L’University European Center est né !

crédits Mulling it Over sur Flickr

Arrivée à Pékin sur Air China, lundi 30 mars avec une heure de retard due aux engorgements de Roissy. Passage ultra-rapide à la police et, signe des temps, vous êtes invité en appuyant sur l’une des quatre touches d’un compteur, à donner votre avis sur l’accueil du policier. Je veux bien croire que ceci ait accéléré les cadences. On imagine sans peine la réaction des syndicats des policiers et des CRS s’il en était de même à Roissy, ou l’émoi de nos chers syndicats de l’UPMC si l’on installait un tel dispositif à la scolarité où à l’accueil des étudiants étranger ! L’impression immédiate que me fait ce terminal c’est la Gare du Nord à l’heure d’affluence. Mais très vite l’impression s’estompe car ici, en dehors de la foule et du fait qu’elle ressemble bigrement à la nôtre, tout marche. Le VAL automatique arrive régulièrement et j’ai pu constater au retour que lorsqu’il y a encombrement, un bataillon de bétaillères routières supplétives vient se porter en renfort ce qui évite bien des énervements. Le passage de la douane est tout aussi fluide et l’inspection des bagages à main beaucoup plus efficace qu’à Roissy (il est vrai qu’en Chine le niveau des salaires pour cette catégorie de personnels ne pèse pas trop sur les coûts). Au total, avec le transfert de terminal, pas plus d’une demi-heure s’est écoulée depuis que j’ai quitté l’avion.

Le change me prend cinq minutes supplémentaires et je saute en taxi pour rejoindre le Beijin Friendship Hotel, chambres magnifiques, prix raisonnables. Auparavant, j’avais joint Kjeff Nilsson sur son cellulaire pour vérifier que les autres délégués étaient présents et qu’ils m’attendaient pour le transfert à Beïda, la plus grande université de Pékin. Il faut dire que je ne viens pas en touriste car nous inaugurons ce matin « l’European University Center » qui s’installe dans Beïda et demain nous aurons la signature de l’acte qui liera le centre à Beïda et lui permettra de bénéficier de ses facilités. Mais je n’ai pas voulu la veille manquer le premier anniversaire de ma petite fille Manon. Parmi les universités du consortium des universités européennes, seules les universités de Lund, Milan, Varsovie, Thessalonique et celles de l’Alliance Paris Universitas sont représentés. Mais les autres ont donné leur accord par écrit (University collèges de Dublin et London, Vienne, Strasbourg et l’Autonoma de Madrid). Les universités allemandes se sont défilées car le puissant DAAD voyait cette initiative d’un mauvais œil et les néerlandaises sont loin d’être aussi autonomes qu’elles le prétendent. Déjà d’autres frappent à la porte.

Il fait frais mais très beau, nous déambulons donc dans Beïda le long de ses lacs parmi ses jardins et ses pavillons. Quelle différence avec nos chères universités de Paris Universitas ! Même les policiers qui contrôlent ici les entrées ont l’air plus sympathique que les gorilles de la Sorbonne. On devrait envoyer Valérie Pécresse et Christine Lagarde passer quelques jours à Beïda, Tsinghua, Wuhan ou Jiao Tong pour qu’elles voient ce que c’est qu’un campus au cœur d’une ville capitale ! Contrairement à la France, c’est dans les universités que se forme le gratin de la société chinoise. Et tout comptes faits la sélection n’est pas plus drastique puisque dans ma dernière note je montrais que 2% des bacheliers entraient dans l’une des quatorze meilleures « grandes écoles » c’est à peu près le taux de sélection en Chine pour l’entrée dans les grandes universités de recherche. Mais 60 000 étudiants à Beïda et pas plus de 600 dans nos « grandes écoles », certes small is beautiful mais tous les étudiants à Beïda ont un contact avec la recherche ce qui est une exception dans nos « grandes écoles ».

Au gré de ma déambulation, je suis arrêté par un groupe d’étudiants qui tiennent un stand sur le campus et veulent me faire signer quelque chose. Dans un anglais excellent l’un d’eux m’explique qu’il s’agit d’un questionnement sur la préservation de l’environnement. Je signe des deux mains et il m’explique que de multiples « référendums » sont organisés sur les campus. La photo avec eux est évidemment indispensable. Il parait que certains grincheux du comité central s’en émeuvent. Non pas de la photo mais des référendums universitaires. Il ne faut pas oublier que ce sont de Beïda d’où sont partis les évènements de Tian-anmen. Pour les étudiants c’est le signe que la Chine est devenue démocratique. Ils n’ont pas complètement tord, non plus que les grincheux de s’en inquiéter. Il ne faut tout de même pas exagérer, car si j’ai pu lire mes mails et surfer sur la toile, j’ai pu constater qu’il existe des filtres efficaces contre les blogs (le mien en particulier) ou des accords avec les compagnies qui gèrent le net. Mais les choses viendront en temps et heure et nul besoin du bon docteur Kouchner et du maoïste repenti Glucksman pour accélérer le processus.

Nous saisissons l’opportunité de nous retrouver à cinq universités européennes pour échanger sur la politique universitaire.

