Pour l’autonomie : la lutte continue, il y va de l’avenir des universités

claire-bazy-malaurie

J’ai été interrogé Vendredi par un journaliste à propos de Valérie Pécresse. Il cherchait à comprendre quelles erreurs elle aurait pu faire pour passer du petit nuage où elle était en septembre à la situation actuelle. S’il était venu pour m’extirper des arguments contre elle, il a dû être déçu. Les médias sont réducteurs et, poussés par leurs schémas simplificateurs se refusent, non pas à voir l’évidence, ils la voient, mais à la diffuser. Que lui ai-je dit en effet. Que cette ministre avait de la classe mais quelle avait une équation particulièrement difficile à résoudre et des ennemis puissants et multiformes.

Dans un monde particulièrement machiste (cherchez les professeurs de classe exceptionnels et les secrétaires généraux des syndicats du supérieur de sexe féminin) elle détonne forcément. Mais ce qu’elle a déjà réussi pour l’enseignement supérieur, combien l’avait fait avant. Les chercheurs ne lui pardonnent pas d’être d’abord le ministre des universités, mais Goulard n’a-t-il pas d’abord été celui des chercheurs. Et pour quel résultat ?
Oui ai-je dis à mon journaliste, il ya eu des erreurs, mai ce sont d’abord des erreurs collectives du pouvoir, ou plutôt la conséquence du renforcement du marais conservateur du système universitaire au sein de la Sarkozie. Prenez un exemple, la composition du comité de suivi de la LRU, un amalgame contradictoire entre ouverture à la gauche molle et aux néolibéraux. Sur les  douze membres la moitié est issue des grandes écoles, aucun des universitaires ne provient d’une université postulant à l’autonomie, deux ardents défenseurs des organismes de recherche y figurent. Et la présidente de ce comité, que le chef de l’Etat vient de choisir comme médiatrice, qui est elle ? Sciences Po, l’ENA, ancienne directrice des hôpitaux  et présidente de chambre à la cour des comptes, auteur d’un brillant éloge des statistiques administratives. Bref de quoi rassurer tous les conservateurs universitaires et d’inquiéter tous ceux qui sont pour le progrès. D’ailleurs lorsque j’étais président de l’université Pierre et Marie Curie, elle avait déclaré devant la CPU qu’à l’UPMC c’était l’omerta sur les temps de service des enseignants scientifiques. Il et vrai que j’avais considéré comme une provocation que la cour des comptes veuille connaître les dispositifs que l’UPMC avait mis en place pour vérifier l’exécution du service fait par les enseignants-chercheurs !

Ce n’est surement pas avec ce genre de médiatrice et avec ce comité de suivi que l’autonomie universitaire progressera. S’il y a des reculs aujourd’hui ce ne sont pas ceux de la ministre, ce sont ceux du président. Ce sont les arbitrages de Bercy effectués à l’automne et sur lesquels le président ferait bien de revenir, c’est l’intervention intempestive de Darcos qui rêve de prendre sa place. Les retournements de veste de certains présidents d’université et de la conférence des présidents d’université sont sans importance. Quant aux espoirs de certains sur la région, ils sont purement et simplement obscènes eut égard aux enjeux universitaires

Ce qui importe c’est que les universités qui se sont mis dans le champ d’application de la loi depuis le premier janvier le fassent dans tous les domaines, décrets d’application ou pas. Et à tout prendre il vaut mieux qu’il n’y ait pas de décrets plutôt que des décrets anti-LRU. Il y va de l’avenir des grandes universités scientifiques.

Je lance un appel à ces établissements. Priorité à la négociation sur le budget global et sur la masse salariale pour cinq années. Exigence que le plan de relance leur procure des marges de manœuvre et refus du carcan des 192 heures. Responsabilisation des départements d’enseignement et des équipes pédagogiques, mise en place de primes liées à la formation du même volume que les primes liées à la recherche. Certains crieront aux inégalités, mais il faut aussi de bonnes motrices pour tirer les trains à grande vitesse.

Palaiseau le 15 février

4 réflexions sur “ Pour l’autonomie : la lutte continue, il y va de l’avenir des universités ”

  1. De tout coeur avec vous dans la lutte pour sauver l’unviersité.

    Bien cordialement.

    Que faire pour vous y aider. ?

    Un ancien d’upmc (maths 1984)

  2. Cher Robert,

    Le mouvement en cours dans les universités est fortement contradictoire. Comme tous les mouvements qui se sont succédés à l’université ces dernières années, faute de vouloir reconnaître la diversité qui est la règle de la vie, on cherche vainement à lui appliquer des règles sur un mode jacobin suranné. Mais la vie sociale, ne peut pas se résumer à la recherche de la grande unification des lois fondamentales qui régissent la physique. Et les mathématiciens nous ont appris depuis fort longtemps qu’il y a mille manières de théoriser l’espace-temps. Même si la compréhension en reste difficile.

