Adresse aux soi-disant philo quelque chose qui dénigrent mai 68

Ah ces années soixante, qui furent celles de mes études supérieures, comme elles ont été folles. En ce temps là, une fois résorbé l’abcès algérien, les jeunes étaient respectés, voire choyés. Le chômage était craint, mais il nous épargnait. Quoi qu’on en dise aujourd’hui, ce furent des années de liberté pour la gens estudiantine. Cependant déjà commençait à poindre les méfaits de la méritocratie. Dans les usines les ouvriers qualifiés virent arriver des armadas de jeunes, gonflés de suffisance par leurs écoles, qui progressivement les refoulaient vers les tâches subalternes. La classe ouvrière entrait en apoptose, remplacée progressivement d’un côté par les travailleurs maghrébins et africains pompeusement dénommés ouvriers spécialisés[1] et de l’autre côté par des techniciens progressivement baptisés ingénieurs, issus de la multitude des écoles spécialisées qui virent alors le jour. Puis l’automatisation des fonctions donna le coup de grâce à la classe ouvrière qui se rétrécit comme une peau de chagrin. Mais au moins à cette époque la politique n’était pas un vain mot rythmée qu’elle était par les deux modèles antagonistes du libéralisme anglo-saxon et du socialisme soviétique et par l’utopie du non alignement (ou de la troisième voie) à laquelle peu ou prou le gaullisme tentait de s’amarrer. Quelle contraste avec la décennie actuelle où le travailler plus pour gagner plus de Sarkozy s’est fracassé sur les réalités d’une société qui ne sait pas comment faire face à la mondialisation, avec une gauche en panne de rêves et des révolutionnaires terriblement conservateurs. N’est pas De Gaulle qui veut. Sarkozy en est plutôt l’antithèse. De Gaulle, catholique pratiquant n’avait nul besoin de se prosterner devant le souverain pontife contrairement au double divorcé et se gardait bien d’appeler le goupillon à la rescousse de sa politique. « Ne craignez jamais de vous faire des ennemis ; si vous n’en avez pas, c’est que vous n’avez rien fait » disait Georges Clémenceau et De Gaulle s’en fit beaucoup. Mais de Gaulle était un Aristocrate, Sarkozy n’était que le Maire du Palais. De Gaulle considérait que la politique de la France ne se fait pas à la corbeille. Aujourd’hui tout se fait à la corbeille ! Vive les banques, vive le commerce et le CAC 40 et chasse au gaspi des jeunes pousses ! Et ceux qui prônent la primauté des plus-values bancaires et se gavent de stock-options et de parachutes dorés feignent de se lamenter sur la fuite des brillants chercheurs formés dans les laboratoires universités françaises. Quelle belle hypocrisie, mais aussi quel cinglant démenti à ceux qui n’ont aucune considération pour les universités qui les ont formés.

Gilbert Bereziat

Palaiseau le 4 octobre 2015

[1] Le S de OS signifiant plutôt soumis aux tâches répétitives les plus ingrates qu’aux tâches spécialisées.

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