  • En Grèce nous avons par le menu le déroulement des faits qui ont embrasé les campus et la jeunesse l’an dernier. Le comportement irresponsable de policiers ayant entrainé la mort d’un étudiant et le mépris des ministres concernés ont été des détonateurs. Mais, sur un fond de mécontentement profond des universitaires en opposition franche au gouvernement de droite qui a réduit les crédits aux universités publiques et a favorisé l’éclosion d’une myriade d’établissements privés à but lucratif au détriment d’universités exsangues, tous les campus et la rue hellène se sont embrasés.
  • En Italie Berlusconi, plus finaud, a perverti l’ensemble de la société via sa mainmise sur l’audiovisuel privé d’abord et maintenant public. Ce n’est pas tant en l’utilisant à des fins de propagande qu’en y faisant véhiculer le mythe de l’argent facile, en assommant les téléspectateurs d’émissions aussi stupides et grotesques, c’est la star académie dans tout. Dans le même temps, profitant du fait que l’autonomie universitaire concédée par la gauche n’avait pas été accompagnée des gardes fous nécessaires en termes de négociation contractuelle, il a diminué les crédits dédiés aux universités et leur a fait assumer des augmentations salariales démagogiques sans moyens supplémentaires. Profitant de la crise, la plupart des universités s’attendent à des coupes sombres. Bref, avec une économie de services, les universitaires italiens pronostiquent une hémorragie importante des jeunes diplômés vers l’Amérique du nord. D’ailleurs sans attendre cet effet, certaines universités américaines ont prévu de couper de façon drastique le recrutement de PhD (doctorants) dès septembre prochain comme il est signalé dans un très intéressant article de Scott Jaschik éditorialiste de « Inside Higher Education » le 29 mars.
  • La droite suédoise est plus raisonnable, elle se garde bien de toucher à une autonomie universitaire qui est considérable. Il est vrai que dans les pays du nord de l’Europe la gratuité des études n’est contestée par personne et que les campus universitaires sont d’une autre tenue que chez nous comportant tout à la fois services aux étudiants, bibliothèques dignes de ce nom et cités universitaires sous la tutelle de l’université. La comparaison des chiffres des financements des universités montre à l’évidence que la droite Grecque et Italienne n’ont pas la même politique et que, sur le plan universitaire, la droite française se rapproche plus de la droite nordique. Du moins dans les faits, car pour l’instant à part les effets d’annonce, les universités françaises passées à l’autonomie sont loin d’y trouver leur compte et en ce qui concerne l’interférence de l’Etat dans les affaires universitaires, les choses ont plutôt empiré depuis la LRU.
  • Sur la situation en Pologne, notre collègue est moins disert bien que le plus jeune d’entre nous. Il est parfois difficile d’avouer que la liberté n’a pas de prix mais a un coût. En le poussant un peu on apprend que l’université a le droit de sélectionner et que certes les droits d’inscription sont faibles mais que l’université à parfaitement le droit des créer ses propres diplômes et des formations à la carte justifiant ainsi des droits plus conséquents. Bref cela fleure bon le système des DU français de la VAE et autres cours de FLE dont nos partisans de « sauvons quelque chose » sont friands pour meubler les journées où ils n’enseignent ni ne cherchent.

Mardi c’est la finalisation des objectifs, créer un point contact pour nos universitaires et nos universités à Pékin, trouver les personnes ressource pour les futurs projets. Nous rencontrons une candidate chinoise sérieuse pour démarrer l’opération. Mercredi tout est plié, la discussion sur les statuts s’est faite article par article, car les chinois sont pointilleux et les nordiques méfiants. Le premier board a été installé (deux chinois et 4 européens) et le président a été élu. Nous avons la veille visité le bâtiment qui abritera l’embryon naissant du centre tout près du lac de l’université et le soir dîné d’un excellent canard pékinois dans un restaurant où nous n’avons rencontré aucun étranger. Après photos et accolades officielles, nous nous sommes donné rendez-vous en septembre à Lund pour le second conseil d’administration. A cette occasion nous comptons bien fêter le premier programme européen obtenu grâce à cette initiative. En effet, parmi les objectifs de ce centre, il y a celui d’aider les universités du consortium à trouver les bons contacts pour favoriser la mobilité des jeunes étudiants européens vers la Chine. Une expérience unique dans une société qui bouge plus vite qu’on ne le croit avec des conditions de séjour excellentes. Un seul hic, il faudra qu’ils apprennent un peu de Chinois pour la vie courante, car pour le reste beaucoup de cours sont déjà donnés en anglais.

Avant de prendre l’avion je feuillette « China Daily », il y a un article sur le procès des Khmers rouges à Phnom Penh. Pas un mot sur la période où la Chine supportait les Khmers rouges (pas plus d’ailleurs que dans la presse US). L’article explique pourquoi Hun Sen ne souhaite pas que la procédure soit étendue au-delà des cinq inculpés actuels (Duch, Khieu Samphân, Nuôn Chéa, Ieng Sary et son épouse Khieu Thirith). Je suis de son avis comme je l’ai expliqué dans mon livre sur le Cambodge :

« Qui va-t-on juger ? Quelques exécutants subalternes conditionnés par avance, des comparses, des soldats analphabètes de quinze ans. Un quart de siècle après, les adolescents de quinze ans ont grandi et les analphabètes ont appris à lire et à écrire…à moins que tout simplement l’on suive, pour une fois, les conseils du Père Ponchaud : « Ce sont les Occidentaux qui, une fois de plus, s’intéressent à l’histoire du Cambodge et l’interprètent selon leurs critères propres. Laissons les Khmers responsables de leur histoire et de leur tribunal, y compris financièrement. Jusqu’où aller dans le « devoir d’ingérence », quand on est coupable de n’avoir rien fait pendant trois ans, huit mois, et vingt jours ? Devoir de bonne conscience ? ». Qu’on laisse les Cambodgiens qui dans leur majorité aujourd’hui n’ont connu ni les bombardements américains, ni les circonvolutions mentales du jeune Sihanouk, ni la période polpotiste et commencent à oublier la présence vietnamienne, construire enfin eux-mêmes leur avenir et, après l’alternance princière, décider l’alternance politique lorsqu’ils le jugeront bon ».

Mercredi 1er avril à 13 heures 30 heure de Paris quelle que part dans le ciel entre Novosibirsk et Chelyabinsk.

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