyennes et c’est ainsi que Harvard et Yale, par exemple ont constaté des rendements identiques à l’an dernier. Mais il s’agit d’un monde clos, bien que plus large que celui des grandes écoles françaises.

Par contre, la plupart des experts s’attendaient à ce que les « colleges » et les universités publiques connaissent un surcroit d’attractivité. C’est en effet ce qu’ils ont observé. Ce phénomène s’explique par ce que les familles ont considéré avec plus d’attention le rapport qualité prix et qu’aux Etats Unis, comme en Europe d’ailleurs, celui-ci n’est pas forcément en faveur des établissements privés. De nombreux établissements publics signalent en outre un accroissement des transferts de dossiers en provenance d’établissements plus huppés.

Le président Obama a placé l’enseignement supérieur sur la ligne de front du combat contre la crise économique puisque dans un discours prononcé le 8 mai il a déclaré que les « colleges » sont les institutions les plus à même d’aider la Nation à résoudre les problèmes du chômage. Pour cela il a annoncé toute une série d’assouplissements législatifs afin que les chômeurs puissent obtenir plus de formation au sein des « colleges » et des universités. A cette occasion il a déclaré :  “if we want to help people not only get back on their feet today but prosper tomorrow, we need to take a rigorous new approach to higher education and technical training. And that starts by changing senseless rules that discourage displaced workers from getting the education and training they need to find and fill the jobs of the future”. Voici une leçon dont le président Nicolas Sarkozy et les “sauvons quelque chose” feraient bien de s’inspirer.

Il est donc évident que la crise économique va considérablement modifier l’économie générale de l’enseignement supérieur aux Etats Unis. Pour faire face, les établissements privés se sont livrés à une véritable chasse aux étudiants alliant marketing, discount et mise en place de dispositifs d’aide aux études montrant ainsi la réactivité du système. Mais les, budgets n’étant pas extensibles, les algorithmes ont tourné à un rythme soutenu dans les départements budgétaires. Dès le 14 mai, les informations ont commencé à filtrer sur la cure d’austérité. Chasse aux dépenses injustifiées, examen de la pertinence des programmes, gel des salaires et plus grande rigueur dans les taux d’encadrements. Comme toujours, la crise engendre déjà des mutations, on annonce dans certaines institutions que les collègues sont moins réluctant à incorporer l’enseignement à distance dans leurs activités et ont commencé à s’entraîner dans cette perspective. Mais comme toujours aux Etat Unis, la situation varie selon les Etats, en Floride par exemple, une Maître de Conférence de sociologie signale que son groupe d’étudiants passera de 35 en 2007 à 50 à la prochaine rentrée universitaire. Mais a-t-elle declaré à Inside Higher Education : « I’d much rather have larger classes than lose my job ».

Un autre phénomène est observé, la chute importante des inscriptions en Ph.D, celle-ci annoncée dès début mars se confirme et est beaucoup plus importante dans les institutions privées, Harvard, Chicago (moins 30% dans les humanités), Princeton (moins 10%), Northwestern University (moins 10% dans les humanités et moins 3% en sciences). Le prestigieux MIT va lui aussi restreindre ses admissions. C’est ainsi que la plupart des universités et des « colleges » vont maintenir voire même augmenter leurs nombre d’étudiants dans les études « undergraduate » qui procurent des revenus substantiels et diminuer tous les programmes dans lesquels les établissements doivent réaliser des investissements importants, ce qui est le cas pour les PhD puisque tous les étudiants y sont subventionnés voire payés par les établissements et ne procurent donc pas de ressources sous forme de droits d’inscription. Nul doute que la compétition va être féroce cette année et sans doute les années suivantes entre les départements et que la politique universitaire va jouer à plein dans ce domaine pour déterminer le nombre des autorisations de recrutement. Nul doute aussi que la compétition va être rude entre les candidats. De quoi alimenter sans doute la rhétorique de nos partisans du statu quo en France.

Palaiseau le 16 mai 2009

Une réflexion sur “ Dur dur chez nos Frères d’Amérique. ”

  1. Bonjour,
    merci pour toutes ces informations (au fait, est-il possible d’accéder aux données ?)

    J’ai juste une question : vous parlez de baisse des inscriptions en PhD. J’imagine qu’il s’agit d’une baisse du nombre de candidatures acceptées, mais qu’il n’y a pas une baisse du nombre de candidatures ? En général, le nombre de candidats augmente avec la crise.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Vous pouvez utiliser ces balises et attributs HTML : <a href="" title=""> <abbr title=""> <acronym title=""> <b> <blockquote cite=""> <cite> <code> <del datetime=""> <em> <i> <q cite=""> <strike> <strong>