Il y a 27 ans naissaient les Petits Cochons de St-Antoine. Récit d’une aventure !

Souvenirs souvenirs….

En 1988, j’avais été abordé par Roland Dreyfus, étudiant de troisième année de médecine. Il me raconta que son père, psychiatre à l’hôpital de Montreuil, et professeur associé à la faculté de médecine lui avait dit que j’étais le seul à pouvoir l’aider à monter un club de rugby. Me voilà embringué dans une nouvelle aventure. Le club fut effectivement créé l’année suivante et prit immédiatement le nom de « Petits Cochons de Saint-Antoine » en l’honneur du fameux anachorète. L’ordre de Saint-Antoine fut en effet fondé au XIe siècle pour soigner les malades atteints du mal des Ardents ou feu de Saint-Antoine, maladie résultant d’une intoxication, transmise par l’absorption d’ergot de seigle. Cette maladie se manifestait par des troubles nerveux, psychiques et vasculaires et on lui attribuait un caractère surnaturel. Le diable, symbolisé par son cochon, essayant d’attiser par le feu les passions mauvaises et lubriques de notre moine, voilà qui convenait parfaitement aux joyeux lurons qui s’étaient lancés dans l’aventure avec Roland. J’offris mon aide à la bande de copains que Roland avait réussi à fédérer et je les réunis dans la bibliothèque du laboratoire au 5e étage de la rue Chaligny où ils y prirent leurs habitudes.

Dans la recherche de sponsoring leur inventivité fut sans limite et, à ma connaissance, ils n’eurent pas vraiment de problèmes financiers. Comme je ne pouvais pas transformer la bibliothèque du service en taverne permanente, ils trouvèrent rapidement d’autres lieux de troisième mi-temps. Leur repère préféré au début c’était le Baron Rouge près du square Trousseau. celui qui dura le plus longtemps fut le bistro dénommé Rugby situé en face de l’entrée de l’hôpital Armand Trousseau mais il fallut l’abandonner lorsque les ardoises s’accumulèrent dépassant les possibilités de bienfaisance du mastroquet. Nous fîmes également quelques virées  dans la guinguette de l’île marnaise du martin pêcheur propriété de l’association sportive de l’UPMC que j’avais visitée en mai 68.

La première escapade internationale de ceux que l’on eut vite fait de baptiser les « Petits Cochons » se déroula en Pologne juste après la chute du mur de Berlin. Mais c’est avec les Irlandais que commença la grande aventure. Roland les adorait. Lors d’une de ses virées à Dublin, il avait fait connaissance avec des étudiants en médecine irlandais et rencontré Alan Johnson professeur de biochimie médicale du Royal College of Surgeons in Ireland qui connaissait mon nom. Le Royal College, l’un des cinq collèges de l’Université Nationale d’Irlande, devait son statut un peu particulier aux circonstances de sa création. Comme beaucoup de pays européens, le Royaume Uni et l’Irlande n’ont disposé que tardivement de formations chirurgicales de type universitaire. Sylvester O’Halloran, chirurgien à Limerick, avait proposé au milieu du XVIIIe siècle la création à Dublin d’une confrérie semblable à celle de Saint Côme et Saint Damien fondée à Paris par Saint Louis en 1255 pour former les chirurgiens. La société des chirurgiens irlandais fut créée en 1780 et le Royal College reçut sa charte fondatrice en 1784. Les premiers cours furent donnés au sein de l’hôpital Rotunda de Dublin. Par la suite, une salle désaffectée proche de l’hôpital Mercer fut acquise puis le Royal College se déplaça à son emplacement actuel au coin de la rue York, face à l’église Saint-Etienne, l’entrée solennelle donnant sur Saint Stephen Green.