    Bien sur que les propos réducteurs du chef de l’Etat ont blessé la communauté universitaire, mais reconnaissons qu’il n’est pas le seul à gesticuler devant les caméras. Mais pourquoi ne pas aussi reconnaître qu’il a également fustigé à cette occasion ceux qui sont naturellement de son camp lorsqu’il a déploré le peu d’appétence du secteur privé à financer chez nous la recherche et l’université. Or, si la science française est en danger, et elle l’est, ce n’est pas uniquement par ce que les classes moyennes et supérieures de notre pays préfèrent envoyer leurs enfants les plus agiles intellectuellement dans des classes préparatoires à 35 heures de formatage par semaine, sans compter les colles et autres cours privés complémentaires, plutôt que dans des licences universitaires apathiques. J’y reviendrais sur mon blog quand on pourra enfin parler des choses sérieuses au lieu du brouhaha actuel. Elle l’est parce que le monde industriel préfère embaucher des « bac plus 5 » formatés que des docteurs dont l’esprit a été éveillé par la recherche et la liberté universitaire. Pourtant le niveau de formation universitaire est excellent dans notre pays dans pratiquement tous les domaines et si des jeunes français vont à Oxford, Cambridge, Havard ou Stanford, ce n’est pas à cause du niveau des études mais de la marque que ces établissements ont, au fil des ans, valorisée et vendent for cher d’ailleurs.

    Comment sauver l’université française ?

    D’abord la libérer de ses carcans et, n’en déplaise aux divers SLR, QSF, SLR et autres « SUD en épitoges » le CNU n’est nullement une garantie d’égalité de traitement et de justesse dans ses décisions. Le contrôle de proximité est beaucoup plus efficace, il ne viendrait d’ailleurs jamais à l’esprit d’un président d’une grande université (je l’ai été) de ne pas tenir compte des investissements réels des uns et des autres et d’agir sans avoir pris l’avis d’une instance consultative ou d’évaluation. Et beaucoup de ceux qui aujourd’hui découvrent les vertus du CNU n’auraient jamais vu leur investissement dans la formation reconnu par le CNU alors qu’il l’a été par les instances de leur université et j’en ai des exemples précis à l’esprit.

    Mais là n’est pas essentiel. Si l’on veut sauver l’université on ne peut se contenter de l’administrer sur un modèle unique. Comment imaginer que de grandes universités de recherche comme le sont l’UPMC, Paris Sud, Strasbourg, Marseille, Toulouse etc. avec un grand nombre de laboratoires de recherche qui, aujourd’hui, assurent l’essentiel de la croissance française en terme de publications scientifiques et donc, potentiellement d’innovation et de développement, peuvent être comparées avec des universités dont la fonction est beaucoup orientée vers l’organisation et le développement des territoires ? Dire le contraire, c’est nier l’évidence. Il faudra donc que les universités aient la capacité de rémunérer leurs enseignants chercheurs en fonction de ce qu’ils font en recherche et en formation. Et pour cela, il y a plusieurs façons de procéder et pas de recettes miracles. Car il ne suffit pas aux universités qu’elles puissent attirer quelques brillants leaders ou « s’acheter » des prix Nobel. Il faut aussi, dans les laboratoires avoir des personnes qui font des expériences, qui modélisent, qui réfléchissent et qui publient et d’autres, parfois les mêmes, mais pas toujours qui font la réputation des formations.

    La société doit en en tirer les conséquences et exiger de l’Etat qu’il laisse se mettre en place une autonomie réelle et diversifiée, y compris dans l’organisation et l’évaluation ex-post comme on dit aujourd’hui, c’est-à-dire faite par l’extérieur et à postériori. Là est tout le sens du contrat. Et si une erreur a été faite par Valérie Pécresse (évidemment erreur partagée par son entourage et les conseillers du président) c’est de ne pas avoir en temps utile laissé se dérouler la négociation financière plutôt que de laisser les « bœufs carottes » intervenir à priori et pas à postériori. Il n’est pas trop tard pour y remédier.

    Mais si par malheur la société faisait le choix contraire, conséquence de notre vision démocratique, l’Etat la suivrait car certains n’attendent que cela. Et alors oui, certainement, le déclin serait en marche car l’histoire ne repasse pas deux fois les plats. C’est donc bien un choix historique qui est devant nous. Poursuivre la mise en place d’une autonomie véritable ou dépérir. Le pays donc nos enfants le paieraient très cher. Ayant été moi-même dirigeant syndicaliste, j’ai conscience que ce choix peut être pour eux douloureux car il remet en cause beaucoup de certitudes. Mais jamais quand j’avais leurs responsabilités, je n’ai répondu aux provocations des « patrons ». Qu’ils négocient donc, qu’ils négocient avec pugnacité. Mais qu’ils ne se trompent pas de combat.

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