Pauvre système universitaire français ?

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Jusqu’où le président de la République va-t-il se chiraquiser ?

Sous les coups conjugués de la noblesse d’état qui refuse d’appliquer la loi LRU (les budgets globaux des 18 universités dont la ministre dit qu’elles sont passées aux compétences élargies n’ont toujours pas été actés dans les contrats prévus par la loi), des tenant de l’archaïsme corporatiste (SNESup, Syndicat Autonome et officines associées) et des champions de la médiocratie universitaire qui se sont illustrés hier chez Nicolas Demorant (l’Egérie des « sauvons quelque chose » et le président de la « conférence des petites et moyennes universités »), la loi d’août 2008 est systématiquement vidée de son sens.

Nous venons d’apprendre qu’à la demande du très apathique président de la conférence des présidents d’université (avec paraît-il l’aval du nouveau gros poisson socialiste ferré par l’Elysée) qu’en plus de la moitié des promotions, la prime d’encadrement doctoral continuerait à être attribuée par une commission nationale ad hoc. Or s’il y a une chose dont la répartition et l’attribution était particulièrement injuste, scandaleuse et opaque c’était bien la manière dont cette prime était distribuée. Pour l’obtenir mieux valait appartenir à des équipes et des laboratoires bien en cour ou, mieux encore, être connu d’un membre du comité de distribution. Malheur à celui qui portait un nom exécré ! La répartition entre les disciplines et les universités montrait des anomalies graves.

Après avoir sous-calculé le volume de la masse salariale des 18 universités soit disant passées aux compétences élargies, après les avoir obligées de mettre l’argent qui leur est alloué trimestre par trimestre dans la banque de « Bercy », laquelle prélève au passage un euro par feuille de paye mensuellement ; après leur avoir expliqué à qui elles devront donner des promotions (et gageons que ce ne sera pas pour ceux qui s’impliquent le plus dans la gestion du bien commun) ; après leur avoir dit à qui elles devront donner les fameuses primes au mérite si chères à notre président ; après leur avoir désigné, via les organismes de recherche qui devront diriger leurs laboratoires que leur restera t’il comme marge de manœuvre ? Aux présidents des universités et à leurs équipes les emmerdements de la gestion salariale, aux élites autoproclamées les marges de manœuvre. Cela ne s’appelle plus un président, cela s’appelle un préfet.

C’est pourquoi les larmes de crocodile et la feinte colère de Dame Thys Saint Jean, la professeure de sciences économiques, qui pense que quatorze est égal à quatre voire même à zéro, Ponce Pilate du marasme ou sont plongées les facultés littéraires et beaucoup de leurs étudiants, ne doivent tromper personne.

Dans quelques jours, quelques semaines peut-être, il ne restera plus aux présidents des 18 universités qu’à rendre à l’état la gestion des salaires où à se faire séquestrer par les groupuscules syndicaux et cette fois-ci pour de bonnes raisons. L’autonomie c’est fini, je vous renvoie à la chronique du 6 mars du blog « histoires d’universités » et à ma chronique du 9 mars.

Mais que Valérie Pécresse prenne garde, elle ne sera pas élue présidente de la région Ile de France sur les décombres de la loi LRU. Mais après tout, est-ce que cela dérangerait beaucoup l’Elysée ? Quant à la recherche française elle continuera à péricliter doucement. C’est sûr qu’en ce moment le lobby des grandes et petites Ecoles et des écoles privées et lucrative de commerce doit se lécher les babines.

14 réflexions sur “ Pauvre système universitaire français ? ”

  1. Cher Mr Bereziat

    Votre colère semble sincère, mais vos propos ne sont qu’allusifs pour les non-initiés. Pourriez-vous être plus explicite ?
    D’autre part il est certain que le comportement des universités bloquées ouvre un boulevard aux grandes écoles. Mais votre haine pour les grandes écoles vous conduit à des excès de langage. Savez-vous vraiment quelles sont les « écoles privées et lucratives de commerce » ? J’en doute beaucoup. Car aucune de celles qui ont ces caractéristiques ne sont à même de faire concurrence à l’université. Celles qui le sont ne sont ni privées, ni à but lucratif.

  2. Mais je n’ai pas la haine des grandes école mais la haine de l’hypocrisie qui consiste à accepter une forme de système sélectif qui favorise les catégories sociales les plus aisées comme le montrent toutes les enquêtes soiales en France. Je pense que le système actuel qui oriente les enfants les plus agiles intellectuellement vers des écoles ou le lien avec la recherche est quasi inexistant est délétère à terme pour le pays. Dans l’avenir, les nations qui n’innoveront plus ne seront plus à l’avant garde du progrès humain. Est cela le destin de la France ?

    GB

  3. Ce n’est certainement pas la haine qui vous inspire, Gilbert ! C’est votre combat pour des universités « libres » et « responsables » (j’ose reprendre le titre de loi, vidée de son contenu !).

    Je partage avec vous votre souffrance et votre écoeurement devant tous les gâchis provoqués par ce gouvernement avec, le plus souvent, la complicité de la majorité des présidents d’université (chronique de ce jour : Impasse à Grenoble 3 : http://histoireuniversites.blog.lemonde.fr/2009/05/12/impasse-a-grenoble-3/).