Bien que cette institution accueillît dès l’origine des professeurs de confession catholique, elle n’échappa pas aux luttes pour l’indépendance. L’un de ses premiers élèves, William Lawless, qui accéda aux fonctions de professeur d’anatomie et de physiologie en 1794, fut de la conspiration fomentée en 1798 par Jean Sheares. Le chirurgien-général Stewart l’ayant alerté de sa probable arrestation, il s’enfuit en France où il s’engagea dans les armées de Napoléon alors en guerre contre l’Angleterre. Amputé d’une jambe après la bataille de Lowenberg en Silésie et devenu général, il décéda à Paris à Noël 1824 et fut enterré au Père Lachaise qui doit son nom au confesseur de Louis XIV. En 1998, à l’occasion du match France Irlande et de l’année de la France en Irlande, sa tombe, restaurée par les soins de « l’Ireland Fund of France », fut inaugurée en grande pompe par Avril Doyle ministre d’État de la République irlandaise, située pas loin de la stèle où reposeraient les restes d’Héloïse et d’Abélard. Alan Johnson, alors doyen du Royal College, y participa et Roland et moi y fûmes cordialement invités ainsi qu’au lunch qui suivit. Ce fut bien la seule cérémonie militaire, puisque les honneurs avaient été rendus au Père Lachaise par un détachement de l’armée française, à laquelle j’aie jamais assisté.

Le Royal College avait une intense activité internationale. Il accueillait quatre mille étudiants dont les quatre cinquièmes étaient des étrangers qui payaient plein pot leurs études tandis que les nationaux bénéficiaient d’un tarif préférentiel. En outre il avait créé des annexes en Malaisie à Penang et dans le golfe persique à Dubaï et Bahreïn. Alan Johnson qui supervisait l’équipe de rugby n’était encore que responsable du laboratoire de biochimie et il recherchait un stage à Paris pour l’une de ses élèves. Je pris donc contact avec lui et nous décidâmes d’organiser un match entre nos institutions dès l’année suivante à l’occasion du déplacement de l’équipe de France à Dublin. C’est ainsi que le vendredi 1er février 1991 j’y accompagnai les « petits cochons ». Ils avaient trouvé une auberge de jeunesse plutôt rustique, située au voisinage d’une église désaffectée, mais nous n’y avons fait qu’une brève apparition car les agapes qui suivirent la réception par la faculté de médecine ne se terminèrent que fort tard dans la nuit. Le lendemain matin eut lieu le premier match entre les « Petits Cochons » et les « Royal Surgeons ». Malgré les frasques de la veille nos gars firent bonne figure mais s’inclinèrent. L’après-midi, l’équipe de France enregistrait sa troisième victoire consécutive en terre irlandaise et la soirée qui s’ensuivit fut tout aussi rude que la précédente. Ce fut le début d’une relation amicale car non seulement Alan et moi partagions la même discipline universitaire mais son épouse Anne, professeur de Français, l’accompagnait lors de ses déplacements à Paris. C’est ainsi que nos épouses sympathisèrent et que l’une de mes nièces put faire un séjour en Irlande au sein de leur famille.

Le 19 mars 2000, nous avons fêté à Paris le dixième anniversaire de ces rencontres. Alexandre Feldman, un solide colosse avait pris le relais de Roland. À cette occasion, un match de gala eut lieu entre les vétérans des deux clubs. Ce match symbolique réunissait deux équipes qui n’avaient plus joué ensemble depuis cinq ou six ans. Match enthousiaste où se sont retrouvés les anciens sous les couleurs de leurs clubs universitaires respectifs, rappel de ce qui avait été peut-être parmi les plus belles années de rugby de leur vie. L’équipe de Saint-Antoine emmenée par Sébastien Bruel montra que ces quelques années rugbystiques supplémentaires, car pour la plupart ils n’avaient pas décroché, leur avaient donné plus d’expérience et de technicité. Ce fut une belle leçon pour la nouvelle génération des « Petits Cochons » et aussi une belle leçon pour les Irlandais davantage marqués par le temps. Ils ne purent venir à bout de la vivacité de l’équipe mythique de Saint-Antoine, score final de quatre essais contre deux en faveur de nos vétérans. L’université offrit au 24e étage de la tour Zamansky un lunch exceptionnel et les Irlandais ébahis scrutèrent la capitale juchés sur la plateforme, censée recevoir des hélicoptères, qui trônait alors en son sommet. Lors du dîner qui suivit, dans les salons Vianey près de la gare de Lyon, nous eûmes droit à un laïus des « Petits Cochons » que n’auraient pas renié les vieux routards des salles de gardes :

