Colère !

crédit : Djuliet sur Flickr

Je rentre à peine de Chine, la lecture des médias du mercredi me consterne. Dans « Le Monde » sur internet qui constate que la mobilisation ne faiblit pas, on peut comprendre entre les lignes qu’il s’agit maintenant de happening dans lequel se retrouvent des instits de maternelle, des professeurs du second degré, des étudiants et des enseignants chercheurs très majoritairement sinon exclusivement des facultés des lettres ou de psychologie. EducPros.fr a même déniché une mère d’étudiant qui se déclare solidaire parce que la LRU c’est « la privatisation des universités » et c’est d’ailleurs pour cela qu’elle n’y a pas mis ses enfants, l’un est dans une école d’ingénieur, laquelle on ne le saura pas, l’autre dans une école de commerce (sans doute privée) !

Le lendemain je suis interrogé par une journaliste de France Soir. Vendredi j’achète ce journal, ce qui n’est pas dans mes habitudes. Mon interview est très correctement reproduite à coté d’un témoignage d’une étudiante de l’université Sorbonne Nouvelle inscrite en licence double de théâtre et cinéma. Elle raconte son vécu, elle avait choisi ce cursus par ce que les inscriptions à l’Esec c’était très cher. Grève larvée qui démarre avant noël, plus de cours depuis. Au début de l’année impossibilité de rencontrer les enseignants, d’ailleurs elle ne les connait pas tous. A Censier il n’y a que très peu de bureaux pour eux et, pour la plupart, on ne connait pas leurs horaires de présence c’est pratique pour tout le monde, la droite pour dénoncer ces pratiques enseignantes, les abstentionnistes comme justificatif. Elle a pourtant eu des cours en petits effectifs, très intéressants elle cite l’histoire du western, mais aussi des cours en Amphi bondés où 200 étudiants écoutent un enseignant en train de lire des pages de son livre ! Elle considère que son année est perdue, même si on la lui donne gratuitement, l’année prochaine elle s’inscrira à l’Esec malgré le prix (tarifs trouvés sur leur site) soit 5200 € l’année préparatoire, 7050 € pour le cycle 1 (un an) et encore plus cher l’année suivante (cycle 2) en fonction des ateliers suivis. Le samedi j’apprends via l’AEF que cette année, seul un quart des élèves de classe terminale ont mit comme premier choix l’entrée dans une licence universitaire classique, un tiers demande une classe préparatoire et le reste se partage les IUT et les BTS. Mais combien avons-nous été cet hiver à protester contre la décision de Sarkozy relayée par sa ministre d’augmenter encore le nombre de classes préparatoires.

Lundi dans « Libé » deux pages bucoliques : « la colère ronde » et Véronique Soulé d’y déclarer : « la Ronde est sans conteste l’idée la plus originale et la plus symbolique de ce mouvement à l’exceptionnelle longévité ». Parmi ces modernes « derviches tourneurs », « c’est la même chose que les mères de la place de mai » déclare un certain Denis Guedj mathématicien né en 1940 et romancier prof au département de cinéma de Saint Denis. Il se la joue nouvelle « gôche » et déclare que, comparé à 68, « c’est tout à fait nouveau. En 68 on parlait beaucoup mais ça ne se faisait pas. C’était le règne de la Tchatche. » C’est moins risqué que de traiter Sarkozy de nazi et c’est pas les assassinés des dictatures Sud américaines  qui viendront protester ! Faut pas confondre Shoah et assassinats politiques ! Sans aucun doute Claude Frilloux ne reconnaitrait-il pas Vincennes dans le Saint-Denis d’aujourd’hui. Il y a même des touristes qui participent sur la place de grève à part « A bas la LRU » ça leur fera des souvenirs visuels à défaut de base idéologique. C’est sûr qu’en 68 il y avait pas beaucoup de touristes au quartier latin. Une gentille maîtresse de conférence de l’EHESS qui fait depuis près de vingt ans dans l’ethno-mathématique  et qui doit être surchargée de cours en licence tourne depuis 4 heures du matin. Dans un grand sursaut de fraternité une helléniste bordelaise offre des chouquettes : tout et beauté calme et de temps en temps on fait le tas de la grève sur le tas sur la place de grève.

