Ne pas sacrifier une fois de plus les disciplines scientifiques sur l’autel de la « normalité ».

crédits: pierre G5 sur Flickr

Qu’y a-t-il de commun entre les présidents réunis à la Sorbonne qui appellent : « à retirer tous les projets de réforme controversés, condition nécessaire à l’ouverture de véritables négociations et à la relance du nécessaire processus de réforme auquel doit être associé l’ensemble de la communauté universitaire » et la dernière déclaration de la Coordination nationale autoproclamée des universités qui exige pêle-mêle : le retrait du projet de décret sur les statuts des enseignants-chercheurs, la restauration des cadres nationaux des diplômes et des statuts, le retrait de la « réforme » de la formation et du recrutement des enseignants des premier et second degrés, l’arrêt du démantèlement des organismes de recherche et de la fonction publique en général, le retrait du contrat doctoral, la restitution des postes supprimés, la résorption de la précarité chez les enseignants, les chercheurs, les BIATOSS et ITA par un plan pluriannuel de création de postes, la titularisation des personnels contractuels… Et la mise au rancart de la loi LRU !

Mais rien sur les salaires, et les réductions de durée d’échelon alors que des propositions ont été faites par la ministre dans le plan carrière au point que j’ai entendu des post-doctorants lors de mon dernier séjour aux Etat-Unis dire que la carrière proposée était plus attractive que celle des chercheurs ! Est-ce à dire que ce n’est pas leur préoccupation principale.

Force est de constater que la crise se cristallise dans le secteur des sciences humaines, là où la situation des universitaires est la plus ambigüe comme le reconnait un professeur de la Sorbonne¹ (tout le conseil d’administration de « sauvons l’université » provient du secteur SHS) et dans le secteur du droit, là ou les rigidités hiérarchiques sont les plus établies. C’est pourquoi il est vain de vouloir régler ce problème de manière uniforme et au niveau national. La modulation des services elle est déjà à l’œuvre dans nombre d’universités scientifiques et médicales et ce n’est pas un problème majeur pour elles. Pour les universités scientifiques, le problème majeur c’est le niveau de rémunération des enseignants chercheurs, en particulier des plus récemment recrutés. Et pour cette catégorie, le gouvernement doit encore faire un effort. Car, eux ils doivent être à plein temps dans les labos quand ils n’enseignent pas et y travaillent largement au-delà des 1600 heures statutaires. Ce ne sont pas les annonces maladroites de l’INSERM et du CNRS visant à surpayer quelques brillants éléments qui règleront ce problème car le travail de base de recherche repose largement sur l’ensemble de la communauté et c’est aussi ce travail de fond qui permet justement aux sujets de pointe d’émerger.

Il faut tout à la fois revaloriser la rémunération des plus jeunes et récompenser les leaders. Et ce qui est vrai pour la recherche doit aussi l’être pour l’enseignement. Quelles instances mieux que les instances locales peuvent faire la part des choses ? Ce qu’il y a de plus dangereux pour les composantes scientifiques des l’université c’est la confusion qui s’installe et dont les défilés d’hier nous ont donné un bel exemple. La tactique des nonistes est simple, mélanger toutes les insatisfactions et toutes les revendications afin de revenir à la situation antérieure, (tous unis des étudiants de pharmacie contre le projet de première année de santé au professeur Jean-Louis Fournel qui veut se débarrasser de la loi LRU). Si ce dernier objectif semble inatteignable la conjonction de ceux qui, à l’intérieur de la hiérarchie administrative, en freinent l’application  et de ceux qui, à l’extérieur, saisissent toutes les occasions de bloquer les évolutions nécessaires commence d’ores et déjà à porter ses fruits.

De ce point de vue je vous invite à lire avec attention le texte que le président de l’université Pierre et Marie Curie vient, au nom de toute l’équipe de direction, d’adresser à l’ensemble de la communauté universitaire. (lire le texte ) Il vous montrera comment, depuis plus un an, cette université à mis à profit la loi LRU pour légaliser les marges de manœuvres  qu’elle s’était donnée, a mis en place les dispositifs de préparation budgétaire, de recrutement, de promotion et d’attribution des primes qui donnent toutes garanties de contrôle démocratique. Il vous montrera comment cette université s’est emparée du débat sur la formation des maîtres et comment elle entend peser de tout son poids dans le débat salarial. Et c’est sans doute pour cela que sa participation aux défilés est si faible. Bien sûr que les textes proposés ne sont pas parfait mais c’est le rôle des syndicats que de participer à leur amélioration. Encore faut il que cela les intéresse. Mais c’est bien plus simple de s’en prendre à la ministre que de balayer devant sa porte et de mettre en place dans son université les processus démocratiques qu’on réclame au niveau national et qui aboutissent inévitablement à la démocratie censitaire des multiples conférences des présidents de quelque chose ou de sauvons quelque chose.

Mais mes beaux collègues, pourquoi ne bloquez-vous pas les classes préparatoires et les Grandes écoles de la République ?

Paris le 11 février 2009

————————————-

¹ « Certains universitaires ne font aucune recherche, ils se contentent de dispenser leurs six ou sept heures de cours hebdomadaire pendant les 26 semaines que dure l’année universitaire. Le reste du temps, ils se consacrent à des activités privées ou travaillent à arrondir leurs fins de mois. Cette réalité est indiscutable et elle n’est pas acceptable. »

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Vous pouvez utiliser ces balises et attributs HTML : <a href="" title=""> <abbr title=""> <acronym title=""> <b> <blockquote cite=""> <cite> <code> <del datetime=""> <em> <i> <q cite=""> <strike> <strong>