Retour sur le 22 janvier 2009.

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Ce qu’il y a de commode dans le discours de Nicolas Sarkozy du 22 janvier 2009, c’est que sa gouaille naturelle a donné à toute notre communauté un alibi facile pour ne pas voir ce qu’il contenait comme vérité au-delà des excès. Tant il est vrai que seuls les Universitaires ont le droit de se critiquer ! Comme d’ailleurs la comparaison en retour de mon ami Georges Molinié a donné l’occasion à certains de se dédouaner, en le stigmatisant, auprès du président qu’il avait stigmatisé la veille.

Au point où nous en sommes aujourd’hui, je voudrais rappeler ici que, dans l’homélie de Sarkozy, il y avait aussi quelques paroles de vérité, en particulier sur les méthodes de contrôle par l’administration de l’Etat et sur les conditions d’une autonomie pleine et entière : « Je ne vois nulle part qu’un système d’universités faibles, pilotées par une administration centrale tatillonne soit une arme efficace dans la bataille pour l’intelligence. C’est au contraire un système infantilisant, paralysant pour la créativité et l’innovation. C’est pour cela que l’on a donné l’autonomie aux universités… L’autonomie, c’est la règle pour tous les pays où il y a des universités qui se développent. Il n’y a pas un seul exemple à travers le monde, de grandes universités qui ne soient autonomes ».

Je voudrais rappeler mon accord avec Sarkozy sur ce point, mais en même temps lui rappeler qu’il doit aussi se faire obéir de sa haute administration. Qu’on en juge avec la lettre que vient d’adresser le directeur général de l’enseignement supérieur aux recteurs et aux présidents des 18 universités passées à l’autonomie en janvier : « Comme [il vous a été] présenté lors de la réunion du 1er décembre 2008, votre rôle en matière de contrôle budgétaire est crucial… La loi LRU et le décret financier […] renforcent la fonction de contrôle budgétaire des recteurs soutenus par les TGP » et par l’exégèse qui y est faite de l’autonomie : « Dans le domaine de l’emploi public, vous devrez donner votre avis sur les ouvertures de concours après avoir vérifié le respect du plafond d’emplois et la soutenabilité budgétaire des demandes de publications ». Bref plus on est autonome, plus on est contrôlé a priori par les recteurs et ceci alors même qu’aucun des contrats financiers pluriannuels comportant la prévision sur quatre années de la masse salariale et son évolution ne sont actuellement signés !

Il faut donc que les présidents des 18 universités rappellent l’Etat à l’application effective de la loi, exigent la mise en place d’un contrôle ex-post et refusent les béquilles boiteuses et ambigües des recteurs. Il est urgent que l’Etat leur donne des signaux positifs.

De la même manière, le discours fort du président sur les conditions d’une autonomie réelle lorsqu’il dit le même 22 janvier : «je souhaite que nous allions plus vite, plus loin dans l’autonomie, je crois notamment que les universités doivent bénéficier de la pleine propriété de leur patrimoine, que cela peut être un levier d’action très puissant pour exercer cette autonomie » doit être suivi d’effet immédiatement pour les deux universités qui ont réclamé la dévolution des biens. C’est particulièrement vrai pour Jussieu quand on voit où conduit l’incurie de l’administration, comme le reconnaît le rapport sur l’immobilier parisien, « un retard de cinq ans et un coût total estimé à 1 058 M€ en 2005, désormais estimé à 1 770 M€ et qui pourrait atteindre 2 000 M € ». On peut difficilement faire plus mal !

Je constate, comme Nicolas Sarkozy « que depuis des décennies, le conservatisme l’a toujours emporté. Personne n’était content de l’état actuel, mais on avait tellement de craintes sur le mouvement de réformes qu’on se disait dans le fond il vaut mieux garder un mauvais système, plutôt que d’aller vers un système qui pouvait être pire, et les forces du conservatisme et de l’immobilisme ont toujours triomphé ». Mais l’immobilisme est-il réellement là où il le voit ? J’estime pour ma part que le mouvement actuel dans les universités n’aurait pas eu la force qu’il manifeste si l’on avait procédé, dans la mise en place de l’autonomie des 18 universités, avec la même célérité qui a présidé à la rédaction et au vote de la loi. C’est la démonstration que ces établissements s’en sortiront mieux que les autres qui permettra d’avancer. Pas la rédaction de décrets pondus à la va vite et qui de fait empiètent sur l’autonomie universitaire que le pouvoir politique déclare avoir concédé à ces universités.

Barack Obama, dans son premier discours devant les membres de la chambre des députés et du sénat réunis déclare : « by 2020, America will once again have the highest proportion of college graduates in the world… and whatever the training may be, every American will need to get more than a high school diploma. » et identifie l’éducation, à côté de l’énergie et de la santé comme l’une des trois priorités des USA. En écho, Molly Corbett Broad, ancien président de l’université de Caroline du Nord et président de l’ American Council on Education, a déclaré « if America is to compete economically — if we are to pull ourselves out of this recession — we must have a competitive work force and a new generation of innovators and entrepreneurs. We cannot afford to lose a single citizen — so important is this new investment in human capital. »

Seules les universités autonomes, pour peu qu’on les laisse s’organiser tranquillement et qu’on leur en donne les moyens, sont capables de relever ce défi. Ce serait folie pour le pays que des politiciens fatigués d’une agitation universitaire stérile se tournent vers la secondarisation de l’enseignement supérieur comme certains éléments actuels laissent à penser qu’ils en ont la tentation.

J’en appelle donc au sens de la responsabilité de mes collègues universitaires pour que nous reprenions la marche en avant que nous avons entreprise il y a près de cinq années avec la réforme des cycles de formation universitaire et que nous laissions à leurs fantasmes les néoconservateurs et la vieille garde archéo-bolchevique.

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