Encore un effort camarades, la privatisation de l’enseignement supérieur est en marche. La loi LRU n’y est strictement pour rien et je suggère à nos compères de rebaptiser leur mouvement « tuons l’université » et au SNESup maintenant dirigé par un professeur agrégé du second degré de fusionner directement dans le SNES, il sera ainsi moins nocif pour l’université.

Car pendant ce temps là de l’autre côté on s’active et je voudrais conseiller à ceux qui me trouvent Sarkolâtre de lire attentivement sur le blog de mon ami Jean François Méla son article « l’avenir des universités à quitte ou double » paru le 10 mars et de prendre connaissance du rapport de la cour des comptes sur la gestion du patrimoine immobilier par les universités ainsi que la réponse des ministres concernés. Mais savent-ils encore lire autre chose que la comtesse de Ségur ? Et ne voient ils pas que les X-Mines-Pont sont à l’affut pour bloquer toute avancée historique de l’université française où plutôt, car ils savent très bien eux que leur temps est révolu, d’en prendre le contrôle sous la forme de super Provosts nommés par l’Etat. Alors vous pourrez tourner et tourner dans le bal des hypocrites car la noblesse d’Etat aura enfin sa proie comme elle vient de faire main basse sur deux universités sud franciliennes. En tous cas si la gauche francilienne veut conserver la direction de la région, elle à tout intérêt à avoir une politique universitaire alternative intelligente à proposer servie par un leader charismatique.

Palaiseau le 6 avril 2009

8 réflexions sur “ Colère ! ”

  1. « Alors vous pourrez tourner et tourner dans le bal des hypocrites car la noblesse d’Etat aura enfin sa proie comme elle vient de faire main basse sur deux universités sud franciliennes. »

    Pouvez-vous nous en dire plus ?

    Effectivement, on sent de plus en plus venir le danger d’une pression populaire vers les CPGE et les Grandes Ecoles, qui condamnerait pour de bon l’université et accroîtrait encore plus les inégalités sociales.

  2. Je soutiens la demande de Tom Roud ci-dessus : pouvez-vous nous expliquer ce que vous voulez dire par la « main basse sur deux universités sud franciliennes ».
    Ma question personnelle concerne Paris-Universitas (il n’y a pas de possibilité de dialogue sur le site). Quatre de ses principaux membres universitaires ont décidé de créer un PRES autonome et de présenter un dossier en propre à l’opération « Campus ». L’ENS a rejoint un autre groupement. L’EHESS est destinée à Aubervillier. Que reste-t-il de Paris Universitas ?

  3. Je vous renvoie tout simplement au petit opuscule sur l’université que vient d’éditer le cercle des économistes et plus particulièrement à l’artice de Christian Stoffaës : « universités, grandes écoles, recherche : réflexions sur le cas français ». Dans cet article l’auteur, Ingénieur Général des Mines se posee l’angoissante question: « qui absorbe qui ». S’il ne donne pas la réponse, sa défense pro domo de ParisTech qu’il n’hésite pas à comparer à cambridge (classement de Shanghaï en moins) montre à l’évidence vers quel modèle son coeur penche.

    Non la lutte des classes n’est pas terminée, elle a seulement changé de figure. Et nos guignols de la ronde et de sauvons quelque chose ne sont pas des Montagnards, tout juste des petits girondins. La Noblesse d’Etat créée par l’Empire et la 3ème république, renforcée par l’ENA sera aussi dure à réformer (au sens militaire du terme) que ne l’est le capitalisme aujourd’hui.