    Je partage aussi vos valeurs en faveur de l’égalité des chances ; c’est l’inégalité des chances qui est croissante. Je pense de plus en plus qu’il y a aujourd’hui l’opportunité de réfléchir à la création de Lycées d’Enseignement Supérieur (http://histoireuniversites.blog.lemonde.fr/2009/02/19/creer-480-les/.

    Vous n’y étiez pas favorable en février-mars dernier. Avez-vous bougé vos lignes sur la question ? Je vais bientôt faire un point sur toutes les réactions que j’ai eues sur la question.

  4. Je suis d’accord avec vous sur le besoin démocratiser l’accès aux grandes écoles, Mais pas de ce servir de ce prétexte pour les détruire.
    Parce qu’il faut aller jusqu’au bout dans l’analyse. Vous condamnez « les écoles ou le lien avec la recherche est quasi inexistant ». C’est un argument éculé des présidents d’université qui prennet prétexte que de « petites écoles » ne font pas de recherche pour condamner toutes les écoles. Qui refusent de voir que les écoles représentent 20% des doctorats délivrés en France. Et que les docteurs des grandes écoles trouvent , eux, des emplois en entreprise. Qui refusent de voir que l’X ou l’ENS sont mieux classées internationalement en recherche que des universités vingt fois plus grosses qu’elles. Pour parler des écoles de commerce, comment expliquez-vous que l’école de commerce de Lyon soit loin devant Dauphine en matière de publications internationales, alors que celle-ci a trois fois plus d’enseignants-chercheurs ?
    Un peu d’observation des faits conduirait à des positions plus nuancées.

  5. Démocratiser l’accès aux grandes écoles est un objectif qu sert de faux nez à l’intelligensia.
    Je demande que l’accès aux universités et aux grandes écoles soit régulé de manière éqivalente et qu’elles soient mises en situation de concurrence effective sans qu’un système soit privilégié par rapport à l’autre.
    Je pense que les processus de sélection et d’orientation sont trop précoces dans notre pays, je pense que le système des classes préparatoires est un système de formatage et pas un système d’enseignement supérieur.

    Vos informations sont inexactes, il est faux de dire que les écoles représentent 20% des thèses, c’est de la propagande véhiculée par certains tenant de ce système qui lui attribuent des thèses préparées dans des laboratoires dont ils n’ont pas la tutelle principale. par contre il est exact que ces écoles se servent des appuis qu’elles ont dans la Noblesse d’Etat (qui contrôle la haute administration française) pour tenter de déposséder les universités de la collation du grade de docteur. Il y a une raison très simple à celà, partout dans le monde, le doctorat sanctionne des compétences qui ne peuvent être acquises dans les écoles d’ingénieur et aucun pays ne reconnaît le titre d’ingénieur qui correspond à une fonction dans le système productif et dont la valeur équivaut à celle d’un master.

  6. @Kent: il est important de se renseigner avant de parler. Non, ni l’X, ni l’ENS ne sont mieux classées que, par exemple, Paris VI ou Paris XI.

    Et si l’on considère un classement célèbre, l’X et l’ENS doivent la majorité de leur points à leurs anciens élèves, devenus prix Nobel, et non à leurs travaux de recherche.

    http://n.holzschuch.free.fr/dotclear/index.php?2008/06/13/120-quelles-sont-les-meilleures-universites-du-point-de-vue-formation-cette-fois

    Et les grandes écoles, de commerce ou pas, ont tendance à compter comme « leurs » publications les publications de toute personne qui y fait cours, qu’elle y fasse ses recherches ou pas. Procédé que je trouve légèrement biaisé.

  7. Je serais encore plus drastique, tout en sachant que cela prendra 50 ans :)
    c’est à dire mettre à plat tout le système et faire de l’Université le seul forum de formation de l’enseignement supérieur, comme c’est le cas partout dans le monde.
    Il est bien connu que les grandes écoles forment des managers et des techniciens et que le processus même de la recherche et de la ‘découverte’ ne fait pas partie de leur cursus.
    Comment s’étonner alors de leur manque d’imagination lorsqu’ils arrivent aux manettes de l’enseignement supérieur et de la recherche ?

  8. @ Holzschuch
    Je vous retourne le compliment : il est important de se renseigner avant de parler. Il est aussi important de lire attentivement ce que l’autre dit.
    1) J’ai écrit que l’X et l’ENS sont classées loin devant des universités vingt fois plus grosses qu’elles. Vous pouvez le constater dans le classement de Shanghaï (que vous semblez récuser) et dans celui du THES. Ne pas tenir compte de la taille est une façon malhonnête de comparer. Compte tenu de sa taille on peut espérer que Paris VI publie plus que l’ENS !
    2) Quant aux grandes écoles, vos informations sont aussi vagues que fausses. Je vous recommande des lire les travaux de Vincent Mangematin (INRA, Grenoble) montrant que l’Insead, Hec, l’Essec et l’EM Lyon font mieux que Dauphine en matière de publications internationales avec trois fois mois d’enseignants-chercheurs. Et je vous confirme qu’il s’agit uniquement de publications du corps professoral permanent dans des revues internationales avec comité de lecture. Votre remarque concernant des publications « d’emprunt » est une accusation sans preuve et n’a guère de sens : vous imaginez bien que ce ne sont pas les vacataires qui font ce genre de publication.

