Quand je suis devenu Mécréant et adepte de l’égalité hommes-femmes.

J’avais reçu  une éducation catholique standard. Mais, après mai 68, la mort de mon père, j’ai pris du recul avec l’Église. Je suis devenu alors sceptique puis franchement agnostique en même temps que ma culture scientifique progressait. Peu me chaud maintenant la question controversée de savoir ce que sera l’état de mon âme après la mort, question qui avait conduit Servet au bûcher[1]. J’étais imprégné des propos d’Alain, de son refus de l’obscurantisme : « Tant que l’on n’a pas bien compris la liaison de toutes choses et l’enchaînement des causes et des effets, on est accablé par l’avenir, un rêve ou la parole d’un sorcier tuent nos espérances». Les prêtres n’étaient ni plus ni moins que des sorciers, Nipsiis mire libido foeda revixix[2].

Je pense que mon épouse est restée croyante. Mais l’attitude de l’Église lors du coup d’État au Chili a changé bien des choses pour nous. Le 11 septembre 1973, en effet, refusant d’être capturé, Salvador Allende, président élu du Chili, s’était donné la mort dans son palais présidentiel de la Moneda, assiégé et bombardé depuis le matin par l’armée putschiste conduite par le général Pinochet. Six mois auparavant, l’unité populaire qui soutenait Allende avait gagné les élections, frôlant la majorité absolue. L’armée chilienne n’avait pas de tradition golpiste, plusieurs généraux, restés fidèles à cette conception loyaliste, le payèrent de leur vie. Le général Carlos Prats Gonzales, vice-président d’Allende, poussé à la démission par les radicaux de l’armée quelques semaines avant le coup d’État, fut assassiné en exil avec son épouse le 24 septembre 1974. Ce fut également le cas du général de l’armée de l’air Alberto Bachelet, petit-fils d’un œnologue bourguignon LouisJoseph Bachelet Lapierre et d’une anthropologue Angela Jeria Gomez. Arrêté et longuement torturé, il décédera la même année en captivité. Une commission sénatoriale des États-Unis démontra aposteriori que le coup d’État avait été accueilli favorablement à Washington. Il est établi que les services secrets des États-Unis y jouèrent un rôle important.

La participation de la CIA[3] au putsch de 1973 au Chili n’avait rien d’une première. En Grèce, elle avait contribué au coup d’État de la junte en 1967. Comme plus tard pour l’Afghanistan les État-Unis reçurent en boomerang, l’assassinat de l’ancien ministre chilien des affaires étrangères, Orlando Letelier, et de sa collaboratrice américaine, Ronni Moffitt, à Washington en 1976. Cet assassinat avait été organisé par le chef de la police secrète chilienne le général Contreras. L’ancien ministre communiste de l’économie, José Cademartori, fidèle de Salvador Allende, déclara en 2003 à ce sujet : «[le coup d’État] était prévisible. Ce qui l’était encore plus, c’était que les secteurs privilégiés allaient agir. La question était dès lors : comment isoler ceux qui seraient prêts à recourir à la force. Je pense qu’il nous a manqué du temps, peut être deux ans, pour gagner à nous des secteurs significatifs de l’armée. Nous savions qu’il y aurait des tentatives. Et nous étions prêts à affronter un coup d’état partiel, nous appuyant sur les masses. Des plans existaient. Mais, le 11 septembre, nous avons vite compris que le putsch était de caractère «institutionnel», c’est-à-dire qu’il était appuyé par l’ensemble des forcesarmées. Le coup était très bien préparé. Allende a donc refusé d’appeler à un soulèvement populaire. Cela aurait été un massacre. Il le dit très clairement dans son dernier discours.[4]»

C’en était trop pour nous lorsque l’on apprit la monstruosité que fut, non pas comme il a été parfois dit, la célébration d’un Te Deum par monseigneur Silva Henriquez archevêque de Santiago en l’honneur de la junte militaire, mais sa participation à une prière pour la paix en présence de dignitaires de la junte, ce qui s’apparentait fort à une bénédiction du régime, nous cessâmes de nous reconnaître dans l’Église catholique. Nonobstant du besoin que l’on a ou non de postuler l’existence de Dieu pour son équilibre psychologique, le christianisme décliné par l’Église catholique et certaines Églises protestantes une fois que les lectures d’Erasme et de Rabelais m’eurent affranchi des aimables fables de la génèse biblique, m’a toujours paru supérieur aux autres croyances en ce sens qu’il acceptait des évolutions doctrinales et rituelles avec l’évolution de la société. L’Islam et le Judaïsme me semblaient vraiment trop rétrogrades et hypocrites !