« Suite au succès non démenti du rugby dans notre belle France, et a fortiori au sein de cette population de dégénérés qu’est celle des étudiants en médecine, laissons fleurir au son des succès de notre bon XV de France les roses de demain que sont toutes les équipes qui concourent tous les dimanches à maintenir beau l’autel de l’Ovalie. Agée de douze ans, l’équipe des Petits Cochons de Saint-Antoine, qui réunit les étudiants de la deuxième année jusqu’aux plus expérimentés des briscards de salle de garde, se veut le flambeau toujours vif du rugby médical, avec ses valeurs chimériques entre l’asepsie d’un bloc opératoire et la douce odeur lourde de la boue sur un maillot de pilier en sueur :
Plaquage, tampon, cachou, raffut, châtiment, fourchette, caramel, retour à l’envoyeur…
Pneumothorax, syphilis, hémoptysie, apoplexie, thrombose, pemphigus…
Mêlée, touche, pénalité, en-avant, passage à vide, renvoi aux vingt-deux, ascenseur…
Pseudarthrose, synovite, infarctus, péricardite, vascularite, anthrax, pasteurellose…
Les lexiques infinis et richissimes si opposés en théorie du monde de l’Ovalie et de celui des fils d’Hippocrate est ici réuni dans la célébration d’un même art du verbe et de l’action, je veux parler de l’Association des Petits Cochons de Saint-Antoine, rares survivants de cette lointaine ère où les Surgeons se reposaient de leur appendicectomies et autres cholécystectomies en allant prendre un bain de boue à XV pour le plus grand plaisir de leurs articulations ankylosées, avant de se finir la dégénérescence corticale à grands renforts de Guinness du pays des anges de l’Ovalie !»

Le lendemain pour le match officiel ce fut une toute autre affaire, l’équipe du nouveau millénaire était pourtant au grand complet :

Première ligne : Tchac, Antony et Alexandre
Deuxième ligne : Karim et Raphael
Troisième ligne : Clément, Olivier et Charles (capitaine) Charnière : Steph et Simon
Au centre : Romain et Fredo
Aux ailes : Eric et Benoit
Arrière : Thibault

Remplaçants : devant Charles et Fabien, derrière Benjamin

Fabien Wallach fit une description équilibrée de la déculottée du dixième anniversaire : « Nous savions dès la veille que le match serait l’un des plus rudes que nous aurions à disputer. Lors de la réception du vendredi, les joueurs irlandais ne quittaient pas leur verre de jus d’orange et ils partirent se coucher très tôt… Mauvais présage. Dès le coup d’envoi, les Surgeons mirent une forte pression sur nos vaillants joueurs, réussissant trois pénalités dans les dix premières minutes du match. Ils exploitèrent les brèches là où elles se trouvaient. Notre ligne arrière en fit les frais, peu expérimentée et affaiblie par la sortie prématurée sur blessure de Fredo, notre pièce maîtresse. La rapidité du jeu qu’ils imposaient asphyxiait les avants, incapables de venir au soutien des arrières, transpercés dans des quatre contre un d’école. Il y eut quatre essais irlandais en première mi-temps, toujours en bout de ligne, toujours à grande vitesse. On doit pourtant saluer le courage et la pugnacité de nos joueurs qui prirent des bouchons et n’hésitèrent pas à mettre la tête pour plaquer ces locomotives irlandaises, fortes dans tous les compartiments du jeu. À noter, la tentative de percée de Stéphane notre demi de mêlée, à un mètre de la ligne d’en-but qui se solda par un énorme bouchon. Manque de chance, Steph ne sut pas lâcher la balle et cette quatrième faute au sol l’envoya dix minutes derrière les poteaux réfléchir à une autre tactique. On se souviendra aussi de Charles, notre capitaine, passé du poste de flanker à celui d’arrière avec une aisance déconcertante, qui rattrapa un Irlandais à cinq mètres de la ligne, après une course de quarante mètres. On en voulait ! La deuxième mi-temps fut plus équilibrée et nous avons finalement réussi à planter un essai après plusieurs petits tas, en force, par Tchak, notre pilier vedette. Les affreux Irlandais réussirent à en mettre trois autres. Parce que c’est moi qui écris l’article, je note aussi que je suis rentré sur le pitch en tant que talonneur à une vingtaine de minutes de la fin et je m’y suis bien amusé. Se souviendra-t-on de mon coup de pied de dégagement trouvant une touche de cinquante mètres ? Ce fut un match éprouvant pour tout le monde, notamment les jeunes pour qui cette rencontre avec les Irlandais était la première. Gageons qu’ils auront soif de revanche l’année prochaine. Gagner à Dublin, est l’un des rêves les plus fous des rugbymen de Saint-Antoine ». Score final quarante-quatre à sept ! Il est vrai que nos « Petits Cochons » se sont alors rattrapés le soir : « Nous à Saint-Antoine, on est les rois, on est les rois de la troisième mi-temps. On ne sait pas tout faire, on ne fait pas tout bien, tout ce qu’on sait c’est faire les cons. »

