Universités : oui, une plus grande souplesse dans les statuts est nécessaire

crédits: gadl sur flickr

Oui une plus grande souplesse dans les statuts est nécessaire, oui les rémunérations doivent être revues, mais là encore, il faut laisser jouer l’autonomie. L’Etat ne doit pas se mêler de tout.

Au sein de l’université Pierre et Marie Curie coexistent deux secteurs. Le secteur des sciences, soumis à la règle stupide des 192 heures d’équivalent de travaux dirigés. Un cours valant une fois et demie le temps d’un enseignement dirigé et deux fois le temps d’une séance de travaux pratiques, alors qu’en sciences, l’effort pédagogique principal ne peut se concevoir qu’en groupes constitués d’un petit nombre d’étudiants assorti d’un dialogue fort avec les enseignants. De son côté, le secteur médecine dont la seule règle est que les hospitalo-universitaires soient présents cinq jours et demi par semaine, dont cinq demies journées, en principe, consacrées à l’hôpital, sans obligation formelle d’enseignement et avec de très fortes disparités. De plus, ces personnels reçoivent une rémunération accessoire pour leurs activités hospitalières qui se traduit environ par un doublement de leur salaire. Bref deux poids, deux mesures !

L’évolution de la recherche est telle qu’il est devenu primordial de préserver le capital temps des jeunes enseignants-chercheurs recrutés afin de leur permettre de rester compétitifs et c’est de plus en plus difficile dans les disciplines scientifiques. Ce fut d’ailleurs l’une des causes majeures du divorce qui se manifesta en 2004 lors de la crise de la recherche entre les jeunes maîtres de conférences et les chercheurs statutaires et qui bloqua toute avancée historique vers la réunification des statuts.

Le système de comptabilisation des charges d’enseignement est redoutable pour les enseignants scientifiques. Pour y parer, lorsque j’étais président de l’UPMC, j’ai proposé et obtenu la constitution d’équipes pédagogiques comme structures permettant d’opérer, au sein de départements,  une répartition des tâches d’enseignements, au plus près du lieu de travail. Ce système est maintenant la règle dans l’université, même si toutes les disciplines ne l’ont pas appliqué avec la même rigueur. J’ai toujours refusé le carcan des 192 heures statutaires et je suis heureux que le conseil des enseignements de l’UPMC se soit prononcé clairement à ce sujet¹.

Cette règle avait été acceptée par la direction du SNESup au cours de négociations avec un gouvernement de gauche au début des années 80. Elle était destinée à s’assurer de la présence minimale des enseignants des sciences humaines et sociales dont on sait bien, que majoritairement, ils ont une activité intellectuelle importante, dans la rédaction de leurs livres, la tenue de leurs cabinets d’avocat ou leurs activités de consultance, toutes choses fort respectables mais orthogonales avec une activité de recherche soutenue dans les sciences expérimentales.

Cette règle fut à l’origine de nombreux abus. J’avais eu l’attention attirée par certains qui, n’ayant plus d’activité de recherche, doublaient leur salaire à l’extérieur de l’établissement, quand ce n’était pas à l’intérieur, en abusant des heures complémentaires ou d’activités de formation permanente. Il en ressortait la situation stupide que les plus mal payés étaient les maîtres de conférence, engagés pleinement dans des activités de recherche, et les nouveaux professeurs qui devaient asseoir leur autorité en constituant leurs équipes de recherche et leurs unités d’enseignement. Si ce phénomène reste marginal dans notre université, il est patent et jette la suspicion sur l’institution. La cause majeure en est l’insuffisance de rémunération de l’activité de recherche des scientifiques, la prime de recherche étant misérable et n’ayant jamais été revalorisée.

Le malaise est accru par le fait que les primes d’encadrement doctoral sensées évidemment être décernées en fonction d’une activité d’encadrement de la recherche des thésards sont attribuées par des comités nationaux « ad hoc » selon des critères opaques et élastiques qui défavorisent les grandes universités de recherche. Inversement, à l’UPMC, nous avons toujours veillé à ce que les promotions et les gratifications en primes soient délivrées en fonction des services rendus à la communauté, selon des mécanismes transparents  après l’avis de commissions dont la composition était régulièrement renouvelée.

Ayant siégé pendant près de 12 années au comité consultatif des universités, puis au conseil national des universités, je suis bien placé pour savoir qu’il ne peut avoir un jugement très objectif sur les activités de formation des collègues. Par ailleurs, en sciences, l’activité de recherche se mesure par des critères précis qui ne nécessitent certes pas de réunir des structures nationales aussi lourdes. Enfin, plus les processus sont proches, mieux il est possible de vérifier qu’ils se déroulent dans des conditions satisfaisantes et de les corriger si tel n’est pas le cas.

Pour ma part, je considère que seule l’autonomie universitaire permettra de trouver les règles les plus justes possibles car les choses ne sont pas du tout les mêmes selon les lieux et les caractéristiques des établissements. C’est pourquoi, je pense que là encore l’Etat se mêle de trop de choses et devrait laisser les établissements et leurs conseils d’administration décider de ce qu’ils doivent faire en matière de rémunérations accessoires comme je le préconisais dans mon article du 30 novembre de retour du Liban.

C’est pourquoi je ne mêlerai pas ma voix aux conservateurs de droite comme de gauche que nous voyons à l’œuvre aujourd’hui. Sans doute le secteur des sciences humaines et des sciences juridiques ont des caractéristiques particulières, raison de plus pour ne pas légiférer de manière trop uniforme. Le statu quo n’est pas la bonne solution et le grand soir n’est pas pour demain. Il nous manque surtout une organisation syndicale dotée d’une plateforme revendicative réaliste et progressive sachant aussi négocier lorsque c’est nécessaire et pas l’éparpillement actuel où chacun tire à hue et à dia et ne se retrouve d’accord que pour ne rien changer. Comme je le disais dans l’article du 6 janvier ne nous trompons ni de combat ni d’alliés.
Paris le 28 janvier 2009

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¹Le CEVU souhaite que l’ensemble des tâches d’enseignement à accomplir soit assuré par les équipes pédagogiques de chaque mention ou spécialité en fonction de la maquette du cursus et des connaissances à acquérir et non pas calculé de façon comptable sur une base individuelle de 192 h.

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