  4. 1) Sur la « main basse », vous bottez en touche vers une publication du Cercle des Economistes. Faut-il conclure que votre affirmation n’avait aucune base factuelle ?
    2) Pourriez-vous répondre à ma question sur Paris-Universitas ?

  5. Il ne faut pas confondre les choses, Paris Universitas est une association loi de 1901 dont le rôle essentiel est de favoriser les contacts entre ses membres à tous les niveaux et de faire le bench marking de l’ensemble de ses membres par l’intermédiaire d’une brochure actualisée chaque année, de manifestations et de son site web. Créée sous forme conventionnelle depuis 2005 elle s’est transformée en association en 2007 en s’élargissant à l’université Panthéon Assas puis à l’université Paris Sorbonne et à l’EPHE.

    Les universités de Paris intra-muros ont été quasiment mises en demeure (bravo l’autonomie) par l’Etat de créer des PRES si elles voulaient émarger au plan Campus. Dauphine a demandé que Paris Universitas devienne un PRES ce que le conseil d’administration a refusé considérant que ses membres étaient impliquées dans plusieurs opérations du plan campus. Mais dans le même temps, tous les membres, même les plus bougons, on réaffirmé leur désir que Paris universitas demeure et reste active. Cette année Paris Universitas a participé à la création de “l’European University Center” à Pékin et au collège parisien des doubles cursus avec des membres extérieur (universités européennes dans un cas et IEP dans l’autre).

    Trois universités de Paris Universitas (P2 P4 P6) ont décidé de s’organiser en PRES pour répondre au plan campus. Il n’y a rien de dramatique à cela surtout si l’on considère que le plan campus repose sur des masses financières relativement faibles et pour une bonne part fictives.

    Quant à l’expression « faire main basse », elle signifie ce que tout le monde a pu constater dans l’opération Saclay, la deuxième université de France qui avait son propre schéma directeur a été mise en demeure de se joindre a une opération où son poids décisionnel est inversement proportionnel à son poids scientifique.
    Opération prise en main directement par la haute administration de l’Etat (et re-vive l’autonomie !)

  6. Merci de ces explications.
    Concernant Saclay, il faut quand même admettre que le CNRS, le CEA, l’INRA, l’Ecole Polytechnique, représentent un petit poids (si j’ose écrire) scientifique…
    Cordialement

  7. « Concernant Saclay, il faut quand même admettre que le CNRS, le CEA, l’INRA, l’Ecole Polytechnique, représentent un petit poids (si j’ose écrire) scientifique… »

    Non, comparé à Paris XI, je ne crois pas, même pour la recherche (pour situer, juste quelques noms de profs à Paris XI qui me viennent à l’esprit : Albert Fert, Wendelin Werner, Alain Aspect …). Je pense que ce n’est pas faire injure au CEA Saclay et à l’X que de dire qu’ils n’ont pas de si gros poissons. Quand bien même, G. Bereziat fait bien de souligner que les gens qui dirigent tous ces endroits sont plutôt à côté de la plaque question enseignement/recherche (n’oublions pas que l’X est toujours dirigée … par un général)
    A part ça, les étudiants, ils sont en majoritairement à Paris XI, on parle quand même d’université ici.

  8. Vous avez parfaitement raison, nous serions dans un pays normal, c’est autour de l’université que l’on aurait bâti l’édifice. Surtout la deuxième université de France. Mais je ne suis pas très optimiste sur le degré de liberté (et donc le dynamisme) dont pourra faire preuve un établissement ne relevant pas de la LRU mais relevant de 4 ou 5 tutelles différentes (Economie, Armée, Enseignement Supérieur et Recherche, CNRS) et cornaké par un ministre

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Vous pouvez utiliser ces balises et attributs HTML : <a href="" title=""> <abbr title=""> <acronym title=""> <b> <blockquote cite=""> <cite> <code> <del datetime=""> <em> <i> <q cite=""> <strike> <strong>