  9. @Kent: Je ne récuse pas le classement de Shanghai, je rappelle une évidence : la note obtenue par une institution dépend, entre autres, des récompenses obtenues par les anciens élèves (et de sa taille, aussi, il y a une note pour en tenir compte). Si j’enlève cette part de la note (qui n’a rien à voir avec la recherche en cours), Normale Sup et l’X s’écroulent au classement.

    Pour V. Mangematin, je suis allé consulter sa page web. La seule référence que j’ai trouvé concerne un classement dans les revues indentifiées comme traitant de « Business, Finance ou Management ». Si, par hasard, Dauphine préfère publier dans des revues de mathématiques ou d’économie… c’est normal qu’elle n’apparaisse pas. Si j’ai manqué une référence, je vous remercie de me la pointer.

  10. @ Gilbert Béréziat
    Je propose de distinguer les opinions des éléments de fait.
    Opinions :
    1) que les écoles et les universités soient regulées de la même manière : vous êtes pour la sélection dans les deux cas ou contre dans les deux cas ?
    2) Si la sélection est trop précoce, êtes-vous pour les Lycées d’enseignement supérieurs de notre amis ?
    3) Les classes préparatoires ne sont pas de l’enseignement supérieur. Je ne considère pas les CPGE comme un modèle idéal, mais le nier en tant qu’instrument de formation est refuser de voir la réalité. Et on attend que les universités françaises élaborent un modèle rival plus performant.
    Eléments de fait :
    1) les 20% de thèses dans les écoles, c’est un chiffre d’origine CGE. Il est peut-être inexact, mais pas forcément plus faux que les chiffres d’origine CPU. Je vérifie et on en reparle.
    2) Les écoles tentent de déposséder les universités de la collation du grade de docteur. Ca c’est un scoop. Pouvez-vous indiquer précisément de quoi vous parlez ?
    3)Vous écrivez « partout dans le monde, le doctorat sanctionne des compétences qui ne peuvent être acquises dans les écoles d’ingénieur »
    Il est pourtant facile d’observer que des centaines d’écoles d’ingénieurs dans le monde délivrent des doctorats. Alors, que voulez-vous dire ?

  11. @ Holzschulch
    Il faudrait savoir, vous m’opposez le classement de Shanghaï pour ensuite m’expliquer qu’il n’est pas bon. Je confirme ce que j’ai écrit et qui est vérifiable, même en annulant l’effet des prix Nobels parmi les anciens. Si vous préférez, prenez le classement du THES.
    Quant à Dauphine Vs/ écoles de commerce, la lecture de l’article de Mangematin vous confirmerait la conclusion avec ou sans les publications en éco et en math. Il faut savoir que Dauphine a 70% de sa faculté en gestion et moins de 10 % en éco ou en math (et que les écoles ont aussi des économistes). Si le département de math de Dauphine est excellent, la production moyenne de recherche de niveau international reste modeste pour l’ensemble de l’université quand on la compare à celles des meilleures écoles qui se sont internationalisées plus tôt et plus fort. Je vous renvoie aux accréditations et aux classements internationaux, nombreux dans ce domaine.

  12. Réponse à Kent

    1) Je suis pour que les deux système soient régulés et donc pour la sélection à l’entrée à l’université comme à l’entrée dans les classes préparatoires, c’est-à-dire à la liberté donnée aux élèves de demander à intégrer une université ou une classe préparatoire (ils peuvent en demander plusieurs) en Janvier et à l’université le droit de les accepter ou de les refuser.
    2) Le suis contre les lycées d’enseignement supérieur de notre ami et en alternative pour un cycle licence très ouvert avec un pannel allant programmes bicursus exigeants à des programmes aidés pour les moins agiles.
    3) Je suis pour le développement de programmes plus « professionnalisés » en 3ème année de licence et pour l’orientation vers les métiers à l’issue de ce cycle régulée par une sélection laissée à l’initiative des établissements Ecoles d’ingénieurs, Facultés de médecine, de pharmacie, d’odontologie de lettres et de droit etc., instituts pédagogiques de préparation à l’enseignement etc.
    4) Les classes préparatoires péricliterons d’elles même lorsque l’on aura assuré la concurrence loyale et libre entre les deux sustèmes.

  13. @Kent: au risque de faire rebondir un très vieux thread. Il m’a fallu un certain temps pour accéder à Scopus, et donc vérifier les chiffres. Je suis désolé, mais je ne retrouve pas les mêmes conclusions que M. Mangematin. Dauphine : 2092 publications, HEC : 307. C’est pire si on regarde dans ISI, évidemment (149 contre 13), mais on peut dire que c’est lié aux biais d’ISI, qui est surtout « sciences dures ».

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