L’agitation universitaire s’étend

Il est clair que nous sommes dans une situation identique à ce qui s’est passé début 2006. La situation économique des couches moyennes s’est aggravée. Les jeunes maîtres de conférences, les techniciens et les ingénieurs des universités sous payés et peu considérés ont l’impression d’être les laissés pour compte d’un système où l’on ne parle que des performances de quelques oiseaux rares qu’il s’agit de surpayer. Or ce sont eux qui travaillent à la paillasse des laboratoires aux côtés des personnels techniques et administratifs. Ils seront évidemment la chair à canon des conservateurs qui se sont accommodés du système en en détournant les règles. Les étudiants dans leur immense majorité voient leur situation économique se dégrader. Il est difficile de réformer dans ces conditions, mais aujourd’hui comme il y à trois ans, la réponse ne peut être le statu quo. Or le mouvement dans les universités est loin d’être dénué d’ambigüité. L’alliance entre les contraires n’aboutira à rien. Les organisations syndicales, malheureusement, n’ont pas de ligne cohérente sur la réforme de l’enseignement. Si l’université a été délaissée depuis des décennies, c’est parce que le modèle dominant est celui de la sélection/ségrégation dans le lycée, des classes préparatoires et des Ecoles grandes ou petites, publiques ou privées, et des multiples systèmes sélectifs acceptés par les mêmes syndicats (IUT, concours du PCEM, sélection par l’échec en droit, etc.). Je serais curieux de savoir le pourcentage des universitaires qui manifestent aujourd’hui et dont les enfants sont ou ont été dans les classes préparatoires. On récolte ce que l’on a semé et accepté. Nous ne sortirons pas de l’ornière sans une démarche qui rapproche les SHS des Sciences dans de véritables universités et qui dans le même temps accepte la diversité. Or ceci ne pourra jamais se faire sous la tutelle d’un état tatillon, seule une autonomie véritable, acceptée et maîtrisée nous le permettra. Le pouvoir aurait tort de prendre cette agitation à la légère. Il doit accélérer les négociations financières avec les 18 universités et leur donner les marges de manœuvre qu’elles réclament, y compris sur les rémunérations, sans leur dicter sa loi.
Paris le 29 janvier

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