Les vingt-huit années qui viennent de s’écouler ont vu défiler plus d’une centaine d’étudiants chez les Petits Cochons. Les habitudes ont certes changé, l’ensemble s’est sans doute assagi car le principe de précaution prévaut maintenant, là comme ailleurs, dans la société française. La professionnalisation du rugby s’est accompagnée d’effets collatéraux détestables. Il devient de plus en plus difficile de se procurer à un coût raisonnable les billets d’entrée pour les matches France Irlande et le prix des hôtels et des voyages en avion soumis à l’irrésistible loi du marché sont prohibitifs. Bref, ce qui était une fête amicale est devenu un business. Comment ne pas regretter les bastons de Great Georges street et les nuits passées dans les tavernes à s’égosiller de chants irlandais – n’est ce pas Fabrice qui une année refusa tout simplement de rentrer à Paris ? – La déambulation de pub en pub dans Lower Mount street pour rejoindre Lansdowne road puis franchir le passage à niveau de la ligne du chemin de fer local qui amenait les supporters tout en rythmant les entrées dans l’enceinte rugbystique était une procession rituelle. Et les réceptions, à la présidence du Royal College où je fis entendre à nos amis Irlandais, médusés, Song for Ireland !

« Dreaming in the night,
I saw a land where no-man had to fight,
And waking in your dawn,
I saw you crying in the morning light,
When lying where the falcons fly,
They twist and turn all in your air-blue sky,
When living on your western shore,
Saw the summer sunset, I asked no more,
I stood by your Atlantic Sea,
And sang a song for Ireland ».

Pour faire bonne figure nos petits cochons reprenaient en écho « Molly Malone » lors des banquets à Paris pour lesquels nous réquisitionnions « La biche au bois » près du CHU Saint-Antoine pour les troisièmes mi-temps des matches retours.

« In Dublin’s fair city, where the girls are so pretty,
I first set my eyes on sweet Molly Malone,
As she wheeled her wheel-barrow,
Through streets broad and narrow,
Crying, « Cockles and mussels, alive alive oh ! »
« Alive-a-live-oh, Alive-a-live-oh »,
Crying « Cockles and mussels, alive alive oh ».

C’est cette aventure qui me fit prendre conscience de la pauvreté française en matière de sport universitaire. L’UPMC n’était pas la plus mal dotée des universités parisiennes puisqu’elle disposait d’un centre sportif installé sous les barres de Cassan, le long du quai Saint-Bernard. Elle le devait à la ténacité d’un professeur de métallurgie, Jean Talbot. Il avait été à l’origine d’un programme pour les étudiants sportifs de haut niveau et d’une convention avec l’INSEP[2] qui nous valut plusieurs médailles d’or aux Jeux Olympiques et aux Championnats du monde. Mais nos footballeurs et nos rugbymans n’avaient pas de lieu fixe où s’entraîner alors que le Royal College, pour trois fois moins d’étudiants que nos facultés de médecine, pouvait disposer de solides installations au sein de son parc sportif de Dardistown sur la route de Swords. Un car nous y amenait et après les matchs les étudiants disposaient du clubhouse pour se doucher et recevoir leur première ration de stout. En réplique, à Paris ce fut chaque fois la galère pour trouver un lieu digne de les recevoir. L’accès aux terrains de la cité internationale universitaire, pourtant propriété indivise des universités parisiennes, était quasiment impossible, nous ne pûmes jamais jouer au stade charléty, stade du PUC[3]. Seuls les contacts personnels avec telle ou telle municipalité de proximité nous permirent d’éviter la honte de nous retrouver au polygone de Vincennes.

