Et pendant ce temps là l’obscurantisme avance ses pions.

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Pendant que nos « sauvons quelque chose » poursuivent leur « ronde des obstinés » la droite néoconservatrice américaine nullement résignée par l’élection de Barack Obama poursuit son combat obscurantiste. Sous le titre « David Horowitz¹ Wins a Round », l’éditorialiste de « Inside Higher Education » nous apprend, le 20 avril dernier, que le board du college DuPage, un « community college » de la banlieue de Chicago, a émis une déclaration qui reprend les termes de l’ »Academic Bill of Rights », de David Horowitz. Les supporters d’Horowitz espèrent ainsi ouvrir la voie à l’obligation pour la faculté de biologie d’enseigner le créationnisme comme alternative à la théorie de l’évolution. Le lendemain, Dallas News indique que l’institut de recherche sur le créationnisme, officine néo-conservatrice basée à Dallas, attaquait en justice l’Etat du Texas pour atteinte aux droits civiques par ce qu’il lui refuse l’autorisation d’ouvrir une formation en sciences de l’éducation (The Dallas Morning News). Début 2007 les écoles et les universités françaises avaient été la cible du magnat Harun Yahya, dont les liens avec les évangélistes américains sont avérés, sous la forme d’un luxueux « album de la création ». Particulièrement ciblées étaient les institutions situées dans les quartiers à forte concentration musulmane.

En cette année du 200ème centième anniversaire de la naissance de Charles Darwin, il faut lire les deux hors série édités par « le Monde » : Darwin l’évolution quelle histoire et par « Télérama » 150 ans après la théorie de l’évolution, Charles Darwin dérange encore. Après sa défaite retentissante de 1987, lorsque la Cour Suprême des Etats-Unis a jugé que seules les théories scientifiques devaient être enseignées dans les écoles publiques, la droite néoconservatrice a multiplié les efforts pour rendre le dogme de la création plus présentable. Ainsi est né le concept d’ « intelligent design » qui est maintenant véhiculé de manière plus intello chez nous par toute une panoplie d’intellectuels croyants de diverses confessions qui tentent ainsi de remettre à l’ordre du jour la quadrature du cercle : prouver l’existence de Dieu. Télérama pointe ainsi une association qui s’est pompeusement baptisée « Université interdisciplinaire de Paris » qui, sous couvert de spiritualité, remet en cause l’héritage darwinien. Cette officine cherche ainsi à encourager tout ce qui peut semer le trouble dans les certitudes scientifiques. Un bel exemple nous est donné par la conférence donnée par Marc Halévy à l’UIP sous le titre « Implications philosophiques et spirituelles de la physique de la complexité ».

Ce polytechnicien, docteur en sciences appliquées, ayant beaucoup fréquenté les dirigeants d’entreprises, versé dans l’exégèse kabbalistique de la religion juive et s’autoproclamant physicien de la complexité commence d’abord par exécuter la physique… et Jean-Pierre Changeux. :

« Vers la fin du 20ème sicle, la complexité avait rattrapé les physiciens. Plus rien ne semblait élémentaire. A chaque niveau de regard, l’élémentarité du niveau d’avant volait en éclat et reconduisait le chaos qu’il fallut restructurer à grands coups d’hypothèses de plus en plus fumeuses, de plus en plus « magiques », de plus en plus abracadabrantesques. Le panorama, aujourd’hui, est alarmant. La science classique s’appuie sur deux modèles standards, celui dits des « particules élémentaires » et celui dit « cosmologique » qui sont incompatibles entre eux. Chacun de ces deux modèles standards s’enlisent de plus en plus dans d’inextricables contradictions internes qui appellent des hypothèses et des théories de plus en plus farfelues pour sauver la face. De plus, et surtout, aucun de ces deux modèles n’est capable de rendre compte des processus d’auto-organisation et d’autopoïèse qui pourtant gouvernent la Matière, la Vie et la Pensée. Les gesticulations d’un Stephen Weinberg en physique, d’un Richard Dawkins en biologie ou d’un Jean-Pierre Changeux en neurobiologie n’y changeront rien. »

Et après un galimatias pseudo-scientifique où se mêlent des considérations métaphysico-religieuses, nous sort sa version de « l’intelligent design » : « l’idée essentielle et révolutionnaire d’intention immanente [qui] permet d’aborder une autre question fondamentale des sciences physiques d’aujourd’hui : celui de la probabilité de notre univers tel qu’il est ».

Dans un débat organisé par Franz Olivier Gisbert, il y a quelques mois, l’astrophysicien André Brahic, après avoir décrit avec la force pédagogique qu’on lui connait, l’évolution de l’univers, en réponse à une apostrophe du journaliste, « et Dieu dans tout cela », répondit simplement : voilà une question qu’il ne faut pas poser à un homme de sciences, la religion n’a rien à voir avec la science. Et comme le journaliste insistait avec angoisse sur l’avenir de l’Humanité lorsque le soleil commencerait à dépérir il ajouta : Et bien on fera comme nos pères ; On émigrera. En effet, en ce qui concerne l’avenir de l’humanité, la messe n’est pas dite pour autant qu’elle soit capable de survivre à la sixième extinction que ne manquerait pas de déclencher une cascade de catastrophes climatiques.

La science et la religion n’ont rien à faire ensemble. L’homme peut sans mal se passer de religion mais il ne peut se passer ni de morale ni d’éthique et encore moins de rêve. La grande force civilisatrice des religions a été de fournir un cadre aux trois et sans doute de ce point de vue ne sont elles pas équivalentes. C’est surtout le scepticisme croissant de Darwin qui est aujourd’hui la cause de la répulsion qu’il inspire aux fondamentalistes de tout poil. La science et la religion n’appartiennent pas à la même sphère de l’esprit. On peut se dire de tradition humaniste et éthique chrétienne et être agnostique ce qui est mon cas. L’un n’efface pas l’autre. Par contre vouloir remplacer notre aveu d’ignorance face à tout ce que la science ne peut expliquer aujourd’hui par un dessein intelligent ou une intention immanente relève du phantasme.

Par ailleurs, l’histoire de la vie n’est pas achevée et certes l’évolution ne s’arrêtera pas plus à l’Homme qu’elle n’a commencé pour lui et avec lui. Stephen Gould considérait que le futur est imprévisible contrairement à l’histoire qui est contingente. Il est certain que la vie, si elle n’est pas détruite, continuera à évoluer. Quelle part prendra l’homme dans cette évolution nous sommes incapables de le dire aujourd’hui. Mais il n’est pas interdit de rêver, c’est tout de même mieux que d’emburkiner et de tchadoriser les femmes et de se faire sauter à l’explosif.

¹David Horowitz, fils de deux membres du parti communiste américain, lui-même marxiste et de la nouvelle gauche dans les années soixante, rallié à la droite néoconservatrice américaine et fondateur de l’association « Students for academic freedom »

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