Je ne pouvais plus avaler depuis longtemps le dogme de « l’immaculée conception ». Contrairement aux croyances populaires, le 15 août n’a rien à voir avec la conceptrice de Jésus de Nazareth. Dans la vision étriquée des chrétiens du moyen âge, la mère de Jésus ne pouvait être que vierge lors de sa conception. Ce sont les évangiles qui expliquent comment : l’ange Gabriel annonça à une jeune vierge juive dans qu’elles conditions elle allait accueillir un Tanguy. La question de foi repose donc sur la possibilité qu’un « Intelligent Design » ait pu provoquer la fécondation d’un ovule marial (il n’y a guère que quelques attardés du bas middle ouest qui croient encore à cette histoire de côte d’Adam). Mais malheureusement, pour les intégristes chrétiens de toute obédience, nous savons aujourd’hui que c’est l’ovule qui choisit son spermatozoïde et pas l’inverse. Sans compter qu’il est quasiment acquis que ce pieux sanctuaire, ce vase d’élection, ait probablement par la suite accueilli d’autres semences. La virginité perpétuelle de Marie qu’affirment les Eglises catholique et orthodoxe est donc un leurre. A moins que cette virginité ne soit qu’un concept ésotérique de plus. La fête de l’Assomption est probablement née à Jérusalem au 4ème siècle lors de la consécration d’une église dédiée à Marie située entre Nazareth et Bethléem, ou à Gethsémani deux siècles plus tard. La fête fut étendue à tout l’Empire romain par l’empereur Maurice sous le nom de « Dormition de la Vierge Marie ». Grégoire de Tours est le premier à en parler en France, à la fin du VIe  siècle. A partir de cette date, l’Eglise fera de Marie un produit d’appel. Elle sera instituée fête nationale par Louis XIII jusqu’à la Révolution française. Le 19 février 1806, Napoléon en fera la Saint Napoléon en l’honneur de sa naissance un 15 août à Ajaccio. Elle redeviendra la fête de l’Assomption et deux ans plus tard. C’est la République restaurée qui en fera un jour férié. Ca ne coûtait pas grand-chose puisqu’à la mi-août, « les noisettes ont le ventre roux »  et que « la vierge du mois d’août, arrange tout ou défait tout ».

S’il fallait relier le 15 août à une manifestation de la place éminente des femmes dans la société, il serait plus opportun de se rappeler que trente années environ avant la naissance de celui qui deviendra le Christ, un 15 août, Cléopâtre mettait fin à la dynastie ptolémaïque et à sa vie à 39 ans. Elle le fit pour échapper à l’avide Octave, le futur Auguste et premier empereur romain, fils adoptif de son ancien amour, le dictateur Jules César , quelques jours après qu’Antoine, son compagnon d’infortune eut été battu à plate couture à la bataille d’Actium. Il faudra attendre la fin du 19ème siècle pour que les suffragettes américaines obtiennent le droit de vote pour les femmes. Le premier état au monde à le leur accorder fut le Wyoming, état du Far West, en 1869, Il faudra toutefois attendre le 28 août 1920 pour que la Constitution américaine soit modifiée et autorise le vote des femmes de manière définitive sur tout le territoire. Les suffragettes anglaises, sous la houlette d’Emmeline Pankhurst , l’obtiennent en 1928.

La France toujours à la pointe du progrès ne suivit qu’après la deuxième guerre mondiale. D’ailleurs l’abbé Sieyès en 1789, classait les femmes, comme les enfants, dans la catégorie des citoyens passifs et le code Napoléon n’accordait aucun droit juridique aux femmes mariées. Après trois millénaires d’une civilisation brillante, l’Egypte va connaître six siècles d’occupations diverses puis l’arabisation forcée, le joug Ottoman, enfin le protectorat britannique en 1914 dont elle ne se libérera qu’en 1922. Même dans les pays les plus avancés, la situation de la femme est loin d’être arrivée à un point d’équilibre avec celle des hommes. Dans les pays de traditions catholique et orthodoxe, le culte marial n’y est sans doute pas étranger. Mais les autres religions monothéistes, à l’exception peut être de quelques succursales protestantes ne sont guère plus tendres avec les femmes, et de ce point de vue l’islam et le judaïsme n’ont pas grand-chose à envier à religion catholique.

Ce n’est qu’une quinzaine d’années plus tard que je repris contact avec la réflexion sur le religieux à la lecture de « l’Histoire des origines du christianisme » d’Ernest Renan que je lus en totalité lors de mon second séjour en amérique latine au début des années quatre-vingt-dix. Cette lecture en appela d’autres, en particulier celle de « l’histoire du peuple d’Israël » puis, plus récemment celle des récits chrétiens des premiers temps, qu’ils soient gnostiques, inter-testamentaires ou apocryphes sans pour autant modifier mon attitude face à l’impossibilité de résoudre l’énigme du vivant confronté à l’inéluctabilité de l’Eschaton lorsque la nébuleuse Andromède aura percuté la Voie lactée et que l’astre dont il tire son énergie aura disparu

[1] – Michel Servet, médecin aragonais découvreur de la circulation pulmonaire, partisan de la Réforme fut supplicié le 26 octobre 1553 sur ordre de calvin.

[2] – Le célibat des prêtres les perdaient de désir.

[3] – Central intelligence agency.

[4] – Benito Perez. au cœur du premier putsch néolibéral. Le courrier, 10 septembre 2003.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Vous pouvez utiliser ces balises et attributs HTML : <a href="" title=""> <abbr title=""> <acronym title=""> <b> <blockquote cite=""> <cite> <code> <del datetime=""> <em> <i> <q cite=""> <strike> <strong>