Roland a maintenant planté sa tente médicale en Seine-Saint-Denis mais sans quitter son havre de Vincennes, Alexandre exerce la médecine près de Nantes après avoir été tenté par l’Argentine, Bertand Degos prit leur suite puis après lui Sylvain Garnier. Je me suis effacé après mon élection à la présidence de l’université en 2001, tout en leur pérennisant une subvention substantielle. Devenu président d’honneur, je leur délivrai un dernier message : « Dans cette période de grande transformation du Rugby, il importe que l’arbre du professionnalisme ne cache pas la forêt de la nécessaire poursuite d’une activité rugbystique amateur. Le club de rugby de Saint-Antoine est né de la volonté de quelques étudiants en médecine de développer une activité sportive qui s’inscrive dans la durée et qui développe au sein de la faculté une ambiance de fraternité n’excluant pas la rigueur dans la pratique et les entraînements. Plusieurs promotions d’étudiants s’y sont succédées depuis sa création créant ainsi un continuum temporel entre celles-ci. À une époque où tout va très vite, et où les raisons d’isolement et de repli sur soi sont légions, une telle activité est essentielle et doit être poursuivie. C’est en tous cas le vœu le plus cher du Président qui souhaite qu’aujourd’hui comme hier, les nouveaux étudiants viennent nombreux rejoindre nos rangs. NON NON NON NON Saint-Antoine n’est pas mort ! » J’ai alors transmis la responsabilité de superviseur du club à Alain Sautet l’orthopédiste qui, par précaution m’accompagnait dans tous nos déplacements depuis qu’il avait pris le relais de Christophe Penna lorsqu’il était parti à Ambroise Paré.

Depuis la fusion des facultés de médecine c’est désormais Roger Lacave, ancien rugbyman et professeur d’histologie qui supervise et entraîne le club qui regroupe tous les rugbymans étudiants en médecine de l’université. Les plus anciens sont maintenant dispersés. Dans la région parisienne certains sont restés dans le giron de la faculté : à Saint-Antoine Nicolas, le gastroentérologue et Bertrand, le neurologue ; à la Pitié-Salpétrière Christophe décortique les carotides, Alain pose des plâtres et Benjamin chasse les infections ; à Tenon Thibault fait face aux urgences. Benoit répare les « gueules cassées » à l’HEGP, et les frères Plotkine s’entêtent dans la chirurgie à Paris, Eric dans le dur et Olivier dans le mou. Antoine est devenu un gastroentérologue réputé à l’Institut Montsouris, Frédéric infectiologue à l’hôpital de la Papauté et Pierre ophtalmo chez les rupins. Sébastien éradique les prostates des vallées de l’Yvette, de Chevreuse et de la Bièvre réunies. Arnaud est généraliste non loin de Fontainebleau. Stéphane fait face avec courage aux injustices de la vie dans la chaleur lilloise. Le grand François a retrouvé son Bordelais natal, Emmanuel après avoir usé toutes les ficelles du remplacement à Paris l’y a rejoint ainsi que Sylvain et Mathieu. Fabrice réanime les Toulousains tandis que Laurent les opère à Purpan et que Fred sonde les méandres des cerveaux de la Haute-Garonne. Guillaume est orthopédiste à Edouard Herriot et Fabien tente de réparer les hanches bretonnes à Saint-Grégoire. Un Raphaël est urgentiste à Nantes et l’autre ORL à Saint-Nazaire. À Rouen, Romain est urologue et Christian orthopédiste tandis qu’Aurélien l’est à Grenoble. Et où sont tous les autres que ma mémoire a effacés ? Sans oublier les travailleurs immigrés, Alain Tchacounté « le Président » sans doute retourné dans son Afrique paternelle et Julien Dourgnon qui fit par la suite tourner en bourrique les mercantiles indélicats mais finit par se faire virer de l’entreprise qu’il avait pourtant fortement contribué à populariser. Avant de quitter la présidence de l’université j’eus la joie d’assister à la création de l’équipe féminine sous l’impulsion de Zoé Coppéré. Elles n’avaient pas froid aux yeux les Petites Cochonnes et se réunissaient dans un bar de la Bastoche où en plus du rugby et de leurs études elles gagnaient leur vie !

Maintenant les petits cochons ont phagocyté leurs collègues de la Pitié-Salpêtrière dans le cadre de la faculté de médecine réunifiée et c’est à eux que je dédie cette narration.

Gilbert Béréziat le 5 septembre 2016

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