L’espoir et la désolation

Crédits : Amir Farshad Ebrahimi sur Flickr

Cette semaine nous oscillons entre l’espoir et la désolation.

Désolation de ce qui se passe en Palestine, à Gaza, l’une des plus vieilles cités du monde méditerranéen, là où est née la civilisation moderne. Et comme toujours, à l’irresponsabilité des uns répond le cynisme des autres. Pourtant, tous se réclament des peuples sémites originaires d’Asie occidentale (ancienne Mésopotamie et du Moyen-Orient) que la tradition fait descendre de Sem, fils de Noé, et qui ont parlé ou parlent les langues dites sémitiques (l’hébreu, l’arabe, l’araméen, le babylonien, l’assyrien, et l’amharique). Mais le nazisme n’absout pas l’utilisation de méthodes barbares par les fils et les filles de ceux qu’ils ont tenté d’exterminer. Il y a six ans, mon université qui réclamait de l’Union européenne : « que dans le cadre de la préparation de son sixième programme cadre de recherche et développement, le contrat d’association entre l’Union européenne et l’Etat d’Israël soit renégocié pour être étendu à la partie palestinienne … et que l’Union européenne veille au respect par toutes les parties de l’ensemble des clauses du contrat » a été l’objet d’une virulente campagne de désinformation.

J’invite ceux qui se sont alors déchaînés de façon insensée contre l’université à relire le texte de cette motion. Comment ne pas considérer l’arrivée d’un mouvement islamiste radical à la tête du gouvernement palestinien comme étant d’abord le résultat d’une certaine politique d’Israël, des Etats-Unis, voire de l’Europe. Certains ont voulu bâillonner l’université à cette occasion. La France a connu dans le passé des périodes où les universités ont joué les grandes muettes et cela ne fut pas à leur honneur. Au moment où des responsables universitaires se complaisaient dans le mutisme, voire la collaboration, d’autres luttaient contre le nazisme. Au moment où certains fermaient les yeux sur la torture en Algérie, Maurice Audin en mourait. Sa fille vient d’ailleurs de refuser la Légion d’honneur car jamais la France n’a voulu faire la clarté sur les circonstances de son décès.
Alors il faut dire haut et fort ce que tous les universitaires savent : les conditions infâmes dans lesquelles se débattent les universités palestiniennes, l’incapacité de l’Union européenne à faire respecter les maigres investissements qu’elle y a faits, son impuissance face à la montée en leur sein de ceux qui militent pour le créationnisme, l’obscurantisme et l’intolérance, et l’exode massif des intellectuels palestiniens qui n’en peuvent tout simplement plus. Encore un effort et il n’y aura bientôt plus, dans le bantoustan de Gaza, que des combattants qui creuseront et creuseront encore des tunnels comme d’autres l’ont fait avant eux sous d’autres cieux et dans d’autres circonstances.

Espoir aussi cette semaine puisque mardi 20 janvier, Barack Obama prendra ses fonctions de 44ème Président des Etats-Unis. «Je suis en train de mettre sur pieds l’équipe afin que le 20 janvier, au premier jour, nous ayons les meilleures personnes pour être immédiatement engagées dans le processus du Moyen-Orient dans son ensemble» a-t-il déclaré dans une interview diffusée dimanche par la chaîne de télévision américaine ABC. Cette équipe devrait être selon lui engagée avec tous les acteurs de la région, afin de créer une approche stratégique pour faire en sorte «qu’Israéliens et Palestiniens puissent satisfaire leurs aspirations». Espoir faible tant est dégradée la situation, mais espoir réel.
Sur ce sujet comme sur tant d’autres l’attente est forte dans le monde. Mais l’attente n’est pas une attitude raisonnable. Tous les universitaires doivent dans ces temps troublés (crise économique et sociale, montée des intégrismes, dégradation de l’environnement …) faire preuve de civisme et s’impliquer pour que nos sociétés trouvent en elles les ressorts d’une nouvelle marche en avant. Cela ne passe pas par la construction de murs ou de restrictions à la circulation des individus, bien au contraire. Avec les nouvelles techniques de la communication, il sera, plus encore qu’un certain mois de mai, interdit d’interdire. Il faut donc revenir vers l’esprit des Lumières, la formation aux sciences et aux humanités, la réflexion éthique et philosophique et la mobilisation pour que chacun ait une chance (une chance, pas une garantie) d’accomplir son Humanité.

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