C’est bien d’écrire l’histoire, attention qu’elle ne soit pas sélective.

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Excellent rappel sur le blog de Sylvestre Huet des politiques d’enseignement supérieur et de recherche qui se sont succédées entre 1981 et 2005 avec trois omissions cependant.

Certes les seules périodes où le financement de la recherche connut une progression significative furent celles de Chevènement et de  Curien mais c’est ce dernier qui sût, dans des conditions difficiles, obtenir des arbitrages en faveur de la recherche universitaire et initia vraiment le lancement de la démarche contractuelle qui aboutit à l’émergence de véritables politiques de recherche dans les grandes universités. Inversement, les époques où la recherche fut entre les mains des « libéraux » Fillon, d’Aubert, Goulard ont été particulièrement néfastes. Et si l’Etat rendit hommage à Curien lors, d’une cérémonie au sénat, le discours de François d’Aubert, qui omis de signaler qu’Hubert Curien avait été aussi professeur à l’UPMC et était resté membre d’un de ses laboratoires jusqu’à son décès, a résonné à cette époque comme l’hommage du vice à la vertu. La politique certes brouillonne du conseiller spécial devenu ministre par la grâce d’une dissolution hasardeuse, malgré tout le mal que j’en pense quand au management universitaire, a tout de même donné naissance à la réforme pédagogique européenne car le processus de Bologne fût en réalité lancé par lui à la Sorbonne. Mais le secteur des sciences humaines et sociales resta largement à l’écart, ce fait conduit aujourd’hui le  sociologue Michel Wieviorka, directeur d’études à l’EHESS, à déclarer à l’AEF : « J’estime que le milieu de la recherche en SHS, mon milieu, connaît une crise morale et intellectuelle profonde » et s’il affirme que les universités, « sont mal outillées pour promouvoir la recherche » c’est en réalité en grande partie à leur faiblesse économique intrinsèque, résultant de leur séparation des sciences dures qu’elles le doivent. Pour autant ni un CNRS déclinant ni l’EHESS ne sont en mesure de faire face à cette crise.

La seconde omission, et elle est de taille c’est de ne pas avoir rappelé l’incapacité de la gauche et de la droite chiraquienne à faire évoluer le dispositif français d’enseignement supérieur et de recherche. La première a certes décentralisé en partie et imparfaitement la vie économique et sociale vers les régions, mais n’a pas vu, su, voulu ou tout simplement pu, pour des motifs électoralistes, remettre en cause les césures entre Chercheurs statutaires, Enseignants Chercheurs et Ingénieurs. Ni la droite, ni la gauche n’ont voulu s’attaquer à l’archaïsme français des classes préparatoires et des écoles et elles ont poursuivi l’une et l’autre la fabrication d’élites n’ayant que des liens ténus avec le processus de recherche au cours de leur formation au moment où l’économie de la connaissance prenait son essor.

Si la gauche est effectivement à l’origine des deux actes politiques majeurs, contractualisation et processus de Bologne qui, bien que distants de près de dix années, sont les éléments fondateurs qui ont rendu inéluctable l’autonomie des universités à forte composante de recherche, il est injuste de ne pas reconnaître que Valérie Précresse l’a concrétisée par la loi LRU, aussi imparfaite soit elle, et je crois que dans l’avenir on lui rendra justice là-dessus. Certains universitaires (la majorité ?) ont tort de ne pas reconnaître que la ministre a su, contrairement à Elizabeth Dufourcq et Claudie Haigneré avant elle, obtenir au moins pour les années 2007 et 2008 des arbitrages budgétaires favorables à l’université. Ils ont tord de ne pas comprendre que la haute administration a dès l’an dernier trainé des pieds dans la mise en place de l’autonomie et que Bercy à l’automne à imposé des coupes budgétaires pour des motifs idéologiques. Et ce n’est pas par ce que l’on constate aujourd’hui une collusion douteuse entre une certaine droite universitaire et une certaine gauche finalement conservatrice qu’il faut en prendre son parti. D’ailleurs, le refus du SNESup de participer aux négociations statutaires hors la présence des incontrôlé de « sauvons quelque chose » devrait être sévèrement sanctionné par ses adhérents qui, du moins je l’espère, refuseront plus avant de financer un syndicat incapable de défendre réellement leurs intérêts matériels et moraux.

Mais ce qui est en jeu en ce moment est d’une autre nature, Il s’agit de la nécessaire diversification du tissus universitaire. Pas plus qu’ils n’ont voulu lire attentivement le texte présidentiel du 22 janvier auquel fait référence Sylvestre Huet et n’en n’ont retenu que le ton déplaisant (mais dans les leurs cénacles, les universitaires sont capables d’être tout aussi odieux), les universitaires n’ont porté attention au discours de Barack Obama. Les propos  d’Obama déclarant que dans les prochaines années, tous les américains devraient avoir une formation plus poussée que les écoles secondaires ont sonné comme « une douce musique aux oreilles universitaires » a reconnu Harris Miller, le président de l’American Career College Association. Selon lui, le fait que le président ait donné autant de priorité à l’enseignement supérieur et qu’il lie directement cela à la compétitivité économique est très passionnant, car c’est le message que les institutions d’enseignement supérieur répètent depuis plusieurs années. Les déclarations d’Obama sur le fait que l’enseignement supérieur doit être défini plus largement que par les seules universités de recherche et par celles qui se consacrent aux humanités, universités qui ont traditionnellement dominé la conception populaire d’enseignement supérieur ont été largement applaudies. « Nous aurons toujours besoin de ces institutions, » a déclaré Miller, « mais c’est l’occasion de fournir aux autres institutions et à beaucoup de centres universitaires l’opportunité de s’investir dans la formation de la grande majorité des gens qui ne sont pas fait pour suivre le chemin d’enseignement supérieur traditionnel ce qui permettra de réaliser les vœux du président ».

La grande diversité du dispositif universitaire des Etats Unis risque fort d’être un atout considérable pour affronter la crise dès lors que c’est l’acquisition où la validation d’acquis de compétences plus que le diplôme qui est mis en avant alors que nos révolutionnaires d’opérettes brament pour le retour au cadre strict des diplômes nationaux et au « tous pareils de la côte d’opale à Cerbère ». Nous verrons bien alors qui du modèle français ou nord américain est le mieux à même à s’adapter à la crise !

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