Première bonne nouvelle dans la morosité du mois de janvier.

descoings

Et elle concerne la jeunesse. La nomination de Martin Hirsch comme haut commissaire à la Jeunesse et le choix de Richard Descoings pour lancer le débat national sur la réforme du lycée sont deux décisions excellentes.

Martin Hirsch a eu l’intelligence de faire comprendre la nécessité absolue de redonner sa valeur au travail par delà les dispositifs d’assistance sans contrepartie. Il est aux antipodes de la charité business. Oui le droit doit primer sur la charité. Mais il n’y a pas de droits sans devoirs et l’activité humaine ne peut se résumer à manger et dormir. Oui les travailleurs sociaux doivent être considérés aujourd’hui avec la même attention que les professeurs agrégés. Il y a urgence à agir.

Richard Descoings a été le premier à secouer le processus ségrégatif républicain en allant recruter dans les quartiers difficiles des élèves pour Sciences Po, montrant ainsi que ceux à qui l’on avait ouvert cette voie sont aussi performants que les autres. J’ai vécu avec lui l’expérience du « lycée expérimental » qui s’est heurtée de front aux partisans de « l’élitisme » républicain et du statu quo réunis. Il a osé dire que oui, les parents des milieux aisés pouvaient payer plus à l’université pour créer des marges de manœuvres permettant de financer les étudiants des milieux modestes. Nous avons créé avec succès les doubles cursus exigeants pour les plus brillants en même temps qu’il initiait mon université à la fréquentation des lycées des zones d’éducation prioritaires pour faire prendre conscience aux jeunes qui y vivent de leurs capacités réelles.

Je disais en 2006, pendant la crise du CPE : « Il est exact de parler de révolte. Après celle des banlieues à l’automne précédent il y a maintenant celle de certains étudiants. Ces deux évènements fort différents en apparence et qui affectent deux groupes sociaux qui s’ignorent, ont un fond commun, l’inquiétude de la jeunesse face à l’avenir. Révolte également, si l’on considère que cette jeunesse semble aussi en panne de projets et de rêves d’avenir et de ce point de vue c’est aussi la marque d’une société bloquée ». Bien que timide dans son expression, cette inquiétude avait alors gagné la catégorie des jeunes la plus choyée, « ségrégée » dans les classes préparatoires et les « Ecoles » petites et grandes de la République ! Nul n’échappait, pas même leurs parents et leurs éducateurs, à l’incertitude et au doute et ceci explique sans doute l’ampleur que connut ce mouvement. L’agitation lycéenne récurrente dans notre pays montre une fois de plus qu’aucune réforme n’a de chance d’être acceptée sans une grande ambition en matière de développement d’activité économique et d’emploi car il est nécessaire de donner autant de raisons objectives d’espoir aux jeunes des quartiers difficiles et à la majorité des enfants issus des couches moyennes qu’à ceux qui sont choisis vers la fin de leur adolescence pour constituer « l’élite de la nation ». Il faudra donc beaucoup de persuasion à Richard Descoings et à Martin Hirsch pour qu’ils arrivent à convaincre les jeunes que le pire pour eux serait de ne rien faire. Illusion pour les enfants choyés de la République que rien de changera jamais, illusion pour les enfants des quartiers difficiles que la débrouille est la seule réponse à leurs problèmes, illusion pour les enfants des couches moyennes que tout s’obtient sans effort.

Bon vent donc à Martin Hirsch et à Richard Descoings et qu’ils sachent bien que les vrais universitaires ne peuvent qu’être leurs alliés dans ce combat.

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