Les doubles Cursus exigeants de l’UPMC font des émules

Je ne résiste pas à reproduire ici l’article d’Olivier Bos Maître de conférence à l’université Panthéon-Assas paru dans EducPro le 20 avril 2016 :

La double licence, l’autre aventure universitaire

Dans la multitude des formations disponibles, un nouveau venu est apparu ces dernières années, la double licence ou double cursus. L’Université Pierre-et-Marie-Curie en propose déjà dix[1]. À l’université, il est donc désormais possible de mener à bien une licence de sciences sociales et une licence de sciences exactes, à l’aide d’un emploi du temps aménagé et d’une équipe pédagogique dévouée. Les résultats sont pour le moment éloquents, bien que l’observation soit encore de rigueur. Les taux d’échec sont faibles à modérés, selon la formation, et la poursuite d’études est parfois des plus prestigieuses, allant d’un master sélectif à – plus rarement – l’entrée dans une grande école.

Ce développement récent des doubles cursus est à contre-courant d’un mouvement qui veut que les enseignements et l’organisation générale d’un diplôme se soucient en priorité de la bonne intégration des étudiants dans le monde professionnel. Contrairement à une idée reçue, l’enseignement universitaire n’a pas vocation à former en primauté des cadres à salaire élevé. Bien loin de là, sa mission est la diffusion de la connaissance pour créer une dynamique intellectuelle, susciter une réflexion inattendue à même de participer au quotidien de la société, voire de le bouleverser. Si une politique active en vue d’une bonne insertion sur le marché du travail ne doit pas être négligée pour autant, celle-ci ne saurait être mise en avant d’ici la fin du cursus universitaire, soit la cinquième année, au risque non seulement de dénaturer la formation mais aussi d’en faire chuter la qualité. Certes, les étudiants qui ont suivi des cours plus à même de les préparer à être opérationnels peuvent apparaître plus attractifs pour une entreprise ou une institution. Mais il s’agit là d’une vision à court terme où l’employeur n’est pas le seul perdant. Toute la société se prive d’un capital humain, bien plus difficile à assimiler une fois plongé dans l’émoi de la vie active.

La double licence renoue avec la mission première de l’enseignement supérieur, développer le capital humain et susciter l’émulsion intellectuelle. À moyen terme, si leur développement se poursuit, on peut imaginer ces cursus concurrencer les classes préparatoires aux grandes écoles. Toutes les grandes écoles possèdent des filières d’admissions parallèles à partir de la troisième année de licence, voie d’accès encore trop méconnue des étudiants. Un étudiant de double cursus est d’autant mieux préparé à relever ce type de challenge. L’université change, se diversifie, elle n’a de cesse de se métamorphoser. Cela doit nous rendre d’autant plus attentifs aux ajustements de l’enseignement supérieur qui s’avèrent parfois être des régressions, éloignant l’université de son rôle prépondérant dont l’utilité et la pratique sont rarement quantifiables dans l’immédiat de notre société. Chaque double licence est une aventure en soi, fondée sur l’essence de l’enseignement supérieur et dont l’exigence est en opposition avec la course à la professionnalisation des formations universitaires.

[1] Le premier a ouvert en 2005 il s’intitule Science et sciences sociale (S-cube) à la suite d’une convention entre Richard Descoings alors directeur de Sciences Po Paris et Gilbert Béréziat Président de l’UPMC. Le second a vu le jour l’année suivante Sciences et Musicologie (UPMC et Paris Sorbonne) puis les années suivantes Sciences et Histoire, Sciences et Philosophie etc. Dès l’origine ils ont été appelés non pas cursus d’excellence mais cursus exigeants.

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